[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guerilla

L. Obertone - GuerillaAu menu du jour un bouquin dont la médiasphère bien pensante préfère éviter de parler… même en dire du mal serait lui faire trop d’honneur à en croire ces laquais du politiquement correct. C’est donc avec un plaisir redoublé que je me suis lancé dans la lecture de Guerilla, le roman de Laurent Obertone.
Une intervention de police de routine dans une cité de la Courneuve dégénère. Tandis que leur adjudant est roué de coups et que sa collègue est à son tour mencaée, le troisième policier sort son arme et tire, tuant les six agresseurs. La police est pointée du doigt, les médias dénoncent le fascisme policier, les cités s’embrasent, certains en profitent pour jeter de l’huile sur le feu, d’autres pour passer à l’offensive. Inexorablement la France bascule dans le chaos…
Jusqu’alors Laurent Obertone s’était plutôt illustré en tant qu’essayiste rejetant la langue de bois et n’hésitant pas à appuyer là où ça fait mal, quitte à caresser à rebrousse-poil le politiquement correct. Je ne me permettrai de juger ni l’homme, ni son travail, à chacun de se forger sa propre opinion (de préférence après avoir lu les bouquins de l’auteur plutôt qu’en suivant le mouvement). Pour ma part j’aurai tendance à dire que Guerilla, s’inscrit dans la suite logique de ses essais sur la France, qualifiée successivement d’Orange Mécanique et de Big Brother : une vision empirique de l’avenir.
Un bon essayiste ne fait pas forcément un bon écrivain. Sans doute bien conscient de cette réalité, Laurent Obertone opte pour un style minimaliste, ce qui n’empêche pas certaines maladresses et lourdeurs. Il n’en reste pas moins que globalement le bouquin se lit plutôt bien. Les chapitres sont courts et dynamiques, le rythme est assuré.
Alors crédible ou pas ? Pour ma part j’ai envie de croire que non, je ne peux envisager un tel niveau de renoncement et de culpabilisation chez le peuple français (voir aparté n°2). Outre ce point (qui n’est point de détail), l’enchaînement des événements, tel que le décrit Laurent Obertone, impliquerait un sacré concours de circonstances (et une bonne dose de pas de bol). Je considère donc Guerilla comme une fiction d’anticipation plus que comme une éventuelle mise en garde contre un réel danger potentiel.
Quoiqu’il en soit ce n’est pas forcément un roman à mettre entre toutes les mains. De nombreuses scènes de violence sont décrites sans concession, avec un réalisme cru qui risque de choquer plus d’un lecteur. Je ne reprocherai pas ce parti pris à l’auteur, au contraire rien de tel qu’un bon électrochoc pour nous ouvrir les yeux et nous faire réfléchir.
Les personnages sont nombreux, ils viennent d’horizons divers et variés et se retrouveront impliqués plus ou moins intensément dans le déroulement des événements. dans un premier temps on serait tenté de crier au cliché, voire au manichéisme, mais au fil des chapitres les nuances se précisent chez certains… tandis que d’autres, d’un côté comme de l’autre, restent des irrécupérables.
Laurent Obertone vous invite à suivre les trois journées qui verront la France trembler, vaciller puis s’effondrer. Une fois le chaos bel et bien installé, baisser de rideau ! Comme un pied de nez histoire de dire aux français, vous l’avez bien cherché, maintenant démerdez-vous. Ou, pour reprendre les mots de l’auteur : « La morale de cette histoire, c’est qu’une telle histoire n’a pas de morale. Les moralistes ont tué les réalistes, le réel tuera la morale. Et voilà. Il n’y a d’issue pour personne« .
Roman engagé ou non ? Très honnêtement il faudrait avoir des putains d’oeillères pour refuser de croire que certaines cités sont devenues de véritables zones de non droit, que ces mêmes cités sont un couvoir pour les apprentis djihadistes et autres radicalisations. Est-ce utile de rappeler que la menace du terrorisme islamiste est toujours bien réelle ? Enfin l’absence de sortie de crise clôt ce débat stérile, Laurent Obertone ne suggère aucune solution miracle et n’érige rien ni personne contre la montée du chaos ; difficile dans ce contexte de parler de prosélytisme…

MON VERDICT
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Aparté n°1.
Je me suis promis de bannir de mes achats les éditeurs qui n’offrent pas d’alternative numérique, quitte à passer à côté de très bon titres. Ring fait malheureusement partie de ces éditeurs refusant de vivre avec leur temps. Et pourtant me voilà vous proposant une chronique d’un roman issu du catalogue de Ring. C’est à y perdre son latin ou son lapin, non ?
Et bin non. Et ce pour deux raisons : primo, je n’ai interdit à personne de m’offrir des bouquins en provenance de ces éditeurs ; secundo, si de généreux artisans de l’ebook prennent les choses en mains afin de pallier les lacunes de ces éditeurs, j’aurai bien tort de bouder mon plaisir (pour info je me fous éperdument de l’aspect illégal de la démarche donc inutile de prendre la zone de comm pour le mur des lamentations).
En l’occurrence Guerilla répond aux deux critères, le Père Noël l’a déposé au pied du sapin et j’ai par la suite récupéré une version numérique alternative.

