[BOUQUINS] Tim Willocks – La Mort Selon Turner

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T. Willocks - La mort selon Turner

Titre : La Mort Selon Turner
Auteur : Tim Willocks
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Au terme d’une soirée trop arrosée, Dirk Le Roux, un jeune et riche Afrikaner percute violemment une jeune SDF des townships. Ses amis et lui reprennent la route, la laissant agoniser sur le bas côté jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Margot Le Roux, la mère de Dirk, une puissante femme d’affaires de Cap-Nord, est convaincue que l’affaire peut être étouffée en graissant les bonnes pattes.

Sauf que l’adjudant Turner, en charge de l’enquête, ne voit pas les choses sous cet angle-là. Un crime a été commis, justice doit être rendue, qu’importent les origines et classes sociales de la victime et du coupable.

En se rendant au Cap-Nord, Turner sait qu’il sera seul contre tous, mais il faut bien plus que ça pour le dissuader de mener son combat jusqu’au bout…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers de Tim Willocks. J’aurai pu piocher dans mon Stock à Lire Numérique un de ses récents romans historiques, j’ai préféré rester dans ma zone de confort avec un thriller pur et dur.

Parce que Sonatine, via la plateforme Net Galley, a accepté de répondre favorablement à ma sollicitation, me permettant ainsi de découvrir ce titre en avant-première (parution le 11 octobre).

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avais beau savoir que Tim Willocks n’en était pas à son coup d’essai en matière de thriller, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut dans la tronche en attaquant ce bouquin.

D’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur, le prologue commence en effet quelques heures avant le dénouement de l’histoire ; Turner est déjà au cœur de l’action et on devine aisément que son séjour à Cap Nord n’a pas dû être de tout repos…

Vous l’aurez compris ce bouquin vous emmène visiter l’Afrique du Sud, mais oubliez les décors de cartes postales pour touristes en goguette. Ici vous découvrirez l’envers du décor, le côté obscur de l’Afrique du Sud en quelque sorte.

À commencer par la région dans laquelle se déroule l’intrigue, des terres arides aux portes du Kalahari. Une région qui doit une prospérité inespérée à l’exploitation minière de Margot Le Roux et de fait elle règne sur les lieux en maîtresse absolue, les autorités sont à sa botte.

On découvre aussi un pays en proie à une criminalité galopante où la corruption est une activité aussi courante que lucrative. Tout se paye quand on y met le prix, si ce n’est avec du cash, il suffit de trouver ce qui fera vibrer la bonne corde sensible.

Heureusement tout le monde ne se complaît pas dans cette fange nauséabonde et malsaine. Turner est un modèle d’intégrité qui, à défaut de croire en la police, croit encore en la loi et entend bien la faire respecter à tout prix. Adepte du tai-chi, il est la zénitude incarnée, mais ne vous avisez pas à venir piétiner ses plates-bandes, il peut se transformer en une véritable machine de guerre quand la situation l’impose.

Vous l’aurez compris pas d’entente possible entre Margot, prête à tout pour soustraire son fils à la justice, et Turner, bien déterminé à le ramener au Cap afin qu’il y soit jugé. Aucun des deux ne courbera l’échine devant l’autre, la confrontation est inévitable et elle s’annonce explosive.

Une intrigue menée à un train d’enfer qui saura vous prendre d’emblée aux tripes et ne vous lâchera pas avant le clap de fin ; et autant vous prévenir de suite, entre-temps vous n’aurez guère l’occasion de reprendre votre souffle.

Forcément c’est violent (souvent) et trash (parfois), mais ce n’est jamais gratuit. L’action est mise au service de l’intrigue et souvent analysée par les personnages qui n’agissent parfois plus par nécessité que de gaieté de cœur. Vous aurez notamment le droit à une inoubliable leçon de survie au cœur du désert… à éviter le ventre plein !

Évidemment on ne peut qu’éprouver un profond respect pour le personnage de Turner, mais l’auteur apporte le même soin à l’ensemble de ses personnages. Même les méchants ne sont pas des brutes épaisses décérébrées, ils ont leur raison d’agir de la sorte (amour d’une mère pour son fils, amour d’un homme pour sa femme, loyauté, amitié, appât du gain…) ; on n’est pas obligé d’adhérer, mais ça leur confère malgré tout une certaine humanité.

Et puis il y a les autres, ceux qui se retrouvent le cul entre deux chaises, mais ne peuvent guère réagir soit parce que trop impliqués par ailleurs (Winston), ou par peur de se dresser contre la Reine-Mère Margot (Iminathi) ou encore parce qu’ils ignorent tout de ce qui est train de se tramer à l’insu de leur plein gré (Dirk).

Un thriller noir à souhait, mais quelle claque ! Un magistral coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité, et bien sûr Five Jack !

Si vous voulez un thriller qui dépote grave, La Mort Selon Turner est fait pour vous. En refermant le roman, je sais d’ores et déjà que je ne suis pas près d’oublier cette rencontre avec Turner.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jonathan Skariton – Séance Infernale

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L. Skariton - Séance Infernale
Titre : Séance Infernale
Auteur : Jonathan Skariton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
384 pages

De quoi ça cause ?

Alex Whitman n’a pas son pareil pour dénicher des objets en lien avec le cinéma, même ceux réputés introuvables ; il faut dire que ses méthodes ne sont pas toujours très orthodoxes, en effet il ne recule devant (presque) rien pour arriver à ses fins.

Sa mission du moment : retrouver le film Séance Infernale, réalisé par Augustin Sekuler, un inventeur français, des années avant que les travaux des frères Lumière et de Thomas Edison n’aboutissent.

Son enquête le conduira à Édimbourg (Ecosse) sur les traces de Sekuler et de son film, mais il encore loin de se douter que ses recherches seront plus périlleuses que ce à quoi il pouvait s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, c’est un thriller et ça met le cinéma à l’honneur… ça fait trois bonnes raisons de se laisser tenter.

Parce que le billet enthousiaste de Stelphique est venu rajouter une couche sur un degré de curiosité déjà élevé.

