[BOUQUINS] Robert Galbraith – Sang Trouble

AU MENU DU JOUR


Titre : Sang Trouble
Série – Cormoran Strike – Livre 5
Auteur : Robert Galbraith
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
928 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il visite sa famille dans les Cornouailles, Cormoran Strike est abordée par une inconnue qui l’implore de l’aider à retrouver sa mère, disparue ans des circonstances encore inexpliquées en 1974.

Après en avoir discuté avec son associée, Robin Ellacott, et bien que n’ayant jamais eu à travailler sur des cold cases, Strike accepte de reprendre l’enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le cinquième opus des enquêtes de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Non seulement les intrigues sont bien fichues, mais en plus on prend plaisir à assister à l’évolution des personnages.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé le duo d’enquêteurs que forment Cormoran Strike et Robin Ellacott. Pour la première fois ils vont devoir plancher sur un cold case, le Dr Margot Bamborough a en effet mystérieusement disparu un soir de 1974, alors qu’elle quittait le cabinet médical dans lequel elle exerçait. C’est à la demande de sa fille, Anna, que Strike et Robin vont accepter de remonter et démêler les fils de l’enquête.

Comme souvent quand on est confronté à une série, certains lecteurs peuvent se poser la question de la nécessité d’avoir lu les tomes précédents ou si cela reste accessoire. Très honnêtement, même si cela ne s’impose pas nécessairement, je vous invite à lire les précédents tomes de la série dans l’ordre. C’est la meilleure façon d’apprécier pleinement la situation des personnages.

Si les affaires sont plutôt florissantes pour nos deux détectives associés, d’un point de vue personnel ce n’est pas vraiment la joie. Galanterie oblige je commencerai par Robin, empêtrée dans un divorce qui n’aurait dû être qu’une formalité, mais c’était sans compter sur la fierté mal placée de son ex, Matthew, qui semble prendre un malin plaisir à faire traîner les démarches.

De son côté Strike n’est guère mieux loti. Il est au chevet de sa tante, qu’il considère comme une mère, atteinte d’un cancer en phase terminale. Un malheur n’arrivant jamais seul, il va aussi devoir composer avec les soudains élans familiaux de son géniteur et les états d’âme de son ex, Charlotte, plus suicidaire et pleurnicharde que jamais.

En plus de la disparition du Dr Bamborough, l’agence doit assurer le suivi des affaires en cours ; heureusement que Strike et Robin pourront compter sur leur équipe en renfort même s’ils devront parfois, eux aussi, mouiller la chemise. Des affaires qui sont bien plus que de simples digressions de l’intrigue principale, ce sont elles qui contribuent à faire bouillir la marmite et, pour certaines, elles sont loin d’être aussi anodines que l’on pourrait le supposer de prime abord.

Matthew étant moins présent dans le présent roman, on aurait pu craindre l’absence d’une tête à claques de service ; je vous rassure tout de suite, il a un trouvé un digne successeur en la personne de Saul Morris, l’un des enquêteurs sous-traitant de l’agence. Difficile, pour ne pas dire impossible, d’imaginer plus beauf que ce type.

En reprenant l’enquête sur la disparition du Dr Bamborough, Strike et Robin vont rapidement se retrouver confrontés à un enquêteur obsessionnel, convaincu que le coupable ne peut être que Dennis Creed, un tueur en série qui n’a pas encore livré tous ses sombres secrets. Une obsession qui le poussera à manipuler les témoins et à suivre de vagues pistes ésotériques afin que les faits viennent, envers et contre tout, corroborer ses soupçons.

Ne pouvant se fier au seul rapport d’enquête, Strike et Robin vont devoir interroger les témoins précédemment entendus par la police. À condition bien sûr que ceux-ci soient toujours en vie et de parvenir à leur mettre la main dessus. Les témoignages, parfois contradictoires, vont pousser les enquêteurs à examiner de nombreuses pistes, dont celle d’une famille qui régnait sur le crime organisé dans les années 70.

À partir de là les enquêteurs vont s’engager dans un jeu de pistes labyrinthique dans lequel ils auront bien du mal à démêler le vrai du faux. Décortiquant chaque témoignage obtenu afin de le comparer à celui livré au moment des faits, au rapport d’enquête et aux notes (plus ou moins absconses) de l’inspecteur Talbot. De quoi s’arracher les cheveux et y perdre son latin… mais il faudra plus que ça pour décourager notre duo de choc.

Et au milieu de tout ça on suit l’évolution de la relation entre Strike et Robin, une relation sur fond de valse-hésitation, un pas en avant et deux pas en arrière ; tantôt on souffle le chaud, tantôt on souffle le froid. L’aspect personnel est encore fois (peut-être même plus que jamais) au centre de l’intrigue mais sans que cela ne vienne casser le rythme.

Niveau adrénaline, on ne peut pas vraiment dire que le palpitant et les nerfs soient mis à rude épreuve ; l’enquête se déroule sans grosse montée de stress pour nos deux enquêteurs, jamais ils ne se retrouveront réellement en danger.

Une intrigue rondement menée qui réserve quelques surprises (j’avoue que je ne m’attendais pas du tout au final), si l’adrénaline n’est pas au rendez-vous, l’ennui non plus. On se laisse volontiers entraîner par l’enquête et les déboires personnels de Strike et Robin, du coup les 900 (et plus si affinités) pages passent comme une lettre à la poste.

Bien entendu je serai au rendez-vous pour leur sixième enquête (prévue pour cette année en VO), en espérant toutefois quelque chose d’un peu plus nerveux.

D’ici là, si l’occasion se présente, il faudrait que je me penche sur la série TV C.B. Strike qui compte déjà quatre saisons (une pour chacun des précédents romans) avec une cinquième annoncée (dédiée à Sang Trouble cela va sans dire).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Claire Bauchart – Le Manuscrit MS620

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Manuscrit MS620
Auteur : Claire Bauchart
Éditeur : Filature(s)
Parution : 2022
Origine : France
205 pages

De quoi ça cause ?

