[BOUQUINS] Franck Chanloup – Les Enchaînés

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Enchaînés
Auteur : Franck Chanloup
Éditeur : Au Vent des Iles
Parution : 2021
Origine : Nouvelle-Calédonie
221 pages

De quoi ça cause ?

1868, dans un petit village de la Sarthe. Victor Chartieu, entraîné par son père et son frère aîné, multiplie les petits larcins qui ne rapportent pas grand-chose. Jusqu’au jour où une agression tourne mal et se solde par la mort d’un notable.

Le père et ses deux fils sont rapidement arrêtés puis incarcérés au Mans. Convaincu par son père d’endosser le rôle de complice (alors qu’il faisait simplement le guet) à la place de son frère, Victor est condamné au bagne de Toulon avant d’être déporté vers la Nouvelle-Calédonie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je connais (virtuellement) Franck depuis quelques années, notamment via son blog littéraire Franck’s Books que je suis assidûment.

Ce roman sera peut-être l’occasion de passer du virtuel à une rencontre IRL, histoire d’échanger en terrasse autour d’une mousse bien fraîche.

Ma Chronique

De nombreux ouvrages existent sur le bagne en Nouvelle-Calédonie, mais j’avoue n’en avoir lu aucun sinon les chapitres consacrés au sujet du Mémorial Calédonien ou de L’Encyclopédie De La Nouvelle-Calédonie (écrite par feu mon père, Denis Marion). Ça m’a toutefois suffi pour me faire une idée des conditions particulièrement éprouvantes que devaient subir les déportés.

Un auteur calédonien, José Louis Barbançon, a consacré  quelques ouvrages dits « de référence » sur la question, mais le type m’insupporte tellement que la seule idée d’ouvrir un de ses bouquins me fout la gerbe.

Au niveau des fictions je n’ai pas été beaucoup plus inspiré, j’ai Le Grand Sud d’ADG qui traîne depuis des années dans mon Stock à Lire Numérique ; je l’ai commencé plus d’une fois, à chaque fois il me tombait des mains après quelques chapitres tellement sa lecture était insipide.

Il était toutefois hors de question que je passe à côté du bouquin de Franck Chanloup, même si nous ne nous connaissons que virtuellement (via nos blogs ou FB), j’ai beaucoup d’estime pour lui  et je ne pouvais lui faire l’affront de snober son premier roman publié (chapeau bas pour avoir franchi le cap de l’édition).

Je n’étais toutefois pas à l’abri de ne pas adhérer pour X raisons et ça m’aurait bien emmerdé (sans toutefois m’empêcher de rédiger une chronique… ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle envers moi-même). Heureusement dès les premières pages Les Enchaînés et le récit de Victor ont balayé mes doutes et appréhensions.

Comme le rappelle fort justement Franck, il n’est pas historien et n’a pas la prétention de se revendiquer comme tel. On devine toutefois, derrière ce roman, un gros travail de documentation afin que les différents éléments de son intrigue soient crédibles. Et ça fonctionne à la perfection !

Peut être qu’un historien chevronné trouvera à redire sur certains points, perso je ne cherche pas la rigueur historique quand je lis une oeuvre de fiction, il faut juste que les personnages, le contexte et les événements collent à l’époque. Une mission dont Franck s’affranchit haut la main.

Sur la forme, le récit est à la première personne, nous plaçant directement dans la peau de Victor et nous faisant vivre les faits avec ces mots. Et c’est là un autre point fort qui séduira les amoureux de la langue française, notre narrateur ne manque pas de gouaille et ponctue son propos d’un argot qui fait du bien aux oreilles et au coeur.

Au début de son récit, Victor apparaît comme un brave couillon qui se laisse entraîner, presque malgré lui, dans les plans foireux de son paternel. Mais c’est aussi un gars qui a le coeur sur la main, il ne rechignera pas à accepter le deal de son paternel. Ce dernier endosse l’entière responsabilité du meurtre (alors que c’est Alphonse, l’aîné qui a porté le coup fatal), Victor affirmera qu’il s’est contenté d’immobiliser la victime alors que le frangin faisait simplement le guet. Un deal qui condamne le vieux à une mort certaine, mais permettra à Alphonse, déjà bien estropié par une arrestation musclée, de rejoindre sa femme et son jeune fils.

C’est ainsi que Victor va se retrouver incarcéré au Mans dans l’attente de son procès. Procès qui le condamnera à une peine de neuf ans de bagne, à Toulon pour commencer, dans l’attente de sa déportation vers la Nouvelle-Calédonie.

Si Victor n’a pas inventé la poudre, son analyse des événements n’en reste pas moins pertinente, il sait poser les mots justes sur les faits pour nous les faire ressentir jusqu’au fond des tripes.

Avec lui on découvre la dure vie du bagne, de Toulon à Nouméa, avec notamment la cruauté de certains gardiens ou directeurs de centre. Heureusement le bagne est aussi, pour les détenus, de tisser de solides liens d’amitié.

