[BOUQUINS] Emily St. John Mandel – Station Eleven

ESJ Mandel - Station ElevenAu programme du jour un roman post-apocalyptique semblable à nul autre, j’ai nommé Station Eleven d’Emily St. John Mandel.
L’humanité a quasiment était détruite par un virus dévastateur, les rares survivants sont regroupés en communautés plus ou moins organisées, plus ou moins grandes, parfois accueillantes et parfois hostiles. C’est dans ce décor que La Symphonie Itinérante, un groupe hétéroclite d’acteurs et de musiciens, circule de communauté en communauté, le temps d’une représentation…
La rentrée littéraire 2016 a été (et sera encore le mois prochain) particulièrement dense, afin de de rien oublier je m’étais dressé une liste de cibles privilégiées ; ne connaissant pas l’auteure et n’ayant pas été particulièrement attiré par sa couv’ ce titre est passé entre les mailles du filet… Heureusement au fil des sorties je montre beaucoup plus vigilant (et surtout plus curieux), c’est ainsi que ce roman a non seulement rejoint mon Stock à Lire Numérique, mais s’est aussi directement placé sur les hauteurs.
Comme annoncé en intro, si ce roman s’inscrit bel et bien dans le registre Science-fiction, option post-apocalyptique, il ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant (je n’aurai toutefois pas la prétention de m’affirmer expert en la matière). Il se dégage de ces pages une grande humanité, à prendre dans le sens noble du terme, sans sentimentalisme inutile et encore moins mièvrerie. Même dans les pires situations les personnages ne se résignent pas, ils gardent espoir et même foi en l’Humanité (avec un grand H pour marquer le coup).
L’autre force de ce roman est de proposer un scénario d’un réalisme glaçant, qu’il s’agisse de la pandémie à proprement parler, du déclin progressif de la civilisation ou des conditions de survie, tout est travaillé dans les moindres détails afin de sembler réel (même pas probable, mais bel et bien comme un futur possible). On en arrive vraiment à penser que si cela devait arriver alors tout se déroulerait comme décrit dans le bouquin… Un choix redoutablement efficace en terme d’addiction à l’intrigue, mais qui fait froid dans le dos quand on s’attarde un peu sur le sujet.
Au fil des chapitres on voyage dans le temps, tantôt avant la pandémie, tantôt après, avec comme fil rouge Arthur Leander, un acteur qui meurt sur scène en pleine interprétation du Roi Lear, alors que l’épidémie fait ses premières victimes. Tour à tour l’on suit Miranda, sa première épouse, Kirsten, une jeune actrice qui jouait avec lui dans Le Roi Lear et qui intégrera plus tard la Symphonie Itinérante ou encore Clark, un ami proche d’Arthur.
Le style et l’écriture de l’auteure ont quelque chose d’hypnotique, presque envoûtant, on est sous le charme des mots, sous le charme de l’intrigue. Nul besoin de nous imposer un rythme soutenu et des retournements de situation à tout va (il y en a tout de même quelques uns) pour maintenir le lecteur en haleine, on l’est presque naturellement, sans vraiment pouvoir expliquer le pourquoi du comment. La magie fonctionne, tout simplement.
Un bouquin de SF hors norme qui devrait séduire un public bien plus large que le seuls adeptes de récits post-apocalyptiques, et même des lecteurs réfractaires à la SF. Une belle découverte pour un bon et beau moment de lecture, un coup de coeur amplement mérité.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Morceau choisi

Nous nous lamentions sur la nature impersonnelle du monde moderne, mais c’était un mensonge, lui semblait-il ; le monde n’avait jamais été impersonnel. Il avait toujours existé une infrastructure, à la fois massive et délicate, de gens qui travaillaient tout autour de nous, dans l’indifférence générale – et quand ces gens cessent d’aller travailler, le système tout entier se trouve paralysé. Plus personne ne livre l’essence dans les stations-service, dans les aéroports. Les voitures sont immobilisées. Les avions ne peuvent pas décoller. Les camions restent à leur point de départ. Les villes ne sont plus approvisionnées ; les magasins d’alimentation ferment. Les commerces sont cadenassés, puis pillés. Plus personne ne vient travailler dans les centrales électriques ni dans les sous-stations, personne ne dégage les arbres tombés sur les lignes à haute tension.

[BOUQUINS] Sara Greem – Publicité Pour Adultes : Tome 3

S. Greem - Publicité Pour Adultes : Tome 3Aaah que voilà un bouquin que j’attendais, frétillant d’impatience, il me tardait en effet de connaître la suite et fin des aventures de Ian, Terry et leurs redoutables oursons en peluche de la pub ; Sara Greem comblera-t-elle toutes mes attentes ? Réponse tout de suite avec ma chronique de Publicité Pour Adultes : Tome 3.
Professionnellement l’avenir semble radieux pour l’agence X//MARKS, même le procès qui l’oppose à Russell & Buzz ne devrait pas mettre en péril la survie de l’agence. Paradoxalement, Ian et Terry ne doivent pas baisser la garde, la menace de Conrad Russell est plus présente que jamais dans leur esprit. Mais ils pourront compter sur le soutien indéfectible des ourson en peluche de la pub, de Paul et Eva et des parents de Ian…
J’ai déjà eu l’occasion de vous signaler, lors de mes précédentes chroniques, que cette trilogie était bien plus qu’une banale escapade érotique dans le monde de la pub ; on est bel est bien en présence d’une intrigue solide, pleine de surprises et d’une grande richesse. Cet ultime opus va encore plus loin en ce sens, l’érotisme est moins présent et beaucoup plus soft (mais pas trop… quand même !), même la stratégie marketing mise en place par Ian et ses oursons passe au second plan (la machine est rodée, vogue la galère) ; cette fois Sara nous propose une intrigue digne d’un thriller, et d’ailleurs le rythme imposé est nettement plus intense que dans les deux précédents opus, les ultimes chapitres devraient même mettre vos nerfs à rude épreuve.
Le voile se lèvera peu à peu sur toutes les questions restées en suspens, nul doute que certaines de ces révélations ne manqueront pas de vous surprendre. Quoiqu’il en soit les pièces du puzzle s’imbriquent avec naturel au fil des pages, consolidant ainsi une intrigue déjà parfaitement maîtrisée.
J’ai retrouvé les personnages comme s’il s’agissait d’une bande de potes perdus de vue depuis quelques mois, le plaisir est toujours intact, voire même encore plus intense. En effet j’ai apprécié de retrouver un Ian plus apaisé, déterminé à faire la paix avec lui même et avec son père (même si la route promet d’être longue et tout sauf tranquille). Déjà dans le tome précédent nous avions vu Terry gagner en assurance, la tendance se confirme et s’accentue même ici ; elle n’hésite plus à s’imposer et fait preuve d’une grande force face à l’adversité. Et bien entendu il y a les inévitables oursons en peluche de la pub, égaux à eux même (et parfois même encore plus trash qu’à l’accoutumée) pour notre plus grand plaisir (vous pouvez compter sur eux pour mettre de l’ambiance en toutes circonstances… et à faire front ensemble si l’on se prend à l’un d’eux).
De nouveaux personnages feront aussi leur apparition et seront appelés à jouer un rôle primordial dans le déroulement de l’intrigue, je pense notamment à Ronald, rencontré lors du mariage (et quel mariage d’anthologie !) de Shirley.
Si vous avez aimé les deux premiers opus, vous ne pourrez qu’adorer ce final en apothéose. Si vous ne connaissez pas cette série je vous invite à la découvrir au plus vite. Que les plus prudes ne se laissent pas intimider par l’étiquette érotique, il y a tellement plus à découvrir dans ce roman (ceci dit ça reste tout de même réservé à un public averti).
Encore merci à Sara pour sa confiance et sa persévérance. Je me doute bien que l’accouchement a parfois dû être difficile (les trois tomes représentent tout de même pas loin de 1400 pages), mais quel joli bébé à l’arrivée. J’espère sincèrement que Publicité Pour Adultes aura le droit à toute la reconnaissance qu’il mérite.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Edith Couture Saint-André – Le Dernier Noël De Lucifer