1920. Herta Mertil, militante féministe et auteure au succès d’estime, purge sa peine au bagne de l’Île des Pins. Quelques jours avant de rendre son dernier souffle, elle achève son ultime texte : un manuscrit codé.

1980. Nouméa. Suzanne, la petite-fille d’Herta s’est fait la promesse de décrypter le texte de son aïeule avant sa mort. Le temps presse car un « cancer à un stade avancé », la bouffe de l’intérieur.

2011. Washington DC. Hortense, une brillante étudiante passionnée de mystères et de criminologie (tout particulièrement les cold case), cherche, elle aussi, à décoder ce mystérieux manuscrit.

2019. Singapour. Bérénice, experte en cybersécurité et en cryptologie se voit confier par son employeur la mission de décrypter le manuscrit pour le compte d’un client. Une tâche qu’elle prend comme un affront visant surtout à l’écarter d’un projet qui lui tenait particulièrement à cœur.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À votre avis ? Il est question de l’île des Pins et de Nouméa… c’est fait pour moi ! Au-delà de tout chauvinisme déplacé, j’aime bien ces histoires de codes secrets et de symboles à déchiffrer.

Ma Chronique

Quand je pense codes et symboles à décrypter c’est l’auteur Dan Brown et son personnage de Robert Langdon qui me viennent immédiatement à l’esprit. D’entrée de jeu je tiens à préciser que si l’intrigue du présent roman n’est pas aussi dense et complexe que celles imaginées par Dan Brown, Claire Bauchart tire toutefois bien son épingle du jeu en nous livrant un bouquin bien ficelé et très agréable à lire (pas besoin de sortir les Doliprane, tout est parfaitement et clairement expliqué).

Une intrigue chorale à trois voix (un peu plus en réalité) qui vous fera voyager de l’île des Pins à Paris, en passant par Washington et Singapour. Le fil rouge étant ce fameux manuscrit et son code qui pourrait bien lever le voile sur les circonstances du crime d’Herta Mertil. Mais vous verrez que ce n’est pas le seul fil rouge permettant de lier les époques.

Au niveau des personnages (dans l’ordre antéchronologique) j’ai bien aimé les acteurs de 2019, et tout particulièrement Bérénice. J’ai eu plus de mal avec Hortense (2011) qui, aussi brillante soit-elle, apparait bien souvent comme imbue d’elle-même et prétentieuse. Impossible de ne pas s’attacher à Suzanne (1980), un peu plus de mal au départ avec son fils (Émile) et sa belle-fille (Rachel), mais ils remonteront rapidement dans mon estime.

On se laisse bien volontiers porter par l’intrigue même si, pour ma part, j’ai assez vite compris le secret de Herta Mertil. Pour le reste on se prend au jeu et on échafaude des hypothèses au fil des chapitres.

J’avoue que j’ai été vachement surpris que le terme nyctaginaceae, qui constituerait la clé d’une partie du code ait donné autant de fil à retordre à Hortense et Bérénice (respectivement en 2011 et 2019). Une simple recherche Google suffisait à répondre à la question (c’est la première chose que j’ai faite quand ce mot est apparu dans le bouquin).

Concernant le décryptage des symboles j’avais bien envisagé que chaque figure devait représenter une lettre mais j’avoue très honnêtement ne pas avoir poussé plus loin ma recherche… je ne l’aurai pas fait même en ayant l’intégralité du texte sous le nez, c’est bien trop fastidieux. En revanche Bérénice expose de façon claire et précise la méthode dans son explication.

Une intrigue attachante et captivante que vous aurez bien du mal à lâcher… rassurez-vous le bouquin est relativement court, pas de nuits blanches en perspective !

Au-delà de son intrigue, ce roman est aussi une ode aux femmes et à leurs combats, d’abord pour gagner leurs libertés (de travailler, de se marier, de voter…), puis pour davantage d’égalité, dans tous les domaines. Pour porter son message l’auteure peut compter sur ses personnages féminins qui ont un caractère bien trempé et savent ce qu’elles veulent.

Je ne connaissais pas du tout Claire Bauchart, ce bouquin m’a donné envie de plonger plus avant à la découverte de son univers littéraire, il va falloir que je me penche sur la question afin de voir si certains de ses précédents romans sont susceptibles de m’intéresser.

Un de mes petits plaisirs (sadiques) quand je lis un roman se déroulant en Nouvelle-Calédonie, et à plus forte raison écrit par un(e) auteur(e) qui n’a jamais mis les pieds sur le Caillou, est de dénicher les erreurs qui trahissent cet état de fait. Claire Bauchart n’échappera pas à cette chasse aux intrus, un jeu qui se veut bon enfant, sans la moindre arrière-pensée :
– Point de sable blanc sur la plage de l’Anse Vata, juste du sable lambda (et malheureusement de moins en moins de plage),
– Difficile de flâner en fin d’après-midi dans les allées du marché municipal, il ferme à 13 heures,
– Jamais vu de litchi de la taille d’une balle de tennis… du ping pong à la rigueur.
Comme vous pouvez le constater, il n’y a rien qui soit de nature à perturber le lecteur, c’est même plus anecdotique qu’autre chose.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cai Jun – Comme Hier

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Titre : Comme Hier
Auteur : Cai Jun
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : Chine (2017)
398 pages

De quoi ça cause ?

13 août 1999. Une lycéenne disparaît…
13 août 2012. Une adolescente est retrouvée sans vie dans un parc d’attractions…
13 août 2017. Un professeur d’informatique, son épouse et leur fils de cinq ans meurent dans un incendie…

Trois drames qui ont tous eu lieu dans la rue Nanming. seraient-ils liés les uns aux autres ? L’inspecteur Ye Xiao, chargé de l’enquête sur la dernière affaire, doit répondre à tout prix à cette question.

