[BOUQUINS] Romain R. Martin – La Dissidence Des Cancrelats

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dissidence Des Cancrelats
Auteur : Romain R. Martin
Éditeur : LBS
Parution : 2020
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Claude et Werther sont des marginaux qui hantent les voies désaffectées de la RATP (même s’ils préfèrent se considérer comme des employés auto-proclamés à la maintenance). C’est tout un microcosme qui vit en autarcie dans les sous-sols parisiens, sous la direction de Magnus, le Haut-Contremaître.

Quand Sorensen et Werther sont agressés en pleine nuit par un collègue déguisé en sage-femme, ils entendent bien obtenir une légitime réparation. S’engage alors une course-poursuite vengeresse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de l’auteur, Vermines (Flamant Noir, 2017), j’espérai retrouver le même ton décalé et le même style d’intrigue complétement déjantée.

Ma Chronique

Ça fait longtemps (tout est relatif) que ce bouquin traine dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique, contrairement à bon nombre (trop ?) de ses pairs, je ne l’ai pourtant jamais totalement perdu de vue.

Dès les premières pages Romain R. Martin donne le ton, pas question pour lui de rentrer dans le moule, ni de respecter scrupuleusement les règles d’un genre littéraire. Ça tombe plutôt bien, c’est exactement ce que j’attendais de lui.

Si la couv’ du roman porte bien la mention thriller, je peux vous assurer que celui-ci ne ressemble à aucun autre. C’est un bouquin totalement inclassable, un véritable OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne manquera pas de surprendre les lecteurs.

Déjà le microcosme underground qu’il imagine mérite à lui seul le détour, des marginaux un peu (beaucoup) paumés, plus ou moins organisés en communauté et dirigés d’une main de fer par un « Haut-Contremaître ».

Est-il besoin de vous préciser que dans un décor pareil l’auteur a de quoi s’en donner à cœur joie pour nous proposer des personnages hors du commun ? Et il ne se prive pas de le faire, pour notre plus grand plaisir.

En l’occurrence l’intrigue est portée par quatre personnages. À commencer par Claude et Werther qui forment un couple pour le moins atypique, oubliez les grands romantiques, ici on est plutôt dans le registre du sadomasochisme. Ils partagent leur terrier avec Fausto, leur co-locataire (on apprendra par la suite que la réalité est un tantinet plus complexe). Et bien entendu il faudra aussi compter avec le maître des lieux, Magnus, et son moyen de transport pour le moins inhabituel.

Je reste volontairement dans le vague, qu’il s’agisse de l’organisation de cette improbable communauté underground, ou des personnages. Non que je craigne d’en dire trop (en général j’évite toute forme de spoil), mais simplement pour laisser intact le plaisir de la découverte.

Le roman est divisé en deux parties, la première se déroule presque exclusivement dans les souterrains, la seconde précipite nos cancrelats dans le monde d’en-haut pour un bouquet final des plus détonnant.

Les chapitres, courts et rythmés, assurent une lecture d’une grande fluidité. Du coup on se surprend à dévorer le bouquin quasiment d’une traite. Un récit qui fait un pied-de-nez au politiquement correct et à la morale ; noir, irrévérencieux et amoral, le trio gagnant !

Le ton est à l’image de l’intrigue et des personnages, décalé, déjanté mais totalement assumé. On sent que Romain R. Martin est là pour se faire plaisir, et pour nous faire plaisir. Et ça marche ! Cette lecture fut purement et simplement jouissive.

Pour apprécier pleinement ce bouquin laissez-vous simplement porter par son intrigue ; oubliez la logique, oubliez le possible et même le probable. Bref, oubliez le monde réel et entrez dans celui dans cancrelats.

 MON VERDICT

Petit aparté technique

Depuis le temps vous me connaissez, je suis un maniaque du code. Quand j’ouvre un livre numérique je commence par vérifier si la table des matières est intégrée au bouquin (au besoin je l’ajoute), je vire les classes inutiles et j’aère le code (tout ça via Sigil).

La seconde étape consiste à m’intéresser au code à proprement parler. Du premier coup d’œil on devine un code surchargé (essentiellement du fait de classes redondantes), le nettoyage est un peu plus long et n’apporte pas grand-chose (pour ne pas dire que dalle) concrètement. Il n’en reste pas moins que, une fois l’epub retravaillé, la feuille de styles passe de 702 à 262 lignes.

[BOUQUINS] Alan Moore & Dave Gibbons – Watchmen

AU MENU DU JOUR


Titre : Watchmen
Scénario : Alan Moore
Dessin : Dave Gibbonx
Éditions : Urban Comics / DC Comics
Parution : Delcourt (1998) / Urban Comics (2012)
Origine : États-Unis (1986)
464 pages

De quoi ça cause ?