Franck nous fait vivre intensément le périple de Victor, à peine le roman refermé qu’il me tarde déjà de découvrir la suite. Oui, vous avez bien lu, suite(s) il y aura ; Les Enchaînés est le premier épisode de la série que Franck Chanloup va consacrer à Victor. Et le sagouin sait y faire pour tenir ses lecteurs en haleine, la fin de l’épisode est plutôt abrupte, impossible de ne pas trépigner d’impatience dans l’attente du second épisode.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Christian Blanchard – Tu Ne Seras Plus Mon Frère

AU MENU DU JOUR


Titre : Tu Ne Seras Plus Mon Frère
Auteur : Christian Blanchard
Éditeur : Belfond
Parution : 2021
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

2011, Syrie. La révolution syrienne va avoir raison de l’union sacrée de la famille Berger, le père est un Français chrétien et la mère une Syrienne musulmane. Kamar, le plus jeune fils s’engage dans l’armée régulière de Bachar el-Assad alors que Kasswara, l’ainé, rejoint les rangs de l’ASL (Armée Syrienne Libre), opposée au régime.

2019, France. Florence Dutertre, assistante sociale, s’entretient avec le jeune Youssef, un « lionceau du califat », comme on appelle ces enfants du djihad de retour sur le sol français. Le rôle de l’assistante sociale est d’évaluer la dangerosité potentielle de l’enfant. L’entretien est brutalement interrompu quand Youssef s’effondre, abattu d’une balle dans la tête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Après le Cambodge des khmers rouges, Christian Blanchard prend la crise syrienne comme toile de fond pour son nouveau roman. Angkar, son précédent roman, m’avait séduit, j’étais donc curieux de découvrir son petit dernier.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien que n’occupant plus la Une des médias il y a fort à parier que pour les Syriens le conflit opposant le régime de Bachar el-Assad aux forces rebelles reste tristement d’actualité. Sur le sujet j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises et mon point de vue n’a pas changé d’un iota à ce jour.

Le régime de Bachar est pourri jusqu’à la moelle, le gars est une ordure finie qui chie ouvertement sur les droits de l’homme donc la rébellion est une juste réaction. Sauf que ladite rébellion s’est faite gangrénée par l’État Islamiste à tel point que pour les occidentaux il devenait difficile, voire impossible, de distinguer les rebelles luttant pour instaurer une véritable démocratie en Syrie, et les djihadistes souhaitant faire du pays un état islamiste régi par la charia. Certains soutiens au régime ne se sont d’ailleurs pas privés de cet amalgame pour bombarder allégrement les positions des opposants à Bachar, quel que soit leur camp (Vlad si tu me lis… ce dont je doute, fort soit dit en passant).

Soutenir la rébellion au risque de favoriser l’émergence d’un nouvel état islamiste ou détourner le regard sur les exactions de Bachar el-Assad ? La question ne s’est pas posée longtemps pour les dirigeants occidentaux… et j’aurai bien du mal à leur jeter la pierre.

Christian Blanchard construit son roman en alternant deux arcs narratifs. Le premier consacré à l’intrigue actuelle qui se déroule en région parisienne et qui s’articule autour de l’assistante sociale Florence Dutertre. Le second étant constitué du récit de Kasswara qui nous raconte la Syrie d’avant le conflit à aujourd’hui… et surtout les conséquences dudit conflit sur sa famille.

J’ai trouvé que tout le récit de Kasswara était captivant, on devine sans mal l’énorme travail de documentation de l’auteur sur les tenants et les aboutissants du conflit syrien pour les différentes forces en présence. Au-delà de l’aspect purement documentaire c’est surtout l’aspect humain qui m’a particulièrement touché, le conflit va briser l’union sacrée entre les deux frères, le cadet ayant choisi de rejoindre les rangs de l’armée régulière, l’aîné prenant les armes en faveur de l’ASL. Ça promet niveau ambiance à table lors des repas en famille…

En revanche au niveau de l’intrigue actuelle j’avoue être un peu resté sur ma faim.  Pas besoin d’avoir fait Normale Sup pour comprendre que le tueur d’enfants du djihad de retour en France est l’un des deux frères. Lequel ? Kamar ou Kasswara ? Les deux auraient la même raison personnelle d’agir de la sorte (la vengeance), même au niveau idéologique l’un ou l’autre ferait l’affaire (l’un des rares points communs entre le régime syrien et l’ASL étant leur opposition aux forces de l’État Islamique).

Naturellement on serait tenté de privilégier la piste de l’un des deux K. sauf que ce serait trop simpliste et surtout ça ne correspondrait pas totalement au personnage. L’autre K. s’impose donc comme une évidence, d’autant que ça colle mieux à sa personnalité.

Dans le même ordre d’idée on devine sans mal l’identité de l’amant de Florence Dutertre, tout comme ses motivations, un peu troubles au départ, finissent, elles aussi, par s’imposer comme une évidence.

Il n’en reste pas moins que, malgré ce petit bémol sur l’intrigue actuelle, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin. Christian Blanchard sait y faire pour rendre son récit totalement addictif.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Müller – L’Armée De Darwin

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Armée De Darwin
Série : Erectus – Tome 2
Auteur : Xavier Müller
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
487 pages

De quoi ça cause ?

Sept ans après la pandémie Kruger les erectus vivent dans des réserves à l’écart des sapiens. Le débat entre pro et anti est toujours vif mais le véritable danger est ailleurs. Un scientifique voit dans les erectus un possible renouveau de l’humanité, il va créer un nouveau virus, dérivé du Kruger, qui transformera les infectés en erectus « amélioré »…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais été emballé par Erectus, j’étais curieux de découvrir quelle suite Xavier Müller allait donner à son récit.

Ma Chronique

Avec Erectus Xavier Müller avait réussi à rendre crédible (sinon plausible) une histoire de virus totalement improbable… à une époque (pas si lointaine que ça) où le genre humain n’avait pas à se soucier d’un virus dont le nom semble tout droit sorti d’une brasserie mexicaine.

