[BOUQUINS] George Orwell, Fido Nesti – 1984

Au Ministère de la Vérité, Winston Smith réécrit l’Histoire. Adapter le passé afin de ne pas contredire le Parti, tout faire pour préserver le règne et les ambitions de Big Brother, voici les missions de cet homme dont la soif de révolte grandit pourtant jour après jour.

Mais sa liberté de penser pourrait lui coûter la vie, car la menace est permanente au cœur de cette tyrannie de la surveillance qui ressemble étrangement à notre société contemporaine…

J’ai lu 1984 il y a de longues années et très franchement je n’en garde pas un souvenir impérissable, flippant certes mais parfois chiant. Peut-être est-ce le fait d’un manque de maturité (j’étais ado, pour vous dire que ça ne date pas d’hier), et / ou d’une traduction un peu datée.

Il faut dire que le roman de George Orwell, sorti en 1950, a longtemps connu une seule traduction française, celle d’Amélie Audiberti. Il faut attendre 2018 pour qu’une nouvelle édition, traduite par Josée Kamoun, donne un nouvel élan au roman. Par la suite, six autres traductions seront proposées au public entre 2019 et 2021.

À la suite de la bascule du roman dans le domaine public (2020 ou 2021 selon les réglementations en vigueur), 1984 connaîtra cinq adaptions en roman graphique :

  • Ed. Grasset, 2020 – Adapté et dessiné par Fido Nesti
  • Ed. Sarbacane, 2021 – Adapté et dessiné par Xavier Coste
  • Ed. Soleil, 2021 – Adapté par Jean-Christophe Derrien et dessiné par Rémi Torregrossa
  • Ed. Michel Lafon, 2021 – Adapté et dessiné par Frédéric Pontarolo
  • Ed. du Rocher, 2021 – Adapté par Sybille Titeux de la Croix et dessiné par Amazing Améziane

J’ai quatre de ces adaptations en numérique alors pourquoi avoir choisi précisément celle de Fido Nesti ? Sans doute le fait que ce soit la première à avoir été publiée a joué dans mon choix, mais c’est surtout le fait que je possède aussi la version papier qui aura été décisive ; du coup je vais profiter de mes congés pour me replonger dans l’œuvre de George Orwell (pour l’anecdote la version française repose sur la traduction de Josée Kamoun).

En refermant ce bouquin je suis sur le cul, cette lecture a été une véritable redécouverte du roman de George Orwell. J’ai pris en pleine gueule toute la noirceur du récit et surtout j’en suis presque arrivé à ressentir physiquement cette sensation oppressante qui se diffuse de la première à la dernière page.

Il faut dire que le dessin de Fido Nesti, bien qu’usant d’une palette de couleurs relativement réduite, est criant de vérité et colle parfaitement à l’intrigue.

Je reconnais volontiers que cette redécouverte n’est sans doute pas le seul fait du roman graphique, j’ai bon espoir d’avoir gagné en maturité avec les années (je n’irai pas jusqu’à dire que, comme le bon vin, je me bonifie au fil des ans). Enfin la touche de modernité apportée par la traduction de Josée Kamoun a très certainement contribué à l’efficacité de l’ensemble.

Bien que paru en 1950, le roman reste malheureusement d’actualité. Fido Nesti étant brésilien et ayant travaillé sur cette adaptation alors que son pays était sous le joug de Bolsanaro, est bien placé pour le savoir.

Je ne suis pas maso, mais je reconnais volontiers que je suis friand de ce genre d’uppercut littéraire.

Ne négligez pas l’appendice consacré aux Principes du Néoparler, selon certains (dont Margaret Atwood, excusez du peu) il peut être considéré comme la véritable conclusion du roman. Ce qui, par son style narratif, apporterait une lueur d’espoir dans cette dystopie plus obscure que le trou du cul de Dark Vador !

Peut-être vous demanderez-vous pourquoi avoir attendu aussi longtemps (j’ai acheté le bouquin à sa sortie) avant de le lire. Contre toute attente c’est la lecture de La Librairie Des Livres Interdits de Marc Levy qui aura été le déclic. 1984 figurant justement parmi ces livres interdits.

[BOUQUINS] Marc Levy – La Librairie Des Livres Interdits

Mitch, libraire passionné, est arrêté un matin pour un crime impensable : il a transgressé la loi en vendant des livres interdits.

Après cinq années de prison, il n’a qu’un désir, retrouver sa liberté et sa librairie. Mais le destin en décide autrement. Le même jour, Mitch croise le procureur qui l’a fait condamner et rencontre Anna, une jeune chef qui pourrait bien être la femme de sa vie.