Aparté n° 2.
J’espère franchement ne jamais connaître cette France du très-bien-vivre-ensemble décrite par Laurent Obertone. Un état, un pouvoir et un peuple n’ayant plus la moindre fierté nationale, tout juste des rampants ayant adopté la pensée unique afin de faire le moins de vague possible. Un peuple ayant fait de la lâcheté et de l’hypocrisie un art de vivre.
Je ne veux pas d’une société où la tolérance passe par le renoncement et la culpabilisation, je n’ai pas honte de ce que je suis, je l’assume et le revendique. Ca ne m’empêche pas d’ouvrir mes bras aux autres, mais s’ils viennent chez moi c’est à eux de s’adapter à mon monde et non l’inverse !
J’ai heureusement encore suffisamment foi en la France et aux Français pour croire que ça ne peut pas arriver ; pour penser que face à une telle dérive, la mobilisation serait massive, dans un grand élan national(iste), pour crier haut et fort : NON ! Notre identité nationale est essentielle et ne constitue en rien un obstacle à la tolérance et au vivre-ensemble.

[BOUQUINS] Amy Gentry – Les Filles Des Autres

A. Gentry - Les Filles Des AutresBien déterminé à rattraper le retard accumulé avec les sorties de la collection La Bête Noire, je me lance à la découverte de leur dernier opus, Les Filles Des Autres, premier roman de l’américaine Amy Gentry.
Julie Whitaker, 13 ans, est kidnappée en pleine nuit dans la maison familiale, sous le regard impuissant et terrifié de sa jeune soeur, Jane. L’enquête de police s’enlise, la famille se résigne à accepter l’indicible. Huit ans plus tard, alors que les Whitaker préparent un repas en famille, une jeune fille se présente à leur porte. Pour eux il ne fait aucun doute qu’il s’agit de Julie. Sauf peut être pour Anna, la mère, qui relève quelques zones d’ombres dans le récit de Julie. Suffisamment pour que le doute s’installe…
Voilà clairement un bouquin, qui, s’il n’avait pas été estampillé Bête Noire, n’aurait sans pas retenu mon attention. Auteure inconnue (normal c’est son premier roman), un pitch intéressant mais somme toute assez classique mais surtout une couv’ très moyenne, pour ne pas dire franchement moche (mais qui prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin).
J’en vois déjà (oui toi là-bas, au fond à droite) qui soupirent d’un air blasé en marmonnant : « pfft et vas-y pour une énième chronique de thriller psychologique ». Hé bin oui, encore un thriller psychologique, j’aime ça et j’assume, et pis merde c’est chez moi ici, j’fais c’que j’veux ! Plus sérieusement je vais tenter de vous convaincre qu’il est encore possible de surprendre les lecteurs dans un genre pourtant maintes fois exploité et remanié…
Comme je le disais l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité : « Julie disparaît, Julie réapparaît ; mais est-ce vraiment Julie ? » Et pourtant de part sa construction je peux vous assurer que vous allez être happé par ce bouquin, s’il parvient à vous ferrer vous ne lâcherez plus avant de connaître le fin mot de l’histoire. Et d’ici là vous n’en finirez pas de vous poser des questions, parfois vous aurez des certitudes, puis le doute reprendra ses droits. Et peu à peu les différentes pièces du puzzle se mettent en place.
Un récit construit à deux tons (qui vient d’imiter une sirène de police ? Dehors !). On suit l’intrigue présente, racontée à la première personne par Anna, la mère de famille en proie au doute quant à l’identité de sa « fille ». Un récit entrecoupé par des flashbacks présentés par ordre antéchronologique (du plus récent au plus ancien), des flashbacks dont Anna ignore tout et dont je ne dirai rien afin de laisser intact le plaisir de la découverte (un mot de trop et c’est tout l’effet de surprise qui s’effondre).
Amy Gentry excelle à fouiner dans les profondeurs de l’esprit d’Anna, en creusant le présent elle exhumera un passé qu’elle aurait peut être souhaité ne jamais connaître. Une femme pleine de détermination, quitte à se retrouver seule contre tous, à découvrir la vérité, même si celle-ci risque de détruire sa famille déjà fragilisée.
La couv’ annonce « un roman à suspense », rien à redire sur ce point, le suspense est bel et bien présent et entretenu quasiment jusqu’à la dernière page.
J’espère que ces quelques lignes vous donneront envie de découvrir ce bouquin, pour un premier roman l’auteure place la barre très haut. Certes pas totalement exempt de défaut (j’ai trouvé le manque d’implication de la police peu convaincant au vu de l’enchaînement des événements) mais il mérite amplement sa place au sein d’une collection telle que la Bête Noire.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Lee Martin – Cet Eté-Là