Après un premier tome totalement maîtrisé, Xavier Müller se devait de tenir le niveau tout en proposant une intrigue 100% originale… pas question de se contenter d’une resucée d’Erectus au vilain parfum de déjà-vu. Et l’auteur évite l’écueil de la facilité en nous plaçant sept ans après la pandémie Kruger, sapiens et erectus cohabitent en un fragile équilibre qui ne satisfait pleinement personne.

Chez les sapiens le débat entre pro et anti erectus fait rage alors que la communauté scientifique s’échine à gérer les conséquences de la pandémie. C’est de cette gestion de crise qu’il sera essentiellement question dans les premiers chapitres du roman. Alors certes ça ne démarre pas sur les chapeaux de roues mais ça permet de planter le décor et de nous ancrer dans le monde d’après Kruger.

Qui aurait pu prévoir que les cartes allaient être redistribuées par une nouvelle pandémie ? Provoquée cette fois en parfaite connaissance de cause par un scientifique en mal de reconnaissance qui rêve d’une humanité 2.0. Humanité dont il serait à la fois le berger et le gourou.

Quand notre professeur foldingue met son plan machiavélique et ravageur en branle, le rythme du récit change du tout au tout. L’auteur nous balade tambour battant au gré de son intrigue et de ses multiples évolutions ; c’est à peine s’il nous laisse le temps de reprendre notre souffle entre les chapitres. On veut savoir, on doit savoir !

La première vague viendra du ciel puisque c’est un moustique, l’aedes aegypti (que l’on connait bien en Nouvelle-Calédonie), qui servira de vecteur de contamination et de propagation. Un nouveau défi pour la communauté scientifique : comment éradiquer le moustique sans nuire à l’équilibre de l’écosystème tout entier ?

« Une usine à moustiques » australienne avait une piste pour combattre le Ganesh : issu de recherches collaboratives, leur procédé consistait à inoculer aux femelles une bactérie capable de stopper la transmission de certaines maladies, type dengue, à l’être humain.

Sur ce coup la réalité rattrape la fiction, une telle bactérie existe bel et bien, la bestiole s’appelle wolbachia et est actuellement au cœur d’un vaste programme de lutte contre la dengue et autres maladies transmises par le moustique mené par le World Mosquito Program et soutenu par l’OMS. La Nouvelle-Calédonie a bénéficié d’un lâcher de moustiques infectés et les résultats ont été des plus concluants.

Même si le Ganesh est encore plus dévastateur (et plus improbable) que le Kruger, Xavier Müller arrive à rendre son intrigue crédible en plus d’être hautement addictive.

Il faut dire aussi que l’auteur ne laisse rien au hasard, surtout pas ses personnages à qui il apporte un soin particulier. C’est avec plaisir que j’ai retrouvé ceux déjà croisés dans Erectus, un contentement renforcé par la place accordée aux erectus (particulièrement au clan de la pierre-levée) et leur rôle dans le déroulé de l’intrigue de ce second opus. Tout comme j’ai eu plaisir à rencontrer de nouveaux personnages, à commencer par Lauryn Gordon et Alice (la fille d’Anna).

Alors this is the end ou doit-on attendre (espérer ?) un retour des erectus, sapiens et ganesh dans un troisième tome ? Très franchement il y aurait matière à une suite, paradoxalement je serai tenté de dire qu’une suite ne s’impose pas. En tout état de cause le seul à détenir la réponse à cette question est l’auteur.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – Une Arête Dans La Gorge

AU MENU DU JOUR


Titre : Une Arête Dans La Gorge
Série : Nathalie Lesage – Tome 2
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Après dix-huit mois d’exil volontaire en Irlande à la suite d’une enquête particulièrement éprouvante, le commandant Nathalie Lesage réintègre les forces de police. Exit Paris et la BRP (Brigade de Répression du Proxénétisme), c’est au sein de la Brigade Criminelle de Lyon qu’elle officiera désormais.

Une arrivée impromptue qui n’enchante pas vraiment sa supérieure, la commissaire Clément qui lui affecte un rôle de conseiller / superviseur et un jeune lieutenant, Cyrille Savage, pour l’assister.

Pas le temps de ruminer sa colère, Lesage et son binôme sont appelés sur la scène d’un crime d’une extrême brutalité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais de découvrir un nouveau titre de leur catalogue déjà riche en pépites de qualité.

Parce que j’avais été emballé par la précédente enquête de Nathalie Lesage, Lésions Intimes. J’avais promis d’être au rendez-vous pour la suite, parole tenue !

Ma Chronique

Je remercie mes éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’ai découvert Christophe Royer à l’occasion de son précédent roman, Lésions Intimes, qui est aussi la première enquête (littéraire en tout cas) de Nathalie Lesage. Pour une première incursion dans le monde du thriller, j’ai trouvé qu’il tirait fort bien son épingle du jeu. Cerise sur le gâteau, il nous donnait rendez-vous pour une prochaine enquête de Nathalie Lesage.

Promesse tenue avec Une Arête Dans La Gorge, il était inévitable que je respecte moi aussi mon engagement d’être au rendez-vous pour cette nouvelle enquête. Une nouvelle enquête qui redistribue les cartes puisque Nathalie Lesage change non seulement de service (du Proxénétisme, elle passe à la Crim’) mais aussi de ville en quittant Paris pour Lyon.