Sonatine ayant accepté, via la plateforme Net Galley, de donner une suite favorable à ma sollicitation, je ne vois aucune raison de différer plus avant cette lecture.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Vous l’aurez certainement remarqué j’ai un faible pour les thrillers et, même si c’est moins évident, pour le cinéma ; difficile, pour ne pas dire impossible de résister à un roman qui combine ces deux éléments et saupoudre le tout d’une bonne dose d’énigmes à résoudre.

Je ne sais pas si je peux me prétendre cinéphile, mais il est vrai que je suis un passionné de cinéma depuis de nombreuses années, même si mes goûts personnels me portent plus vers le cinéma contemporain, je connais quand même mes classiques (la preuve, je connais quasiment tous les films cités dans ce roman).

J’avais déjà lu que l’attribution de l’invention du cinéma aux Frères Lumière et à Thomas Edison était sujette à caution, mais je dois reconnaître que j’ai été bluffé par le travail de recherche effectué par l’auteur. Si le personnage d’Augustin Sekuler est fictif, il s’inspire d’un inventeur français bien réel, Louis Aimé Augustin Le Prince, qui aurait été un précurseur en matière de cinéma. Et qui, comme Augustin Sekuler, disparaîtra mystérieusement en 1890 au cours d’un voyage en train reliant Dijon à Paris. La comparaison s’arrête à ça, tout le reste n’est que fiction.

Je rassure ceux et celles que l’idée de courir après un vieux film rebuterait, il y a bien plus que ça dans ce roman. Un tueur en série particulièrement retors, voilà qui devrait vous motiver davantage.

Il faut savoir que si Alex Whitman se donne corps et âme dans son travail, c’est pour essayer de surmonter un drame personnel survenu une dizaine d’années plus tôt : la disparition de sa fille alors qu’il la conduisait au parc de Meadows à Édimbourg. Disparition suivie, quelque temps plus tard, par son divorce.

D’enfant il est aussi question dans la vie d’Augustin Sekuler, sa fille Zoe ayant elle aussi mystérieusement disparu. De nos jours aussi à Édimbourg une menace plane sur les enfants, suite à la découverte du corps calciné d’une fillette, l’inspecteur Georgina McBride est persuadée qu’un tueur en série sévit depuis plusieurs années en toute impunité… même si sa hiérarchie ne semble pas partager son point de vue.

Vous l’aurez compris sans qu’il me soit utile de le préciser : celui qui a enlevé (et certainement tué) la fille de Whitman dix ans plus tôt et le tueur en série qui sévit encore aujourd’hui sont très certainement une seule et même personne.

Mais alors quel rapport avec ce fichu film oublié de tous ? Et bien, ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Je ne suis pas là pour vous raconter le bouquin, mais pour vous donner envie de le lire.

L’enquête, avec ses multiples ramifications, est tout simplement captivante. Impossible de lâcher le morceau une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et faites-moi confiance, l’auteur sait y faire pour que vous appâter.

Les chapitres sont courts, l’écriture va à l’essentiel, tout est fait pour assurer un rythme de croisière soutenu. Et qui, bien entendu, ira crescendo au fil des pages !

J’ai beaucoup aimé les personnages de Whitman et McBride, mais il serait franchement injuste de ne pas citer le troisième larron : Charlie, le collègue et ami de Whitman. Pour être tout à fait franc, tous les personnages sont impeccablement travaillés et crédibles.

Une intrigue qui fait aussi la part belle à la ville d’Édimbourg, au point que l’on pourrait quasiment la considérer comme un personnage à part entière. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais en refermant ce bouquin j’ai eu envie d’aller la visiter, de découvrir tous ces coins et recoins à côté desquels un visiteur non avisé passerait sans les voir.

Si la plupart des notes vers lesquels pointent les appels de note vous renseignent sur tel ou tel aspect de l’histoire, d’autres sont nettement plus surprenantes. L’auteur vous invite à revêtir votre tenue d’enquêteur et à les décrypter (sans vous en donner la clé).

Petite anecdote en passant :

Je clique sur le premier appel de note [1] et je vois un truc comme ça s’afficher :

1. N’importe quel âge : -… .. . -. / –.- ..- . / .-.. .- –. . / .. — .–. — .-. – . / .–. . ..- / .- / — — .. -. … / -.. . – .-. . / ..- -. / ..-. .-. — — .- –. .

Je me suis dit que mon fichier devait être corrompu. Renseignement pris (merci Stelphique), c’est « normal » et je dois m’attendre à d’autres surprises.

Donc c’est qu’il y a un truc à décoder et du coup la clé saute aux yeux : du morse !

Facile ! Sauf que les autres notes cryptées sont nettement plus coriaces… J’ai renoncé à y comprendre quelque chose ; ce qui ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension du bouquin, ça ajoute même une sympathique touche d’interactivité.

J’ai envoyé un mail à l’auteur afin d’avoir des explications (à supposer qu’explications il y ait), on verra bien s’il me répondra ou non.

Pour un premier roman Jonathan Skariton nous propose un mélange des genres (Indiana Jones & Sherlock Holmes affrontent le Da Vinci Code) audacieux, mais totalement maîtrisé.

MON VERDICT


La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Le bouquin comporte de nombreux appels de notes numérotés vers lesdites notes (57 au total), dommage que l’appel et la note ne soient pas liés (un clic sur l’appel affiche directement la note correspondante). C’est quand même vachement plus pratique que de devoir naviguer d’une section à l’autre du bouquin…

Plutôt inhabituel de la part de Sonatine qui tend à nous proposer des versions epub quasiment irréprochables.

J’ai fait les liens manuellement sous Sigil, pas de difficulté particulière, si ce n’est qu’il faut répéter l’opération 57 fois…

[BOUQUINS] Kurt Vonnegut – Tremblement De Temps

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K. Vonnegut - Tremblement de Temps

Titre : Tremblement De Temps
Auteur : Kurt Vonnegut
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : USA (1997)
304 pages

De quoi ça cause ?