Quand le Comédien, justicier au service du gouvernement, se fait défenestrer, son ancien allié, Rorschach, mène l’enquête. Il reprend rapidement contact avec d’autres héros à la retraite dont le Dr Manhattan, surhomme qui a modifié le cours de l’histoire. Alors qu’une guerre nucléaire couve entre les USA et l’URSS, tous s’interrogent : qui nous gardera de nos Gardiens ?

Ma Chronique

J’avais lu il y a quelques années ce roman graphique signé Alan Moore et Dave Gibbons, cette nouvelle édition (intégrale des 12 épisodes suivie d’une cinquantaine de pages de bonus sur la genèse de Watchmen et ses personnages) est l’occasion de redécouvrir l’incroyable richesse de ce récit.

Initialement diffusé aux États-Unis au rythme d’un épisode mensuel entre septembre 1986 et octobre 1987 pour DC Comics, le public français devra attendre 1992 pour découvrir la série proposée en 6 tomes par les éditions Zenda. Toutefois ce sont les éditions Delcourt et leur édition intégrale proposée en 1998 qui lancera vraiment le phénomène Watchmen en France.

Jamais le terme roman graphique n’aura été aussi approprié, Watchmen est bien plus qu’une BD améliorée. Déjà par l’épaisseur de la chose (plus de 460 pages et plus d’un kilo six… bien que possédant la version papier je me suis rabattu sur une édition numérique en haute définition).  Mais c’est surtout la richesse et la densité de l’intrigue qui place Watchmen et le scénario imaginé par Alan Moore à la hauteur de meilleurs romans d’anticipation.

Alan Moore voulait proposer une histoire du super-héros qui se détache de l’univers de DC Comics et qui offrirait une approche totalement inédite. Un pari qu’il remporte haut la main et qui lui laisse une totale liberté d’action dans « son » monde.

C’est dans notre monde qu’il situe son intrigue, mais un monde revisité par une approche à la fois uchronique et dystopique. L’intrigue débute en 1985 aux États-Unis – les USA ont gagné la guerre du Vietnam, le président Nixon a modifié la constitution afin de pouvoir se faire réélire encore et encore –, les tensions avec la Russie sont à leur apogée, à tel point que le monde est aux portes d’un conflit nucléaire.

Une loi votée en 1977 interdit l’action des justiciers masqués. Seuls deux d’entre eux continuent malgré tout d’œuvrer. Le Comédien officie pour le compte du gouvernement, tandis que Rorschach agit dans l’ombre, en totale illégalité. Les autres ont rangé leurs costumes, plus ou moins désabusés.

Ladite loi ne s’applique pas à Dr Manhattan, le seul véritable super-héros du roman aux pouvoirs quasiment illimités. Il faut dire que Dr Manhattan fait partie intégrante de la force de dissuasion face à la menace soviétique.

Alan Moore revisite le mythe du justicier en y incorporant une grosse dose d’humanité. Ses personnages sont tourmentés (pour ne pas dire torturés pour certains), ils doutent et se remettent en question (la légitimité de leur action… ou de leur inaction), ils éprouvent des sentiments 100% humains et les assument à 100%.

Pour l’anecdote, au départ Alan Moore souhaitait utiliser des personnages créés dans les années soixante par Charlton Comics. Pour des questions de droits il renoncera à son idée, se contentant de s’inspirer des personnages de Charlton pour créer les siens.

L’intrigue va donc s’articuler autour de l’enquête de Rorschach et consorts, mais aussi sur l’étendue progressive de la situation internationale qui devient de plus en plus explosive. De nombreux flashbacks viendront mettre ne lumière le passé des personnages. Ajoutez à cela une histoire de pirates qu’un jeune lit devant le kiosque d’un marchand de journaux. Histoire dessinée par un graphiste porté disparu depuis quelques années, comme d’autres figures majeures du monde culturel.

Vu comme ça c’est clair que ça peut paraître un peu décousu, et parfois ça le sera à la lecture, mais soyez assuré que Alan Moore n’a rien laissé au hasard. De même aucun élément de son intrigue n’est là pour combler un vide, chaque est à s place, là où il faut, quand il le faut.

Chacun des douze chapitres se termine par quelques pages de bonus (extraits du journal de Rorschach, coupures de presses, notes diverses…) qui viennent encore étoffer le contexte ou les personnages.

Le dessin de Dave Gibbons sert parfaitement le scénario imaginé par Alan Moore, le trait est fin et précis, il joue habilement avec la luminosité et les contrastes.

Cerise sur le gâteau, Urban Comics a renoué avec la traduction originale de Jean-Patrick Manchette. En effet depuis 2007 la traduction avait été révisée à la demande de Panini… Un choix plus que discutable à en juger par la réaction de nombreux fans. Ne connaissant que la version de Jean-Patrick Manchette, je ne me prononcerai pas sur le sujet, mais je peux tout de même affirmer que le texte est un régal à lire.