Qui dit nouvel environnement, dit nouvelles rencontres ; à commencer par son entourage professionnel. Sa nouvelle boss, la commissaire Clément, apprécie très moyennement l’arrivée surprise du commandant Lesage… et elle ne manquera pas de le lui faire savoir.  Heureusement les relations avec son jeune adjoint seront nettement plus apaisées.

Le fort tempérament et l’impétuosité de Nathalie Lesage n’ont pas été altérés son exil volontaire. Elle est bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans un rôle de simple conseillère mais aussi à gagner le respect des équipes avec qui elle va devoir travailler.

Christophe Royer soigne ses personnages et les liens / relations qui vont se nouer entre eux et évoluer au fil des chapitres (pour le meilleur… et pour le pire). De la même manière il tisse une intrigue qui va rapidement s’avérer addictive (surtout dans la première partie du récit).

Un roman globalement bien ficelé auquel je reprocherai toutefois un manque d’adrénaline. Mon plus gros reproche reste la prévisibilité d’un élément clé du récit, jusqu’à la fin j’ai espéré me tromper tellement ça sautait aux yeux (à tel point que ça en devenait presque insultant pour l’intelligence du lecteur).

Je ne m’attarderai pas sur ce dernier point, non parce qu’il n’y a rien à en dire (au contraire) mais pour éviter tout spoiler susceptible de gâcher le plaisir des futurs lecteurs.

Si cette prévisibilité gâche une partie de l’enquête policière, je dois toutefois avouer que je n’avais rien vu venir concernant l’ultime révélation du roman.

Je ne connais pas la ville de Lyon (et je doute fort de la connaître un jour) mais j’ai été fasciné par l’histoire de son imposant réseau souterrain (surnommé les « arêtes de poisson » en raison de sa forme unique). Une histoire qui n’a d’ailleurs pas encore révélé tous ses secrets… de quoi faire le plaisir des cataphiles (explorateurs des galeries souterraines) de la région… et plus si affinités (et pas de crise sanitaire accessoirement).

Cet aspect du récit, associé à la thématique autour de la franc-maçonnerie, me ferait presque oublier cette maudite prévisibilité d’une partie de l’intrigue. Presque… je ne peux décemment pas en faire abstraction au moment de noter ce roman (même si cela n’engage que moi). Ma sentence est irrévocable !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Misraki – La Prophétie De L’Arbre

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie De L’Arbre
Série : Trilogie PanDaemon
Auteur : Christophe Misraki
Éditeur : Fleuve
Parution : 2021
Origine : France
608 pages

De quoi ça cause ?

L’assassinat de Sarah Portor, héritière légitime de la couronne d’Erceph, pourrait bien menacer le fragile équilibre et la paix qui règnent sur Porminide depuis la fin du Conflit Originel et la victoire des humains.

Dans les profondeurs de PanDaemon les forces du mal unissent en effet leurs forces et se préparent à une offensive massive et coordonnée contre les humains…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les écrivains français qui s’essayent à la fantasy ne sont pas légion, j’étais donc curieux de découvrir l’univers de Christophe Misraki.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Force est de reconnaître que Christophe Misraki tire plutôt bien son épingle du jeu en s’aventurant, pour un premier roman (et accessoirement le premier tome d’une trilogie annoncée), sur le terrain de la fantasy.

Sans révolutionner le genre (et je doute que telle eut été l’intention de l’auteur), il décrit un univers de style heroic-fantasy bien pensé et suffisamment complexe pour nous réserver encore bien des surprises. Un monde où les relations entre les peuples occupent une place centrale, entre alliances, complots, trahisons et tutti quanti. Un monde dans lequel les enjeux politiques et religieux se côtoient… pas toujours en totale harmonie ! Mais plutôt selon les intérêts des uns ou des autres. Un monde dans lequel les forces magiques, à travers un système fort original et fort bien développé, peuvent faire pencher la balance en faveur de ceux qui sauront en maîtriser les arcanes. Un monde peuplé d’un large éventail de créatures, dont certaines encore à découvrir, qui devront choisir leur camp dans le conflit qui se prépare (les alliances ne sont pas aussi simplistes qu’une banale opposition entre humains et non-humains).

L’organisation (politique et religieuse) des provinces humaines de Porminide repose sur d’obscures prophéties rédigées dans un style plus que nébuleux et donc sujettes à interprétation… entre les autorités politiques (notamment Eden Portor, suzerain d’Erceph) et les autorités religieuses (représentées par les Obédiences),l’interprétation de ces textes peut varier du tout au tout.

Le pouvoir et le titre de suzerain du Comté se transmet de père en fils à l’occasion du vingt-troisième anniversaire de ce dernier. Il se matérialise par le transfert d’une « Entité » qui quitte le cœur de l’ancien suzerain pour prendre place dans celui de son successeur. Sauf que chez les Portor il n’y a pas de fils, juste deux filles, et c’est donc Sarah, l’ainée, qui aurait dû hériter du titre de suzerain et de la fameuse « Entité ».

Et c’est bien là que le bât blesse car ces fameuses (fumeuses) prophéties font état de la fin d’une ère en cas de transmission de l’Entité à une femme. Ce que les Obédiences ont interprété comme signe annonciateur d’une malédiction susceptible de rompre l’équilibre qui assure la paix en Porminide. D’où leur décision d’imposer à Sarah Portor une épreuve au cours de laquelle elle devra prouver sa valeur… sauf que les choses ne se passeront pas exactement comme prévues (à moins que ?), Sarah sera tuée lors de cette épreuve et ses assassins lui arracheront le cœur; réceptacle de l’Entité, avant de prendre la fuite.