Très vite, la jeune Sheng Xia vient l’épauler. Cette hackeuse de génie est décidée à venger la mort de l’enseignant avec lequel elle a programmé Comme Hier : une application de réalité virtuelle qui permet à chacun de voyager dans sa mémoire profonde et les souvenirs des autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que son précédent roman publié par XO, La Rivière De L’Oubli m’avait paru prometteur malgré quelques bémols mineurs. J’étais donc curieux de voir si ce nouveau roman tiendrait la route…

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Ah que voilà une chronique qui va me donner du fil à retordre… J’ai eu un mal fou à « entrer » dans ce bouquin et pourtant l’intrigue en elle-même me donnait envie d’en savoir plus.

La lecture fut parfois laborieuse sans que je puisse vraiment m’expliquer le pourquoi du comment du truc.

Je pourrais mentionner le fait d’être passé à côté de nombreuses références à des artistes (auteurs, acteurs…) chinois et à leurs œuvres qui me sont totalement inconnus, mais je ne crois pas, parce qu’en fait je m’en fous royalement.

En revanche j’ai retrouvé le même défaut que dans La Rivière De L’Oubli, Cai Jun a tendance à se répéter et à la longue ça devient saoulant : on a pigé que Sheng Xia a une tumeur au cerveau et qu’elle peut caner à tout moment… pas besoin de nous rebattre les oreilles avec ça à chaque chapitre !

Plus probablement un mix entre réel et virtuel qui a du mal à trouver son point d’équilibre, certains passages virtuels auraient pu être raccourcis afin d’éviter cette désagréable sensation de déjà-vu d’un chapitre à l’autre.

Passons maintenant aux points positifs, qui viennent largement contrebalancer ces bémols. À commencer par l’intrigue qui est globalement bien ficelée, non seulement les personnages vont devoir tirer au clair les meurtres de 2017, mais aussi essayer de comprendre le lien qu’il peut y avoir avec les événements de 1999 et 2012. Une intrigue qui vous réservera son lot de rebondissements et de surprises.

J’ai beaucoup aimé le trio de personnages qui mène la danse. Un inspecteur de police un tantinet désabusé, une jeune hackeuse au caractère bien trempé (et au langage fleuri) et un brillant neurochirurgien qui préfère agir dans l’ombre plutôt que de s’exposer.

Impossible de ne pas mentionner Ouyang Xiaozhi, la Démone disparue en 1999, qui servira de guide à Sheng Xia, la Démone de 2017, dans le monde virtuel de Comme Hier. Une mention spéciale à Sishen, le chien de Sheng Xia qui va prendre activement part à l’intrigue.

Mais le véritable tour de force de Cai Jun et de nous plonger en totale immersion dans la Chine du XXIe siècle ; dépaysement garanti pour les Occidentaux ! Un pays où les traditions perdurent et cohabitent avec l’essor des nouvelles technologies.

Le style de l’auteur est parfaitement adapté au thriller, il ne s’embarrasse pas de fioritures et va à l’essentiel… même si parfois il pourrait faire encore plus concis.

Globalement le ressenti final reste positif, la qualité de l’intrigue, les personnages et le contexte prennent le dessus sur les bémols cités plus hauts… mais ceux-ci n’en restent pas moins désagréables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques Expert – Le Carnet Des Rancunes

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Carnet Des Rancunes
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Depuis des années, Sébastien Desmichelles note soigneusement dans un petit carnet rouge chaque offense, chaque affront, chaque blessure qu’on lui inflige. Il l’appelle son « Carnet des rancunes ».

Aujourd’hui Sébastien fête ses 50 ans, l’heure de la vengeance a sonné. Il ouvre son précieux carnet et prépare minutieusement ses ripostes.

Pour l’homme qui lui a fait le plus de mal, il a prévu un châtiment exemplaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques Expert, si qualitativement ses titres sont inégaux, aucun ne m’a réellement déçu.

Je suis passé à côté de son précédent roman (qui est aussi celui du changement d’éditeur, Calmann-Lévy remplace Sonatine), pas question de rater celui-ci.

Ma Chronique

Je ne sais pas si vous êtes rancunier mais moi oui, beaucoup… du moins c’est ce que je pensais avant de lire le dernier roman de Jacques Expert. Si je n’ai pas le pardon facile, je ne tiens pas non plus un registre dans lequel je répertorie toutes les vacheries que l’on a pu me faire. De même, si je reconnais volontiers que « la vengeance est un plat qui se mange froid », je n’attendrai pas non plus des années pour rendre la monnaie…

Pendant plus de vingt ans Sébastien Desmichelles, le personnage principal du présent roman, a minutieusement rédigé un compte rendu détaillé des coups foireux, arnaques, petits et gros tracas… que les autres lui ont fait subir. Il s’était fait la promesse d’attendre son cinquantième anniversaire pour commencer à se venger. Et ça tombe bien puisque le bouquin s’ouvre alors que le nouveau héros de jacques Expert souffle ses cinquante bougies.

Même si le pitch avait de quoi titiller ma curiosité, j’avoue que je craignais un peu d’assister à une succession de petites et grosses vengeances. Chose qui aurait pu rapidement se révéler lassante, voire indigeste.

Heureusement Jacques Expert évite cet écueil en nous proposant un fil rouge, tout en exécutant ses représailles, Sébastien Desmichelles peaufine sa plus grosse vengeance. Celle-ci vise Yannick Lefèvre, un homme d’affaires à qui tout semble réussir. Une vengeance que Sébastien va faire grimper en intensité sans épargner personne dans la famille de sa « victime ».