Que faire quand on est pris entre une irrépressible envie de vengeance et une irrésistible envie d’aimer ? Peut-on rêver d’un avenir sans s’être acquitté du passé ?

Parce que c’est Marc Levy, une raison suffisante pour moi.

Cerise sur le gâteau, son nouveau roman s’annonce comme une ode à la littérature et à la liberté d’expression.

Marc Levy ne donne aucune indication géographique ou temporelle permettant de situer l’intrigue de son nouveau roman. On sait simplement qu’il s’agit d’un état dirigé par un gouverneur qui ne se soucie guère des libertés individuelles et des droits de l’homme. Son crédo serait plutôt la pensée unique, et pour l’imposer rien de tel que d’instiller la peur – des autres, de la différence – dans l’esprit de ses concitoyens.

Il vient justement de faire promulguer une nouvelle loi – HB 1467 – visant à interdire purement et simplement la commercialisation des livres jugés contraires à la « bienséance ». Une censure totalement assumée, appliquée d’une main de fer par les autorités.

L’auteur invite ses lecteurs à découvrir comment Mitch, jeune libraire passionné, aidé par des amis aussi passionnés et motivés que lui, va tout mettre en œuvre pour contourner cette loi sans toutefois se mettre en danger.

L’occasion de découvrir les différents acteurs de cette résistance littéraire. Mitch, bien entendu, Mathilde, une étudiante exaltée, M. Verner, un professeur de musique coincé dans une vie qui ne lui apporte rien et Mme Ateltow, l’ancienne professeur de lettres de Mitch.

Les choses ne se passeront pas exactement prévu, Mitch va, au terme d’un simulacre de procès, se retrouver condamné à cinq années d’emprisonnement.

Sa libération et la réouverture de sa librairie, seront l’occasion de faire plus ample avec un personnage brièvement croisé auparavant, Anna, une jeune femme au passé trouble qui souhaite ouvrir son restaurant.

Comme à son habitude, Marc Levy, apporte un soin tout particulier à sa galerie de portraits. Même les personnages secondaires, tel que l’ignoble procureur Salinas, bénéficient de la même attention.

L’intrigue en elle-même, ainsi que les échanges entre les personnages, font office d’une véritable ode à la littérature dans toute sa diversité. En défendant les livres, l’auteur dénonce la censure et prône la liberté de penser et de s’exprimer. Le message peut paraître simpliste mais il est porté de façon convaincante.

A la fin du roman Marc Levy nous apprend (en tout cas me concernant) que cette loi HB 1467 n’est pas une invention de sa part. Elle a bel et bien été votée par l’État de Floride afin de bannir les ouvrages «  subversifs » des bibliothèques scolaires. D’autres états (à majorité républicaine, sans surprise) ont suivi le mouvement.

Parmi les auteurs visés par cette censure, on retrouve aussi bien des classiques (George Orwell, Ray Bradbury ou encore John Steinbeck) que des auteurs plus contemporains (Margaret Atwood, Jay Asher, Toni Morrison).

Bref, la réalité risque bien de dépasser la fiction… et ça fait franchement froid dans le dos !

[BOUQUINS] Caryl Férey – Magali

Février 2021, Magali Blandin disparaît. Un mois plus tard, son cadavre est découvert dans le bois de Boisgervilly (Ille-et-Vilaine), à proximité de son domicile.

Mère de quatre enfants, Magali a été assassinée par son mari. Le couple était en instance de divorce.

Magali Blandin avait quitté son mari en septembre 2020.

Très honnêtement je ne saurai vous dire pourquoi j’ai tilté sur ce bouquin en particulier.

Sans doute parce que Caryl Férey est un gage de qualité, même s’il est bien loin de son registre habituel en se penchant sur un féminicide survenu là où il a grandi. Sans doute aussi parce que le féminicide me débecte au plus haut point.

J’ai toujours été friand de ces émissions de télévision consacrées à des affaires criminelles, depuis déjà quelques temps, quand je suis à l’appart l’après-midi je zappe entre Chérie25 et son programme Snapped ou la chaîne Crime District. Selon les reportages abordés et les rediffusions du moment…

J’ai aussi pas mal de bouquins en stock sur cette thématique, mais comme toujours le manque de temps – et accessoirement de motivation – me transforme en lecteur procrastineur.

Parmi les affaires criminelles qui m’enragent, les féminicides tiennent le haut du pavé. Comment un déchet (à ce stade ça ne mérite pas de s’appeler un homme) peut en arriver à tuer sa femme ? Qui plus est souvent dans des conditions particulièrement sordides.