Après plus de 400 pages on pourrait être tenté de parcourir en diagonale les bonus inédits proposés par cette intégrale ; ça n’a pas été mon cas et je n’ai aucun regret, c’est presque aussi captivant de découvrir la genèse du projet et de ses personnages que de lire le bouquin.

Watchmen reste une œuvre culte totalement intemporelle. Je ne mentirai pas en vous disant que j’ai encore plus apprécié ce bouquin à l’occasion de cette redécouverte que lors de ma première lecture, question de maturité sans doute… Un must have pour tout amateur d’anticipation, je suis convaincu que ce bouquin saura convaincre même les plus réticents face à un support graphique.

MON VERDICT

Coup double

PS : vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai décidé de relire ce bouquin alors que mon Stock à Lire Numérique déborde de toutes parts (si vous vous en foutez comme de l’an mil, je ne vous en voudrais pas).
D’une part parce qu’on m’a offert cette intégrale Urban Comics et que je m’étais promis de relire Watchmen pour en proposer une chronique à la hauteur de ce qu’il est (tout en restant le modeste rédacteur / blogueur que je suis).
D’autre part parce que je me suis offert Doomsday Clock, un roman graphique édité par Urban Comics qui fait le pari audacieux de combiner les univers de Watchmen et ceux des classiques de DC Comics (Superman, Batman…).

[BOUQUINS] Jeff Jackson – Live !

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Titre : Live !
Auteur : Jeff Jackson
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Les États-Unis doivent faire face à une déferlante d’attaques meurtrières prenant pour cible des formations musicales lors de leurs prestations en public. Aucun fil rouge ne permet de relier les cibles ou les assaillants.

La ville d’Arcadia ne sera pas épargnée par cette vague criminelle, Shaun, un jeune guitariste et chanteur, est abattu alors qu’il se produisait avec son groupe. Pour ses proches, et pour toute la ville d’Arcadia, plus rien ne sera jamais comme avant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Une fois n’est pas coutume, c’est le visuel qui a, le premier, titillé ma curiosité. Cette couv’ façon d’un album vinyle m’a tapé dans l’oeil.

La quatrième de couv’ a enfoncé le clou en traitant cette vague de crime comme une « épidémie » ; voilà qui s’annonce prometteur.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au même titre que la lecture, la musique fait partie intégrante de mon quotidien, comme vous le savez peut-être je suis très éclectique en la matière,et toujours avide de découvrir des artistes que je ne connaissais pas (qui ne sont pas nécessairement de nouveaux talents), voire même d’élargir mon horizon musical.

Dans mon univers musical, le rock occupe une place centrale, du coup j’attendais énormément d’un bouquin qui se veut une ode à la musique en général et au rock en particulier… trop peut-être.

Force est toutefois de reconnaître que le roman de Jeff Jackson est des plus originaux, à ce niveau on pourrait même parler d’expérimental (un peu comme les premiers albums des Pink Floyd).

Sur la forme, outre le visuel très réussi de la couv’, le bouquin se divise en deux faces, la première étant deux fois plus longue que la seconde. La Face A, Ma période sombre, s’ouvre sur la rencontre (et le coup de foudre) de Shaun et Xenie. Quand Shaun est abattu, on va suivre le parcours de trois de ses proches, à commencer par Xénie, puis Florian et Eddie, deux amis de Shaun.

La Face B, Kill City, s’ouvre sur diverses scènes de massacre de musiciens, avant de nous raconter une version radicalement différente des événements d’Arcadia. C’est un peu déconcertant, pour ne pas dire franchement troublant.

J’ai trouvé vraiment intéressante tout ce qui tournait autour de la vie d’un groupe de rock amateur qui essaie de percer. La recherche de l’inspiration pour produire LA chanson qui attirera l’attention des bonnes personnes sur le groupe, les répétitions et l’ambiance des concerts (vu du public, ou de la scène).

Par contre j’ai eu beaucoup plus de mal à adhérer aux errances des personnages et de leur être qui transpire dans chacun de leurs mots ou de leurs actes. Non seulement ça n’apporte strictement rien au récit, mais ça en deviendrait presque déprimant à la longue.

Mais le plus gros reproche que je pourrai faire au bouquin et à Jeff Jackson, c’est d’être complètement passé à côté du coeur de son intrigue. Hormis quelques chapitres décrivant des attaques contre les musiciens, il n’y a ni enquête ni développement autour du pourquoi du comment de cette vague de crimes.

C’est donc très mitigé que je referme ce bouquin. Je mentirai en disant que je me suis ennuyé en le lisant, mais je n’ai clairement pas eu l’étincelle que j’espérais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cédric Cham – Mort A Vie

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Titre : Mort A Vie
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Pour protéger son jeune frère Eddy, Lukas endosse la responsabilité d’un accident ayant causé la mort d’un jeune piéton. Interpellé et placé en détention provisoire, il va découvrir un univers dont il était d’imaginer la dureté.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham, dans chacun de ses romans il excelle à décrire la noirceur de l’âme humaine et nous mitonne des intrigues qui font mouche à tous les coups.