ECSA - Le dernier noël de LuciferJe vous avais prévenu que vous retrouveriez très vite Mathilde et Lucy dans ces colonnes, et bien voilà qui est chose faite. Suite des aventures de cet improbable duo avec Le Dernier Noël De Lucifer, sous la plume d’Edith Couture Saint-André.
Surpriiise ! A peine rentrés de leurs vacances à Key West, Mathilde et Philippe sont convoqués au commissariat. Une certaine Lucy Feriale, arrêtée pour prostitution, affirme vivre chez eux. Et voilà nos deux tourtereaux plus ou moins contraints d’héberger une Lucy complètement désemparée. Et elle a de quoi, non seulement le Patron l’a virée, mais en plus elle est réduite à une condition de « simple humaine »…
Comme souvent en abordant une suite, je craignais une impression de déjà-vu, mais dès les premières pages l’auteure balaie mon appréhension en offrant au récit une tournure pour le moins inattendue. Mathilde et Philippe vont devoir se coltiner une colocataire pour le moins atypique, mais aussi et surtout une colocataire qui ignore tout du fonctionnement du corps humain et de la vie en société. Ca promet des moments de franche rigolade, à ce titre le premier repas de Lucy est un grand moment de franche poilade.
Ce second opus est peut être un tantinet plus « sérieux » que le premier mais rassurez-vous, les traits d’humour et/ou les piques ne sont jamais bien loin. Moins d’échanges sur le divin mais davantage sur l’humain ; le ton est différent mais toujours aussi agréable à lire et nous en met encore plein les zygomatiques.
Lucy, d’abord anéantie par sa condition humaine, va peu à peu s’habituer à ce nouvel état et aux multiples découvertes que cela lui réserve. Il n’en reste pas moins que comme colocataire elle est souvent une parfaite tête à claques. Mais qui sait, peut être finira-t-elle même par apprécier son humanité ?
Eté comme hiver, le duo Mathilde et Lucy (sans oublier Philippe et Sandy) est une garantie de bonne humeur avec parfois une pointe de cynisme (heureusement, il eut été dommage de se mettre à patauger dans la guimauve). Eté comme hiver leur mésaventures hors normes se lisent d’une traite. Oooh I feel good… one more time !
Bon allez je reconnais que la fin m’a fait un choc, mais avec le recul (pas trop long, je suis du genre à écrire mes chronique à chaud) elle est logique, voire s’imposait d’elle même. Bien entendu vous comprendrez que je ne puisse pas m’étendre davantage sur la question…
Une fois de plus je remercie Edith Couture Saint-André et ChrisEbouquin pour cette belle découverte et ces moments de lecture qui font du bien au coeur et à l’âme.

MON VERDICT
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Morceau choisi

Les règles de fonctionnement d’un homme selon Philippe (et il n’a pas complètement tort)…

« Les hommes ne savent pas lire dans les pensées. Ergo : les sous-entendus subtils ne marchent pas, les sous-entendus moins subtils ne marchent pas non plus, pas plus que les allusions. Dites-le, c’est tout.
« ‘Oui’ et ‘non’ sont des réponses parfaitement acceptables à pratiquement toutes les questions.
« Quand vous avez un problème, venez nous voir seulement si vous avez envie qu’on vous donne la solution. Si c’est pour vous plaindre, il y a les copines.
« Tout ce qu’on a pu dire il y a six mois ou plus est non recevable dans une engueulade. En fait, tout commentaire qu’on a pu émettre devient nul et non avenu au bout de sept jours.
« Dans la mesure du possible, dites ce que vous avez à dire pendant la pub.
« Sachez une fois pour toutes que les hommes ne voient que seize couleurs, celles des paramètres par défaut de Windows. Pour nous, ‘pêche’ est un fruit, pas une couleur. Pareil pour ‘pomme’ et ‘citron’. Sachez qu’on n’a aucune idée de ce qu’est le fuchsia.
« Si on vous demande ce qui ne va pas et que vous répondez « rien », on agira exactement comme si tout va bien. On sait que vous mentez, mais on s’en branle.
« Ne nous demandez pas à quoi on pense à moins d’être prête à parler foot, bagnoles ou jeux vidéo.
« Vous avez assez de fringues, vous avez trop de chaussures, nous sommes en forme, ‘Rond’ est une forme ».

Et en bonus (Mathilde et Philippe) :

Pétée de rire, je lui ai suggéré de rajouter une rubrique ‘lunette des chiottes’ :
« Si elle est levée vous l’abaissez comme une grande fille, on n’entend jamais gueuler un mec quand vous l’avez laissé baissée alors qu’on a besoin qu’elle soit levée. Foutez-nous la paix avec ça ».
« Je mets tout de suite sur la liste et j’ajoute l’incontournable : si tu penses que t’es grosse, c’est probablement vrai. Alors ne demande pas ».
Celle-là m’avait flinguée.
« Que penses-tu de : si quelque chose qu’on a pu dire peut être interprétée de deux façons différentes et que l’une d’elles te rend triste ou te met en colère, on voulait dire l’autre ? »

[BOUQUINS] George R.R. Martin – La Princesse Et La Reine

GRR Martin - La Princesse Et La ReineTiens, tiens, que vois-je ? Une nouvelle inédite qui se déroule dans l’univers du Trône De Fer. Mon prééécieuuux !!! On chamboule le programme et on se jette avidement sur La Princesse Et La Reine, écrite bien entendu par George R.R. Martin.
A la mort du Roi Viserys 1er, son épouse, la reine Alicent fait couronné son aîné Aegon, allant ainsi à l’encontre des dernières volontés du défunt que souhaité que le trône revienne à sa fille aînée, issue d’une précédente union, la princesse Rhaenyra. Quand cette dernière apprend le sacre de son demi frère, elle se fait à son tour couronner. Aucune entente possible entre les deux parties, le conflit est inévitable. Et sera lourd de conséquences…
Une nouvelle initialement publiée dans le recueil Dangerous Women, co-édité par George R.R. Martin et Gardner Dozois, qui s’est retrouvée isolée, seuls les Sept savent comment, sur la vaste et impitoyable toile du Net. Heureusement que je passais par là par hasard et que j’ai pu la prendre sous mon aile bienveillante et protectrice.
On enclenche la machine à remonter le temps pour se retrouver 200 ans avant les événements décrits dans Le Trône De Fer. La dynastie Targaryen est à son apogée et règne depuis la nuit des temps sur Westeros. Les dragons font encore partie du paysage ; chaque membre de la famille royale en possède un, certains spécimens, restés à l’état sauvage, habitent même les grottes dans les montagnes de Peyrdragon.
Trois années durant, la Reine Alicent et la princesse Rhaenyra vont se livrer une bataille sans pitié. Une bataille qui restera gravée dans l’histoire de Westeros sous l’appellation de « Danse des Dragons »… le terme le plus juste eut été « Agonie des Dragons », en effet ce sont eux qui paieront le plus lourd tribut à la guerre. Il faudra attendre la rébellion de Robert Barathéon, bien des années plus tard, pour que les Targaryen soient chassés du pouvoir.
Les amateurs du Trône de Fer ne seront pas dépaysés : on retrouve de nombreux personnages qui se livrent sans vergogne à un jeu d’alliances, contre-alliances, trahisons et autres coups bas. La profusion de personnages, familles, et lieux pourra, de prime abord, déstabiliser le lecteur profane ; mais l’auteur parvient rapidement à nous familiariser avec tout ce beau monde. Complexe ? Oui. Brouillon ? Jamais.
L’intrigue est courte mais intense, il faut tout le talent de conteur de George R.R. Martin pour nous offrir un tel condensé d’action sur un peu plus de 100 pages. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne s’ennuie pas, c’est à peine si on le temps de respirer entre deux revirements de situation.
La « Danse des Dragons » fera l’objet d’un récit plus détaillé dans l’ouvrage Fire And Blood, consacré à la dynastie Targaryen, dont la publication est prévue après la fin de la saga. Il n’en reste pas moins que cette nouvelle reste incontournable pour tous les fans du Trône de Fer.
Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle fait aussi office de mise en bouche avant la sortie de tome 6 de la saga, aucune date n’étant encore officiellement annoncée… Seule certitude : « pas avant 2016 » selon les mots de l’éditeur. Merci, on avait remarqué !