J’avoue que je n’ai gardé aucun souvenir de cette affaire, ce n’était malheureusement qu’un féminicide de plus – de trop – parmi tant – trop – d’autres. Même si, au fil des découvertes faites par les enquêteurs, l’affaire va se révéler encore plus macabre qu’elle ne s’annonçait.

Je m’attendais à une véritable démarche d’enquête et d’analyse des faits par Caryl Férey, au lieu de ça il se contente de reproduire des extraits d’articles de journaux, qu’il complète par des réflexions personnelles ou des souvenirs de ses jeunes années à Monfort-sur-Meu qui n’ont rien à voir avec l’affaire. Dans le dernier chapitre nous avons même le droit à ses réflexions de bobo-gauchisant sur l’actualité du moment. Un cadeau dont nous nous serions volontiers passés.

Autre petit bémol de pure forme, j’ai du mal à comprendre l’intérêt de l’auteur à affubler ses interlocuteurs de sobriquets ridicules. Qu’il ne nomme pas sa sœur peut encore se comprendre, mais des journalistes et des avocats franchement ça fout un coup à la crédibilité.

Hormis les faits concernant l’affaire à proprement parler, le reste fait surtout penser à du remplissage pour meubler et arriver au nombre de pages escompté. Ce n’est pas inintéressant comme lecture mais j’espérais mieux et surtout beaucoup plus approfondi.

Du coup je comprends mieux la colère de la famille de Magali Blandin à la suite de la sortie du bouquin. Ils reprochent à l’auteur, d’une part de ne pas avoir été consultés, mais aussi et surtout, ne voient pas en quoi il rend hommage à Magali.

Leur avocat, Maître Pineau, ne mâche pas ses mots :

Quant au meurtrier, que je ne nommerai pas afin de le priver d’une humanité dont il n’est pas digne, il n’a pas eu le courage d’affronter la justice pour répondre de ces actes. Sa lâcheté l’a poussé à se suicider en prison. Ses géniteurs, eux aussi impliqués, ont suivi le même chemin.

Un foutu gâchis et les vies de quatre gamins brisées à jamais.

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Le Téléphone Carnivore

Richard Elauved, quatorze ans et mal dans sa peau, est recueilli, après la mort de ses parents, par son oncle et sa tante dans une petite ville où il s’ennuie ferme, ne fréquentant que Tom, bègue et moqué de tous.

Le jour où ce dernier se volatilise, on accuse Richard de l’avoir poussé dans la rivière. Personne ne le croit quand il raconte que le téléphone de la cabine publique où il avait entraîné son camarade pour faire des blagues a dévoré l’oreille, puis la main, le bras et… le reste du corps de Tom. Personne sauf l’énigmatique Karen, qui l’encourage à mener une investigation jugée superflue par la police.

Envoyé en centre de redressement, Richard réussit à s’enfuir avec la complicité de jumeaux maléfiques et aboutit à un manoir abandonné dans la forêt, où se succèdent des phénomènes paranormaux qui semblent tous dirigés contre lui.

Je suis fan de Jo Nesbo et, bien entendu, de son personnage fétiche de Harry Hole. Point de Harry dans le présent roman – laissons le savourer un repos bien mérité avec son précieux Jim Beam –, l’auteur vient surprendre ses lecteurs en s’essayant à la littérature horrifique.

Si on m’avait dit qu’un jour Jo Nesbo allait se frotter à la littérature horrifique, qui plus est à de l’horreur façon série B (voire Z) qui connut ses heures de gloires dans les années 80, j’aurai sans doute ricané en secouant la tête devant une telle aberration (oui, je sais, j’aurai eu l’air très con). Et pourtant, c’est chose faite avec Le Téléphone Carnivore.

Commençons par le visuel avec une couv’ délicieusement kitsch et tape à l’œil qui n’est pas sans rappeler la cultissime collection Gore des éditions Fleuve. La quatrième de couv’ est tout autant racoleuse (quoiqu’un peu trop disserte)… Ça promet !

Reste à savoir si le ramage se rapporte au plumage.

Dès les premières pages on peut d’ores et déjà affirmer que oui. Tous les ingrédients du genre sont là, un ado mal dans sa peau au passé tourmenté et sa bonne copine compréhensive qui veut l’aider, des scènes horrifiques bien détaillées riches en hémoglobine, un scénario qui part un peu dans tous les sens, faisant fi de la cohérence et de la vraisemblance… On plonge de plein pied dans un récit délicieusement régressif (pour les anciens qui ont connu cette littérature des années 80).