Ma Chronique

Avec ce nouveau roman Cédric Cham impose encore un peu plus sa griffe dans le paysage de la littérature noire française (et francophone). Une fois de plus il nous propose un roman dans lequel l’intrigue se teinte certes du noir le plus obscur mais est portée par des personnages profondément humains (pour le meilleur… et pour le pire).

Le meilleur c’est Lukas qui accepte d’endosser la responsabilité d’un accident (dont il ignore pourtant les circonstances et les conséquences) causé par son jeune frère, Eddy. Un choix qu’il fait au détriment de sa propre vie, au risque de voir imploser son cocon familial (il est marié et a une fille en bas âge) et son avenir professionnel.

Un choix qui va le confronter au pire, à savoir l’emprisonnement, avec ses règles, ses codes (écrits ou non). À force de côtoyer la noirceur à longueur de temps et d’accepter certaines concessions (surtout vis-à-vis de soi-même et de sa conscience) pour assurer sa survie, c’est son âme et sa personne qui vont peu à peu se déliter. Une extinction que ne pourront empêcher les rares (et donc précieuses) relations plutôt amicales qu’il nouera en prison.

La description de l’univers carcéral est d’un réalisme glaçant, un univers que Cédric Cham connaît bien puisqu’il est dans l’administration pénitentiaire. Je crains malheureusement qu’il ne noircisse pas le tableau… nul doute que la réalité dépasse la fiction.

Le pire c’est Eddy, le frère cadet. Rien dans le personnage n’a réussi à me faire éprouver la moindre empathie pour lui. Clairement le genre de gars qui ne mérite pas que l’on détruise sa vie pour lui. Les liens du sang je veux bien, mais quand tu choisis de vivre en marge tu assumes ma poule et tu viens pas pleurnicher pour qu’on sauve tes miches une fois que la ligne jaune a été franchie.

Non content de foutre sa propre vie en l’air avec des choix toujours plus foireux les uns que les autres et des relations à l’image du milieu qu’il fréquente, il perverti et entraîne dans sa chute ceux qui ont le malheur de lui accorder un semblant de confiance (et plus si affinités).

L’auteur accorde le même soin à l’ensemble de ses personnages, pour chacun il développe une personnalité et un vécu. Ça ne nous les rend pas forcément attachants ou sympathiques (Eddy n’est pas le pire dans la catégorie des bad boys), c’est plutôt une façon réussie de nous rappeler que c’est ainsi qu’est fait et que fonctionne notre monde.

Il sera donc question d’enfermement avec les deux frères (Lukas incarcéré et Eddy empêtré dans sa connerie), de relations humaines (liens du sang, vie de couple, vie de famille, amis – les vrais comme les faux – mais aussi de relations de soumission – à l’autorité ou à la force –), de vengeances (au pluriel, oui)…

Sur la forme Cédric Cham reste fidèle à ses habitudes, une écriture et un style qui vont à l’essentiel, des chapitres courts ; tout est fait pour privilégier le rythme et ne pas égarer le lecteur. Certains pourront trouver cela un peu simple, pour moi ça contribue justement à nous plonger en totale immersion dans son récit. Une immersion qui ne manquera pas de jouer avec vos nerfs et devrait occasionner quelques poussées d’adrénaline.

Une fois de plus je referme le bouquin en ayant l’impression d’avoir pris une rafale d’uppercuts dans la gueule. Et le pire c’est que j’en redemande… mais d’abord je vais essayer de reprendre mes esprits et mon souffle.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Agnès Laurent – Rendors-Toi, Tout Va Bien

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Titre : Rendors-Toi, Tout Va Bien
Auteur : Agnès Laurent
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Vendredi fin d’après-midi, autoroute A31. Christelle est au volant de sa voiture et roule trop vite. Elle a abandonné un mari aimant et ses deux filles pour prendre la fuite. Et soudain elle perd le contrôle de sa vieille R21, la voiture part en tonneaux avant de se faire percuter par un autre véhicule.

Ce même vendredi, le matin, à Sète. Guillaume, le mari de Christelle, est interpellé par les gendarmes alors qu’il se rendait à son travail.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est l’enthousiasme de Aude qui m’a poussé à lire ce bouquin.

Ma Chronique

Avec le temps…
Avec le temps va, tout s’en va.
(…)
Avec le temps tout s’évanouit.
Léo Ferré – Avec le temps.

Avec le temps aurait aussi pu être le titre de ce roman. L’histoire d’un couple qui, au fil du temps, s’éloigne sans s’en apercevoir, un mari et une femme qui peu à peu deviennent deux étrangers qui partagent le même toit.