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Edith Couture Saint-André – Mon Eté Avec Lucifer

ECSA - Mon été avec LuciferDirection le Québec pour cette nouvelle chronique, au menu du jour, Mon Eté Avec Lucifer, signé Edith Couture Saint-André.
Mathilde a 60 ans, comme bon nombre de ses semblables elle aimerait échapper aux méfaits du temps qui s’écoule inexorablement. Sa rencontre avec la jeune et truculente Lucy Fériale pourrait bien être la réponse tant attendue. Mais faut-il prendre au sérieux sa proposition ? Mathilde lui donne trois noms, trois personnes qui lui ont pourri la vie ; non seulement Lucy se débarrasse des « cibles » mais en plus elle lui redonne les années perdues par leur faute. Tentant, certes, mais conclure un pacte avec le Diable n’est jamais sans conséquences…
Un titre arrivé entre mes mains par le biais de ChrisEbouquin, numérisatrice de son état, pour Flamant Noir notamment, mais aussi à son propre compte, comme ce fut le cas pour ce roman. Déçue par le (non) travail de son éditeur, l’auteure a pris contact avec Chris afin de repartir sur de bonnes bases… sur les pistes (parfois cahoteuses) de l’édition indépendante.
Parce qu’il faut bien lui coller une étiquette, j’ai opté pour fantastique (on cause tout de même de Lucifer, ce n’est pas tous les jours qu’on le croise à la boulangerie). Mais le cantonner à cet aspect serait trop réducteur. Le roman a aussi une certaine dimension, sinon sociale, à tout le moins humaine ; nous sommes tous confrontés au vieillissement, au temps qui passe et à ses conséquences, sans parler de l’issue qui nous attend tous au bout du chemin. Je suppose que pour nous, les hommes, la question n’est peut être pas aussi préoccupante que pour la gente féminine (quoique, quand je vois le développement de la gamme cosmétique pour hommes je me dis que je dois être l’un des derniers dinosaures).
Même sans se sentir directement concerné il faut bien avouer que ce sont des thèmes plutôt sérieux, mais rassurez vous, pas de coup de blues à l’horizon après avoir lu ce bouquin. Au contraire l’auteure opte d’emblée pour un ton décalé, bourré d’humour et de traits d’esprit ; rien de tel pour dédramatiser et booster les zygomatiques.
Si vous me suivez depuis déjà quelques temps vous n’êtes pas sans savoir que je suis un athée, non seulement je l’assume mais en plus je revendique le droit de le crier haut et fort. A ce titre je dois bien reconnaître que la réécriture de certains passages de la Bible par Lucy est purement est simplement jouissive, quelle poilade (les grenouilles de bénitier ont dû finir avec des ampoules aux doigts à force de se singer… oups, signer… oui je sais, c’est petit).
J’ai passé un très bon moment avec Mathilde et Lucy, sans oublier bien entendu les amis de Mathilde, dont Sandy (qui use et abuse de tous les moyens possibles et imaginables pour lutter contre les signes du temps) et Philippe (le confident de toujours, pour le meilleur et pour le pire). Le style est léger, la lecture fluide et la bonne humeur omniprésente. Oooh, I feel good !
Un grand merci à Edith et à Chris pour cette découverte. Il me tarde de retrouver tout ce petit monde. Ah oui j’oubliais… il y a une suite. Et vous savez quoi ? Elle devrait très vite faire l’objet d’une prochaine chronique.

MON VERDICT
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Une preuve de plus, même si j’en suis de plus en plus convaincu, que l’auto-édition et l’édition indépendante n’ont pas à rougir face aux grosses machines à fric commerciales. Ces derniers temps je suis tombé sur de véritables pépites.
Un grand merci à vous qui avez su me faire rêver sans saigner à blanc mon portefeuille : Sébastien Tessier, Sara Greem, Jac Barron, Sosthéne Desanges, Frédéric Gynsterblom, Frédéric Clémentz, Céline Barré, Paul Clément, Elen Brig Koridwen et Edith Couture Saint-André. Et mille pardons à ceux que j’ai oublié de citer.

Tête à tête (virtuel) avec Elen Brig Koridwen

Bonjour Elen, merci d’avoir accepté de te prêter au jeu de ces questions-réponses par mails interposés.

Commençons par le commencement, peux-tu présenter rapidement ?

Cinquante-cinq ans, divorcée, des enfants. J’ai eu une vie très agitée où j’ai couru le monde et exercé de nombreux métiers. Aujourd’hui, je suis en longue maladie et je vis seule avec 6 chats recueillis à la SPA ou dans la rue.

Désolée, je n’ai pas grand-chose d’autre à dire : la discrétion m’est une seconde nature et je ne fonctionne que sous pseudonymes.

Comment t’est venue l’envie d’écrire ?

Je suis née avec ! 🙂 Mes parents avaient été libraires avant de se reconvertir dans l’enseignement. Mon père avait également connu un certain succès en tant qu’auteur. Mon parrain est membre de l’Académie française. Dans la famille, tout le monde était amoureux des livres. Chez mes parents, il y avait une fabuleuse bibliothèque de près de deux mille livres, reliés pour la plupart : chacun représentait pour nous un objet d’art, aussi bien par sa forme que par son contenu…

Ma mère m’a appris à lire à l’âge de trois ans, et ensuite je n’ai plus cessé ; pour m’encourager, on m’autorisait même à lire à table. À 10 ans, quand j’ai attaqué les « Flicka », la série des Trois mousquetaires, Jack London, Jules Vernes, Dickens…, je lisais au moins un livre par jour, et ça m’est resté jusqu’à l’âge adulte, où j’ai dû freiner un peu par moments. J’avais écrit mes premiers poèmes à l’âge de 5 ans, été publiée à 9 ans dans une revue, et j’ai commencé mon premier roman à 13 ans, même si la poésie m’était plus naturelle. Dans un milieu comme le mien, tout cela semblait couler de source,…

Plus tard, au lycée, les profs me laissaient libre d’écrire pendant les cours. Ils disaient à mes camarades que je serais écrivain ; cela avait l’air d’être une évidence pour tout le monde. Un prof est allé jusqu’à faire étudier l’un de mes poèmes en classe. C’était une situation très embarrassante. J’en ai retenu que l’interprétation de nos écrits est parfois d’une grande extravagance, et que l’on prête sans doute aux écrivains défunts des intentions très éloignées des leurs !

Tu as fait le choix de l’auto-édition, pourquoi ?

Je connais bien – trop bien – le milieu de l’édition. J’ai reçu des encouragement flatteurs, notamment de Laudenbach, le fondateur des Éditions de la Table Ronde, et bien plus tard, deux offres des éditions Robert Laffont (aventures complètement folles que j’ai racontées sur le site monBestSeller : http://www.monbestseller.com/actualite-litteraire-du-cote-des-auteurs/du-cinema-dans-ledition-elen-brig-koridwen-robert-laffont). Il y a eu aussi une occasion ratée d’un cheveu chez Gallimard. Par ailleurs, aux détours d’une vie tumultueuse, j’ai pas mal travaillé comme « nègre » (écriveur/réécriveur pour d’autres auteurs : ce que les anglo-saxons appellent ghostwriter).

Tout cela m’a permis d’entrevoir des aspects qui froissaient mes principes. J’adorais le dieu Littérature, et j’assistais, consternée, à toutes les petites faiblesses et compromissions de ses Grands Prêtres… Dans l’édition comme dans beaucoup de milieux, le relationnel est crucial, ce qui entraîne des décisions parfois très arbitraires. Cela ne donne ni envie ni confiance.