Que les choses soient claires, n’espérez pas le grand frisson et les sueurs froides, à moins d’être un ado prépubère en mal de sensations fortes. Comme souvent avec ce genre de romans, nous sommes davantage dans le divertissement horrifique qu’autre chose, il manque une réelle dimension psychologique pour que la peur vous prenne aux tripes.

Les personnages, adolescents comme adultes, font souvent un peu clichés mais ça colle parfaitement au contenu. Des ados un peu paumés (outre Richard, on peut aussi citer Tom et Jack), d’autres imbus d’eux-mêmes, sûrs de leur prétendue supériorité (la palme revient ici à Oscar), sans oublier l’énigmatique Karen, la seule qui semble disposée à croire Richard. Des adultes plutôt incrédules (à l’image de Frank et Jenny, les parents adoptifs de Richard), d’autres franchement soupçonneux (tels le sheriff McClelland ou l’agent Dale).

Si Jo Nesbo semble véritablement prendre plaisir dans ce nouveau registre inattendu, il reste toutefois le maître du jeu et va finalement rebattre les cartes de son récit dans la dernière partie du roman. À l’image du Canada Dry, il ne faut pas se fier aux apparences. Certains regretteront sans doute cet ultime revirement, les plus rationnels seront plutôt soulagés… Pour ma part je suis mi-figue mi-raisin, certes j’aurai aimé que le final soit à l’image du reste du bouquin, mais le choix de l’auteur s’inscrit dans une certaine logique.

Un titre qui n’aurait pas dépareillé dans la défunte collection Gore, une collection et un genre que les éditions Faute de Frappe se font un plaisir de remettre en avant. Il n’en reste pas moins que Jo Nesbo rafle la mise avec son pari un peu fou, force est de reconnaître que j’en suis le premier surpris.

[BOUQUINS] Freida McFadden – La Femme De Ménage

Chaque jour, Millie fait le ménage dans la belle maison des Winchester, une riche famille new-yorkaise. Elle récupère aussi leur fille à l’école et prépare les repas avant d’aller se coucher dans sa chambre, au grenier. Pour la jeune femme, ce nouveau travail est une chance inespérée. L’occasion de repartir de zéro.

Mais, sous des dehors respectables, sa patronne se montre de plus en plus instable et toxique. Et puis il y a aussi cette rumeur dérangeante qui court dans le quartier : madame Winchester aurait tenté de noyer sa fille il y a quelques années. Heureusement, le gentil et séduisant monsieur Winchester est là pour rendre la situation supportable.

Mais le danger se tapit parfois sous des apparences trompeuses. Et lorsque Millie découvre que la porte de sa chambre mansardée ne ferme que de l’extérieur, il est peut-être déjà trop tard…

Si vous n’avez jamais entendu parler du « phénomène littéraire » qu’est supposé être ce bouquin, c’est que vous avez passé ces dernières années à l’isolement (volontaire ou non, cela ne nous regarde pas)… ou sur une autre planète (là en revanche, j’avoue que ça pique ma curiosité).

Bref, il était grand temps que je me confronte à cette fameuse femme de ménage et que je me fasse ma propre idée sur son cas.

Dès le prologue Freida McFadden nous plonge au cœur du drame, il s’est passé quelque chose de grave chez les Winchester et la narratrice a bien conscience d’être dans le pétrin.

Retour trois mois en arrière, quand la jeune Millie Calloway, en liberté conditionnelle après avoir purgé une peine de dix années de prison, se fait embaucher comme femme de ménage chez les Winchester. Pour elle ce job est une aubaine inespérée, pour le garder elle est prête à supporter les sautes d’humeur et les contradictions de sa patronne, Nina Winchester. Même les caprices de sa gamine, Cecelia, l’archétype de la gosse pourrie gâtée, ne la feront pas flancher.

Pendant toute la première partie du roman (un peu plus de la moitié du bouquin), Millie partage avec les lecteurs son expérience chez les Winchester. Un quotidien fait de confrontations répétées avec la maîtresse de maison. Intéressant mais pas transcendant, on se demande où Freida McFadden compte nous mener.

Petit bémol dans cette première partie sur les réflexions répétées de Millie sur la beauté du ténébreux paysagiste ou celle du discret maître des lieux. OK, elle sort de taule mais là on a l’impression que si elle se fourre un œuf entier dans son intimité, il sort cuit dur en quelques secondes.

Les cartes sont totalement rebattues dans la seconde partie du roman et un changement majeur au niveau du narrateur (ou de la narratrice, allez savoir). On découvre une vérité que l’on était loin d’imaginer et certaines interrogations trouvent leur réponse.