En février 2001 un tremblement de temps renvoie l’humanité dix années plus tôt, en 1991. Les hommes vont se voir contraints de revivre cette décennie sans rien pouvoir changer quant à leurs choix et décisions du moment. Dix années durant ils seront à la fois acteurs et spectateurs de leur vie, impuissants à réparer les erreurs et mauvais choix, condamnés à en subir à nouveau les conséquences…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je n’ai jamais lu de roman de Kurt Vonnegut alors qu’il semble être considéré par beaucoup comme un porte-drapeau de la littérature underground US.

Parce que justement Super 8 nous propose un titre encore jamais publié en français.

Parce que Super 8 et Net Galley ont accepté de donner suite à ma demande.

Ma chronique

Je tiens à remercier les éditions Super 8 et la plateforme Net Galley pour la confiance qu’ils m’ont témoignée en acceptant ma sollicitation pour ce titre.

Une demande acceptée qui a toutefois bien failli rester sans suite, le roman m’ayant été proposé au format PDF j’ai informé l’éditeur que je ne le chroniquerai pas. Quelque temps plus tard, un peu par hasard, j’ai découvert que le titre était désormais disponible au format EPUB, je suis donc revenu sur ma décision.

Un roman (?) qui a bien failli ne jamais voir le jour comme nous l’explique Kurt Vonnegut dans son prologue :

Et voilà que moi, à l’hiver 1996, je me trouvais être le créateur d’un roman qui ne tenait pas debout, qui n’allait nulle part et qui, pour commencer, n’avait jamais demandé à être écrit. Merde ! J’avais, si vous voulez, passé pas loin d’une décennie sur ce poisson ingrat. Et il n’était même pas bon à appâter les requins.
(…)
Mon gros poisson, qui puait pas mal, était intitulé Tremblement de temps. Baptisons-le Tremblement de temps I. Et baptisons celui-ci, ragoût concocté à partir des meilleurs morceaux du précédent et mélangé à des réflexions et expériences des sept derniers mois environ, Tremblement de temps II.

Bien que le roman ait été publié en 1997 et que l’auteur jouisse d’une certaine notoriété, il faudra attendre 2018 pour qu’une version française soit publiée à l’initiative de Super 8. L’occasion pour les lecteurs français de découvrir un inédit édité à titre posthume (Kurt Vonnegut est mort en 2007, à l’âge de 84 ans).

Je ne sais pas si ce Tremblement De Temps est représentatif du travail de Kurt Vonnegut, mais c’est, de prime abord en tout cas, totalement déroutant comme lecture. Le pitch proposé n’est que très vaguement évoqué et sert surtout à l’auteur de prétexte pour nous parler de lui à travers diverses anecdotes le concernant lui ou ses proches et autres réflexions sur des sujets divers et variés.

Son alter ego fictionnel (avec qui il échange beaucoup), Kilgore Trout, écrivain de SF qui a la particularité de jeter aux ordures ses nouvelles sans même chercher à les faire publier, intervient souvent pour nous faire part, lui aussi de ses réflexions et son vécu (?).

J’avoue qu’au début de ma lecture je me suis demandé dans quel bourbier j’avais mis les pattes et quel pouvait bien être l’intérêt de la chose que j’étais en train de lire. La réponse s’est imposée d’elle-même après quelques chapitres ; tout l’intérêt de ce bouquin pour le moins atypique réside dans la plume de Kurt Vonnegut.

Force est de reconnaître que l’auteur est un conteur hors pair, on boit littéralement ses phrases, c’est un véritable régal pour les yeux, le cœur et les neurones (mon athéisme viscéral m’interdit d’y ajouter l’âme… mais grande est la tentation de le faire). J’en profite d’ailleurs pour saluer le travail de la traductrice Aude Pasquier.

Kurt Vonnegut a autant de gouaille que de talent, la langue de bois et le politiquement correct ne sont définitivement pas sa tasse de thé, il dit ce qu’il a à nous dire sans y aller par quatre chemins, pimentant même son propos d’un humour aussi ravageur que corrosif.

Morceau choisi à propos de l’Église :

« Quand ils ont découvert que j’étais divorcé, ai-je dit, ils m’ont prescrit toutes sortes de pénitences qu’il fallait que j’accomplisse avant de redevenir assez pur pour pouvoir me marier chez eux.
— Eh bien, voilà, a dit Trout. Imaginez les pinailleries qu’il aurait fallu que vous surmontiez si vous aviez été un ancien taulard. Et puis, si ce pauvre enculé qui vous a écrit a vraiment trouvé une Église qui l’a accepté, il pourrait très bien être de retour en prison à l’heure actuelle.
— Pourquoi ? ai-je demandé. Pour avoir piqué dans le tronc des pauvres ?
— Non, a répondu Trout. Pour avoir plu au Christ en abattant un médecin qui se rendait à son boulot dans une usine à avortement. »

Si l’auteur peut se targuer d’avoir eu une vie bien remplie ponctuée de nombreuses rencontres, mais aussi de deuils ; les interventions de Kilgore Trout quant à elles apportent un brin de folie à l’ensemble, à travers notamment des rencontres avec des personnages hauts en couleur et ses nouvelles aux histoires pour le moins ubuesques.

Ce bouquin n’est à nul autre pareil, un véritable fourre-tout sans queue, ni tête, mais qui se lit malgré tout avec beaucoup de plaisir (et j’en ai été le premier surpris). Une lecture quasi expérimentale qui vaut son pesant de cacahuètes. A réserver toutefois aux amoureux des mots qui ont un peu de temps à perdre…

Je ne peux pas dire, en refermant ce bouquin, que j’ai découvert l’univers littéraire de Kurt Vonnegut, par contre j’ai appris beaucoup de choses sur Kurt, non seulement l’auteur, mais aussi l’homme qu’il était. Une belle rencontre par écrits interposés qui m’a donné envie de découvrir ses « vrais » romans.

Je laisse le mot de la fin à Kurt Vonnegut :

Écoutez : nous sommes sur terre pour glandouiller. Ne laissez personne prétendre autre chose !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Ezekiel Boone – Eclosion

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E. Boone - Eclosion

Titre : Éclosion
Série : The Hatching – Tome 1
Auteur : Ezekiel Boone
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2018
Origine : USA (2016)
368 pages

De quoi ça cause ?