Un tel univers, s’il veut tenir la route, ne se met pas en place en quelques pages. Christophe Misraki n’est pas avare en matière de renseignements sur le monde qu’il a imaginé. Ce qui explique (en partie) le temps qu’il m’a fallu pour venir à bout du présent bouquin. En fin de roman l’auteur intègre un lexique qui situe le contexte et les acteurs de son intrigue ; un bonus appréciable qui aurait été, selon moi, plus pertinent en début de roman (avant la carte du monde par exemple) afin de pouvoir s’y référer en cas de questionnement ou de doute quant au rôle ou à la position de tel ou tel intervenant.

Au fil du récit on alterne les points de vue des différents (et nombreux) acteurs de l’intrigue. Je ne vais vous faire une synthèse des forces en présence ni de leur rôle (présent ou à venir, clairement défini ou encore à préciser), d’une part parce que l’auteur s’acquitte fort bien de la tâche dans ce fameux lexique, mais aussi, et je l’avoue sans la moindre honte, par flemme.

Malgré une réelle complexité, l’immersion en Porminide est totale. On s’attache facilement aux personnages, même certains « méchants » trouvent parfois grâce à nos yeux. L’intrigue est très prenante malgré quelques longueurs parfois (le temps de préciser certains éléments du contexte). Il n’en reste pas moins qu’en refermant ce premier tome on a clairement l’impression qu’il fait office de mise en bouche… ce n’est que dans les tomes suivants que les choses trouveront leur rythme de croisière.

Alors que les choses semblaient suivre une voie toute tracée, la dernière partie du roman ouvre de nouvelles perspectives à l’intrigue et aux personnages. Il faut bien avouer qu’un tel revirement de situation est plutôt déconcertant… d’un autre côté c’est la fin de ce premier tome qui explique le titre et la couverture du bouquin.

Ça n’en reste pas moins une mise en bouche alléchante. En espérant que Christophe Misraki ne se la joue pas G.R.R. Martin en nous faisant languir plusieurs années entre chaque tome !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Levy – Le Crépuscule Des Fauves

AU MENU DU JOUR

M. Levy - Le crépuscule des fauves

Titre : Le Crépuscule Des Fauves
Série : Groupe 9 – Tome 2
Auteur : Marc Levy
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2021
Origine : France
388 pages

De quoi ça cause ?

Maintenant que le Groupe 9 a identifié ses cibles, il est temps pour eux de passer à l’attaque. Mais pour frapper au plus juste les hackers doivent découvrir la nature des liens qui unissent les « Fauves » et quels sont leurs sombres projets…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Déjà parce que c’est Marc Levy et que sa première incursion dans le techno-thriller s’est avérée des plus concluantes. Il me tardait de retrouver le Groupe 9 face à leurs puissants adversaires.

Ma Chronique

Sans surprise le roman commence là où s’arrêtait le tome précédent, C’Est Arrivé La Nuit, pour la première fois le Groupe 9 est réuni à Kiev, au manoir des frères Vital et Malik afin de préparer leur riposte au scandale de l’insuline.

Les 9 enfin réunis ? Pas tout à fait… Maya, toujours en mission en Turquie et injoignable, manque à l’appel. De même que le neuvième membre du groupe, dont l’identité demeure inconnue aux lecteurs comme aux autres membres des 9.

Pour construire son intrigue, Marc Levy s’inspire de faits réels (avérés ou fortement présumés), mais cette fois il va plus loin en imaginant ce que pourrait donner une forme de coalition de toutes ces menaces vers un objectif commun. Le plus glaçant dans ce scénario empirique est incontestablement le fait qu’il pourrait devenir une réalité ; heureusement nos « Fauves » IRL sont trop égocentrés sur leur profit et/ou pouvoir personnel pour envisager de partager le gâteau.

Ladite intrigue se divise en deux arcs narratifs. D’un côté les 7 parmi les neuf peaufinent, seuls, en binôme ou tous ensembles, leur stratégie contre les « Fauves ». De l’autre Maya est toujours en Turquie, déterminée à retrouver une jeune réfugiée syrienne… mais elle n’est pas la seule à vouloir mettre la main sur la gamine.

Il va sans dire que ces deux arcs narratifs finiront par se rejoindre… pour le plus grand bonheur des 9 ! Cette intrigue turque est l’occasion pour Marc Levy de pointer du doigt la situation difficile des réfugiés syriens.

Un conflit syrien qui n’en finit pas de s’éterniser dans l’indifférence générale… pas forcément parce que l’Occident préfère se fermer les yeux ou détourner le regard ; la réalité des faits est plus complexe. Incontestablement Bachar Al-Assad est une ordure de la pire espèce, de fait le combat des opposants syriens partait d’une cause noble et d’intentions louables… jusqu’à ce que leur combat soit détourné par les djihadistes. Renverser le régime Al-Assad pour instaurer une république (?) islamiste à sa place… on peut comprendre que les soutiens à la cause rebelle ne se bousculent pas au portillon.

Pour en revenir au bouquin à proprement parler, l’auteur nous propose une intrigue totalement addictive qu’il mène tambour battant sans toutefois négliger de semer, çà et là, quelques touches d’humour bienvenues.