Finalement ce qui s’annonçait comme un thriller psychologique assez fade révèle toutes ses saveurs. De révélations en révélations, on en prend plein les mirettes… et ce quasiment jusqu’à la dernière page (mention spéciale pour la dernière phrase d’Evelyn Winchester). Force est de constater que la réputation qui précédait le bouquin n’est pas surfaite.

Que les choses soient claires, ce n’est pas de la grande littérature, ni le thriller de la mort qui tue, mais il n’en reste pas moins suffisamment bien pensé et construit pour faire son effet. Ce revirement de situation dans la seconde partie m’a hameçonné, à partir de là je n’ai plus pu lâcher le bouquin.

Mission accomplie pour Freida McFadden, elle peut ajouter une nouvelle victime à son tableau de chasse. Il est plus que probable que je me lancerai dans les autres tomes de la série, et ce sans trop tarder (il faut battre le fer tant qu’il est chaud).

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – L’Alpha & L’Oméga

Cédric est l’enfant non désiré de Nadège Solignac, tueuse en série.

Au fil du temps, il découvre son passé familial et tente de grandir sous l’ombre meurtrière de sa mère.

Mais un tel monstre peut-il aimer ? Peut-on seulement lui survivre ?

La principale raison tient à la maison Taurnada. Je leur suis d’une fidélité indéfectible, j’essaye de ne passer à côté d’aucun de leurs titres… Même si dans le cas présent je poste cette chronique avec un retard assumé.

Si l’auteure, Estelle Tharreau, ne m’a jamais déçu (bien au contraire), j’avoue que j’ai éprouvé un plaisir malsain à l’idée de retrouver le personnage de Nadège Solignac. Un sacré spécimen tout en noirceur et totalement dénué d’empathie, que l’on avait découvert dans Mon Ombre Assassine.

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée. Je profite aussi de cette chronique pour m’excuser auprès de Joël pour le retard pris dans mes lectures. J’ai en effet de nombreux titres des éditions Taurnada en attente, je m’engage à tous les lire et chroniquer chacun d’entre eux… en revanche je ne peux m’engager sur un délai pour ces retours.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vous recommande vivement de lire Mon Ombre Assassine avant de vous lancer dans ce roman. Vous aurez ainsi en main toutes les clés de « l’Affaire Solignac », un atout indéniable pour comprendre et apprécier pleinement tous les tenants et les aboutissants de L’Alpha & L’Oméga. Si vous comptez suivre ce conseil, je vous invite à ne pas aller plus loin dans la lecture de cette chronique.

Alpha : première lettre de l’alphabet grec, dans une meute (ou dans un groupe) désigne le(s) leader(s).
Oméga : dernière lettre de l’alphabet grec, dans une meute désigne les individus se situant au bas de la hiérarchie. L’oméga pourra servir de souffre-douleur au reste de la meute, mais il est aussi possible qu’il joue un rôle de médiateur afin de faire baisser les tensions et éviter les hostilités.

C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé le personnage de Nadège Solignac, tueuse en série implacable dont la noirceur d’âme n’a d’égale que son absence d’empathie. Bien que déclarée innocente par la justice, elle est mise au ban de la société par la rumeur. Mais elle s’en fout, du moment qu’elle peut mener sa vie comme elle l’entend et poursuivre ses « petites affaires ».

Les choses vont toutefois se compliquer quand elle va mettre au monde un fils. Comme toute mère bien attentionnée, la première question qui lui vient à l’esprit et de savoir s’il doit vivre ou si elle doit s’en débarrasser. Ne parvenant pas à trancher, elle opte pour une solution à la Nadège Solignac, s’il survit à sa mise à l’épreuve alors soit, sinon… bin tant pis.

Dès lors le roman va s’articuler autour de trois points de vue, celui de Nadège bien entendu, celui de Cédric, son fils, et – dans une moindre mesure – celui de Julien (le frère de Nadège). Estelle Tharreau nous invite à suivre une intrigue qui va s’étaler sur plusieurs années. Fidèle à son habitude, elle décortique avec intelligence la personnalité de chacun, nous offrant un thriller psychologique d’une rare intensité.

Alpha & Oméga. Nadège & Cédric. Mais la hiérarchie n’est pas figée dans le marbre… Avec l’éducation que lui a prodigué Nadège, il est plus que probable que Cédric se verrait bien devenir l’Alpha… Mais quand ? Et à quel prix ?

L’auteure nous tient en haleine sans tomber dans la facilité de la surenchère, tout se joue en finesse dans une implacable guerre des nerfs. On découvre de nouveaux pans de la face cachée de la très respectable famille Solignac, avec une ultime révélation qui ne manquera pas de vous laisser sur le cul.