Nul n’était préparé à affronter une pareille menace. De par le monde des vagues d’araignées anthropophages s’abattent sur ceux et celles qui ont le malheur de croiser leur chemin. Leur comportement ne répond à aucun schéma connu et le nombre joue en leur faveur, rien ne semble pouvoir stopper leur expansion et leur appétit destructeur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour sa couv’ que j’ai beaucoup aimée, pour le contraste entre l’impression de quiétude qui se dégage de l’image et de l’araignée qui semble s’extirper du titre.

Par curiosité aussi, je voulais voir si l’auteur parviendrait à être crédible avec son invasion d’araignées cannibales…

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à préciser que la longueur de cette chronique n’est pas proportionnelle à mon ressenti (on vous l’a sûrement déjà dit : ce n’est pas la taille qui compte !). C’est le fait d’un choix délibéré d’en dire le moins possible afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Bien que la sagesse populaire affirme haut et fort que les petites bêtes ne mangent pas les grosses (en oubliant toutefois de préciser que cela n’est avéré que si la grosse bête en question est en vie… les insectes nécrophages n’étant donc pas à prendre en considération), je dois avouer que, sans être franchement arachnophobe (un peu quand même), je n’aime pas les araignées. Je suis donc la cible idéale pour ce bouquin !

Si vous aussi vous voulez jouer à vous faire peur sachez tout de même que c’est une lecture que je déconseillerai aux âmes sensibles, ces bestioles ayant un appétit particulièrement vorace…

Eclosion est le premier tome d’une trilogie (The Hatching en VO), le second, Infestation, étant d’ores et déjà disponible chez Actes Sud, j’ai bon espoir de voir le troisième et dernier opus traduit prochainement.

Ce premier tome remplit parfaitement son rôle de mise en appétit. Le décor est assez vite planté, à travers des chapitres courts l’auteur vous promène aux quatre coins du monde afin que l’on prenne conscience de l’ampleur du chaos, mais aussi de l’inéluctabilité du phénomène.

Forcément on croise de nombreux personnages, mais vous pouvez compter sur ces braves arachnides pour vous indiquer quels sont ceux appelés à compter pour la suite des événements… pas de bol pour les autres qui finiront soit comme casse-dalle pour araignées voraces, soit comme hôte pour héberger leurs œufs (on se demande quel est le sort le plus enviable).

J’étais curieux de savoir comment Ezekiel Boone s’en sortirait sur la base d’un scénario aussi improbable, force est de reconnaître qu’il tire bien son épingle du jeu ; tout en restant clairement dans un contexte fictionnel, on finit par croire au déroulé de son invasion (et de son intrigue de fait). Du coup il deviendra rapidement difficile de lâcher le bouquin, la tension montant crescendo au fil des chapitres.

L’auteur ne manque pas de parsemer ses chapitres de quelques touches d’humour… souvent noir, cela va de soi. La narration chorale fonctionne plutôt bien et est en totale adéquation avec la dimension internationale de l’invasion.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier opus, nul doute que je viendrai très prochainement vous causer de la suite des événements. D’autant que le final laisse présager quelque chose d’encore plus énorme…

Pour l’anecdote Ezekiel Boone est un pseudonyme de plume derrière lequel se « cache » Alexi Zentner, un auteur canadien dont j’avoue sans la moindre honte n’avoir jamais entendu parler.

MON VERDICT

[BOUQUINS]Stephen King – Cookie Jar

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S. King - Cookie Jar

Titre : Cookie Jar
Auteur : Stephen King
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2018
Origine : USA (2015)
33 pages

De quoi ça cause ?

Dale rend visite à son arrière-grand-père, Rhett Alderson, dans le cadre d’un devoir scolaire portant sur les différences entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui.

Mais Rhett va aller beaucoup plus loin dans les confidences, révélant à Dale un secret dont il n’a jamais parlé à personne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour continuer, je l’espère, de surfer sur la vague de félicité entamée avec Gwendy Et La Boîte À Boutons.

Parce que je suis tombé un peu par hasard sur cette nouvelle en parcourant mon Stock à Lire Numérique (qui est pourtant classé avec une maniaquerie quasi obsessionnelle). Fichtre diantre, une nouvelle du King qui a échappé à ma vigilance !

Ma chronique

La nouvelle faisant une trentaine de pages la présente chronique sera donc relativement courte.

Après la jeune et sympathique Gwendy, changeons de génération pour faire connaissance du plus tout jeune (90 piges au compteur), mais tout aussi sympathique Rhett.

Rhett ? Peut être que ce prénom vous rappelle vaguement quelque chose… c’est normal et c’est un choix délibéré de Stephen King :

Son arrière-petit-fils l’appela d’abord « arrière-grand-papa », mais Barrett ne voulut pas en entendre parler.
« Ça me vieillit encore plus. Appelle-moi Rhett. C’est comme ça que faisait mon père. J’ai été Rhett avant qu’il n’y ait un Rhett Butler, tu te rends compte ? »
Dale demanda qui était Rhett Butler.
« Oublie ça. C’était un mauvais livre et un film très moyen. Parle-moi encore de ton projet.

Je ne me prononcerais pas sur la qualité du livre, n’ayant jamais lu Autant En Emporte Le Vent, concernant le film je rejoins volontiers l’avis de ce brave Rhett, c’est pas transcendant (et surtout ça a très mal vieilli).

Revenons à nous moutons et à nos cookies…

Comme Gwendy, Rhett à un secret, un pot à cookies (Cookie Jar chez nos amis anglophones… comme quoi le titre est vachement bien pensé) que je qualifierai à double tranchant ; avec un côté face plutôt pas mal et un côté face nettement plus glauque. Mais je ne vous en dirai pas plus…

Sur la forme rien à redire, c’est superbement écrit et ça se lit tout seul (une fois de plus je ne peux que m’incliner devant la qualité de la traduction de Michel Pagel).

Rhett va raconter sa jeunesse à Dale, avec notamment la traversée de la Seconde Guerre Mondiale durant laquelle il a combattu en Europe, participant au Débarquement de Normandie et par la suite à la libération des camps. Forcément un épisode qui a de quoi marquer à jamais les esprits même les plus endurcis.