Même si ce brave Sébastien donne parfois l’impression de se la jouer Caliméro, on se doute bien que le différend qui l’oppose à Yannick Lefèvre est énorme et lui a causé une douleur infinie. Il faudra se montrer patient, très patient même, pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Le récit suit essentiellement Sébastien dans sa traque vengeresse mais l’auteur s’offre aussi quelques encarts dans lesquels il donne la parole à Yannick Lefèvre. De haut de sa toute-puissance, le gars ne comprend ce qui lui arrive, qui est ce mystérieux inconnu qui prend un malin plaisir à lui pourrir la vie ? Même en prenant fait et cause pour Sébastien, le lecteur finira par douter face à l’incompréhension de Lefèvre.

Le lecteur (sadique par essence) va suivre avec délectation ce machiavélique jeu du chat et de la souris, une traque dans laquelle celui qui a l’habitude de tenir le rôle de prédateur va se retrouver dans la peau d’une proie.

Jacques Expert sait y faire pour nous faire partager les pensées de ses personnages, que l’on vive les événements par les yeux de Sébastien ou par ceux de Yannick, il nous manque toujours le mobile. Et pourtant c’est bien LE détail qui pourrait faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

L’auteur ne laisse rien au hasard, on comprendra en temps et en heure pourquoi il était si important que ce fameux mobile reste caché. Et sur ce coup j’avoue bien volontiers que je n’ai rien vu venir. Bien malin celui ou celle qui découvrira le fin mot de l’histoire avant qu’il ne vous soit dévoilé.

Même s’il ne vous laissera sans doute pas un souvenir impérissable, le bouquin s’avèrera malgré tout un bon page-turner, presque à l’insu de notre plein gré on se retrouve pris au piège, rongé par l’envie de comprendre le pourquoi du comment de cette intrigue. Ne serait-ce que pour ça, j’ai envie de dire que le contrat est rempli.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Didier Fossey – BAC Nuit

AU MENU DU JOUR


Titre : BAC Nuit
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2021
Origine : France
200 pages

De quoi ça cause ?

Paris, la nuit.

Après 31 ans de police parisienne, dont 18 années à la BAC, l’auteur, désormais à la retraite, relate des histoires marquantes qu’il a vécues au cours de sa carrière. Pas de dates, juste des faits écrits à mesure qu’il se les remémorait.

Souvenirs parfois drôles, pathétiques, ou touchants, épicés de poussées d’adrénaline, celle de la peur, la vraie, qui prend aux tripes, au fond d’une cave, d’un parking ou durant une course-poursuite.

Loin des grandes enquêtes policières, vous comprendrez à travers ces récits que l’esprit de ces fonctionnaires – qui n’en portent que le titre – est différent des mauvaises intentions qu’on leur prête trop souvent.

Derrière la tenue, il y a des femmes et des hommes que l’uniforme ou le brassard ne protègent pas des émotions…

Ce livre leur rend hommage.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé les romans de Didier Fossey (surtout la série consacrée à Boris Le Guenn et son équipe). J’étais curieux de découvrir les moments passés sur le terrain en tant qu’officier de la BAC.

Parce que le Flamant Noir se fait rare… et c’est bien dommage (même si je sais que Nathalie est très occupée en ce moment).

Ma Chronique

Avant de prendre la plume, et de nous offrir notamment la série des enquêtes de Boris Le Guenn (5 tomes à ce jour), Didier Fossey a passé 31 ans dans la police, dont 18 au sein de la BAC nuit du 13e arrondissement de Paris.

Dans ce livre il revient sur cette expérience (qu’il qualifie lui-même comme étant ses « plus belles années de police ») en partageant avec nous trente-cinq anecdotes, qui sont autant d’interventions sur le terrain.

L’auteur ne s’attache pas à respecter l’ordre chronologique, d’ailleurs le plus souvent les anecdotes ne sont pas datées. Des expériences partagées qui vous permettront de mieux appréhender ce que peut être le quotidien d’un flic de terrain. Si la plupart des interventions vont plonger les équipes au cœur de l’action – parfois même les confronter à un danger mortel –, certaines seront heureusement plus légères et prêteront même à sourire.

Des expériences qui mettent aussi en avant l’importance de l’esprit d’équipe, sur le terrain chacun doit pouvoir compter sur les autres. De fait bien souvent se sont davantage que des relations de travail qui se nouent entre les co-équipiers, c’est bel et bien une amitié solide qui les unit, pour ne pas dire une fraternité.

C’est aussi l’occasion de découvrir l’envers du décor, celui que l’on ne voit pas au cinéma ou dans les séries TV, les lourdeurs administratives et la paperasse à se coltiner après chaque intervention, les restrictions budgétaires… faut bien reconnaître que ces aspects du métier n’ont pas de quoi faire rêver et sont nettement moins accrocheurs.

Les chapitres (un par intervention) sont courts, l’auteur nous épargne un jargon trop technique et la lourdeur procédurière pour aller à l’essentiel et rendre son récit plus vivant et convivial. On a presque l’impression d’être en train de siroter un apéro avec lui tandis qu’il nous raconte ses histoires.

À une époque où la haine anti-flic prend des proportions inquiétantes, souvent entretenue par de d’auto-proclamées vedettes (dédicace spéciale à la C. Jordana) ou des médias qui se veulent bien-pensants (souvent les mêmes qui en 2015 – après l’attaque contre Charlie Hebdo ou les attentats de Paris –, arboraient fièrement un tee-shirt ou une affiche proclamant « Je suis flic »), ce bouquin serait quasiment d’utilité publique afin de remettre les pendules à l’heure.

Certes il y a des fruits pourris dans la police (comme partout), mais si vous trouvez une mauvaise herbe dans votre jardin vous n’allez pas pour autant le passer au napalm. Il en va de même pour la police, la grande majorité des effectifs sont des gars (et des femmes) qui ne demandent qu’à faire leur devoir ; devoir qui implique de savoir doser prévention et répression. Surtout un devoir qui consiste à vous protéger. Alors avant d’aller manifester, de gueuler des insanités (ou pire) et d’agresser les flics qui vous font face, essayez d’y réfléchir posément.