L. Martin - Cet été-làComme vous le savez sans doute mon Stock à Lire Numérique à tendance à connaître une croissance exponentielle, du coup quand vient l’heure de choisir sa prochaine lecture c’est toujours un déchirement, et forcément on oublie certains titres et certains éditeurs. Comme ça faisait un moment que je ne m’étais pas penché sur le catalogue de Sonatine j’ai décidé de rectifier le tir avec Cet Eté-Là de Lee Martin.
Trente ans plus tôt, dans une petite bourgade de l’Indiana. La jeune Katie Mackey, 9 ans, disparaît alors qu’elle était sortie faire une course à vélo. Même si la police a rapidement interpellé un suspect, la disparition de Katie reste un mystère. Aujourd’hui, en recoupant les faits et divers témoignages, la vérité va peut être enfin éclater…
Un faits divers, des témoignages, des faits (connus ou reconstitués) et de fil en aiguille la vérité qui refait surface. J’aime beaucoup ce concept de roman choral qui permet au lecteur de jouer les apprentis journalistes (ou apprentis détectives selon ses ambitions). Une forme (et un fond) qui n’est pas sans me rappeler le roman Qui ? de Jacques Expert, construit sur le même principe et déjà publié par Sonatine.
La principale difficulté, pour l’auteur qui veut se lancer dans ce genre de roman, consiste à affecter un style distinct à chacun des intervenants afin que l’on puisse les identifier sans forcément avoir besoin de se référer au nom du chapitre. C’est malheureusement là que le bât blesse avec Cet Eté-Là, et ce sera certainement mon seul reproche, le style (efficace et concis) est trop uniforme, on a du mal à s’identifier aux personnages, un peu comme si c’était une seule et même personne qui nous relatait les événements…
Bon ça c’est fait. Une fois n’est pas coutume j’ai commencé par souligner le point négatif, sans doute parce que je tiens à tempérer mon reproche. En effet l’attribution d’un style propre à chaque intervenant eut été un plus plutôt qu’un point réellement négatif. Cela ne m’a nullement empêché de prendre beaucoup de plaisir à lire ce bouquin et de me sentir en totale immersion dans l’intrigue.
Les principaux intervenants sont au nombre de trois : M. Dees, un enseignant solitaire qui donnait des cours d’été à Katie, Gilley, le frère aîné de Katie et Clare, une veuve qui a par la suite épousé le principal suspect du crime. Chacun se livre au lecteur, s’adressant directement à lui, comme s’il était dans votre salon, évoquant non seulement ses souvenirs mais aussi ses états d’âmes. A ce titre on peut souligner un gros travail de l’auteur sur la psychologie de ses personnages, ce qui vient en partie contrebalancer l’absence de style personnalisé.
L’intrigue est bien construite même si l’on ne peut pas vraiment dire que l’on ait le droit à d’énormes surprises au fil des révélations ; on supposait beaucoup sans toutefois avoir une idée précise du déroulement des événements. Ca n’en reste pas moins un récit addictif qui se lit quasiment d’une traite (malheureusement les obligations professionnelles et personnelles ne permettent pas toujours ce genre d’immersion intégrale). Nul doute qu’au fil des pages vous serez projeté à Tower Hills dans les années 70, nul doute que vous aussi aurez envie de comprendre ce qui est arrivé à Katie…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Jean Hegland – Dans La Forêt