Mais c’est aussi une histoire familiale, Rhett nous parle de ses parents et de ses frères ; l’occasion pour l’auteur de souligner l’importance de la famille dans notre vie de tous les jours (dit comme ça, ça peut paraître évident, mais dans les faits on a souvent tendance à oublier cette évidence).

Les choses se corsent quand Rhett en vient à évoquer le côté obscur de ce fameux pot à cookies, l’auteur nous ouvre les portes sur un potentiel horrifique des plus prometteurs… avant de les refermer presque aussitôt ! C’est un tantinet frustrant pour le lecteur qui peut légitimement se demander pourquoi avoir abordé la question de façon aussi superficielle.

Une lecture agréable, mais qui nous laisse un amer goût d’inachevé au moment de refermer le bouquin.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stephen King & Richard Chizmar – Gwendy Et La Boîte À Boutons

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S. King & R. Chizmar - Gwendy et la boîte à boutons

Titre : Gwendy Et La Boïte À Boutons
Auteur : Stephen King & Richard Chizmar
Éditeur : Le Livre De Poche
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
160 pages

De quoi ça cause ?

1974. Gwendy a 12 ans quand un étrange bonhomme, M. Farris, lui offre une boîte à boutons encore plus étrange. À peine lui a-t-il vaguement expliqué le fonctionnement de la boîte, composée de deux manettes et huit boutons colorés, que l’homme disparaît sur une ultime mise en garde quant aux responsabilités qu’impose la possession de la boîte.

Dix ans durant la boîte à boutons accompagnera Gwendy et changera sa vie, pour le meilleur… et pour le pire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King, tant pis si ce n’est « qu’une » nouvelle, tant pis si elle est écrite à quatre mains, King is THE KING !

Parce que je ne voulais pas rester sur une déception (Sleeping Beauties) en attendant son prochain roman (The Outsider… pas encore de date annoncée pour une publication en français).

Ma chronique

Si vous me le lisez depuis déjà quelque temps vous savez sans doute que je ne suis pas un inconditionnel des nouvelles, mais force est de reconnaître que c’est un exercice dans lequel Stephen King excelle. C’est donc plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de Gwendy Et La Boîte À Boutons.

Est-il vraiment utile de présenter Stephen King ? Qui ne connaît pas le King ? Même sans être un inconditionnel du bonhomme vous en avez forcément entendu parler.

Par contre je suppose que le nom de Richard Chizmar ne vous dit rien, ne vous inquiétez pas c’est normal ; bien qu’il jouisse d’une notoriété certaine outre Atlantique, comme auteur (surtout nouvelliste) et éditeur, son travail n’a jamais été publié en français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, revenons un instant sur le prénom de notre héroïne ; Gwendy, ce n’est pas commun comme prénom. Laissons justement cette chère Gwendy nous en parler :

Mon père voulait m’appeler Gwendolyne – le prénom de sa grand-mère – et ma mère Wendy, comme dans Peter Pan. Alors ils ont transigé.

Quand on fait sa connaissance, en 1974, elle a douze ans et ne se sent pas très sure d’elle même, mal dans sa peau à cause d’un léger surpoids… bref une gamine ordinaire dans un monde tout aussi ordinaire (et impitoyable, surtout chez les adolescents).

Et v’là-t’y pas qu’un beau jour (ou peut être une nuit… Non Barbara, pas maintenant s’teup !) un bien étrange bonhomme affublé d’un chapeau melon noir lui confie une boîte à boutons tout aussi bizarre que son propriétaire. Mais attention il ne s’agit pas de n’importe quelle boîte, celle-ci est magique, grand est son pouvoir comme dirait ce brave Yoda.

Si vous connaissez un tantinet l’univers de Spiderman, vous n’êtes pas sans savoir qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Ce que M. Farris (notre étrange bonhomme chapeauté) explique à Gwendy en ces termes :

Prends soin de la boîte. Elle accorde des dons, mais ce n’est qu’une faible récompense des responsabilités qu’elle impose.

Nous allons donc accompagner Gwendy au fil des ans, un parcours relativement normal (sans doute un peu plus brillant que la moyenne) pour une jeune femme tout aussi normale. Découvrir ses amis, ses amours (ses emmerdes… Charles, non ! Quoique), ses parents… bref tout ce qui fait son quotidien.

Et la boîte me direz-vous ? Quelle est donc l’étendue de ses fameux pouvoirs magiques (en admettant qu’ils soient bien réels) ? Non rien de rien (je ne regrette rien… Edith ! P’tain, pas moyen de bosser tranquille) je ne vous en dirai rien de plus ; si vous voulez le savoir, vous n’avez qu’à lire le bouquin.

Encore faudrait-il savoir si ce bouquin vaut la peine d’être lu… Ma réponse est sans hésitation un grand OUI. Non seulement c’est bien écrit (et donc bien traduit pour nous, lecteurs francophones), mais en plus les auteurs nous content une belle histoire que vous dévorerez d’une traite.

Même le côté gentillet (sans aucune mièvrerie je ne vous rassure) de l’histoire ne m’a dérangé outre mesure, ça colle même plutôt bien avec l’ensemble des ambiances et émotions que l’on traverse au cours cette lecture.
Certes j’aurai aimé une approche plus horrifique et un peu moins aseptisée, mais dans ce cas c’est tout le récit qu’il aurait fallu repenser et visiblement ce n’est pas ce vers quoi les auteurs tendaient.

On pourrait aussi leur reprocher de ne pas avoir suffisamment exploité le côté obscur de la boîte à boutons, mais là encore ça n’aurait pas collé avec le personnage de Gwendy.

Au final cette nouvelle s’avère être une mise en bouche fort agréable et savoureuse en attendant de découvrir le prochain roman du King.

Cerise sur le gâteau (icing on the cake et non cherry on the cake chez nos amis anglo-saxons), le bouquin est joliment illustré par Keith Minnion et le gars a un joli coup de crayon !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc S. Masse – Cross

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M. S. Masse - Cross

Titre : Cross
Auteur : Marc S. Masse
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Eric Milan est un ex-flic qui s’est installé à son compte comme détective privé, outre des affaires pas franchement folichonnes, il peine à boucler les fins de mois. Quand un client lui propose un 300 000 € pour identifier et éliminer l’homme qui est responsable de la mort de son fils, Milan ne rechigne pas longtemps avant d’accepter.