Je ne cherche pas à tenir un quelconque discours moralisateur, je serai d’ailleurs bien mal placé pour juger au vu des séjours passés en dégrisement et quelques gardes à vue. Je ne défendrai pas non plus la police coûte que coûte (cf. ma chronique de Délivre-Nous Du Mal de Chrystel Duchamp), mais je pense – et j’espère – savoir faire la part des choses.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – 30 Secondes

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Titre : 30 Secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Billy Wake, l’enfant terrible du foot américain, se réveille dans un lit d’hôpital. Il se souvient d’un accident de voiture avant de réaliser que sa fiancée, Tina, a disparu.

Le Dr Borg, neurologue de son état, lui propose de recourir à des séances d’hypnose afin de faire le tri entre ses rêves et ses souvenirs et remonter le fil des événements qui l’ont conduit dans ce lit d’hôpital…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une petite maison d’édition dont le catalogue est un véritable coffre aux trésors.

Parce que c’est Xavier Massé et que ses deux précédents romans m’avaient fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

C’est le troisième roman de Xavier Massé que je lis et aucun ne ressemble aux précédents, tous sont placés sous le signe du thriller et brillent autant par leur intrigue que par leur narration.

30 Secondes ne fait pas exception à la règle, en compagnie de Billy Wake et du Dr Borg, vous allez découvrir, grâce à l’hypnose, les méandres du subconscient. Bien entendu, sous la plume de l’auteur, ça peut aller loin, très loin…

Billy Wake est l’enfant terrible du foot américain, ses résultats sur le terrain font de lui l’étoile montante de la discipline, mais il ne cesse de défrayer la chronique par ses frasques alcoolisées.

Là, tout de suite et maintenant, Billy ne pense pas vraiment à se murger la tronche une énième fois ; il s’est réveillé à l’hôpital visiblement mal en point et partiellement amnésique. Il se souvient d’une finale de foot et d’un accident de voiture alors qu’il était en compagnie de sa fiancée, Tina. Mais le médecin lui apprend qu’il était seul dans la voiture quand les secours sont arrivés… Mais où est donc Tina (et non Ornicar) ? C’est ce que le Dr Borg lui propose de découvrir (et à nous aussi par la même occasion) grâce à des séances d’hypnose.

Au fil des séances, Billy va devoir trouver, au cœur de ses rêves, des indices lui permettant de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis dans son subconscient. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos.

Comme Billy, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises au fur et à mesure que les souvenirs refont surface. Et j’ai envie de dire que ce n’est que le début ! Une fois de plus Xavier Massé fait preuve d’un indéniable talent quand il s’agit de renverser son intrigue.

Au fil de ma lecture j’échafaudais diverses théories – et je finissais même par me convaincre que j’étais sur la bonne voie – mais j’étais loin du compte. Impossible d’imaginer ce que l’esprit tordu de l’auteur nous réserve.

Xavier Massé opte pour des chapitres courts permettant de maintenir le rythme du récit, c’est simple, c’est direct, ça vous prend droit au cœur et aux tripes.

Cerise sur le gâteau, l’auteur laisse planer l’ombre d’un doute sur son final. Je conçois volontiers que ça puisse déstabiliser, voire décevoir, certains lecteurs ; pour ma part j’aime bien qu’on me laisse libre d’opter pour l’une ou l’autre des possibilités.

Au niveau des personnages, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher au personnage de Billy, trop immature, trop égoïste, c’est le profil type de l’aimant à emmerdes. Mais finalement c’est sa détresse qui le rend attachant (ce qui ne nous empêchera pas parfois d’avoir envie de lui coller des claques).

Heureusement qu’il y a Tina pour essayer de la canaliser et de l’empêcher de faire trop de conneries. Mais parfois, entraînée par les événements et la peur, on peut oublier la voix de la raison et agir par instinct. Rarement pour le meilleur, souvent pour le pire…

J’espère que le monde du football américain, tel que le décrit Xavier Massé, est l’œuvre de son imagination. Que le système de paris soit une réalité ne m’étonnerait pas, en revanche j’ai du mal à envisager que le milieu puisse être gangréné par de prétendus syndicats dont les méthodes s’apparentent davantage à des organisations criminelles.

Une fois de plus Taurnada nous offre une pépite qui répond à ce qui pourrait être la devise de la maison d’édition : « court mais intense ! ». Il se lit quasiment d’une traite, mais son intrigue n’en finira pas de vous triturer les méninges, même une fois le bouquin refermé.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – Délivre-Nous Du Mal

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Titre : Délivre-Nous Du Mal
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2022
Origine : France
297 pages

De quoi ça cause ?

Quand Anaïs Malori constate que sa sœur, Esther, a disparu sans la moindre explication, elle contacte son ami Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon. D’abord sceptique, Thomas va pourtant accepter de mener l’enquête en off.

L’enquête va suivre plusieurs pistes mais aucune n’aboutit. jusqu’à ce que le corps d’une jeune femme ne soit retrouvé pendu dans un entrepôt désaffecté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de Chrystel Duchamp, L’Art Du Meurtre, par manque de temps je suis passé à côté du suivant il fallait donc que je rattrape le coup avec ce troisième titre l’auteure.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le roman s’ouvre non pas sur un prologue (trop classique) mais sur trois. Si on perçoit un éventuel lien entre les deux premiers (mais gare à ne pas tirer de conclusions trop hâtives), le troisième vous laissera très certainement perplexe… pas d’inquiétude, tout vient à point à qui sait attendre.

La première partie du roman vous invite à suivre une enquête plus ou moins formelle autour d’une disparition supposée inquiétante (celle d’Esther Malori). Un jeu de pistes relativement classique dans sa construction, si ce n’est que l’enquête piétine, chacune des pistes suivies se heurte à sur une impasse.