Plus le temps passe, plus le lecteur réalise que Cédric est bien le fils de sa mère… pour le meilleur et pour le pire. Une fois de plus, Estelle Tharreau nous offre un roman coup de poing parfaitement orchestré, de la première à la dernière page.

[BOUQUINS] Bernard Minier – Les Chats & 14 Histoires Mystérieuses Diaboliques Cruelles

Un recueil de 14 nouvelles inédites : envoûtantes, effrayantes, captivantes.

Deux jeunes couples accros au tourisme macabre, des enfants face à la cruauté de leur famille d’accueil, un présentateur télé prêt à tout pour faire exploser l’audience, des animaux subitement délivrés des hommes, un prêtre trop beau pour être honnête, des chats animés d’étranges intentions, un aviateur de la Première Guerre mondiale confronté à une entité primitive et perverse…

Quinze nouvelles inoubliables, aussi glaçantes qu’envoûtantes, qui nous parlent d’amour et de folie, de mort et de vengeance, de cupidité et de jalousie, de mensonges et de ténèbres. Le maître du thriller déploie ici toutes les facettes de son talent entre polar, récit historique, anticipation et fantastique.

Parce que j’adore les chats… j’avoue sans aucune honte que je m’attendais à trouver 15 nouvelles mettant justement cet animal en vedette.

Parce que j’aime les auteurs qui osent sortir de leur zone de confort, un exercice pas si facile que ça, avec en prime la difficulté inhérente à la nouvelle.

Allez savoir pourquoi au vu du titre je m’attendais à des nouvelles mettant le chat à l’honneur, dans tous les genres littéraires et dans toutes les situations imaginées par Bernard Minier.

La première nouvelle du présent recueil me fait clairement comprendre que j’ai pédalé dans les croquettes sur ce coup… à moins que je n’aie abusé d’herbe à chats. Mais cette mise en bouche me fait vite oublier Félix et compagnie ; ça commence fort !

En revanche je dois reconnaître que j’ai moyennement accroché au second récit, et encore moins au suivant… Devrai-je commencer à craindre que le soufflé se casse la gueule ?

Que nenni ! Bernard Minier rattrape vite le coup (malgré une petite baisse de régime dans les deux derniers récits) et se montre à la hauteur de sa promesse de toucher à tous les genres, on retrouve bien sûr des ambiances polars / thrillers qui lui sont chères, mais aussi du fantastique, de la science-fiction et bien d’autres ! La surprise est encore meilleure quand on sent le plaisir de l’auteur dans les textes qu’il nous propose.

Comme l’annonce la quatrième de couverture, l’auteur nous offre en effet 14 nouvelles inédites. 14 ? Mais, il y a 15 nouvelles dans ce recueil ; c’est quoi ce binz ? La douzième, Les Dents Du Désert, était en effet présente dans le recueil Déguster Le Noir proposé à l’initiative de l’ami Yvan ; elle ouvre en effet le recueil sous le titre Le Goût Des Autres.

Ci-dessous mes notes sur 5 pour chacune des nouvelles du présent recueil, une fois encore cela n’engage que moi et reflète mon ressenti en fin de lecture :

  • Tourisme Macabre : 4
  • Les Silences De Don Jaime : 3
  • À Un Détail Près : 2
  • Famille D’Accueil : 5
  • Talk Show : 5
  • Rationalité : 4
  • Et Après… Les Hommes : 5
  • Le Secret De L’Abbé Darcy : 4
  • Mauvais Génie : 5
  • Les Chats : 5
  • Organique Et Globale Menace : 5
  • Les Dents Du Désert : 4
  • L’Échange Ou Les Horreurs De La Guerre : 5
  • Dernier Week-End À Neverville : 3
  • Le Grand Voyage : 2

Ce qui donne une très honorable moyenne de 4 / 5.

Le titre du recueil nous promet du mystère, de la cruauté et même des démons, en refermant ce bouquin je peux affirmer haut et fort que Bernard Minier est un homme de parole. Toutes les promesses (titre, comme préface) sont tenues et brillamment honorées.

15000 livres !

Si mon rythme de lecture s’est effondré depuis bientôt un an, cela ne réfrène en rien la croissance exponentielle de ma bibliothèque numérique… et tout particulièrement mon fameux Stock à Lire Numérique !

Aujourd’hui j’ai franchi le cap des 15 000 titres en bibliothèque (15 084 pour être exact), dont… 13 945 titres à lire !!! Mission impossible certes, mais cela ne m’empêchera pas de continuer à enrichir le stock dès que l’occasion se présentera (et les occasions ne manquent pas).