Mais pour se faire, Milan devra participer au Grand Cross, une course extrême réservée aux sportifs accomplis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et l’occasion de découvrir Marc S. Masse, un nouveau venu dans leur catalogue.

Parce que Nathalie et Net Galley me permettent de découvrir ce roman en avant-première (parution le 8 octobre).

Ma chronique

Je remercie Flamant Noir, tout particulièrement Nathalie, et Net Galley qui m’offrent l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

Je suis un grand consommateur de thrillers et romans policiers, mais il me semble que c’est la première fois que j’en lis un qui se déroule au cœur d’une épreuve sportive. Et quelle épreuve !

Le Grand Cross c’est huit étapes de course à pied sur tous types de terrain et qu’importent les conditions météo. Chaque jour les concurrents devront courir sur plus de 50 kms avant une dernière étape de 84 kms !

Le roman se divise en deux parties, la première représentant plus de 85% du bouquin. Et c’est plutôt une bonne chose, car dans cette première partie Marc S. Masse fait preuve d’une remarquable maîtrise.

La grande force de ce Cross réside dans le personnage d’Eric Milan. Milan c’est un peu Monsieur Tout-le-Monde quand on fait sa connaissance, un quadra qui se laisse un peu aller, un gars enlisé dans un boulot qui ne lui plait pas vraiment et avec des fins de mois difficiles. Si Milan accepte la mission qui lui est confiée, ce n’est ni par idéal ni par grandeur d’âme, non, c’est pour le fric et uniquement le fric.

Dans cette première partie on le voit se surpasser au fil des étapes, on en viendrait presque à souffrir avec lui tant l’auteur réussit à nous plonger dans la peau de son personnage. D’autant que la course va rapidement lui réserver d’autres surprises qui n’ont rien à voir avec le sport.

A ce niveau je dois avouer que j’ai rapidement compris qui tirait les ficelles et surtout quelles étaient ses motivations. C’est une phrase de Milan qui m’a mis sur la voie. Malgré l’absence de surprise à ce niveau (la suite m’a en effet donné raison sur toute la ligne) j’ai pris énormément de plaisir à parcourir les kilomètres et surmonter les difficultés avec Eric Milan.

Puis vient la seconde partie avec un retournement de situation aussi incompréhensible qu’invraisemblable. J’en suis venu à douter de la santé mentale de l’auteur sur ce coup puis à la réflexion un début d’explication m’est apparu sans toutefois que je parvienne à le cadrer dans le déroulé de l’intrigue.

Et effectivement tout s’explique (une fois de plus j’avais vu juste), ça peut paraître un peu simpliste pour amener la fin, mais personnellement j’ai trouvé que ça collait plutôt bien.

Cross est le septième roman de Marc S. Masse, mais c’est son premier titre inscrit au catalogue de Flamant Noir. Si le bouquin n’est pas exempt de défauts, je trouve tout de même qu’il tire bien son épingle du jeu ; suffisamment en tout cas pour me donner envie de suivre l’auteur à l’avenir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cizia Zykë – Alma

AU MENU DU JOUR

C. Zykë - Alma

Titre : Alma
Auteur : Cizia Zykë
Éditeur : Taurnada
Parution : 2018
Origine : France
210 pages

De quoi ça cause ?

En 1492, en Espagne, il ne fait pas bon d’être juif. Le pays vit en effet sous le joug du grand inquisiteur Torquemada, bien décidé à ne reculer devant rien pour bouter les juifs hors d’Espagne…

Alam est une jeune fille, une gueule d’ange, l’innocence et la bonté incarnée. En plus Alma affirme parler régulièrement avec Dieu. Problème, au vu du contexte en tout cas, Alma est juive…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je n’ai jamais lu de roman de Cizia Zykë, mon expérience avec le bonhomme s’arrête à sa trilogie biographique, Oro (1985) – Sahara (1986) – Parodie (1987). Il faudrait d’ailleurs que je prenne le temps de me plonger dans le dernier opus de sa bio : Oro and Co (2009).

Joël, des éditions Taurnada, m’ayant gracieusement proposé de découvrir cet ultime roman, publié à titre posthume (Cizia Zykë est décédé en septembre 2011), je ne me voyais décemment pas refuser cette opportunité.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée en m’offrant l’opportunité de découvrir ce roman de Cizia Zykë.

Zykë et moi c’est une histoire commencée en 1985 avec la lecture de Oro (un livre que j’avais offert à mon père pour son anniversaire) ; plus exactement avant même d’entamer sa lecture c’est la photo en quatrième de couv’ qui a fait tilt. Un costaud moustachu assis torse nu sur un transat, à sa gauche un flingue rangé dans son holster d’épaule, dans sa main droite un joint taille XXL et à son cou une chaîne en or ornée d’une magnifique pépite ! Rien que ça, ça m’a donné envie d’en savoir plus sur ce type.

C. Zykë

Et la lecture du bouquin fut une sacrée claque ! Ce mec ose tout, ne respecte rien… Déjà à l’époque je ne respectais pas grand-chose… mais j’osais encore moins ! J’ai fait de ce bouquin, et surtout de Cizia Zykë, le sujet d’un exposé qui m’a valu une excellente note en cours de français malgré un sujet pas franchement politiquement correct. Et qui a valu au bouquin de faire le tour de la classe… sans jamais réintégrer son point de départ soit dit en passant !

Après Oro j’ai enchaîné avec Sahara et Parodie, qui remontaient à contre-courant le parcours hors norme (et surtout hors des sentiers battus de la bien-pensance universelle) de Cizia Zykë. Et puis je suis passé à autre chose, me promettant de prendre le temps, un de ces quatre, de m’intéresser aux romans du bonhomme… Et puis j’ai oublié (j’y pense et puis j’oublie… c’est bien connu), et puis Cizia nous a quittés à l’âge de 62 ans (au vu de la vie qu’il a menée et des excès en tout genre auquel il s’est adonné sans retenue on pourrait presque dire que c’est un exploit d’avoir tenu aussi longtemps).