Et puis, malgré ma tentation de m’en remettre à beaucoup plus compétent que moi, je ne rêvais pas d’être un poulain dans une écurie ; j’aspirais à galoper dans de plus vastes étendues… En clair, être édité c’est accepter que son roman soit calibré, formaté pour entrer dans telle ou telle collection, plaire à tel ou tel public. Or je suis « atypique et paradoxale », je touche à tous les genres, souvent en les panachant dans un même texte, ce qui est un vrai péché aux yeux d’un éditeur. Et je change de style au gré des ambiances : c’est un atout pour un ghostwriter, mais on me l’a reproché chez Gallimard en tant qu’auteur. Seulement, c’est comme ça que j’aime écrire !

 Un choix courageux mais aussi un parcours du combattant parfois, non ? Entre écriture, corrections, mise en page, numérisation… comment t’organises tu ?

Très mal. 🙂 Je suis écartelée entre mes activités d’auteur et ma « vie sociale » sur facebook. Je gère des groupes d’aide ou de promotion pour les auteurs, mais aussi les blogueurs et autres intervenants du monde du livre. Je m’emploie à épauler d’autres auteurs : je fais de la correction bénévole voire de la réécriture, je conseille, j’oriente, je soutiens. Enfin, autant que possible je lis, chronique ou du moins commente mes pairs, parce que nous avons tous besoin d’avis pour progresser et pour gagner en visibilité. À côté de cela, j’ai toujours une petite activité « pro » de ghostwriter pour aider à faire bouillir la marmite.

Tu as raison de souligner que l’autoédition est un travail d’homme/femme-orchestre. Il faudrait avoir de nombreuses compétences, que je suis bien loin de toutes maîtriser. Depuis quelque temps, j’essaie de promouvoir l’idée qu’il serait utile de s’organiser en mini-coopératives d’auteurs maîtrisant divers savoir-faire, afin de produire des ouvrages aboutis dans tous les domaines, comme pourrait le faire une maison d’édition. La correction finale doit toujours bénéficier d’un œil extérieur ; à force, l’auteur ne voit plus ses propres fautes. (Et ne parlons pas de la réécriture, qui permettrait à bien des auteurs ayant conçu une bonne histoire d’en faire un roman à succès : exactement le travail accompli par les grandes maisons d’édition sur la plupart des manuscrits.) La mise en page et la mise en ligne nécessitent des compétences technologiques que possèdent peu d’auteurs. La couverture est un autre domaine nécessitant un vrai savoir-faire, et il en est de même pour le marketing (choisir un format, rédiger un résumé, une biographie de l’auteur, réaliser une vidéo de présentation, définir des modes de promotion…) Enfin, la promotion elle-même est plus efficace quand elle est effectuée par un tiers. Qu’est-ce que tu trouves plus convaincant : « Lisez le livre de Machin, j’ai adoré ! » ou « Lisez mon livre, il est super ! » ? 🙂 Donc, j’encourage les auteurs à se regrouper à 2, 3 ou 4 personnes qui s’apprécient et s’entendent bien, afin de mutualiser leurs compétences pour parfaire leurs ouvrages et multiplier leurs chances de succès, quitte à se partager les droits : mieux vaut être à quatre sur un best-seller que tout seul sur un flop… 😉 Enfin, c’est mon point de vue.

Il existe bien sûr un système moins formalisé d’échanges de services ou de coups de main bénévoles. Un auteur dont j’ai corrigé la saga m’a offert de mettre mes ouvrages en format ePub et prochainement sur Create Space ; un autre a entrepris sans contrepartie de réaliser mes couvertures. C’est l’une des merveilleuses vertus du milieu indé, un esprit de camaraderie qui, je l’espère, perdurera très longtemps…

Récemment, dans le cadre de mes coups de main bénévoles, j’ai accompagné « mon padawan », le jeune auteur Morgan of Glencoe, pour son premier roman Si loin du soleil. Du travail éditorial à la promotion, si bien que Morgan me présente comme son éditeur ! 😀 Cette expérience a été un vrai régal. Et elle prouve que grâce à un travail d’équipe, un roman refusé par l’édition traditionnelle dans sa version d’origine peut faire un très joli succès en autoédition.

Avec tout cela, il me reste peu de temps pour l’écriture, et c’est ce qui m’a amenée à inventer le concept d’Apéribook : des ebooks assez courts pour goûter à une ambiance ou une autre ; en fait, un assortiment de nouvelles de tailles et de genres variés, un peu comme des tapas. Cela me permet de continuer à conter des histoires sans y consacrer plusieurs mois, et les lecteurs peuvent les lire entre deux romans plus consistants, par exemple dans les transports ou dans une salle d’attente. S’ils aiment mes styles, ils peuvent ensuite passer à plus « lourd », comme tu l’as fait en goûtant à Une proie sans défense avant de te lancer dans Élie et l’Apocalypse, qui est un copieux plat de résistance ! 🙂

Enfin, je travaille aussi sur EELA, et j’essaie d’autoéditer peu à peu toutes les œuvres restées dans mes tiroirs. Tout cela représente un travail de longue haleine, mais si EELA trouve son public, je m’y consacrerai davantage : le plan de toute la saga est  rédigé, je pourrais aller assez vite.

Quels conseils donnerais-tu as un auteur qui hésite à franchir le pas de l’auto-édition ?

Avant tout, faire en sorte de ne publier qu’un livre parfaitement au point. La littérature indépendante souffre d’une réputation de médiocrité qui, hélas, est trop souvent justifiée. Récemment, une blogueuse exaspérée a dit, en gros, qu’il faut filtrer des tonnes de boue pour trouver quelques paillettes… Et il faut reconnaître que pour une perle, écrite avec talent et impeccablement présentée, il y a des milliers d’écrits qui auraient dû faire l’objet d’une relecture attentive et d’une mise en page soignée.

C’est fabuleux que grâce au numérique, il soit si facile de mettre ses écrits en ligne. Mais c’est aussi un piège, car cela incite les aspirants auteurs à le faire trop à la légère. S’autoéditer n’est pas simplement s’autopublier ; cela nécessite un travail éditorial, c’est-à-dire que le texte doit être évalué, amélioré autant que possible, corrigé, mis en forme. On ne peut pas faire n’importe quoi, sous peine non seulement de se dévaloriser, de s’attirer des commentaires souvent acerbes sur les sites de publication, mais aussi de nuire à tous ses petits camarades en contribuant à entretenir l’idée que les autoédités sont des ratés, les nuls rejetés par l’édition…

Ensuite, il faut s’entourer de conseils. Le milieu des indés est dynamique et solidaire, l’entraide y est assez courante. Je suis loin d’être la seule à corriger bénévolement les manuscrits d’autrui. Il y a des sites de bêta-lecture comme CoCyclics, et aussi des groupes facebook, comme Auteurs indépendants sur Kindle ou mon groupe Auteurs cherchent avis, chronique ou bêta-lecture, où l’on peut poser des questions et recevoir de l’aide.

Quelques mots ou conseils pour les auteurs auto-édités qui se plaignent de ne pas trouver d’éditeur ?

Je les renvoie à cet article sur mon blog : « Vouloir être édité ? Mais pourquoi, nom d’un chien ? » 😉

http://www.blog-elenbrigkoridwen-elieapocalypse.fr/2016/07/vouloir-etre-edite-mais-pourquoi-nom_98.html

Que dirais tu aux lecteurs qui considèrent encore l’auto-édition comme de la littérature bas de gamme ?

Je leur dirais qu’ils se trompent : dans l’autoédition cohabitent des nanars illisibles et de petits chefs-d’œuvre, mais évidemment, dans l’état actuel des choses il faut fouiner dans un océan de publications pour trouver des trésors. C’est pourquoi j’essaie de promouvoir l’idée d’une liste d’ouvrages de qualité qui serviraient de vitrine pour amener le grand public à la littérature indépendante.