J Hegland  - Dans la forêtVotre mission si vous l’acceptez : proposez-moi un roman qui combine un contexte post apocalyptique et un récit 100% fidèle à l’esprit nature writing cher à Gallmeister. Ah oui j’oubliais un dernier détail : l’ensemble doit tenir la route ! Pour son premier roman, Jean Hegland a décidé de relever ce pari un peu fou, c’est ce grain de folie qui m’a incité à me lancer à la découverte de Dans La Forêt.
Nell et Eva sont deux soeurs âgées de 17 et 18 ans. Le monde et la civilisation, tels qu’elles les ont connus se sont effondrés. Depuis la mort de leurs parents elles subsistent tant bien que mal dans la maison familiale, isolée au coeur de la forêt de Redwood (Californie). Mais comment organiser sa survie quand tous les repères connus sont devenus obsolètes ?
Quoi de plus naturel pour nous que d’appuyer sur un interrupteur pour avoir de la lumière ou tourner un robinet pour avoir de l’eau ? On ne prête même plus attention à ces gestes du quotidien, au confort moderne qui nous entoure et nous facilite grandement l’existence. Pas question d’y renoncer, ce sont des acquits ! En y réfléchissant bien, il n’y a là aucun acquis, si le modèle économique, sociétal et humain venait à s’effondrer l’interrupteur et le robinet ne fourniraient plus leurs précieuses énergies. Rapidement on se retrouverait livrés à nous mêmes pour assurer notre survie.
Le récit est volontairement intemporel, ça pourrait être demain, dans dix ans, cent ou mille, peut être même jamais. Il en va de même pour les circonstances de cet effondrement, il est vaguement question de guerres, d’émeutes, de crise économique et d’épidémies… peu de certitudes et beaucoup de rumeurs.
Le récit est à la première personne, c’est le journal de Nell que nous lisons. Elle y raconte leur quotidien et leur survie mais aussi des épisodes de leur vie d’avant, quand le monde tournait encore rond, quand leurs parents étaient encore en vie.
Nell et Eva avaient un avenir tout tracé, l’avenir qu’elles s’étaient choisi : Eva dansera dans le corps de ballet de San Francisco tandis que Nell entrerait à Harvard. Alors pour conjurer le sort, en attendant que les choses reviennent comme avant, Eva s’entraîne toute la journée dans son studio, au seul son d’un métronome et Nell lis inlassablement l’encyclopédie.
Au fil des pages, et du temps qui passe, on suit l’évolution de l’humeur des deux soeurs, il y a d’abord l’espoir d’un retour à la normale prochain, au fur et à mesure que celui-ci s’amenuise c’est l’abattement et la résignation qui s’installeront. A ce point il n’y a guère d’alternative, seules deux options primaires (pour ne pas dire primales) sont de mise : survivre ou mourir ! Se battre ou se laisser mourir !
Jean Hegland nous livre aussi une ode à la nature, certes elle peut parfois se montrer cruelle, mais si on apprend à l’apprivoiser elle peut se révèler d’une incroyable richesse et receler de nombreuses ressources qui viendront agrémenter le quotidien. A ce titre la forêt devient quasiment un personnage du roman plus qu’un simple lieu, un personnage qui évolue au fil des saisons.
Au-delà de l’aspect post-apocalyptique et nature writing, Dans La Forêt est aussi et surtout un véritable roman initiatique qui vous fera vivre un véritable tourbillon d’émotions ; vous partagerez les rires et les larmes de Nell et Eva. Merci à Gallmeister pour cette belle découverte, dire qu’il aura fallu attendre 21 ans pour découvrir ce titre en français (première publication aux USA en 1996).

MON VERDICT
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Morceau choisi

Je me souviens de m’être débarrassée d’habits déchirés, tachés ou qui n’étaient plus à la mode. Je me souviens d’avoir jeté de la nourriture – d’avoir raclé des monceaux de nourriture de nos assiettes dans le bac à compost – simplement parce qu’elle était demeurée intacte sur l’une de nos assiettes pendant toute la durée d’un repas. Comme je regrette ces corbeilles à papier pleines à ras bord, ces reliefs de plat. Je rêve d’enfourner des sachets entiers de raisins secs, de brûler douze bougies à la fois. Je rêve de me laisser aller, d’oublier, de ne me préoccuper de rien. Je veux vivre avec abandon, avec la grâce insouciante du consommateur au lieu de m’accrocher comme une vieille paysanne qui se tracasse pour des miettes.