Avec le temps la routine s’installe, les petites attentions s’espacent avant de disparaître, même le dialogue s’éteint inexorablement pour laisser place à des échanges de banalités sur la pluie et le beau temps, quand ce n’est pas le silence qui règne en maître. Et le pire c’est que ce silence on l’accepte comme normal, on finit même par l’apprécier.

Une histoire malheureusement trop « normale » au sein de certains foyers. Tellement « normale » que ça en deviendrait banal, pas la peine de s’inquiéter ou de se remettre en question… avec le temps, c’est « normal ».

Pour son premier roman Agnès Laurent décide de partir de cette histoire ordinaire pour en faire un livre extraordinaire.

Extraordinaire déjà par sa narration. Le roman s’ouvre sur l’accident de Christelle (vendredi entre 17h15 et 17h30), puis le second chapitre nous renvoie à cette même journée mais à 6h45 et l’interpellation de Guillaume par les gendarmes.

Les chapitres suivants dérouleront la journée en alternant entre la fuite de Christelle et la garde à vue de Guillaume. De temps en temps un intervenant extérieur au couple interviendra dans le déroulé du récit.

Mais le véritable tour de force d’Agnès Laurent est de garder secrètes les raisons de la fuite de Christelle et de l’arrestation de Guillaume. Au fil de leurs cogitations l’homme et la femme réalisent à quel point ils sont devenus presque des étrangers l’un pour l’autre.

Extraordinaire aussi par l’ampleur du drame qui se joue sous nos yeux. Quand la vérité commence à se dessiner (à ce moment vous aurez déjà lu plus des trois quarts du bouquin), ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, le pire reste à venir. Et là c’est l’uppercut en pleine face, on est véritablement KO debout.

Extraordinaire par la justesse du ton et l’implacable décorticage de la vie apparemment sans histoire du couple et des apparences. À ne plus prendre le temps de parler avec l’autre et de regarder l’autre, on devient aveugle et sourd à ce qui se joue sous notre nez. Inconsciemment on devient acteur, voire complice, du drame qui se joue à l’insu de notre plein gré.

J’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite, impossible de le lâcher, l’envie de savoir était trop forte. Presque oppressante.

Je vous tirerai volontiers mon chapeau Madame Laurent mais je n’en porte pas ; il faudra vous contenter de mes humbles remerciements pour ce roman court mais intense. Une approche originale qui s’avère payante, c’était un pari audacieux pour un premier roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Giles Blunt – Grand Calme

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Titre : Grand Calme
Série : Cardinal – Livre 6
Auteur : Giles Blunt
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Canada (2012)
336 pages

De quoi ça cause ?

Ontario, Canada. Alors que l’hiver s’annonce particulièrement rude à Algonquin Bay, le corps d’un homme est retrouvé dans un motel de la région. Sa maîtresse, dernière personne à l’avoir vu vivant, a disparu. Bientôt, c’est le corps d’une autre femme qui est retrouvé dans un hôtel désaffecté. Dépêchés sur les lieux, les inspecteurs John Cardinal et Lise Delorme sont loin d’imaginer l’ampleur des ramifications qui sous-tendent leur enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

J’avoue que le duo Arctique / Canada a aussi fait pencher la balance en faveur de ce titre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si je ne connaissais pas Giles Blunt j’ai été étonné de découvrir que le gars n’en était pas son coup d’essai niveau littérature. Grand Calme est en effet le sixième roman mettant en scène le personnage de John Cardinal (le cinquième n’est pas disponible en version française, mais les quatre premiers ont été publié par les éditions du Masque).

Il existe même une série télé, Cardinal, qui en est à sa quatrième saison (saison qui porte justement Grand Calme à l’écran). Jamais entendu parler, malgré une diffusion assurée par Canal+ en France.

Cela dit ça ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement cette lecture, aussi bien au niveau de son intrigue que de ses personnages. Mais avec le recul je me dis que l’enquête sur laquelle revient Lise Delorme, la collègue de John Cardinal, est peut-être (?) abordée dans un des précédents romans.

L’intrigue se divise en trois arcs narratifs. L’enquête principale porte sur la scène de crime sur laquelle Cardinal et Delorme ont été appelé, un homme a été tué et sa maîtresse est portée disparue. Parallèlement Delorme va s’intéresser à un cold-case, le meurtre d’une femme pour lequel le véritable coupable n’a pas été condamné, une injustice qu’elle compte bien réparer, quitte à payer de sa personne. Enfin on suit le récit d’un scientifique basé sur une base dérivante en Arctique… et longtemps on se demandera quel est le lien entre cette expédition scientifique et l’enquête de Cardinal, même si on devine sans peine que les choses vont tourner au drame en Arctique.