Parlons maintenant de ta saga, Elie et l’Apocalypse (EELA pour les intimes). Comment t’est venue l’idée de te lancer dans un projet aussi ambitieux ?

J’ai rêvé cette histoire d’une traite il y a… tiens, presque 9 ans ! Dès mon réveil, j’ai décidé de m’y atteler. J’étais alitée, gravement malade, alors au départ je voulais  faire d’EELA une sorte de testament à l’intention de mes enfants : un « Ce que je crois » leur dressant un tableau du monde et résumant mes convictions. J’y parle de la tolérance, de l’empathie, du respect de la Nature et des animaux, du sens de la vie, de l’attitude face à la mort. En filigrane, s’exprime mon horreur des dogmes et plus généralement de toutes les doctrines, science incluse, qui rejettent et condamnent par principe les autres opinions, les autres angles d’approche. « La dictature des courtes vues » convaincues d’avoir raison, est un travers très répandu !… Alors que le salut du genre humain réside dans les nuances, l’ouverture d’esprit, l’acceptation que chacun peut avoir son propre regard sur le monde et s’en porter très bien, du moment que cela ne nuit à personne.

Comme je l’ai signalé dans ma chronique, c’est un roman multi-genres et multi-thèmes ; si tu devais le « vendre » à un lecteur hésitant, comment tu t’y prendrais ?

Aaah ! C’est là que l’on se dit que rien ne vaut un regard extérieur. Un auteur est souvent piètre promoteur de son propre ouvrage, il manque de recul et peine à dégager une vue d’ensemble… Surtout pour un livre aussi dense et multiforme.

Comme tu l’as remarqué dans ta chronique, la « colonne vertébrale » de la saga est une intrigue transversale de type Da Vinci Code, que l’on peut résumer ainsi :

« Le plus célèbre livre de toute l’Histoire, la Bible, renferme une « erreur » jamais divulguée.
Elle est le seul indice d’un incroyable complot, la clé d’un secret scellé depuis la nuit des Temps.
Alors que l’humanité court à sa perte, ce mystère sera-t-il enfin élucidé ?
Il peut changer la vie. Changer la mort. Sauver le monde. »

Mais EELA est un roman à plusieurs niveaux de lecture et qui aborde de nombreux sujets. Donc, sur ma page auteur, j’ai plutôt écrit :

« En créant « EELA », j’ai eu envie de dire tout ce qu’un auteur rêve d’exprimer, partager, faire découvrir. En même temps, je souhaitais que mes lecteurs rient, pleurent, tremblent sans reprendre leur souffle, à travers un grand conte fantastique plein de surprises et de rebondissements – celui-là même que j’avais rêvé de bout en bout la nuit du 4 novembre 2007. J’ai choisi d’écrire un livre abordable sous plusieurs angles, afin que chaque âge y trouve son compte, de 15 à 95 ans. Alors, bienvenue aussi dans mon univers ! Comme l’a dit une chroniqueuse littéraire, Élie et l’Apocalypse a été écrit pour VOUS. »

Mais en vérité, je préfère passer la main aux blogueurs, ces nouveaux et très précieux acteurs du monde du livre. Votre énorme travail désintéressé est vital pour les auteurs indépendants, qui bien souvent n’ont pas d’autre moyen de se faire connaître. Sur Amazon, je cite un petit florilège d’avis de blog’litt qui se sont penchés sur le tome 1 :

« Un roman très prometteur, digne des romans fantasy à succès. » (Book n’Geek)

« Elen Brig Koridwen pose des valeurs, des questions, des problématiques très humaines et on ne peut qu’en être touché. Fort, spécial et talentueux ! » (La voix du livre)

« On sort grandis de notre lecture » (Palace of Books)

« Un super roman qui est parti pour conquérir le monde ! » (Le cinéma des livres)

« Une œuvre qui ne ressemble à aucune autre » (Passion littéraire)

« Tout le monde y trouve son compte » (Lecture en blog)

« Un roman solidement construit, de lecture très agréable, où l’on ne s’ennuie jamais. Et l’omniprésence d’un humour qui n’épargne personne… » (Chapitre zéro)

« Un livre qui peut se lire à tous les âges avec un point de vue différent à chaque fois » (Manque de sommeil chroniques)

« Passé le premier chapitre on entre vite dans l’addiction… on veut savoir… on lit et on lit… Lecture, fascinante, émouvante, initiatique, envoûtante, stressante parfois, mais une lecture où l’on veut savoir la suite. » (La mélodie des crayons)

« Une vraie pépite, riche, bien écrite, palpitante, drôle, émouvante,… Un grand bravo ! » (Ma bouquinerie)

« Une saga en cours d’écriture qui gagne à être connue, car elle fera à mon avis le bonheur de beaucoup de lecteurs. » (Arieste overblog)…

On trouve dans ton roman beaucoup de références scientifiques, mystiques, symboliques… ; ça représente un gros travail de recherche et de documentation, comment procèdes-tu ?

En effet, ma culture générale n’y suffirait pas, même si la saga touche aussi à certains de mes domaines de compétence. Entre 2007 et 2009, j’ai lu de nombreux livres afin d’approfondir certains sujets, tels que l’ésotérisme.

En dehors de cela, Google est mon ami. 🙂 Je recherche des sources fiables et je recoupe toujours le plus de documents possible pour vérifier les informations ; du coup, j’ai dû ingurgiter des centaines de pages de textes parfois ardus, d’où la lenteur de rédaction du premier tome : plus de 10 000 heures de travail, rien que pour la première édition de 2012 ! Désormais, cela va plus vite.

Par précaution, je fais valider tous les éléments scientifiques par des personnes compétentes.

Tout cela au fil de l’écriture, et non pas en amont ; ce qui m’a permis en de nombreuses occasions d’étoffer mes intrigues ou d’ajouter des développements imprévus, à partir d’un élément intéressant découvert au passage.

Comment travailles-tu sur la suite d’EELA ? Tu as déjà la trame complète en tête, juste les grandes lignes ou tu es en roue libre ?

Dès le départ, j’avais une idée précise de l’histoire dans son ensemble ; j’ai peaufiné les détails au fil de mes recherches documentaires.

Le plan général a été rédigé dès le départ ; c’est indispensable dans le cas d’une saga aussi longue, avec des intrigues aussi fouillées. Comme le regretté Robert Jordan, je tiens des notes qui, s’il m’arrivait malheur, permettraient éventuellement à un autre auteur d’achever EELA.

Mais je me réserve toujours une part d’improvisation, d’une part pour que les intrigues demeurent vivantes et fécondes, d’autre part pour m’adapter au contexte géopolitique et aux avancées technologiques, deux aspects qui tiennent une grande place dans la saga.

Comme tout lecteur passionné je suis du genre impatient ; sais-tu approximativement combien de temps il te faudra pour achever ton « grand oeuvre » ?

Je fais te faire une réponse de Normand : ça dépend.

Tu emploies le mot Grand-Œuvre : EELA est effectivement mon œuvre la plus ambitieuse, celle que je tiens à achever avant de mourir. J’y travaille chaque fois que je peux, et je m’y consacrerais entièrement si, du fait de mon état de santé, je n’avais pas de si maigres revenus que chaque vente d’un autre titre compte beaucoup pour m’aider à boucler mes fins de mois. Car pour le moment, le succès d’EELA demeure confidentiel, malgré un certain buzz à sa sortie en 2012 (mais alors, j’étais éditée ; puis l’éditeur a pris sa retraite, et j’ai dû repartir de zéro en 2015).

Cette nouvelle situation a une autre conséquence. Même si je peux écrire très vite, je fonctionne beaucoup à l’enthousiasme. EELA bénéficie de quelques fidèles soutiens, mais j’aurais grand besoin d’un nouveau fan-club pour souffler sur les braises  et me maintenir dans l’action. C’est pourquoi je te suis très reconnaissante de t’intéresser à son cas ! 🙂

Pour faire patienter / baver tes lecteurs, peux-tu nous donner des indices sur la suite du parcours d’Elie ?