Le roman se dévore d’une traite et c’est à regret que l’on quitte le Groupe 9 au moment de le refermer. Il faudra toutefois s’armer de patience avant la parution du troisième (et dernier ?) tome de la série.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Allie Reynolds – Hors-Piste

AU MENU DU JOUR

A. Reynolds - Hors piste
Titre : Hors-Piste
Auteur : Allie Reynolds
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2021
Origine : Grande-Bretagne
464 pages

De quoi ça cause ?

Cinq amis, anciens snowboardeurs de haut niveau, se retrouvent, après dix ans sans se voir, le temps d’un week-end dans un refuge des Hautes-Alpes.

Ce même refuge où, dix ans plus tôt, un double drame a frappé le petit groupe. Une de leurs amies, Camille, s’est retrouvée tétraplégique suite à une mauvaise chute, une autre, Saskia, a mystérieusement disparu.

Très vite ces retrouvailles vont se transformer en piège, mais qui tire les ficelles ? Et pourquoi ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que l’idée d’un huis clos en plein air (oui je sais, c’est paradoxal) me plaisait bien. J’ai trouvé que le pitch aurait pu inspirer Agatha Christie, du coup il me tardait de voir si Allie Reynolds serait à la hauteur de son illustre ainée.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Net Galle pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il n’est nul besoin d’être un fan de snowboard pour apprécier ce roman. Les quelques termes techniques propres à la discipline sont expliqués dans un glossaire au début du bouquin, mais là encore s’y reporter ne s’impose pas.

Si Allie Reynolds a mis ce sport à l’honneur à l’occasion de son premier roman, c’est sans doute une forme d’hommage à ses années de pratique à haut niveau de cette discipline (elle a été dans le top 10 anglais des snowboardeurs freestyle). Changement de décor depuis quelques années pour l’auteure, puisqu’elle pratique désormais le surf en Australie, quand elle ne se consacre pas à l’écriture.

Direction les Alpes française, dans un refuge de haute montagne, fermé, car on est hors saison. Un endroit rêvé pour des retrouvailles entre cinq amis qui se sont perdus de vue depuis plus de dix ans.

Sauf que les retrouvailles ne vont pas vraiment être sous le signe de la bonne humeur et de la convivialité. Qui les a invités ? Et pourquoi ? La tension montera encore d’un cran que leurs téléphones portables et ordinateurs disparaîtront, ils sont désormais coupés du monde. Et ce n’est que le début d’une machination visant à les monter les uns contre les autres. Mais qui tire les ficelles exactement ? Et quelles sont ses intentions ?

Les chapitres alternent entre les événements présents et ceux survenus dix ans plus tôt au même endroit. Ces mêmes amis étaient alors en lice pour une compétition de snowboard, si certains abordaient les épreuves dans un bon esprit sportif, d’autres étaient prêts à tout pour se hisser sur la plus haute marche du podium. C’était notamment le cas de Saskia, qui a mystérieusement disparu le jour de la plus importante épreuve de la compétition… et a été depuis déclarée morte.

En général j’essaye, autant que possible, d’en dire le moins possible sur l’intrigue lorsque je chronique un bouquin. Mais présentement il m’a semblé impossible de faire autrement, à moins de rester dans le vague et de proposer une dizaine de lignes pas franchement argumentées.

Les chapitres alternent entre le présent les souvenirs des événements survenus dix ans plus tôt. De nos jours on assiste inexorablement à une montée en puissance de l’intrigue alors que les tensions, les questions et les soupçons se multiplieront au sein du groupe. Les flash-back nous replongent dix ans plus tôt, les choses démarrent plutôt bon enfant avant de se dégrader progressivement pour s’achever en apothéose avec la disparition de Saskia.

Le récit est à la première personne, c’est Milla Anderson, l’une des protagonistes, mais aussi et surtout l’une des principales « victimes » des coups fourrés (et foireux) de Saskia, qui nous fait partager son expérience (présente et passée).

Allie Reynolds prend un malin plaisir à tourmenter ses personnages et à les égarer sur de fausses pistes.  Il en va de même pour le lecteur qui aura bien du mal à démêler le vrai du faux au fil des revirements de situation, tout comme il lui sera difficile de savoir à quels personnages se fier.

Les personnages sont soignés tant dans leur personnalité que dans leur vécu et leurs réactions. Je ne m’étalerai pas sur chacun d’entre eux afin de laisser intact le plaisir de la découverte.  Une certitude s’impose toutefois rapidement, Saskia était une sacrée garce, tous et toutes auraient eu au moins une bonne raison de la faire disparaître… et j’aurai bien du mal à les en blâmer !

Pour un premier roman, l’auteure n’a pas à rougir du résultat. Elle signe en effet un thriller des plus convaincants, sans bouleverser les règles du genre, elle les maîtrise et sait en jouer pour tenir le lecteur en haleine.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Hervé Le Corre – Traverser La Nuit

AU MENU DU JOUR

H. Le Corre - Traverser la nuit
Titre : Traverser La Nuit
Auteur : Hervé Le Corre
Éditeur : Rivages
Parution : 2021
Origine : France
317 pages

De quoi ça cause ?

Louise élève seule son jeune fils. En plus d’un quotidien pas toujours facile, elle doit composer avec un ex qui revient régulièrement à la charge et la tabasse tout aussi régulièrement.

Jourdan est chef de groupe à la PJ de Bordeaux. Avec son équipe ils enquêtent sur le meurtre d’une jeune prostituée.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que l’écriture d’Hervé Le Corre m’avait séduit à la lecture de Prendre Les Chiens Pour Des Loups, au point de presque faire oublier une intrigue bien monotone… Je voulais voir si cette fois l’intrigue serait à la hauteur du style.