Sur la forme Giles Blunt opte pour deux narrations totalement distinctes entre les enquêtes de Cardinal et Delorme et le journal de bord de Kit Durie. Ce dernier est parfois un peu poussif et mise sur une mise en page minimaliste ; heureusement le développement des relations entre les personnages et les événements vont finir par rendre ce récit aussi captivant que le reste du roman.

Le duo Cardinal / Delorme fonctionne bien même si leur relation est un peu distante, chacun ne sachant pas vraiment s’il est judicieux que leur amitié se transforme en quelque chose de plus intime. Giles Blunt met l’accent sur le côté humain de ses personnages, on s’identifie ainsi plus facilement à eux et, selon les traits de personnalité qu’ils développent, on se sent proches d’eaux, ou on les prend en grippe.

Ainsi si le Commissaire Chouinard passe le plus clair de son temps à grogner ou à gueuler, il n’en reste pas moins sympathique. A l’inverse de l’ambitieux Loach, imbu de lui-même à en devenir puant, qui brille dans l’art de brasser de l’air plus qu’autre chose.

Le personnage le plus ambigu reste sans conteste Leonard Priest, aussi sûr de lui que de sa totale invulnérabilité / impunité. Une assurance qui pourrait bien se retourner contre lui face à la détermination de Delorme.

Finalement Grand Calme est un thriller à l’intrigue rondement menée et au suspense addictif à souhait. Je dirai bien que je retrouverai volontiers Cardinal et Delorme pour la suite de leurs aventures mais ça risque d’être compliqué. En effet bien que publié en 2012 au Canada, c’est le sixième et dernier opus de la série à ce jour. À défaut je peux toujours me consoler en découvrant leurs enquêtes précédentes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alan Moore & Brian Bolland – Batman – Killing Joke

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Titre : Batman – Killing Joke
Scénario : Alan Moore
Dessin : Brian Bolland
Éditeur : DC Comics / Urban Comics
Parution : 1989, éditions Delcourt
Réédition version anniversaire chez Urban Comics en 2014
Origine : Etats-Unis (1988 / 2008)
64 pages

De quoi ça cause ?

Une fois de plus le Joker s’est évadé d’Arkham, pour son grand retour sur le devant de la scène il a décidé de frapper fort. Il se rend chez le commissaire Gordon, tire sur sa fille Barbara alors qu’elle lui ouvre la porte et enlève Gordon.

Batman va tout mettre en œuvre pour tirer son vieil ami des griffes du psychopathe.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il paraît que c’est un incontournable du Batverse ; comme je ne connaissais pas l’album j’ai voulu enrichir ma batculture…

Ma Chronique

Commençons par une remarque sur la forme avant d’entrer dans le vif du sujet. Cet album, édition anniversaire (aussi appelée DC Deluxe), est disponible en deux versions, l’une en noir et blanc (fidèle à l’album original) et une autre entièrement colorisé par Brian Bolland. J’ai les deux versions en stock et même si le trait N&B de Bolland est sublime, j’ai finalement opté pour la version colorisée.

À défaut de connaître l’album je suis familier de l’univers d’Alan Moore, scénariste du cultissime Watchmen (que je dois impérativement relire avant de vous proposer une chronique à la hauteur de l’œuvre), mais aussi de V For Vendetta, La Ligue Des Gentlemen Extraordinaires, Constantine ou encore From Hell.

J’en vois déjà quelques-uns (si, si… là-bas, au fond à gauche) soupirer d’aise avant de se vanter d’avoir vu les films… Taisez-vous malheureux ! Ne parlez surtout pas des adaptations cinématographiques de son œuvre à Alan Moore, il n’y a rien de mieux pour le faire sortir de ses gonds. Vous verrez alors ses yeux se révulser, une écume verdâtre sourdre au point des lèvres…

Alan Moore évoque rarement son travail sur Killing Joke, il faut pourtant bien avouer que son histoire est bien ficelée et met parfaitement en exergue la folie du Joker et l’opposition / attraction entre lui et Batman. Force m’est toutefois de constater qu’après The Dark Knight Returns, on se retrouve dans une intrigue plus classique du Batverse et surtout nettement moins étoffée. D’un autre côté Frank Miller a pu s’épancher sur 240 pages alors que ce pauvre Alan Moore a dû se contenter d’une cinquantaine de pages. Et il s’en tire fichtrement bien mais on aurait apprécié que certains points soient plus étoffés.

Le dessin de Brian Bolland est juste irréprochable, qu’il s’agisse des personnages (son travail sur les mimiques du joker est exceptionnel) ou des décors. Là encore on aurait aimé une petite rallonge au niveau du nombre de pages afin d’exploiter au mieux l’aspect lugubre de ce parc d’attractions à l’abandon qui sert de repaire au Joker et à ses freaks.