[BOUQUINS] Blanche Monah – La Cage Dorée

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B. Monah - La cage doréeNouvelle escale dans le monde de l’auto-édition, avec en prime un roman érotique. la chose s’appelle La Cage Dorée et est signée Blanche Monah (voir son blog).
Heather Delacroix, jeune femme de bonne famille et des beaux quartiers, entre au Studio Brastow comme stagiaire. Immédiatement Ousmane Villon, dit Phénix, un des photographes du studio, la prend en grippe ; elle représente en effet tout ce qu’il déteste. Mais il ignore que sous ses airs hautains et son apparence froide se cache un terrible secret…
L’avertissement au lecteur promet des « scènes de violence psychologique et physique intenses« , et sur ce point il est vrai que l’on est servi. A tel point que par moment le roman se lit presque comme un thriller psychologique.
Pour un premier roman Blanche Monah fait un choix audacieux avec un sujet qui risque de choquer, voire même dégoûter certains lecteurs. Je ne parle pas du fait d’avoir opté pour un récit érotique, il faut vivre avec son temps, c’est un genre littéraire à part entière ; mais plutôt de la relation entre Heather et son père, qui traite sa fille comme un jouet sexuel dont il use et abuse sans vergogne depuis des années.
Ce qui m’améne tout naturellement à faire un tour d’horizon des personnages, en commençant bien entendu par Heather. Je sais qu’une relation de domination/soumission peut être ravageuse sur le long terme mais j’avoue que par moment sa résignation m’a davantage fait enrager (envie de meurtre ? Presque) qu’autre chose. Du coup j’ai eu un peu de mal à éprouver de l’empathie pour elle.
J’ai par contre beaucoup aimé le personnage de Phénix, sous ses apparences de gros dur il y a un petit coeur qui bat… Du coup il va tout faire pour essayer de sortir sa « princesse » des griffes de ses bourreaux. Un personnage déterminé qui ne se laisse pas abattre à la moindre contrariété (sacré contraste rapport à Heather).
Puis il y a Arnaud, le père d’Heather, et Jérôme, collègue de Arnaud et futur gendre désigné d’Heather. Est-il besoin de s’attarder sur de pareilles ordures ? Pas un pour racheter l’autre, on aimerait tant les voir souffrir et agoniser longtemps, très longtemps…
Vous l’aurez sans doute compris, le titre fait référence à l’existence même d’Heather, vu de l’extérieur ça semble idyllique, mais de l’intérieur c’est une véritable prison pour la jeune femme.
Le style est agréable, la lecture fluide. Au fil des chapitres l’auteure donne la parole à ses personnages qui raconte l’histoire selon leur propre point de vue. Peut être encore quelques erreurs de jeunesse çà et là mais globalement j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. Mais je confirme l’avertissement de l’auteur : à ne pas mettre entre toutes les mains !

MON VERDICT
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J’ai toujours affirmé que je serai plus tolérant concernant la mise en page et la typographie d’un ouvrage auto-édité que s’il s’agissait d’un bouquin qui sortirait d’une grande maison d’édition (ils n’ont pas la même logistique entre la rédaction et la publication). Mais en l’occurrence le bouquin aurait besoin d’une sérieuse reprise en main, ne serait-ce que pour corriger le « visuel ». Après deux chapitres lus je suis passé en mode Sigil pour harmoniser l’ensemble (et tant que j’y suis alléger et uniformiser le code).
Certes le fichier que j’ai lu est un epub converti à parti du fichier Kindle, mais un rapide coup d’oeil à la page du blog permet de constater que cette manipulation n’explique pas tout. Je citerai en vrac et sans être exhaustif :
– Parfois le début du paragraphe est en retrait, d’autres fois non
– De nombreux tirets simples débutent les dialogues alors que par ailleurs ils sont identifiés par des tirets semi-cadratin)
– Toujours dans les dialogues : pas d’espace entre le tiret et le début du dialogue
– D’un chapitre à l’autre la police change de taille sans respecter la moindre logique

Je n’entends pas critiquer pour le plaisir de critiquer mais avec ces remarques j’espère apporter aux auteurs quelque chose de constructif pour leur permettre de proposer aux lecteurs un travail aussi abouti que faire se peut. Je n’ai aucunement tenu compte de ces petits soucis techniques dans ma notation.

Chers auteurs indépendants, je sais que Amazon est une plate-forme qui facilite grandement la diffusion de votre travail mais le monde de la lecture numérique ne s’arrête pas à la Kindle et son format propriétaire. Si vous en avez la possibilité n’hésitez pas à diffuser vos romans au format epub (via 7switch par exemple), vous toucherez ainsi un public plus large.
Convertir un fichier azw (Kindle) en epub permet d’outrepasser cette contrainte, mais la manipulation n’est pas forcément à la portée de tous les lecteurs (les plus curieux trouveront aisément un tuto sur Internet). Les plus maniaques pourront peaufiner le travail avec Sigil afin de « nettoyer » le code.

