Après François Troudic et ses Harengs De Ploucamor, je reste dans la nouvelle policière mais dans un registre plus « brut de décoffrage » puisque je jetterai mon dévolu sur Post Mortem de Karine Giebel. Disponible seule en version numérique, elle a été publié chez Pocket sous le titre Maîtres Du Jeu, avec J’Aime Votre Peur (déjà publiée dans le recueil L’Empreinte Sanglante) en première partie.
Morgane Agostini, une actrice très en vogue, hérite d’un inconnu une maison en Ardèche, au grand dam du frère du défunt qui ne cache pas sa colère. A la demande du défunt, Morgane et son mari se rendent sur les lieux. Sur place leur hôte leur a préparé un jeu de piste post mortem…
Il est rare que je chronique des nouvelles, difficile en effet de pondre un post conséquent sur un texte de quelques pages, aussi réussi soit-il. En l’occurrence il n’y a rien à redire, Karine Giebel réussi à vous entrainer dans un intrigue bourrée de rebondissements qui mise d’avantage sur son ambiance et les tensions psychologiques que sur l’action pure et dure. Jusqu’aux dernières lignes on est bluffé par le nombre de retournements de situation présents en si peu de pages. De même les personnages ont une réelle profondeur, aucun n’est tout blanc ou tout noir, un peu comme dans la vraie vie en fait.
Cette courte mais intense (et oui encore) histoire de vengeance(s) constitue une excellente mise en bouche en attendant le prochain roman de Karine Giebel ; sans doute pas pour toute suite vu que l’excellent Purgatoire Des Innocents est paru en mai 2013. Laissons lui le temps de nous mitonner un thriller aux petits oignons.
Bon je vous quitte pour aujourd’hui sur cette courte chronique, pleure pas mon petit Franckie, je te jure que c’est toi le prochain sur ma liste…
Étiquette : Thriller
[BOUQUINS] Harlan Coben – Six Ans Déjà
J’étais resté sur une impression mitigée après la lecture de Ne T’Eloigne Pas de Harlan Coben, pour quelqu’un considéré comme l’un des grands noms du polar c’est pas franchement top comme première opinion. Du coup je n’ai pas hésité à me jeter sur son dernier roman, Six Ans Déjà, proposé, une fois de plus, en avant première par France Loisirs.
Il y a six ans Jake a assisté au mariage de Natalie, la femme de sa vie… avec un autre homme ! Quand il tombe sur l’avis de décès du mari il décide de se rendre à l’enterrement afin de lui présenter ses condoléances. Non seulement Natalie n’est pas aux funérailles mais le défunt était marié à une autre femme depuis plus de dix ans. Alors qu’il se lance à la recherche de Natalie, Jake va aller de surprise en surprise…
Je suis mal placé pour dire si ce bouquin se situe plutôt dans la borne haute des titres de Harlan Coben mais une chose est sure, il est nettement plus addictif que Ne T’Eloigne Pas. On est directement happé par l’intrigue et du coup on ne lâche le bouquin qu’à regret, avec une seule hâte, s’y replonger le plus rapidement possible. Franchement si j’avais commencé ce bouquin un jour où je ne bossais pas je crois bien que je l’aurai lu d’une traite.
Le récit, écrit à la première personne, nous fait vivre l’intrigue à travers le personnage de Jake et son enquête limite obsessionnelle pour retrouver la femme qu’il aime. Son parcours ne va pas être de tout repos et lui réservera bien des surprises (pas toujours agréables soit dit en passant… sinon ça serait pas marrant). L’auteur ne s’attarde pas éternellement sur les personnages, juste ce qu’il faut pour leur donner suffisamment de profondeur et de présence, du coup ça tend à renforcer l’impression d’urgence de cette course contre la montre ; on va à l’essentiel à un rythme imposé, pas question de flâner. Quant à l’intrigue pour ma part je n’ai rien vu venir, ce qui est d’autant plus jouissif, c’est tordu à souhait sans être tiré par les cheveux ou inutilement complexe à suivre.
Inutile de préciser que l’écriture et le style sont parfaitement maîtrisés, le gars n’en est pas vraiment à son coup d’essai (c’est là son vingt-quatrième roman). Cette fois c’est une certitude je vais continuer à explorer l’univers littéraire de Harlan Coben, je ne sais pas encore si je vais poursuivre dans les romans isolés ou attaquer sa série Bolitar mais attendez vous à le retrouver tôt ou tard dans le coin.