Ma Chronique

En lisant Prendre Les Chiens Pour Des Loups j’avais été littéralement subjugué par la qualité de l’écriture de Hervé Le Corre, un véritable régal pour les yeux et l’esprit. Il rendrait presque la noirceur de son récit poétique… et surtout on en viendrait à oublier que l’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard.

Avec Traverser La Nuit j’ai retrouvé cette écriture magnifique mais cette fois elle venait sublimer une réelle intrigue portée par trois personnages « forts ».

Il y a Louise qui élève seule son jeune fils et gagne tant bien mal sa vie en travaillant comme aide à domicile. Son cauchemar s’appelle Lucas, un ex qui revient régulièrement à la charge et qui lui cogne dessus tout aussi régulièrement. Outre son fils, elle trouve un semblant de réconfort en compagnie de son amie Naïma.

Il y a Jourdan, commandant à la PJ, désabusé par la folie des hommes et les scènes de crime. Prisonnier de lui-même, il regarde sa vie personnelle partir à vau-l’eau, incapable de communiquer avec sa femme et sa fille.

Puis il y a Christian, marqué par une courte expérience militaire et une mère toxique, depuis il assassine des femmes pour exprimer son mal-être dans la violence. Chaque fois il s’acharne sur ses victimes qu’il poignarde à de nombreuses reprises.

Hervé le Corre sait y faire pour décortiquer les méandres de l’esprit de ses héros. Il sait mettre les mots justes sur leurs douleurs et leurs tourments, des mots crus, sans fausse compassion. Des mots qui nous prennent aux tripes.

Trois personnages pour deux arcs narratifs distincts, avec les déboires de Louise d’un côté et l’enquête de Jourdan et son groupe de l’autre. Deux axes qui finiront par se rencontrer, pour le meilleur et pour le pire.

À l’image de ses personnages et de la nuit – omniprésente au fil des pages –, l’intrigue est fortement teintée de noire. Une intrigue qui grimpe progressivement en intensité jusqu’à un final qui m’a laissé sur le cul (je n’ai rien vu venir).

L’auteur porte un regard sans concession sur les dérives de notre société… Celle d’avant la crise sanitaire. Celle des grèves, des manifestions, du ras-le-bol généralisé.  Ces dérives qui ont donné naissance au mouvement des gilets jaunes, une juste mobilisation à la base, avant de sombrer dans le grand portnawak.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Olivier Merle – Dans L’Ombre Du Loup

AU MENU DU JOUR

O. Merle - Dans l'ombre du loup
Titre : Dans L’Ombre Du Loup
Auteur : Olivier Merle
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
540 pages

De quoi ça cause ?

Quand M. Kerdegat, un notable de la ville de Rennes, s’adresse à la police pour se plaindre d’appels et de lettres anonymes, c’est le commandant Hubert Grimm qui le reçoit avec pour consigne de ne pas faire de vagues.

Même si Grimm, récemment muté à Rennes, considère que l’affaire est plutôt banale, il va mobiliser son équipe pour mener une enquête rigoureuse. Il va rapidement comprendre que Kerdegat, en plus d’être un individu méprisable, a bien des secrets à cacher aux enquêteurs…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant tout par curiosité, la quatrième de couv’ nous promettant une rencontre avec « un flic pas comme les autres ».

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Quelques mots sur l’auteur avant d’entrer dans le vif du sujet. Olivier Merle est le fils du romancier Robert Merle, connu pour ses romans historiques (on lui doit notamment la série Fortune de France). Après quelques titres en littérature jeunesse et quelques romans historiques, Olivier Merle signe son premier thriller avec Dans L’Ombre Du Loup.

J’ai pris l’habitude de ne pas prendre pour argent comptant les annonces (promesses ?) des bandeaux et quatrième de couv’, force est toutefois de constater qu’en l’occurrence Hubert Grimm est vraiment « un flic pas comme les autres ». Ce n’est pas tant par ses méthodes qu’il sort de l’ordinaire (au contraire, malgré un caractère affirmé il a tendance à respecter – plus ou moins – les procédures), mais plutôt par sa personnalité tourmentée.

Outre le fait d’avoir du mal à se remettre d’une histoire d’amour compliquée (comme on dit sur la fesse du bouc), il est surtout climato-dépressif au plus haut degré… à ce niveau on pourrait même parler de collapsophobie tant ça vire à l’obsession chez lui. Genre de gars tu bouffes une côte de bœuf à côté de lui, il t’explique ne long en large et en travers les multiples impacts environnementaux de la consommation de viande… bref au bout de 30 secondes tu n’as qu’envie, lui enfoncer la gueule dans son tofu pour qu’il s’étouffe avec (oui, je suis un carnivore revendiqué et assumé) !

Malgré sa barbaquophobie le personnage est intéressant et attachant. Il peut aussi compter sur le soutien de son équipe. Trois flics ayant chacun leur personnalité, leurs forces et leurs faiblesses. Une équipe qui se complète parfaitement aussi bien sur le terrain que dans les tâches administratives.

L’enquête ne démarre pas forcément tambour battant, il faut que les choses se mettent en place et que Grimm et son équipe explorent les différentes pistes et les divers indices. Peu à peu les choses vont s’accélérer, d’autant que l’affaire va se compliquer avec la découverte d’un corps découpé déposé devant chez Kerdegat.