Sans surprise mon auteur fétiche reste Stephen King avec 75 titres en stock, dont 63 déjà lus (le cycle de La Tour Sombre, plombe mes stats). Pour être exhaustif concernant le King, il me faudrait ajouter 9 titres écrits à quatre mains.

Au niveau des genres littéraires, ce sont les polars et thrillers qui occupent la première marche du podium avec 7 231 titres (48% de ma bibliothèque), suivis par la science-fiction (1 190 titres, 8% du total) et le fantastique (1 165 titres, 8% du total).

Chez les éditeurs c’est Albin Michel qui arrive en tête de lice avec 831 titres (6% du total), suivis par Bragelonne (628 titres, 4%) et Rober Laffont (468 titres, 3% du total).

Que dire de plus ? Rien, sinon que je vous donne rendez-vous pour le passage du cap des 20 000 titres.

[BOUQUINS] Jérôme Camut & Nathalie Hug – Loin De La Fureur Du Monde

Massif des Pyrénées.
Alix vient d’être nommée policière municipale quand la disparition de son meilleur ami la pousse à s’aventurer seule dans la forêt primaire de la Mâchecombe. Une zone interdite qui jouit d’une sombre réputation. On raconte en effet que nombre de ceux qui s’y sont risqués n’en sont jamais revenus. Mais Alix ne craint pas la rumeur et, pour ceux qu’elle aime, elle braverait les pires dangers. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle s’apprête à entrer sur le territoire de John, un être sauvage et singulier qui manifeste une réelle hostilité envers les hommes…

Parce le couple Jérôme Camut et Nathalie Hug (les CamHug pour les habitués) n’hésite pas à sortir des sentiers battus et à proposer à chaque fois un roman qui impose sa propre griffe.

Comme cela faisait déjà un certain temps que ne m’étais pas frotté à leur plume, c’est l’occasion de réparer cette lacune.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Loin De La Fureur Du Monde ne déroge pas à ce qui pourrait la devise du couple CamHug : « Oser et surprendre ». Rapidement le roman impose sa griffe avec une intrigue dense (presque trop… on frôle même le too much parfois), des personnages soignés et un cadre qui ferait presque figure lui aussi de personnage à part entière tant son rôle sera prépondérant dans le déroulé de l’intrigue.

Commençons par le théâtre des opérations, la forêt de Mâchecombe, nichée au cœur des Pyrénées. Une forêt presque comme les autres, si ce n’est que l’on y recense un nombre anormalement élevé de disparitions mystérieuses sans qu’aucun corps ne soit retrouvé. Il n’en faut pas davantage pour que les gens du coin parlent de malédiction et pour que les légendes urbaines viennent ajouter une couche de sordide à l’endroit.

Le lecteur découvrira par la suite que ladite forêt cache bien un secret mais que celui-ci n’a aucun lien avec de quelconques phénomènes inexpliqués.

Ajoutez à cela un site d’orpaillage sauvage et quelques mafieux pas vraiment fréquentables… vous avouerez que ça commence à faire beaucoup pour un bled paumé au fin fond des Pyrénées.

C’est pourtant dans ce décor un tantinet chaotique que les auteurs vont dérouler leur intrigue. Si l’intrigue en question tient bien du thriller, elle jouera aussi à fond la carte de l’humain, aussi bien individuellement que dans les relations (et leur évolution) qui lient les différents acteurs.

Si le roman ne tient pas vraiment en haleine le lecteur, il est toutefois suffisamment bien construit pour que l’on ait envie de connaître la suite et découvrir le(s) fin(s) mot(s) de l’histoire. Pas de grands bouleversements non plus au fil de l’intrigue, même l’ultime révélation était prévisible ; nul besoin pour cela de se référer à la devise de ce brave Sherlock : « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Pour faire simple on va dire que le bouquin fait le job sans faire de zèle, avec en prime un rappel à quel point il est important de préserver notre environnement. De l’écologie au sens noble du terme, bien loin de sa déclinaison politique dénaturée et viciée.

Des retrouvailles avec les CamHug en demi-teintes donc, mais je ne prononce pas pour autant la rupture. Soit je vais extraire de mon Stock à Lire Numérique un de leurs précédents romans, soit j’attendrai sagement le prochain…

[BOUQUINS] Céline Cléber – Douce France – L’Étincelle

Tout commence un soir d’été, lorsqu’un jeune désœuvré, proche du milieu islamiste, allume l’étincelle qui manquait pour embraser une France divisée et anxieuse. Progressivement, sous les coups de boutoir d’une petite minorité d’extrémistes violents, tout le pays entre en guerre civile. Les autorités, partagées entre le cynisme, la lâcheté et l’incompréhension, ne parviennent pas à endiguer le conflit qui voit des territoires entiers entrer en sécession. Quelques individus tentent cependant, jours après jours, d’enrayer la chute, mais y parviendront-ils ?