Ce qui m’a motivé à opter pour la version colorisée de l’album sont les flashbacks qui nous font (re)découvrir la genèse du personnage du Joker. Ils sont tout en nuances de gris avec quelques touches de couleur (essentiellement dans les tons rouges) qui donnent plus d’impact aux images.

Pour ce qui est de l’intrigue actuelle de l’album, Brian Bolland opte pour une palette plutôt sombre qui colle parfaitement au scénario d’Alan Moore.

Un seul mot me vient pour qualifier le final de cet album : brillant ! Les lecteurs sont libres de l’interpréter comme ils l’entendent, soit Batman agit « dans les règles », suivant les recommandations du commissaire Gordon, soit il opte pour une solution plus définitive.

Cette version anniversaire s’ouvre sur une préface de Tim Sale (un illustrateur du Batverse et plus généralement de l’univers DC Comics) et se termine (ou presque) par une postface de Brian Bolland. Deux textes qui nous en apprennent un peu plus sur la genèse de cet album.

J’ai indiqué que la postface termine presque le présent album parce qu’elle est suivie par une histoire inédite d’une dizaine de pages, Un Parfait Innocent, qui nous fait partager le délire d’un jeune gars plutôt sympa qui rêve de faire le mal une fois dans sa vie, mais de taper haut et fort avant de retrouver une vie normale.

Je pense que si j’avais lu Killing Joke avant The Dark Knight Returns j’aurai peut-être été plus enthousiaste sur ma note finale amis là malgré une intrigue rondement menée ça a vraiment goût de trop peu.

MON VERDICT

Version N&B

Version colorisée

[BOUQUINS] Minette Walters – Au Tournant De Minuit

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Titre : Au Tournant De Minuit
Auteur : Minette Walters
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2021
Origine : Angleterre (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Automne 1348. À Develish, Lady Anne et ses gens organisent la survie au quotidien dans une Angleterre ravagée par une épidémie de peste noire.

De leur côté Thaddeus Thurkell et ses cinq compagnons font le tour des bourgs environnants afin de prendre la mesure de la catastrophe, de recenser les survivants et les ressources et d’organiser au mieux la survie de chacun.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite des Dernières Heures, malgré quelques défauts l’intrigue restait suffisamment bien construite pour donner envie d’en savoir plus.

Ma Chronique

Je pourrai quasiment faire un copier-coller de ma chronique des Dernières Heures pour vous causer de sa suite, Au Tournant De Minuit ; on retrouve en effet les mêmes défauts et les mêmes qualités dans les deux romans.

Sans surprise on retrouve de nombreux personnages déjà croisés dans Les Dernières Heures, à commencer par les habitants de Develish (qu’ils soient restés au domaine ou qu’ils parcourent le Comté). Fort heureusement nous serons aussi amenés à faire de nouvelles rencontres, notamment quant Thaddeus et les siens aborderont Blandeforde (le bourg du seigneur du Comté).

Premier constat un peu amer, on retrouve le même manichéisme poussé à l’extrême dans les personnages. Pas de demi-mesure dans les personnalités, c’est tout blanc ou tout noir, les nuances de gris, connais pas. Et quand une personnalité évolue (vers le bien cela va de soi) le changement se fait quasiment d’une seule traite, un virage à 180° sans que l’on comprenne vraiment le pourquoi du comment de la chose (sinon par une explication des plus succincte).

La survie à Develish étant désormais une affaire qui roule, l’intrigue se concentre davantage sur les voyages de Thaddeus et de ses compagnons qui prennent conscience de l’étendue de l’épidémie. Il faut attendre la seconde partie du roman et l’arrivée à Blandeforde pour que l’intrigue prenne véritablement son envol.

Là encore même constat que lors de la lecture des Dernières Heures, l’intrigue est relativement linéaire et ne réserve pas de grande surprise au lecteur. À aucun moment on ne doute d’un dénouement positif, quelle que soit la situation dans laquelle se retrouvent les personnages.

Face à de telles critiques vous pourriez vous attendre à ce que descende le bouquin en flèche mais que nenni, Minette Walters sait y faire pour que ces défauts soient relégués au second plan. L’intrigue reste globalement bien construite et addictive, on se surprend à vouloir connaître le fin mot de l’histoire… même si parfois on râle u peu, on continue de dévorer les chapitres les uns à la suite des autres.

En fait je serai tenté de dire que c’est le type de bouquin idéal pour aborder un genre (le roman historique) pour lequel le lecteur ne ressent pas d’affinités particulières. Une approche simplifiée (pour ne pas dire simpliste) qui permet de sa familiariser avec le genre… et pourquoi pas d’y prendre goût.

Certes les amateurs de Ken Follet et consorts lèveront plus d’une fois les yeux au ciel devant une telle vulgarisation de l’Histoire ; aussi je les invite à passer leur chemin plutôt que de perdre leur temps.