Oui, bien volontiers. À partir du tome 2, dont le premier volume (sur 3) L’Arbre des Mondes est déjà paru, Élie va accomplir un tour du monde à la découverte d’autres cultures, d’autres formateurs… et d’autres péripéties : Dans le tome 1 Les trois Sages elle séjournait en Bretagne ; dans le tome 2 Rendez-vous au Paradis elle sera au Sahel et en Afrique sub-saharienne ; dans le tome 3 L’Alliance, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ; dans le tome 4 Les sauveurs aux mains nues, en Asie du Sud-Est et en Océanie ; dans le tome 5 Les sept Sphères, en Extrême-Orient ; dans le tome 6 Cybervie, en Amérique centrale et aux deux Pôles ; dans le tome 7 L’Arbre d’or, en Amérique du nord ; dans le tome 8 Le marais des âmes, en Amérique du sud ; et dans le tome 9 Jugement dernier, en Europe, où l’histoire s’achève d’une façon qui, je l’espère, scotchera les lecteurs. 🙂

À chaque fois, Élie vieillit d’un nombre d’années correspondant au numéro du tome : elle a 10 ans à la fin du tome 1, 12 à la fin du tome 2, 15 à la fin du tome 3… et 54 à la fin du dernier tome. Toujours la symbolique du chiffre 9.

Après / pendant l’écriture d’EELA, as-tu déjà d’autres projets en tête ?

J’ai toujours au moins trois ou quatre projets en parallèle, ce qui me permet de varier les travaux d’écriture en fonction de mon humeur ou de ma disponibilité. Un Apéribook, c’est entre 1 et 5 jours d’écriture, donc une semaine de travail en contrepoint de mes autres activités. Je termine ou peaufine aussi d’anciens manuscrits restés dans mes tiroirs ou sur mes disques durs. Comme il faut bien subsister, j’ai depuis peu un projet plus « alimentaire », comme on dit : une idée rigolote de polar, peut-être une future série, mais  dont l’écriture ne nuirait pas trop à celle d’EELA.

Tu touches un peu à tous les genres à travers tes romans et nouvelles, as-tu un genre de prédilection ? Et a contrario un genre auquel tu ne te frotteras pas ?

Je peux difficilement parler d’un genre de prédilection, dans la mesure où la plupart de mes ouvrages sont multigenres. J’aime toucher à tout, j’ai même écrit de l’érotique et de l’horreur. 🙂 En revanche, je ne me verrais pas faire de la littérature industrielle, soigneusement dépourvue de style et bourrée de clichés – je dis bien « soigneusement », parce qu’il est prouvé que c’est la recette standard pour que cela se vende comme des petits pains.

Il en faut pour tous les goûts et je me veux tolérante, mais je suis tout de même hostile à la littérature industrielle, qui, en plus de ne pas mériter le nom de littérature, a le grave inconvénient d’abaisser peu à peu le niveau d’exigence du grand public ; lequel, du coup, boude les ouvrages plus élaborés (« normaux », quoi !) qu’il trouve trop compliqués. Il n’y a qu’à lire certaines chroniques pour comprendre le malaise…

Les fast-foods ont habitué le palais des Français à la malbouffe, bien que nous soyons un pays de haute gastronomie. De même, les fast-books rodent le lectorat à des livres minimalistes, avalés juste pour l’histoire, voire « pour se vider la tête », sans souci de qualité. Même en France, qui fut aussi un pays d’immense rayonnement culturel, cette dérive fait les choux gras de l’édition, dont le but est de vendre des produits de grande consommation : aussitôt lus, aussitôt oubliés, et au suivant !

Tout cela pour dire que je serais incapable de me forcer à écrire vite fait mal fait un livre genre 50 nuances de Grey ou Twilight, ou encore une romance style Harlequin, même si la recette est très facile à mettre en œuvre et si c’est quasiment le seul moyen de vivre de sa plume… Je ne veux certes pas dénigrer les auteurs de ces genres-là, qui ont raison, après tout, et maîtrisent souvent un savoir-faire très respectable. Seulement, ce n’est pas mon truc ! Je sais que certains lecteurs me jugeront élististe, voire arrogante, mais je persiste et signe : la facilité n’a jamais tiré personne vers le haut, et je souhaite à tout le monde de voler plutôt que de ramper. Or, si les pouvoirs absolus ont toujours aimé brûler des livres, et si aujourd’hui, l’on enterre la soif de culture avec autant de complaisance, c’est parce que le meilleur moyen de mener les gens par le bout du nez, c’est de les abrutir de divertissements creux. Alors, la romance industrielle, c’est mieux que la télé, mais guère… Je ne suis pas du tout d’accord avec les personnes qui proclament « peu importe, pourvu qu’ils lisent ! ». Je préférerais que l’on ait à cœur de nourrir ces lecteurs avec des mets de choix, qu’on les rende exigeants, compétents, pointilleux ; ils/elles ne s’en laisseraient plus conter par le premier escroc, charmeur ou politicien qui passe.

Est-ce que Elen la lectrice a les mêmes goûts que Elen l’auteure ?

Oui : les deux sont très éclectiques. Je lis et écris absolument dans tous les genres, sans aucun a priori ! Sauf quant à la qualité. Je l’avoue, je suis de plus en plus difficile, et je ferme neuf livres sur dix dès la première page : fautes, clichés, platitudes, maladresses me rebutent, il y a tant de belles œuvres que je ne pourrais pas lire en cent vies ! Quand le thème ou le ton me séduisent malgré tout, je propose parfois une réécriture bénévole. Sinon, je passe mon chemin. À force de lire (un jour, des amis se sont amusés à calculer avec moi : j’avais quelque 7 000 livres au compteur ^^), on devient tatillon.  Ou facile à contenter, au contraire, si l’on ne lit que du fast-book ! Tout lecteur est l’otage de sa bibliothèque…

Merci de m’avoir consacré un peu de ton temps. En bon gentleman, je te laisse le mot de la fin.

Merci à toi, my Lord, pour cette belle rencontre. C’est la devise d’EELA : « le hasard n’existe pas »… 😉