[BOUQUINS] Ingrid Desjours – La Prunelle De Ses Yeux

I. Desjours - La prunelle de ses yeuxJ’ai pris pas mal de retard dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont, La Prunelle De Ses Yeux signé Ingrid Desjours me donne l’occasion de me replonger avec plaisir au coeur de cette collection.
2003. Région parisienne. Victor, 17 ans, est assassiné dans des circonstances encore troubles même si tout semble désigner Maya Torres comme coupable ; Maya est quant à elle supposée avoir trouvé la mort dans un attentat survenu le lendemain du meurtre. 2016. Irlande. Gabriel Imbramovic’, aveugle, demande à Maya de lui servir d’accompagnatrice le temps d’un séjour en France, un service généreusement rémunéré que la jeune femme acceptera malgré son appréhension à revenir sur le sol français…
Je suis novice dans l’univers littéraire d’Ingrid Desjours mais son précédent roman, Les Fauves, m’avait fait forte impression ; impression renforcée par le fait que son intrigue était étroitement liée à la tragique actualité du moment (j’étais en train de lire que Paris a été la cible d’attaques terroristes, dont celle du Bataclan).
Certes ce roman est moins ancré dans l’actualité du moment et de fait l’impact émotionnel est moindre. Il n’en reste pas moins que l’on retrouve la même profondeur psychologique dans l’intrigue ; l’auteure sais s’y prendre pour nous plonger dans les méandres de l’esprit humain (il faut dire qu’elle est psycho-criminologue de formation, ça aide).
Au fil des chapitres on retourne en 2003 en compagnie de Victor qui vient d’intégrer Métis, une institution qui forme les élites de demain, et cherche plus particulièrement à se rapprocher d’un groupe d’élèves qui est la crème de la crème de l’établissement. On découvre peu à peu les réelles motivations de Victor et les circonstances de sa mort.
Puis il y a l’intrigue présente qui confronte Gabriel (le père de Victor) à Maya (sa supposée meurtrière), persuadé de connaître toute la vérité sur la jeune femme et donc d’avoir pris les bonnes décisions. Là encore les surprises ne manqueront de vous ébranler au fil des révélations.
Des personnages attachants (même si au départ je voyais en Victor un gros con pourri gâté), profondément marqués par la vie mais encore plein d’humanité. Et puis il y a le côté obscur, Tancrède Sinclair, nul doute que vous allez adorer le détester, encore et encore, de plus en plus…
Une intrigue totalement maîtrisée qui a su me tenir en haleine quasiment de la première à la dernière page, l’occasion aussi, à plusieurs reprises, de voir voler en éclat mes certitudes sur tel ou tel aspect du récit.
L’occasion aussi de découvrir les troubles de conversion ; un handicap apparaît chez la « victime » sans la moindre explication pathologique ou physiologique, juste parce que votre cerveau a décidé qu’il en était ainsi… Et le pire c’est que la chose est quasiment incurable ! Chez Gabriel c’est la cécité de conversion qui a frappé. Il faut dire que le choc psychologique subit a été énorme le concernant.
Ingrid Desjours ne nous ménage pas, la violence est aussi bien physique que psychologique, sur ce dernier point l’auteure nous fait découvrir deux expériences scientifiques en rapport avec la soumission et la domination (j’ai dit scientifique, pas pornographique ! N’allez pas vous imaginer des trucs). Une écriture qui nous prend aux tripes mais aussi au coeur. Totalement addictif et sans le moinde temps mort. Un roman qui vous en mettra plein les mirettes… et accessoirement plein la gueule !
Une fois encore La Bête Noire a été fidèle à sa réputation et a frappé un grand coup en nous proposant un thriller très haut de gamme.