Il y a quelques mois c’est le bouquin de Thierry Poncet, Zykë L’Aventure (lui aussi paru chez Taurnada), qui a rallumé la flamme et ravivé ma curiosité. Je me suis mis à la recherche des romans de Zykë ; mais une fois encore mon Stock à Lire Numérique et ses aléas auront raison de ma motivation…

C’est pourquoi la proposition de Joël arrivait à point nommé, cette fois plus moyen de procrastiner ! Je termine ce que j’ai en cours et je me lance !

Je crois que c’est la plus longue intro que j’ai jamais rédigée pour une chronique…

Trêve de digressions, revenons donc à nos moutons et à cette chère et tendre Alma.

Le roman s’ouvre sur une préface de Thierry Poncet, le complice, compagnon de voyage (et accessoirement de galères) et ami de Cizia Zykë. Préface dans laquelle il nous expose brièvement la genèse du projet Alma.

Premier constat : le roman est très court, mais, à la décharge de l’auteur, quand il a entrepris de l’écrire il savait d’ores et déjà que la Faucheuse viendrait bientôt lui réclamer son dû. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui même qui nous l’explique dès les premières pages du roman.

(…) si aujourd’hui je prends la plume une ultime fois, c’est que je suis à la veille de mon dernier grand voyage. Alors, à propos de Dieu, je saurai plus vite que vous de quoi il retourne. Le plus probable, même, est qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, je suis en train de papoter avec Lui sur son nuage favori.

Second constat : le style narratif est pour le moins original. Cizia Zykë, le « conteur », comme il se qualifie lui même au fil des pages, s’adresse directement au lecteur. Je conçois que ça puisse surprendre, mais pour ma part je trouve que ça contribue à donner un certain cachet au roman ; d’autant qu’il le fait avec sa gouaille habituelle, mais aussi avec beaucoup d’humour et tout autant d’ironie (il est vrai que de nos jours le fanatisme religieux et le racisme n’ont plus cours).

Alma est donc une fable qui oppose à la folie et la connerie des hommes (pas tous, mais une grosse majorité tout de même) l’innocence de sa jeune héroïne. Le ton décalé de Cizia Zykë et les chapitres courts rendent cette lecture des plus agréables (malgré une histoire bien sombre), mais l’on sent quand même que l’auteur s’est renseigné sur son sujet et que les dérives de l’Inquisition n’ont plus de secret pour lui.

L’esprit humain recèle d’insoupçonnables ressources quand il s’agit de faire du mal à son prochain.
Au sein de la docte confrérie des bourreaux de l’Histoire, ceux de l’inquisition espagnole en cette fin de XVe siècle figurent parmi les plus imaginatifs. On leur doit, par exemple, l’usage de l’inventive garrucha, une méthode de suspension des gens agrémentée de lourds poids de bronze qui, judicieusement pendus aux jointures des membres et à divers appendices, se révélaient propices à un lent arrachage de muscles.
Ou bien le délicieux potro, triangle de bois sur lequel la personne était à la fois empalée et écartelée. Deux effets en un, n’était-ce pas ingénieux ?
Nous passerons sur des outils plus classiques et bien connus, tels que les poires d’angoisse, les brodequins, différentes lames à écorcher, trancher, découper en lanières, en cubes, ou à séparer les chairs muscle par muscle, et autres fers à brûler.

On aimerait se prendre à rêver (sans trop y croire) d’un happy end au milieu de toute cette folie, mais l’auteur balaye rapidement nos espoirs en annonçant la couleur : tout ça ne peut que mal se terminer et se terminera donc mal (merci Monsieur Murphy).

Une belle découverte que vous aurez bien du mal à lâcher une fois plongé dans sa lecture, et une belle rencontre avec Alma. Un grand merci à Thierry Poncet qui a permis à cet ultime roman de son ami de voir le jour plutôt que de croupir au fond d’un tiroir en l’état de manuscrit oublié.

Je n’ai pas une longue expérience de la langue espagnole, mais suffisamment pour manquer de m’étouffer avec mon Coca en découvrant les noms du sergent de la soldatesque sévillane, Cojones y Culo de Hierro (que l’on peut traduire par Couilles et Cul d’Acier) et de son second Pinga de Burro (littéralement, Pine d’Âne).

MON VERDICT

Tête à tête virtuel avec Alexandra Coin et Erik Kwapinski

Alexandra & Erik

Liens vers mes chroniques :

Entraves
La Voie Du Talion
Kiaï

Bonjour à vous deux et merci d’avoir accepté ce tête-à-tête virtuel.

Commençons par le commencement, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer comment vous en êtes venus à l’écriture ?

Bonjour Lord Arsenik et merci de nous avoir laissé un espace d’expression supplémentaire sur ton blog. Pour répondre à cette première question, on n’en est pas vraiment « venus » à l’écriture, dans le sens où l’écriture a toujours fait partie de notre vie, comme la lecture. On ne s’est pas dit non plus un jour : « Tiens, si on écrivait un roman ? » En fait, on a couché certains mots pas écrit parce qu’ils avaient besoin de sortir. Ces petits papiers se sont étoffés jusqu’à devenir un premier roman : Entraves et La Voie du Talion, écrits presque parallèlement.

Alexandra, tu es la première à t’être lancée dans l’aventure littéraire avec Entraves, un roman psychologique particulièrement intense et abordant des thématiques graves ; pas vraiment le chemin d’accès le plus aisé. Pourquoi ce choix ?

L’écriture d’Entraves a été proprement thérapeutique. J’ai écrit ce roman a un tournant de ma vie, une période où j’avais besoin de me libérer d’un poids très lourd, de crier ma colère face au monde et à l’homme, face à de nombreux dysfonctionnements de la société et du cerveau humain aussi. C’est un roman de la libération et de la révolte. J’ai suivi le seul chemin qui s’offrait à moi à ce moment-là. Il est vrai que ce n’était pas le plus aisé. Difficile après Entraves de passer à un autre roman…

Erik a ensuite rejoint l’aventure pour l’écriture de La Voie Du Talion puis de Kiaï ; comment vous organisez-vous pour écrire un roman à quatre mains ?