[BOUQUINS] Elen Brig Koridwen – Les Trois Sages

EBK - Les Trois Sages (EELA 1)Nouveau détour dans le monde de l’auto-édition au menu de cette chronique avec Les Trois Sages, premier opus de la saga Elie Et L’Apocalypse écrite par Elen Brig Koridwen.
Le jour de son neuvième anniversaire, Elie, une petite fille surdouée, apprend qu’elle est le futur Messie. Aidée par une Escorte pour le moins atypique, elle doit se rendre au Château des Transes où elle suivra une formation en vue de la préparer à son destin hors du commun. Un voyage qui ne sera pas de tout repos, nombreux sont les ennemis du futur Messie et ils ne reculeront devant rien pour l’éliminer…
C’est via Facebook que j’ai fait la connaissance d’Elen, une auteure indépendante (par choix) très prolifique qui n’hésite pas à toucher à des genres divers et variés dans ses romans et nouvelles. Après avoir lu un premier Aperibook (Une Proie Sans Défense) qui m’a totalement emballé, j’ai décidé de m’attaquer à du lourd avec sa saga Elie Et L’Apocalypse (EELA pour les intimes). Elen m’a d’abord fait parvenir le tome 1 (qui regroupe les trois premiers livres de la saga), j’ai été immédiatement sous le charme de l’intrigue et des personnages, craignant le manque j’ai sollicité l’auteure afin de pouvoir disposer de la première intégrale (qui comprend neuf livres de neuf chapitres chacun) ; un grand merci à Elen pour sa réponse rapide et positive.
EELA s’annonce comme une saga difficile à caser dans un genre préformaté. On y trouve pêle-mêle des éléments de science-fiction (le roman se déroule en 2025 et met en oeuvre des technologies bien plus avancées que ce que nous connaissons aujourd’hui), de fantasy (le Château des Transes, bien que physiquement situé en Bretagne, est un monde à part où cohabitent sciences, religions, spiritualités et ésotérisme) ; urban fantasy donc ? Oui certes, mais l’on est aussi souvent proche du thriller ésotérique (de part l’intrigue en elle même, ou/et le rythme imposé).
Comme vous pouvez le constater les thèmes abordés sont vastes mais rassurez-vous les explications et démonstrations ne sont jamais assommantes, elles s’intègrent parfaitement à l’histoire et sont exposées de façon à ne pas décourager le profane. Je ne sais pas si tout est rigoureusement exact (les quelques recherches que j’ai fait sur Internet tendraient à abonder en ce sens) mais, à l’image des romans de Dan Brown, c’est suffisamment cohérent pour être convaincant et contribuer à enrichir une intrigue déjà dense. Cerise sur le gâteau, on trouve de nombreuses touches d’humour, même dans les moments les plus intenses, idéal pour reprendre son souffle entre deux rebondissements. Deuxième cerise sur le gâteau, on trouve au fil des pages de nombreux clins d’oeils cinématographiques ou littéraires, souvent amenés avec humour (pour rejoindre la première cerise).
Difficile de se montrer exhaustif en parlant de ce roman, il est d’une telle richesse et d’une telle variété que l’on ne peut que se montrer réducteur dans notre approche. Ne soyez pas intimidés quand je parle d’une intrigue dense, riche ou encore intense, tout est parfaitement organisé, jamais je n’ai été embrouillé ; laissez vous guider par l’intrigue et ça passera comme une lettre à la poste.
Je craignais de ne pas adhérer au personnage d’Elie (les gamins et moi, ça fait deux) mais j’ai été immédiatement sous le charme (en tout bien tout honneur). Un savant mélange de candeur enfantine et de maturité, de force et de fragilité. Appelée à remplir une destinée hors du commun, elle bénéficiera d’une formation tout aussi exceptionnelle.
La fameuse Escorte mérite aussi le détour. J’ai eu un faible pour Pat, un ado un peu marginal, ami d’enfance d’Elie. Suivront par ordre d’apparition, Algénor Salbuthard et sa disciple Agatha Throughview(membres de Ceux Qui Peuvent, un groupe de puissants clairvoyants), Ahiyam Benanania, soeur Caïus (respectivement rabbin et nonne, pour le moins atypiques) et Emma (jeune fugueuse croisée en chemin). Escorte complétée par la suite de Vaast Van Voornaam (pasteur protestant) et Abd-an-Nour El Nakyi (sage soufi). Difficile de trouver un groupe plus disparate… mais aussi l’assurance d’échanges aussi hauts en couleurs que leurs intervenants.
Pour en finir avec les « gentils », Elie rencontrera au Château des Transes les Trois Sages, Oliver Green (qui lui enseignera l’art du franc-jardinage), Fulcanie Montserrat (qui lui révélera les secrets de l’alchimie) et Michel Moussardant (spécialiste des sciences plus ésotériques). Là encore des personnages qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur.
Parmi ceux bien déterminés à éliminer la jeune Élue, on trouve Al-Moumit (une secte terroriste islamiste dirigée par Abdul-Iblis), Aura (des intégristes chrétiens dotés de pouvoirs psychiques, dirigés par Eposthim Deville) et Les Veilleurs du Châle Sacré (des terroristes israélites, dirigés par Zéev Ra).
Comme vous pouvez le constater, chez les forces du Bien comme chez les Forces du Mal, on retrouve les trois grandes religions monothéistes (Christianisme, Judaïsme, Islamisme). Aucun prosélytisme, ni militantisme au fil des pages, bien au contraire l’idée serait plutôt de condamner les extrémismes fanatiques de tout bord et de favoriser l’avènement d’une religion hors dogmes. Mais, et quitte à me répéter, cette histoire est trop riche pour ne se limiter qu’à une approche unique.
C’est avec un immense plaisir que lui attribue la note maximale de 5 Jack et un coup de coeur amplement mérité.
Un projet pour le moins ambitieux cette saga, cette première intégrale fait tout de même plus de 800 pages (qui se boivent comme du petit lait), deux autres volumes (chacun étant composé de neuf livres de neuf chapitres) devraient suivre. Mais après une pareille mise en bouche vous pouvez être assurés que je serai au rendez-vous, il me tarde de connaître la suite.

  • Edit du 16 septembre 2016.
    Suite à une précision apportée par Elen, la saga s’annonce encore plus ambitieuse que je ne le pensais. En effet ce ne sont pas deux volumes qui suivront mais sept (oui, oui : 7), soit un total de 81 livres ! GRR Martin et son Trône de Fer fait soudain figure de petit joueur. Ceci dit je souhaite à Elen de connaître le même succès que GRRM.
  • Edit du 22 septembre 2016.
    Ci-dessous, la nouvelle couverture du roman.
    eela1

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Elen milite activement pour l’auto-édition, entre autres choses elle assure la promotion de nombreux auteurs indépendants (en plus de continuer son propre travail d’écriture). Je tenais à saluer son courage et sa combativité, je ne peux que vous inviter à consulter son blog et sa page Facebook (elle y anime aussi de nombreux groupes).
A ceux et celles qui considèrent l’auto-édition comme de la littérature de seconde zone, je voudrai demander de faire un effort d’ouverture d’esprit et de tolérance. D’une part parce que le travail de ces auteurs méritent doublement le respect (non seulement ils assurent l’écriture de leur bouquin, mais aussi toutes les étapes intermédiaires jusqu’à la mise en vente du produit fini, et même après). D’autre part j’ai eu l’occasion de lire des récits de très bonne qualité ; EELA n’est pas une exception, certains romans que j’aie lus (et chroniqués ici) sont largement supérieurs à certains titres publiés par les cadors de l’édition.

[BOUQUINS] Gary Gibson – Extinction Game

G. Gibson - Extinction GameAu menu du jour un bouquin croisé un peu par hasard, malgré un pitch d’apparence classique, Extinction Game, le roman de Gary Gibson, a su titiller ma curiosité, suffisamment en tout cas pour qu’il vienne grossir les rangs de mon Stock à Lire Numérique et se retrouve même sur les premières marches de la file d’attente…
Jerry Beche était convaincu d’être le dernier survivant de son monde. Jusqu’à ce qu’il soit récupéré par une patrouille de l’Autorité et intègre les rangs des Eclaireurs. Il va alors apprendre que si l’humanité est bien éteinte sur son monde, il existe de nombreux autres univers parallèles dans la même situation. La mission des Eclaireurs, pour le compte de l’Autorité, est de parcourir ce multivers afin de récolter des informations ou des technologies nouvelles. Si les Eclaireurs acceptent leur mission sans poser de question, il n’en va pas de même pour Jerry, lui voudrait trouver les réponses aux nombreuses questions qu’il se pose…
Si sur le fond le roman ne révolutionnera pas le genre, sur la forme il vous réservera tout de mêmes quelques belles surprises et s’avérera même addictif une fois que vous serez vraiment dans l’intrigue. Si le cocktail post-apocalyptique et multivers fonctionne vite et bien, je dois toutefois reconnaître que je n’ai pas été immédiatement emballé, la faute sans doute à une écriture totalement dépourvue d’émotions. Un peu déconcertant de prime abord mais la qualité de l’intrigue et ses nombreux rebondissements sauront faire oublier cette faiblesse.
En plus de son intrigue de qualité, le roman peut compter sur une belle galerie de personnages, tous rigoureusement travaillés par l’auteur. A commencer par le groupe des Eclaireurs, chacun bénéficie d’un passé et d’une personnalité qui lui est propre. Un groupe dans lequel, généralement, les individualités se complètent lors des sorties en mission (sorties qui n’ont rien d’une promenade de santé, soit dit en passant).
En toile de fond, le contexte politique a aussi toute son importance, avec notamment les nombreuses questions que l’on peut se poser sur cette mystérieuse Autorité. Elle même semblant en proie à une crise interne opposant l’armée régulière (dont dépendent les Eclaireurs) et les Patriotes (une espèce de police politique à la solde du pouvoir).
Ce roman est le premier opus d’un diptyque post-apocalyptique proposé par l’auteur, j’espère que l’éditeur ne tardera pas trop avant de nous proposer le second opus ; soit dit en passant les deux intrigues sont totalement indépendantes, aussi bien au niveau de leur contexte que des personnages.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Patrick Senécal – Faims