L’intrigue à proprement parler est plutôt bien menée, même si parfois j’ai trouvé que l’équipe tirait des conclusions un peu hâtives ou séchait sur des éléments plutôt évidents… il n’en reste pas moins que ce roman vous réservera quelques belles surprises et quelques revirements pour le moins inattendus.

L’écriture et le style d’Olivier Merle permettent une lecture fluide. Pour sa première incursion dans le monde du polar, l’auteur n’a pas à rougir du résultat. Certes ce n’est pas parfait, mais le roman n’en reste pas moins convaincant et efficace.

MON VERDICT
 

Morceau choisi

Au niveau des gouvernants, nous sommes entrés dans une nouvelle période : celle de l’homme-à-grosses-couilles. L’homme-à-grosses-couilles prend le pouvoir un peu partout sur la planète.
[…]
Ils débarquent en nombre, on ne voit plus qu’eux : Trump, Poutine, Xi Jinping, Bolsonaro, Erdogan, Salvini, Orban, etc., etc., etc., je pourrais les citer tous, mais on y serait encore demain matin ! L’homme-à-grosse-couilles est là ! Or, l’homme-à-grosses-couilles n’en a rien à faire de la planète. Rien du tout ! Il la détruit parce que sa destruction augmente sa puissance ! Et il n’y a que ça qui compte pour lui : le pouvoir et l’argent ! L’homme-à-grosses-couilles n’a qu’une perspective : sa propre jouissance. Et il est convaincu que la planète tiendra bien encore un peu, au moins jusqu’à ce qu’il meure. C’est tout ce qui lui importe. Ce qui adviendra après sa mort, il s’en contrefout, l’homme-à-grosses-couilles ! Voilà pourquoi tu as perdu, toi, le petit Grimm, recroquevillé sur ton étroit lopin de terre qui se dégrade inéluctablement !
[…]
Tu vois, l’homme-à-grosses-couilles, c’est que de la haine, que du pur macho violent ! Tu enfermes Greta Thunberg avec Trump, Poutine et Xi Jinping dans une pièce, je suis sûre qu’ils lui font subir une tournante avant de la pendre au plafond à un croc de boucher !

(BOUQUINS] Stephen King – Si Ça Saigne

AU MENU DU JOUR

S. King - Si ça saigne
Titre : Si Ça Saigne
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : Etats-Unis (2020)
464 pages

De quoi ça cause ?

Recueil de quatre nouvelles inédites.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King et qu’il maîtrise à la perfection l’art de la nouvelle.

Ma Chronique

Quatre nouvelles sur plus de 460 pages, inutile de vous préciser que ça fait de longues nouvelles, la plus longue (presque la moitié du bouquin à elle seule) étant celle qui a donné le titre au recueil et qui nous offre l’occasion de retrouver Holly Gibney (on a fait sa connaissance alors qu’elle était l’adjointe de Bill Hodges dans la trilogie Mr Mercedes, avant de la retrouver à la tête de sa propre agence dans L’Outsider).

La première nouvelle, Le téléphone de M. Harrigan, nous narre une belle histoire d’amitié intergénérationnelle et ses suites. Si j’ai beaucoup aimé les personnages, l’intrigue ne m’a pas emballé outre mesure. Au risque de faire un jeu de mot pourri je l’ai trouvée un peu trop téléphonée…

On enchaîne ensuite avec La vie de Chuck, comme son nom l’indique on va découvrir la vie de Charles ‘Chuck’ Krantz à travers trois moments phares de son existence. L’originalité est dans le choix d’une narration antéchronologique (on commence par la fin pour revenir progressivement au début). Autre élément d’importance dans ce récit, au cours de l’acte III, nous assistons non seulement aux derniers jours de Chuck, mais aussi à ceux de l’humanité.

Arrive enfin Si ça saigne, suite du roman L’Outsider et qui nous permet donc de retrouver Holly Gibney confrontée à un nouvel outsider. Un plaisir de retrouver Holly Gibney (et quelques autres personnages déjà croisés dans la trilogie Mr Mercedes) mais j’avoue que j’ai trouvé que l’intrigue manquait d’un petit je ne sais quoi pour que la sauce prenne totalement.

Avec Rat, Stephen King aborde un sujet qui lui est cher puisqu’il est question (entre autres) du rapport entre un auteur et son œuvre (et plus particulièrement du processus créatif). Drew Larson, modeste écrivain en mal d’inspiration, a subitement une idée qu’il pourrait transformer en roman. Pour lancer son histoire, il quitte femme et enfants pour s’isoler quelques semaines dans le chalet familial. À défaut d’une grande originalité sur le fond, j’ai bien aimé la forme. Sans la moindre hésitation c’est à cette dernière nouvelle qu’ira ma préférence dans le présent recueil.

Un recueil qui ne m’a que moyennement séduit, je tiens toutefois à préciser que mon avis se base en partie sur ce que je sais pouvoir attendre du King novelliste ; pour moi il n’a clairement pas été des plus inspiré sur ce coup. Il n’en reste pas moins que globalement les nouvelles sont de très bonne qualité, nul doute que si elles n’avaient pas été signées Stephen King mon ressenti aurait été nettement plus enthousiaste… ou pas, je n’aurais sans doute pas été tenté par un recueil de nouvelles écrites par un auteur que je ne connais pas. Et puis il faut bien reconnaître que l’on retrouve la griffe du King dans chacun de ces quatre récits.

MON VERDICT