MON VERDICT
jd4Coup de poing

[BOUQUINS] Richard Adams – Watership Down

R. Adams - Watership DownAu menu du jour une chronique que j’aurai pu intituler « Mieux vaut tard que jamais » puisque que c’est le roman de Richard Adams, Watership Down, qui aura titillé ma curiosité.
Fyveer prévient son frère Hazel qu’un grand danger plane sur leur garenne mais sans pouvoir lui en dire davantage sur la nature de cette menace. Le Maître de la garenne refusant d’évacuer les lapins, seuls quelques volontaires acceptent de suivre Hazel et Fyveer dans ce voyage vers l’inconnu…
Watership Down a été publié pour la première fois en 1972 au Royaume Uni (un tirage plus que modeste à 2500 exemplaires). Le succès viendra deux ans plus tard, en 1974 avec une publication aux Etats-Unis assurée par une grosse maison d’édition (Macmillan) ; en un an le roman passera le cap du million d’exemplaires vendus. En France il faudra attendre 1976 pour que Flammarion propose une traduction de Pierre Clinquart sous le titre Les Garennes De Watership Down. Avec la présente édition, publiée par Monsieur Toussaint Louverture en 2016, on peut découvrir le texte dans une version revue et corrigée par Pierre Clinquart.
Avant cette nouvelle édition on estimait que le roman s’était vendu, de part le monde, à plus de cinquante millions d’exemplaires. Un joli succès pour ce qui ne fut au départ qu’une histoire que Richard Adams racontait à ses filles.
Le hasard a voulu que je me lance das cette lecture courant décembre 2016, l’auteur est décédé le 24 décembre dernier à l’âge (plus qu’honorable) de 96 ans.
Franchement si on m’avait dit que je me laisserai captiver par une histoire de lapins en goguette, au mieux j’aurai affiché ma moue la plus sceptique qui soit, au pire j’aurai carrément ris au nez de mon interlocuteur. Sérieux quoi, j’ai passé l’âge pour ce genre d’histoire… Et bin j’aurai eu tout faux !
Si l’on retrouve bien tous les ingrédients d’un récit de fantasy, je n’irai pas non jusqu’à comparer Watership Down au Seigneur des Anneaux ou au Trône de Fer ; l’intrigue est nettement moins complexe en compagnie de nos valeureux lapinous. Il n’en reste pas moins que Richard Adams nous propose un beau récit d’aventure qui flirte même avec le voyage initiatique, un mix totalement addictif et captivant (le délai pour le lire n’est dû qu’à la période festive qui a largement empiété sur mon temps de lecture).
Au niveau des personnages (oui je sais, ce sont essentiellement des lapins) on trouve une galerie de personnalités variées mais complémentaires. A la tête de la troupe on trouve Hazel, le leader charismatique qui sait qu’il n’a pas le droit de se laisser abattre par les épreuves, il lui faut en permanence motiver ses compagnons de voyage. Fyveer, son jeune frère, fait office de mystique du groupe depuis sa vision. Bigwig et Silvère sont les gros bras de la troupe, ils ne reculeront devant aucun danger pour permettre à leurs amis de progresser. Dandelion s’avérera être un conteur hors pair qui ravira ses compagnons (et nous même, lecteurs) avec les légendes de Shraavilshâ (l’équivalent lapin de notre Robin des Bois).
Au fil de leur périple riche en rebondissements en tout genre, nos amis lapinous feront de nombreuses rencontres, certaines amicales (j’ai adoré le personnage de Keehar) d’autres nettement moins sympathiques. Il faut bien reconnaître que pour des lapins en vadrouille, les dangers ne manquent pas, à commencer bien entendu par l’homme et ses acolytes à quatre pattes (chiens et chats), mais même loin des hommes les dangers ne manquent pas, renards, belettes, faucons… et même d’autres lapins !
L’écriture et le style de l’auteur assurent une lecture d’une grande fluidité, d’autant que Richard Adams joue habilement avec les changements de rythme au fil des chapitres.
Vous l’aurez compris les lapins de Watership Down auront su tirer de son hibernation mon âme d’enfant ; j’ai craqué et leur accorde sans hésitation mon premier coup de coeur de cette année 2017.
En 1996, Richard Adams a publié Tales From Watership Down, un recueil de nouvelles liées encore inédit en français. Avec un peu de chance l’éditeur se penchera sur la question et permettra aux lecteurs français de retourner à leur garenne préférée.
2017 permettra aux fans de Watership Down de retrouver leurs lapins favoris sur petit écran, ABC et Netflix travaillent en effet sur une mini-série en 4 épisodes d’une heure chacun. Je sais d’ores et déjà que je serai au rendez-vous devant ma TV.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Bilan livresque 2016

2016 c’est 93 bouquins lus (contre 69 en 2015). Uner année placée, une fois de plus, sous le signe du numérique (13 à table, édition 2016 aura été ma seule lecture au format papier).

2016 aura été riche en belles découvertes, notamment dans le milieu de l’auto-édition. Je remercie tout particulièrement les auteurs qui se sont prêtés au jeu de mes tête à tête virtuels (six échanges depuis septembre 2016) : Elen Brig Koridwen, Edith Couture Saint-André, Sara Greem, Paul Clément, Frédéric Clémentz, Morgan of Glencoe.
Un exercice auquel j’ai fini par prendre goût et que je compte bien poursuivre (et si possible intensifier) en 2017 en me concentrant exclusivement sur les auteurs issus de l’auto-édition et de l’édition indépendante. Bref aux auteurs à qui l’on ne donne pas suffisamment l’occasion de défendre leur travail. Pourquoi irai-je proposer un tête à tête à Maxime Chattam (auteur que j’adore au plus haut point) alors qu’à chaque nouveau roman qu’il publie des dizaines (voire plus) d’interviews lui sont proposées… qui plus est par des professionnels.

Janvier 2016 : 4 livres lus
Coup de coeur : Jeux, Tue, Ils de Muriel Houri

Février 2016 : 7 livres lus
Coups de coeur : Serre-Moi Fort de Claire Favan et Méthode 15-33 de Shannon Kirk

Mars 2016 : 10 livres lus
Coups de coeur : Condor de Caryl Férey, Carnets Noirs de Stephen King et Addictions de Jac Barron

Avril 2016 : 8 livres lus
Coups de coeur : Le Fil Rouge de Paola Barbato, Surtensions de Olivier Norek et Quand La Neige Danse de Sonja Delzongle

Mai 2016 : 5 livres lus
Coups de coeur : Pottsville, 1280 Habitants de Jim Thompson et Congo Requiem de Jean-Christophe Grangé