P. Senécal - FaimsCa faisait un moment que l’envie de me frotter à l’univers littéraire de Patrick Senécal me titillait, pour une fois j’ai décidé de commencer par la fin avec son dernier titre en date, Faims, publié en 2015 par l’éditeur québécois Alire. Tant qu’à lire un auteur Québécois autant le faire avec une édition locale et s’offrir ainsi une immersion 100% Made in Québec, ne manque que l’accent caribou.
Kadpidi est une bourgade paisible du Québec. L’arrivée d’une troupe de cirque, le Humanus Circus, qui propose un spectacle pour le moins inhabituel réservé aux adultes, risque de troubler la quiétude des lieux. D’autant que quelques jours après l’arrivée des forains, un habitant est retrouvé mort, assassiné. Etrange coïncidence ou pas ? C’est l’une des réponses que devra trouver Joël, un sergent-enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ)…
Comme je l’ai mentionné en introduction de cette chronique c’est le premier roman de Patrick Sénécal que je lis, je n’ai donc aucun élément de comparaison avec ses titres précédents (tels que Le Vide ou Hell.Com, qui ont intégré le catalogue de Fleuve Editions respectivement en 2015 et 2016). C’est donc avec un regard complètement neutre que j’aborde cette chronique.
Inutile de vous ruer sur Google Maps pour tenter de localiser Kadpidi, l’auteur prévient d’entrée de jeu que c’est une bourgade fictive. Mais il la situe à une trentaine de kilomètres de Sorel-Tracy, sur les berges de la rivière Yamaska ; pour les curieux qui voudrait situer l’action dans la province de Québec. On ne rit pas, ça m’arrive souvent de me ruer sur Google Maps pour situer, même approximativement, l’intrigue d’un roman.
Je ne peux décemment pas commencer ma chronique par quelques mots sur l’écriture de Patrick Sénécal. Rien à redire sur son style que j’ai trouvé tout de suite accrocheur, simple, direct mais jamais simpliste. Et il faut bien avouer que cette écriture en québécois ajoute une touche d’authencité au récit, ça n’aurait pas eu le même rendu (ni le même charme) avec une écriture franco-française. Je reconnais toutefois que j’ai dû faire appel à Internet pour comprendre certains termes (plus par curiosité qu’autre chose, on pige facilement le sens général de la phrase).
Le bouquin est divisé en trois parties. La première plante le décor et les personnages, de l’arrivée du cirque au premier meurtre. La seconde constitue vraiment le coeur de l’intrigue (et de l’enquête de police), quelques apartés permettent aussi de découvrir le parcours des membres de la troupe du cirque. Alors qu’on pensait que plus rien ne pouvait arriver, la troisième partie nous en met plein la gueule jusqu’au final en apothéose.
L’intrigue comme les personnages sont particulièrement soignés. Il faut dire qu’avec la troupe du Humanus Circus l’auteur a de quoi se faire plaisir avec des personnages hauts en couleurs. Il en va de même pour l’équipe de la SQ, chacun a sa propre personnalité. Bien entendu la famille et l’entourage de Joël ne sont pas laissés pour compte. A vrai dire à la lecture de ce bouquin, rien ne semble avoir été laissé au hasard ; tout est sous contrôle.
J’ai lu çà et là que ce roman n’était pas le top du top de Patrick Senécal, pour ma part je dirai qu’il fait office de mise en bouche fort appétissante. De quoi me donner envie d’aller plus avant dans l’univers littéraire de l’auteur, à commencer par les trois titres qui suivent le parcours mouvementé de Michelle Robineau ,la Reine Rouge.
On a tous une fringale cachée, plus ou moins inavouable, faut il ou non chercher à la satisfaire ? A chacun de trouver sa réponse…

Si vous souhaitez vous familiariser avec le parler québécois (ou par simple curiosité) je vous invite à consulter le site suivant : du français au français.

MON VERDICT
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Morceau choisi

Vous avez faim.
Vous avez une vie en apparence comblée, vous êtes l’image de l’homme honorable, mais une étrange faim s’est installée en vous. Depuis quand la ressentez-vous ? Difficile à dire. Au début, elle se manifestait sans prévenir, modeste et temporaire. Une petite fringale occasionnelle que vous réussissiez à satisfaire de manière convenable et raisonnable, rassuré par votre statut qui vous convainquait qu’au fond vous n’aviez besoin de rien. Mais depuis quelque temps, depuis quelques années, cette faim revient de plus en plus souvent. Elle a même tendance à demeurer en vous, à vous ronger. À tel point que parfois, vous êtes littéralement affamé. Parce que cette faim ne se contente plus de repas discrets et équilibrés. Elle en veut plus. Elle réclame des aliments nouveaux.
Comment la calmer, alors ? Peut-être que vous avez une idée du genre de nourriture qu’elle sollicite, mais vous n’osez pas. Car cela viendrait perturber un régime sain que vous suivez depuis si longtemps, depuis toujours… Un régime qui, pourtant, vous frustre de plus en plus…
Je vous vois dans plusieurs années, je vous vois vieillard… Vous aurez continué à suivre votre régime raisonnable durant toute votre vie, mais votre âme sera rachitique, presque morte d’inanition. Votre faim vous aura bouffé de l’intérieur. Vous serez vide. Vivant mais vide.
Et vous comprendrez que vous avez eu peur toute votre vie… Peur non pas de vous rassasier complètement, ce qui est impossible, mais de contrôler cette faim, de la satisfaire à l’occasion… Mais une fois vieux, il sera trop tard, car vous n’aurez plus accès à la nourriture nécessaire…

[BOUQUINS] Camille Bouchard – Cartel

C. Bouchard - CartelHistoire de varier mes sources d’inspiration j’ai décidé de m’offrir un petit détour par le Québec, en compagnie de Camille Bouchard et son roman, Cartel. Roman ? Pas vraiment, il s’agit davantage de cinq nouvelles qui s’articulent autour d’un même thème.
El Turco est le chef d’un puissant cartel mexicain, entre les affaires internes à régler, les alliances, anciennes (à entretenir) et nouvelles (à consolider), et les guerres des gangs, son emploi du temps n’est pas de tout repos…
Cinq nouvelles et cinq styles narratifs distincts, c’est le principal (le seul ?) tour de force de ce recueil. Sur ce point en effet l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu, même si, sur le fond, lesdites nouvelles ne viennent pas révolutionner les règles du genre.
Camille Bouchard est donc un auteur québécois qui a décidé de situer son intrigue au Mexique, pourquoi pas me direz-vous ? Comme de juste l’intrigue étant mexicaine, on y croise de nombreux personnages Mexicains, qui ont donc comme langue natale l’espagnol. Jusque là ça semble plutôt logique comme situation, sauf que nos Mexicains multiplient les expressions 100% québécoises… Dépaysant, c’est le moins que l’on puisse dire.
Comme souvent avec les recueils de nouvelles, tous les récits ne se valent pas, il y a du bon et du moins bon mais globalement j’ai passé un bon moment avec ce bouquin, même si, je le répète, il reste relativement conventionnel (voire parfois simpliste) dans sa forme. N’espérez pas le grand frisson, vous seriez cruellement désabusé. Ce ne pas vraiment ce à quoi je m’attendais… Un divertissement moyen de gamme sauvé de l’oubli par la qualité du travail narratif.

MON VERDICT
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Comme vous pouvez le constater si vous zieuter les vignettes de mes prochaines lectures je reste au Québec avec le même éditeur mais je change d’auteur pour m’offrir mon baptême de Patrick Sénécal !