Le lecteur entre dans les coulisses du pouvoir, en découvre les ressorts et s’interroge sur les risques pesant sur les capacités de réaction d’institutions qui n’ont que l’apparence de la solidité, fragilisées par la conjugaison de la lâcheté et de l’irresponsabilité des individus qui les constituent.

Parce que c’est un nouveau scénario de l’effondrement de la France. L’auteure évoluant en contact direct avec les hautes sphères du pouvoir on peut légitimement supposer que les réactions politiques et les décisions qui suivront s’inscrivent dans un arbre des possibles… pas franchement rassurant dans tous les cas.

Quelques mots sur l’auteure avant d’entrer dans le vif du sujet. Céline Cléber est un pseudonyme, elle est haut fonctionnaire et, dans le cadre de ses fonctions, est amenée à côtoyer les « têtes pensantes » du pouvoir en France. De fait elle connaît parfaitement les rouages de la machine étatique, si elle admet volontiers, en avant-propos, avoir retenu la pire des hypothèses ce n’est pas pour autant que celle-ci est hautement improbable… surtout quand on voit la mollesse de nos politiques.

À l’image de Laurent Obertone (Guérilla) et de Franck Poupart (Demain Les Barbares), l’étincelle qui fera tout basculer est allumée par un proche des milieux islamistes… J’imagine déjà certains bien-pensants au bord de la nausée, prêts à hurler à la stigmatisation et à l’islamophobie (exactement comme certains acteurs du présent roman). Enlevez vos œillères messieurs dames, bien que latente, la menace n’en est pas moins réelle.

Un drame récupéré par les milieux islamistes pour dénoncer l’islamophobie grandissante de la société française et appeler les musulmans à se protéger par tous les moyens. Un exécutif timoré qui ne veut froisser personne et jouer, quel que soit le prix à payer, la carte de l’apaisement. Des forces de l’ordre et une des forces armées bridées par les consignes de ce même exécutif. Tous les signaux sont au vert pour que les choses aillent de mal en pis.

C’est justement cette escalade que Céline Cléber va s’efforcer de détailler, étape par étape, compromission après compromission… la mécanique de l’embrasement se met en branle, et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Certaines voix s’élèveront contre les décisions de l’exécutif, certaines actions seront même entreprises (Bevet Breizh ! Vive la Bretagne ! Fidèle à sa devise régionale : Kentoc’h mervel eget bezan saotret – Plutôt la mort que la souillure). Mais le mal est déjà profondément ancré et l’exécutif ne verra pas d’un très bon œil ces initiatives contraires à ses consignes d’apaisement (renoncement ?).

L’auteure apporte beaucoup de soins à la personnalité des ses acteurs et leurs relations / interactions. Des personnages plus complexes que l’on pourrait le penser de prime abord. Il y a ceux qui exploiteront les failles du système pour maintenir la tension à son comble tout en s’autoproclamant victimes du système. Ceux qui devront faire un choix entre leurs obligations professionnelles et leurs convictions. Puis il y a tout le cercle politique, on abat ses cartes lentement mais sûrement, sans jamais perdre de vue les possibilités de booster sa carrière.

Comme le précise fort justement Céline Cléber, certaines de ses créations politiques pourraient vous faire penser à de véritables personnalités politique de premier plan. Ce n’est pas un choix totalement fortuit.

Plus les chapitres défilaient et plus je me disais qu’un seul opus ne suffirait pas pour trouver une voie de sortie, quelle qu’elle soit. Effectivement on referme le bouquin sur une situation plus explosive que jamais, j’espère que l’auteure nous offrira une suite très prochainement.

Petit bémol à l’intention des équipes de correction des éditions Toucan. Vous ne vous êtes pas trop foulé sur ce coup les gars, il reste pas mal de coquilles qui piquent les yeux et la mise en page serait perfectible (je ne supporte pas ces phrases ajoutées immédiatement à la suite d’un dialogue, sans saut de page).

Quand Laurent Obertone nous plongeait dans le feu de l’action avec sa trilogie Guérilla, Céline Cléber nous invite dans les coulisses (d’un côté comme de l’autre) en se reposant sur son expérience et sa connaissance des milieux. Une approche différente, plus inédite, mais tout aussi intéressante.

Une mise en bouche prometteuse mais je serai tenté de dire que le plus dur reste à faire : trouver une sortie de crise tout aussi convaincante que cette étincelle. Je suis confiant, on verra si la suite me donnera raison…