La seconde partie apporte une dimension nouvelle à l’intrigue puisque l’enquête va s’orienter sur la piste du tueur en série… Un tueur insaisissable qui mutile ses victimes et laisse derrière lui de macabres mises en scènes. Là encore on reste dans une trame relativement classique de la littérature policière.

Vu comme ça vous pourriez être amené à penser que Chrystel Duchamp se contente du minimum syndical ; monumentale erreur comme dirait l’autre ! La troisième partie du roman redistribue complètement les cartes et offre à l’intrigue une perspective radicalement différente. Le lecteur va progressivement découvrir les dessous d’un projet de grande envergure aussi insensé que machiavélique.

L’auteure maîtrise son intrigue de bout en bout et mène ainsi le lecteur par le bout du nez. Les chapitres courts et un style direct (pas de fioritures inutiles ou de tournures alambiquées) plongent le lecteur au cœur de l’action.

Une intrigue qui est aussi pour Chrystel Duchamp l’occasion de donner un grand coup de projecteur sur les violences faites aux femmes et surtout la façon dont certains dossiers sont traités par la justice (police et tribunal). J’aimerai croire que ça reste des situations exceptionnelles, mais le simple fait que ça puisse exister me fout la haine.

Je ne vais pas non plus stigmatiser les uns ou les autres, mais quand on voit, encore tout récemment, le laxisme de la police à poursuivre l’un des leurs (déjà connu pour violences conjugales) soupçonné d’avoir tué sa compagne… je me dis que la justice n’est pas aveugle mais complice et j’ai honte de cet état de fait.

Thomas Missot porte lui aussi un regard désabusé et aigri sur la situation :

Il avait déjà entendu des homologues masculins manipuler des femmes victimes de leur compagnon : « Cet homme risque d’aller en prison. Êtes-vous certaine de vouloir gâcher sa vie ? C’est quand même le père de vos enfants ! » Ce genre de réflexion désarçonnait parfois la plus déterminée des plaignantes.

Une phrase extraite d’une audition était d’ailleurs devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle rapportait les propos d’un policier au sujet d’une femme agressée sexuellement dans le métro : « Quand on a vos yeux, on marche en baissant le regard pour ne pas attirer celui des hommes. »

La culpabilisation des victimes de viol était une réalité. Ces femmes à qui l’on reproche leurs jupes trop courtes, leurs talons trop hauts, leur poitrine trop généreuse, leurs hanches girondes… Des excuses étaient régulièrement brandies pour excuser un viol et, dans cette démarche de décrédibilisation fumeuse, nombreux étaient les complices : proches suspicieux, flics pourris, système juridique bancal…

L’auteure apporte beaucoup de soins au traitement de ses personnages, cela s’applique aussi bien à leur personnalité qu’à ce qui fait d’eux des êtres humains à part entière (les soucis personnels et ou professionnels).

Ainsi, si Thomas Missot est totalement investi dans son enquête, en père divorcé, il ne peut s’empêcher de s’inquiéter et de culpabiliser au sujet de sa fille… même si celle-ci affirme haut et fort qu’elle va bien. Si son métier a pris le dessus sur son rôle de mari, il n’a pas encore totalement éclipsé celui de père.

Peut-être vous posez vous des questions quant au choix du titre, l’explication viendra en temps et en heure… si je devais vous donner un indice, je vous inviterais, une fois de plus, à ne pas vous fier aux apparences.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Grand Monde

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Grand Monde
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Les fils Pelletier ont quitté la famille et le Liban pour suivre leur propre voie.

Jean est un modeste employé qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut faire de sa vie. Il vit à Paris avec une épouse qui lui mène la vie dure. Pas étonnant qu’avec une telle mégère à la maison, il lui arrive de craquer et de laisser libre cours à ses pulsions.

François aussi est installé à Paris. Pour ses parents il est étudiant à l’école Normale, dans les faits il rêve de se faire une place dans le milieu du journalisme. Et justement, il va se retrouver, par le plus grand des hasards, aux premières loges d’un fait divers à même de défrayer la chronique.

Etienne est parti à Saigon dans l’espoir de retrouver son grand amour. Employé de banque il va découvrir les rouages d’un trafic dont tout le monde s’accommode. Un trafic dont il va lui-même profiter avant de creuser certaines pistes suspectes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre et qu’il n’était pas question de passer à côté de cette nouvelle saga non-historique (l’auteur se défend d’écrire des romans historiques) consacrée aux trente glorieuses (1945-1975).

Ma Chronique

Après la trilogie Les Enfants Du Désastre qui se déroulait sur la période de l’entre-deux guerres, Pierre Lemaitre fait un bond en avant de quelques années pour initier sa nouvelle saga, Les Années Glorieuses. Comme son nom l’indique fort justement, c’est la période des trente glorieuses qui servira de toile de fond à ce nouveau cycle.

On fait table rase des Maillard, Périncourt et consorts (quoique, vous verrez que le bougre – Pierre Lemaitre – nous réserve quelques étonnantes surprises en lien direct avec sa précédente trilogie) pour faire place à la famille Pelletier.

Et niveau surprises le Pierrot est généreux, il n’y va pas avec le dos de la cuillère pour renverser une situation ou lever le voile sur un mystère. Il n’y a rien à redire, vous en aurez pour votre argent et plus d’une fois vous vous retrouverez les yeux comme des soucoupes et la gueule ouverte tant vous serez pris de court.

Les talents de narrateur de Pierre Lemaitre ne sont plus à démontrer, mais j’ai trouvé qu’il s’était surpassé dans ce roman. Que ce soit dans les dialogues, dans le portrait de ses personnages ou dans la déroulé de l’intrigue, rien n’est laissé au hasard. Et forcément le style et la verve font mouche.