On ne s’organise pas, les choses se font naturellement. Il n’y a ni règles ni contraintes. Nous écrivons souvent des chapitres séparément et passons beaucoup de temps ensuite à les relire ensemble, à débattre autour d’un mot, d’une idée, perçus différemment par chacun. Quelquefois, nous écrivons à deux un paragraphe. On peut passer une heure à réfléchir sur la manière dont nous interprétons chacun ce paragraphe ou un mot dans le texte. Nous échangeons beaucoup sur notre ressenti de lecteur. Car justement, écrire à deux, c’est être auteur, mais aussi lecteur. Nous avons un autre rapport au texte. Un certain recul. C’est très enrichissant. Surtout du point de vue de la fusion de la pensée en images de l’un vers la pensée littérale de l’autre…

Le choix du thriller, un genre que j’affectionne tout particulièrement, vous est venu naturellement ou a-t-il fait l’objet de longs conciliabules ?

Nous, cela s’est fait naturellement. Le thriller est un genre qui offre encore un large espace de liberté et qui permet surtout de proposer un regard critique sur le monde et l’homme, sans pour autant que cela devienne un essai. Donc accessible au plus grand nombre.

En achevant La Voie Du Talion saviez-vous d’ores et déjà que Fabrice, Taisho et Zoé allaient se retrouver pour une nouvelle aventure ?

Nous avions du mal à quitter ces personnages et à les laisser à leur sort à la fin de La Voie du Talion… Des lecteurs nous ont également demandé une suite. Nous avions commencé à rédiger Kiaï à partir de l’histoire de Marie et de Gabrielle à l’orphelinat. Puis de Wolff. Fabrice et sa bande se sont alors pointés à l’improviste, sans attendre d’invitation !

Vos romans abordent des thématiques d’actualité et pointent du doigt certaines dérives de notre société contemporaine ; d’une façon générale, où puisez-vous votre inspiration ?

Dans le quotidien, en observant le monde et les hommes, en lisant (beaucoup) et sur tous les sujets. Le cinéma est une grande source d’inspiration aussi. Certains nous ont dit que notre écriture est assez cinématographique. Ce n’est certainement pas faux… En réalité, il s’agit moins « d’inspiration » que d’expiration consécutive à l’étouffement de tous ces carcans de normes polymorphiques que cherche à imposer la société du politiquement correct…

Divertir le lecteur tout en l’amenant à se poser des questions (voire à se remettre en question) ; c’est la finalité de votre travail ou un bonus appréciable ?

L’écriture est en effet une forme d’engagement pour nous. C’est est une arme de défense. On ne se verrait pas écrire un « feel-good book » juste pour divertir ou bien choisir des thèmes dans l’air du temps pour « vendre » !

Comment se passe une journée type quand vous décidez d’écrire ? Vous êtes plutôt adeptes d’une ambiance monacale ou au contraire il vous faut du bruit et du mouvement pour vous motiver ?

Nous détestons l’un comme l’autre les règles, la rigidité d’un cadre, les contraintes matérielles. Donc pas de journée type. En revanche, calme absolu pour Erik. Pour Alex, c’est plus variable…

Avez-vous d’autres projets littéraires en commun (ou même individuellement) ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ou est-ce encore trop tôt pour en parler ?

Nous souhaitons aborder le thème de la disparition volontaire. Que des hommes ou des femmes décident un jour de disparaître volontairement pour se reconstruire une vie, abandonnant leurs proches et leur identité, cela nous fascine. Et ça pose de sacrés questions sur les contraintes qui pèsent sur nous au quotidien. La société présente ne nous offre-t-elle pas d’autres possibilités de repartir à zéro que de changer d’identité et tout plaquer ? Un dépôt de bilan imputable à une ponction vitale quotidienne…

En tant que lecteurs, quelles sont vos références (auteurs et romans) ?

Elles sont vraiment trop diversifiées pour en faire un catalogue. Nous lisons beaucoup de thrillers, mais pas exclusivement… Des essais aussi, des articles scientifiques… Plutôt que de citer nos auteurs incontournables, c’est peut-être l’occasion de faire partager notre découverte de la semaine pour des auteurs qui nous étaient inconnus et qui méritent qu’on s’y intéresse : Le chien rouge de Philippe Ségur. Également, de Kenneth Cook, Le vin de la colère divine et Cinq matins de trop.

Comme à l’accoutumée, je vous laisse le mot de la fin.

En ce moment, on aurait envie d’adresser un petit mot aux personnes qui liront ce texte en leur disant de prendre des risques en osant découvrir des auteurs différents, pas forcément sous les projos des médias ou des réseaux sociaux. D’oser aborder aussi des thématiques peut être un peu moins conventionnelles. Le monde du thriller tourne quelquefois en rond, avec des sujets et personnages récurrents. Pour notre part, on a bien envie, et de plus en plus, de proposer autre chose. Nous espérons que les lecteurs suivront et sauront se montrer curieux.

5000 livres !

5000

Et bin voilà, ma bibliothèque numérique vient de franchir le cap symbolique des 5000 titres (5002 exactement), dont 4272 composent mon redoutable Stock à Lire Numérique… Je n’avais guère espoir de sortir victorieux du combat contre ma PàL, comme vous pouvez le constater ce n’est pas demain que le vent tournera !

Petit rappel historique concernant l’évolution de ma bibliothèque numérique commencée en août 2011 :
– Juillet 2014 : 1000 titres (35 mois pour franchir le cap)
– Mai 2016 : 2000 titres (22 mois)
– Mai 2017 : 3000 titres (12 mois)
– Janvier 2018 : 4000 titres (8 mois)
– Septembre 2018 : 5000 titres (8 mois)

Top 5 des genres littéraires :
– Policier et thriller : 2502 titres
– Fantastique : 527 titres
– Fantasy : 431 titres
– Science-Fiction : 385 titres

Top 3 éditeurs :
– Bragelonne : 364 titres
– Albin Michel : 338 titres
– Fleuve : 284 titres

Top 3 auteurs :
– Stephen King : 69 titres
– John Grisham : 37 titres
– R.A. Salvatore : 36 titres