Juin 2016 : 8 livres lus
Coups de coeur : Les Maraudeurs de Tom Cooper, Le Coma Des Mortels de Maxime Chattam et Rêver de Franck Thilliez

Juillet 2016 : 9 livres lus
Coups de coeur : Le Serment Du Passeur de Frédéric Clémentz, C’Est Dans La Boîte de Frédéric Ernotte et Je Voyage Seule de Samuel Bjork

Août 2016 : 9 livres lus
Coups de coeur : La Vague de Boyd Morrison et Bull Mountain de Brian Panowich

Septembre 2016 : 6 livres lus
Coups de coeur : Les Trois Sages de Elen Brig Koridwen et Publicité Pour Adultes de Sara Greem

Octobre 2016 : 7 livres lus
Coups de coeur : Le 13ème Cantique de Frédéric Clémentz et Creuse La Mort de Paul Clément

Novembre 2016 : 8 livres lus
Coups de coeur : Le Garçon de Marcus Malte, La Dernière Geste de Morgan of Glencoe et Là Où Naissent Les Ombres de Colin Winette

Décembre 2016 : 12 livres lus
Coups de coeur : Le Contorsionniste de Craig Clevenger, Rouge Armé de Maxime Gillio et Un Homme A Terre de Roger Smith

De nombreuses autres lectures réalisées au cours de cette année sortent du lot mais il faut bien faire de choix, alors tant pis pour les oubliés, j’assume.

[BOUQUINS] Roger Smith – Un Homme A Terre

R. Smith - Un homme à terreIl est des auteurs dont on sait, avant même d’ouvrir leur bouquin, que l’on va en prendre plein la gueule. Roger Smith est incontestablement de ceux-là. Quand on m’a offert son dernier roman en date Un Homme A Terre en numérique je ne lui ai guère laissé le temps de prendre la poussière dans mon Stock à Lire Numérique.
Alors que John et Tanya Turner s’engueulent pour une énième fois, trois individus, cagoulés et armés, font irruption dans leur villa. La résidence des Turner va rapidement se transformer en antichambre de l’Enfer…
Après avoir lu Blondie Et La Mort j’ai pensé avoir atteint des sommets dans le glauque, la violence et le noir de chez noir ; et pourtant, face à Un Homme A Terre ça ferait presque office de conte pour enfants (j’exagère à peine).
Si l’action présente se déroule aux Etats-Unis, elle puise sa source en Afrique du Sud, dix ans plus tôt. De fait les chapitres alternent entre présent et flashbacks, les choses se mettent en place et se relient progressivement.
Fidèle à son habitude Roger Smith adopte une écriture sans concession, profondément ancrée dans le réel, brutale, crue… presque désespérante par sa noirceur. Elle nous prend aux tripes, les vrille impitoyablement sans relâche pour nous laisser KO debout, lessivé.
L’auteur prend un malin plaisir à nous malmener mais le charme opère quand même, on en viendrait presque à trouver une part de poésie au coeur des ténèbres de l’âme humaine. Impossible de lâcher ce bouquin une fois que vous serez happé par l’histoire, et ça démarre sur les chapeaux de roue ! Les chapitres sont courts histoire d’assurer un rythme soutenu tout au long du récit.
Permettez moi un rapide survol des personnages en commençant par la famille Turner. De prime abord on pourrait avoir une certaine empathie pour le John d’aujourd’hui, sauf que ce serait faire l’impasse sur son passé et ça c’est quasiment impossible. Concernant son épouse, Tanya, la question est encore plus vite expédiée, d’un bout à l’autre elle m’a donné envie de vomir. Par contre il faut bien reconnaître que, contrairement à son mec, elle ne manque pas de cran et de caractère. Seule l’innocente Lucy, leur fille de neuf ans, fera office de la blanche colombe ; mais sera-t-elle épargnée pour autant ?
Je ne m’épancherai pas sur les autres personnages, non pas parce qu’il n’y a rien à dire (loin s’en faut), c’est plutôt pour laisser entier le plaisir de la découverte (les deux acolytes du meneur valent vraiment le détour). Quand je dis que Roger Smith malmène ses lecteurs, sachez que ce n’est que la partie visible de l’iceberg rapport à ce qu’il réserve à ses personnages, d’autant que la situation dégénère rapidement à grand renfort de rebondissements.
J’en ai pris plein la gueule et j’ai adoré ça. Maintenant que quasiment tous les titres disponibles en français existent en numérique (exception faite de son premier roman, Mélange De Sangs, allez savoir pourquoi), il va falloir que je trouve le temps de les caser dans mon programme de lecture. Mais pas tout de suite… après une telle expérience, il faut du léger histoire de digérer.

MON VERDICT
jd5Coup double