Il faut dire qu’avec la famille Pelletier, l’auteur s’offre un terrain de jeu aux possibilités quasiment illimitées, et il ne se prive de l’exploiter à fond et pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Les parents, Louis et Angèle, vivent à Beyrouth où ils ont fait prospérer leur affaire, une savonnerie reconnue dans tout le Liban. À leur grand dam, les enfants ne veulent pas reprendre le flambeau de l’entreprise familiale… il y en a bien un (Jean l’aîné de la fratrie) qui a essayé, mais le moins que l’on puisse dire c’est que ce ne fut pas concluant.

Il faut dire que Jean n’a pas la fibre industrielle… d’ailleurs on se demande – et lui aussi – quelle pourrait bien être sa fibre et de quel avenir il rêve. Jean, plus ou moins affectueusement surnommé Bouboule, à deux mains gauches et autant de force de caractère qu’une huitre au bord d’une autoroute en pleine canicule. Pour couronner le tout, jean doit supporter les sautes d’humeur et les reproches de son épouse acariâtre, Geneviève.

Pour ses parents Philippe suit un cursus à Normale Sup’, dans les faits il se rêve journaliste. Et par un heureux (allez dire ça à la malheureuse victime) hasard, il va se retrouver au cœur d’un fait divers qui pourrait bien lancer sa carrière. Côté cœur, Philippe est plutôt du genre à papillonner et à butiner çà et là.

Etienne part pour Saigon où la guerre d’Indochine fait rage. C’est qu’il a hâte de rejoindre son beau légionnaire, Raymond. Mais sur place point de Raymond, où qu’il s’adresse on lui oppose une omerta angoissante. Embauché à l’Agence des monnaies, Etienne découvre un trafic lucratif connu de tous (ce qui deviendra, quelques années plus tard, l’affaire des piastres) et décide donc d’en profiter tout en poursuivant ses recherches à propos de Raymond.

Hélène, la petite – dix-huit ans, bientôt dix-neuf – dernière est restée à Beyrouth. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle s’emmerde ferme chez les parents et rêve d’indépendance. Elle aussi souhaite couper le cordon et tracer sa voie…

Beyrouth, Paris, Saigon, ce bouquin est une invitation au voyage (en période de pandémie et de restrictions en tout genre – notamment sur les voyages, ça met du baume au cœur). C’est aussi et surtout le portrait d’une famille et d’une époque de désillusions (après la liesse de la Libération, la dure réalité reprend ses droits). Une saga familiale qui se teinte parfois d’un soupçon de roman policier… même si l’enquête en question est menée par un juge qui a dû trouver son diplôme dans une pochette surprise.

Fidèle à ses habitudes, Pierre Lemaitre apporte le même soin à ses personnages secondaires, une impressionnante galerie de portraits aussi disparates les uns des autres qui contribue largement à donner vie à son intrigue.

Un premier tome tout simplement magistral qui donne vraiment envie de découvrir la suite, nul doute que les Pelletier ont encore beaucoup à nous raconter… à moins que l’auteur ne parte sur une autre piste afin de poursuivre le décryptage des trente glorieuses.

Amis lecteurs, amies lectrices, qui avez lu ce fabuleux roman, oserez-vous avouer que vous aussi vous avez tremblé pour ce pauvre Joseph ? C’est le moment où ceux qui n’ont pas lu le bouquin mais se sont coltinés ma chronique se demandent de quoi je cause. Putain, mais c’est qui ce Joseph ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Zygmunt Miloszewski – Inestimable

AU MENU DU JOUR


Titre : Inestimable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Pologne (2020)
496 pages

De quoi ça cause ?

Zofia Lorentz, une éminente historienne de l’art, est contacté par Bogdan Smuga, un scientifique un brin aventurier, afin de retrouver la trace d’artefacts Aïnous – une ancienne peuplade de Sibérie – que son aïeul aurait rapporté en Europe.

Mais ils ne sont pas les seuls à rechercher ces artefacts, leur adversaire est puissant et ne reculera devant rien pour mettre la main dessus.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Zygmunt Miloszewski (au Scrabble son prénom et son nom feraient un carton), disons que net Galley m’aura mis le pied à l’étrier.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est donc le premier roman de Zygmunt Miloszewski que je lis, même si celui-ci fait intervenir des personnages déjà croisés dans Inavouable, il peut parfaitement se lire indépendamment du précédent (sachez toutefois que dans ce cas, de larges pans de l’intrigue vous seront révélés). J’avoue que je n’avais pas fait gaffe au départ, ce n’est qu’une fois ma lecture déjà bien entamée que je m’en suis rendu compte.

L’avantage que j’ai par rapport à des lecteurs qui connaissent l’auteur, c’est que je n’ai aucun élément de comparaison ; c’est donc d’un œil aussi neutre que vierge que j’aborde ce bouquin.

Le moins que l’on puisse c’est que les choses ne s’annoncent pas sous les meilleurs augures pour Zofia Lorentz au début du présent roman. Non seulement son mari, Karol, a des pertes de mémoire que la médecine n’arrive pas à expliquer, l’ultime espoir serait peut-être une clinique privée dans les Pyrénées françaises. Pour couronner le tout, elle se fait licencier de son poste à la direction du Musée National. Autant dire que la proposition qui lui tombe dessus, aussi insensée qu’elle puisse paraître, est une aubaine financière qu’elle ne saurait refuser.

Une quête moins anodine qu’il n’y parait puisqu’au cœur de ces anciens artefacts aïnous, pourrait se cacher la clé de la survie de l’humanité. Pas étonnant que dans de telles circonstances une puissante multinationale veuille mettre la main sur un sésame synonyme d’encore plus de profits et d’encore plus de pouvoirs. Face à eux, Bogdan Smuga, propose une vision plus humaniste, se proposant d’œuvrer pour le bien de tous sans amasser le moindre kopeck… Hmouais, trop beau pour être vrai me direz-vous, et c’est la même réflexion que je me suis faite, il doit sûrement y avoir anguille sous roche (ou murène sous patate dans sa version tropicale).