Je ne sais pas si une suite est prévue, en ‘état je serai tenté de dire qu’elle ne s’impose pas. À l’issue de ce second opus nous avons toutes les clés en main pour imaginer la suite des événements (d’autant que l’auteure nous la suggère fortement).

Les mêmes causes produisant les mêmes effets ma conclusion sera la même que pour Les Dernières Heures, une lecture agréable malgré de grosses faiblesses narratives.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Carnaval Des Ombres

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Carnaval Des Ombres
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Grande-Bretagne (2014)
648 pages

De quoi ça cause ?

1958. Un cirque ambulant vient de s’installer dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. La troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par la découverte d’un macchabée partiellement glissé sous le carrousel.

Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. De plus, il a bien du mal à tirer les vers du nez des membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory. Chacun de ses romans possède une identité qui lui est propre et le rend unique.

Ma Chronique

Contrairement aux apparences Le Carnaval Des Ombres n’est pas le dernier roman de R.J. Ellory, celui-ci a été publié en 2014 en Grande-Bretagne. Le dernier en date, Proof Of Life, n’est pas encore traduit (tout comme Kings Of America, publié en 2017).

R.J. Ellory demeure le plus américains des auteurs britanniques dans le sens où tous ses romans se déroulent aux Etats-Unis. Il faut dire que l’auteur sait y faire quand il s’agit de disséquer la société américaine et accessoirement de déconstruire un mythe.

Ainsi avant JFK dans Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort, c’est J. Edgar Hoover, le mythique et très controversé directeur du FBI, qui est passé sous l’impitoyable moulinette de R.J. Ellory.

SI l’auteur excelle dans le genre qui lui est cher (le thriller) il parvient à se renouveler et à donner une griffe unique à chacun de ses romans. C’est plus que jamais vrai avec ce Carnaval Des Ombres et son étrange troupe de saltimbanques. Quasiment de la première à la dernière page on se dit que le bouquin aurait pu être écrit par Stephen King (et un King au sommet de sa forme). Il flotte en effet sur l’intrigue une ombre de paranormal, voire de fantastique.

Le nouvellement promu agent fédéral senior, Michael Travis, débarque à Seneca Falls fort de ses certitudes. Plutôt taiseux et distant il n’est pas d’un abord facile mais c’est surtout son caractère rigoureux (dans le bon et le mauvais sens du terme) qui le définit le mieux.

Afin de mieux cerner le pourquoi du comment de sa personnalité, quelques flashbacks reviennent sur les moments forts (et souvent douloureux) de son passé.

Il n’en reste pas moins que pensant être confronté à une enquête banale, il va rapidement se rendre compte que de nombreux détails ne collent pas. Mais ce sont ses échanges avec Edgar Doyle qui le perturberont le plus, non seulement il n’hésite pas à critiquer ouvertement le système, les méthodes du FBI et même l’intouchable Hoover, mais en plus il bouscule les certitudes de Travis. Théories complotistes ou vérités cachées ? A Travis de le découvrir… au risque d’avoir à en payer le prix !

Si le personnage principal est bel et bien Michael Travis, je serai tenté de dire que les véritables héros de ce roman sont les artistes du Carnaval des Ombres. Ils ont une capacité hors du commun à percer la véritable personnalité de leurs interlocuteurs, mais aussi et surtout de mettre à jour leurs blessures secrètes et de les apaiser (ou pas si les intentions de leur vis-à-vis leur sont nuisibles).

Le personnage le plus étonnant est leur chef de file, Edgar Doyle, Il n’hésitera pas à faire vaciller l’univers de Michael Travis mais pas dans l’intention de lui nuire, au contraire c’est pour le pousser à retirer les œillères qui l’empêchent de voir le monde tel qu’il est.

Enfin il faudra aussi compter avec les habitants de Seneca Falls qui auront leur mot à dire dans le déroulé de l’intrigue. Je pense notamment à Laura McCaffrey qui va s’évertuer à essayer de rendre Travis plus « humain ».

Je n’ai pas lu tous les romans de R.J. Ellory (je n’ai que six titres à mon actif, sur les dix-sept romans qui ont été traduits à ce jour) mais d’ores et déjà je place celui-ci dans mon top 3 spécial R.J. (aux côtés de Seul Le Silence qui est le roman qui m’a fait découvrir l’auteur et du Chant De L’Assassin qui m’a fait passer pour toutes les émotions possibles et imaginables). C’est donc naturellement que je lui attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) largement mérité !

Pour conclure cette chronique je tiens à préciser que si cette lecture m’a pris un certain temps (pas loin d’une quinzaine de jours) c’est essentiellement à cause d’un emploi du temps professionnel particulièrement chargé qui faisait qu’en rentrant j’avais davantage envie de plonger le nez dans un verre de Jack que dans un roman (aussi bon soit-il).

MON VERDICT

Coup double