Je ne vous cacherai que j’ai mis un certain temps à comprendre où voulait nous mener ZM (marre de faire des copier-coller de son nom à l’orthographe improbable). Le bougre prend son temps, avec parfois de longs chapitres, pour poser le décor et ses personnages. C’est une intrigue façon diesel qui se déroule sous nos yeux, heureusement, une fois que la mécanique se met en branle, le rythme s’accélère, le régime monte dans les tours… pour ne plus retomber avant le clap de fin.

Je ne me prononcerai pas sur la faisabilité ou non de l’extraction et de la multiplication des bactéries de la façon décrite dans le roman (je n’ai pas les compétences scientifiques pour confirmer ou infirmer l’idée… et je m’en tamponne le coquillard) même si ça me semble un peu tiré par les cheveux. De toutes façons il faudrait plus qu’une incohérence scientifique pour que je lâche un bouquin, au nom de la fiction on peut se permettre de prendre quelques libertés avec la sacro-sainte vérité scientifique.

Je ne suis pas climato-sceptique et j’ai bien conscience que ce phénomène, associé à une croissance continue de la population mondiale, nous mène droit dans le mur (la fameuse sixième extinction si chère aux collapsologues ?). Par ailleurs, le peu de foi que j’ai dans le genre humain ne m’encourage pas à envisager l’hypothèse d’une soudaine prise de conscience qui inverserait la tendance. Pour autant, je ne peux pas cautionner une solution telle que celle envisagée dans le roman ; non seulement ça me parait humainement inacceptable, mais ça rappelle un peu trop les heures les plus sombres de l’histoire (et puis Thanos a essayé… ça ne lui a porté bonheur).

Je n’ai pas perdu les pédales, répliqua-t-elle pourtant. Et toi, tu ferais mieux de lire La Servante écarlate, sale crétin, tu verrais à quoi mène ce genre d’idées. Au lieu d’une lutte pour l’eau potable, on aura une lutte pour les femmes fertiles, des viols et une brutalité dont tu n’as pas idée. Et après, regarde Jurassic Park encore une fois et entends à nouveau que « life, uh, finds a way ». Ta bactérie va muter ou on va trouver un antibiotique, les gens vont continuer à se multiplier, mais dans une civilisation basée sur le viol et les violences faites aux femmes. Encore un putain de génie qui veut sauver l’humanité en nous glissant la main dans la culotte.

Finalement, après un début un peu poussif, j’ai trouvé que l’auteur menait rondement son affaire avec son lot de rebondissements et revirements de situation. Une intrigue qui ne mise pas tout sur l’action (parfois un peu too much), les nombreuses thématiques abordées pousseront le lecteur à se poser des questions (et pourquoi pas, à se remettre en question). Les personnages sont bien travaillés y compris les personnages secondaires, qui deviennent même parfois plus attachants que les principaux (mention spéciale à Martin Meller, un navigateur solitaire qui ne devrait laisser personne indifférent).

Une belle découverte qui va me pousser à garder un œil sur les futurs romans de Zygmunt Miloszewski. Et les précédents vous demandez-vous peut-être – je ne vous en vous en tiendrais pas rigueur si vous vous en foutiez comme de l’an Mil. Le cœur me pousse à espérer leur trouver une place dans un futur pas trop lointain, mais la raison me souffle, avec un ricanement sarcastique, d’arrêter de rêver !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Bocquet & Anlor – Ladies With Guns

AU MENU DU JOUR


Titre : Ladies With Guns
Scénario : Olivier Bocquet
Dessin : Anlor
Éditeur : Dargaud
Parution : 2022
Origine : France
64 pages

De quoi ça cause ?

L’Ouest sauvage n’est pas tendre avec les femmes… Une esclave en fuite, une indienne isolée de sa tribu massacrée, une veuve bourgeoise, une fille de joie et une irlandaise d’une soixantaine d’années réunies par la force des choses. Des hommes qui veulent les maintenir en cage. Des femmes qui décident d’en découdre, et ça va faire mal.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma demande.

Ladies With Guns décline le western au féminin, un western à la sauce Tarantino dans lequel les femmes tiennent la dragée haute aux hommes. Il faut dire que ces messieurs n’ont pas vraiment le bon rôle dans cette histoire imaginée par Olivier Bocquet et mise en images par Anlor.

Vont donc devoir, un peu par la force des choses, faire équipe : une jeune esclave en fuite, une Britannique rescapée d’une attaque d’indiens, une indienne loin des siens, une institutrice à la retraite au caractère bien trempée, et une pute de luxe qui s’est carapatée… dans le genre équipe improbable, au fin fond de l’Ouest sauvage, on pouvait difficilement imaginer un assortiment plus décalé.

Le trait est fin et la mise en couleur plutôt judicieuse, ce qui permet des cases riches en détails mais aussi et surtout une excellente restitution des expressions des personnages.

L’intrigue est un condensé d’action (ça bastonne, ça flingue, ça saigne et ça meurt) qui laisse toutefois la part belle à l’humour… même dans les situations les plus dramatiques.

Clairement une lecture faite pour se faire plaisir, bien ficelée sans non plus trop se prendre au sérieux. Le pari du divertissement est remporté haut la main.

Un bémol toutefois, c’est court, très court même… et ce malgré un format proche des classiques français. Mais ce n’est que le premier tome d’une série, le contexte étant désormais posé, on va voir comment nos cinq nanas font s’adapter à leur nouvelle situation.

— Elles ont tué combien de personnes ?
— J’ai perdu le compte, pourtant les comptes ça me connaît. Ce que je sais… c’est qu’elles ont fait un massacre.
— Et elles n’étaient même pas armées.
— Eh ben ! J’ose pas imaginer ce qu’elles feraient si elles avaient des armes…

MON VERDICT