Je ne dois pas être le seul à avoir apprécié puisque d’ores et déjà un projet d’adaptation au cinéma est en cours, pour le moment la seule chose qui soit à peu prés certaine est que Hugh Jackman interprétera le rôle de Jake. A ma connaissance, après Ne Le Dis A Personne c’est seulement le second roman de l’auteur à être porté à l’écran.
[BOUQUINS] Sébastien Teissier – X
Au programme de cette chronique un thriller disponible uniquement en numérique, son auteur, Sébastien Teissier ne trouvant pas d’éditeur a opté sur l’auto-édition et le bouche à oreilles pour promouvoir son premier roman, X.
Lucas Moriani, expert de la police scientifique de Paris, se rend sur une scène de crime suite à un appel du Central. Sur place le visage de l’accusé lui dit vaguement quelque chose mais surtout tout semble l’accuser. Il nettoie la scène de crime, planque le corps et décide de découvrir qui se cache derrière cette mise en scène macabre. Plus son enquête avance, plus les faits l’accablent…
Une intrigue rondement menée du début à la fin, même si l’on devine certains éléments avant qu’ils ne soient révélés l’auteur parvient à nous tenir en haleine du début à la fin, sans aucun temps mort. C’est court (moins de 200 pages) mais intense, je l’ai dévoré en quelques heures.
Trois personnages se disputent le haut de l’affiche. Lucas Moriani, le gentil qui se retrouve embringué dans une histoire qui le dépasse totalement. Félix Vizzini, inspecteur de la Crim’ surdoué à la logique implacable. Joakim Montéro, psychiatre et ami de Félix, le cas Moriani va présenter pour lui un véritable challenge. Mais qui est donc X alors ? Si vous voulez le savoir lisez ce bouquin, vous ne le regretterez pas !
Je n’en dirai pas plus afin de laisser intact le plaisir de la découverte…
Pour vous le procurer vous pouvez passer soit via le site officiel, soit via Amazon ; pour 3 € vous aurez un excellent rapport qualité prix. Dans tous les cas n’hésitez pas à faire un détour par le site officiel afin de laisser vos impressions à l’auteur ; si ça peut l’aider à trouver un éditeur autant faire un petit geste pour lui (ça ne coûte rien, ça prend quelques minutes de votre temps mais ça peut lui rapporter gros… et il le mérite).
En fin de roman l’auteur annonce qu’il prépare une « suite » (Les Enfants De Prométhée), je suis curieux de savoir ce qu’il nous réserve et j’ai hâte de l’avoir entre les mains. J’espère toutefois que, même s’il a trouvé un éditeur entre temps (ce que je lui souhaite sincèrement), l’auteur continuera de privilégier le numérique…
Quelques bémols (mineurs) toutefois (parce que je suis maniaque).
– Les quelques fautes d’orthographes rencontrées au cours de la lecture ne sont pas du tout pénalisantes ; il est vrai que, s’agissant d’un roman auto-édité, je suis naturellement enclin à plus d’indulgence. L’auteur ne dispose pas de la même logistique qu’une maison d’édition, et franchement le résultat pourrait faire rougir certains numériques commerciaux.
– J’ai plus été « dérangé » par les erreurs typographiques : espaces oubliés avant les signes de ponctuation composés (? ; : !) ou entre les guillemets (non typographiques soit dit en passant) ; mais là encore ça agace plus ma maniaquerie que la lecture à proprement parler. Je persiste à dire que pour pour un premier roman, auto-édité qui plus est, le résultat est plus qu’honorable.
– Un fichier de sortie epub alourdit par de nombreuses balises <span> inutiles (cf exemple ci-dessous). le fichier « original » faisait 605 Ko, la version light en fait 288.
Exemple de code « lourd » :
Le premier cadre correspond au résultat, le second au code « original » et le dernier au code allégé (pour un résultat identique cela va de soi)

[BOUQUINS] Penny Hancock – Désordre
Ca faisait longtemps (tout est relatif) que je ne m’étais pas offert un bouquin issu du catalogue des éditions Sonatine, généralement je suis assuré d’avoir un bon, voire un excellent, thriller quand je pioche dans leur collection. Tant qu’à faire autant se pencher sur les nouveaux auteurs, même si je risque fort de l’ajouter à la liste des écrivains à suivre à la fin de ma lecture, L’heureuse élue a donc été Penny Hancock avec son premier roman, Désordre.
Sonia habite une somptueuse villa sur les rives de la Tamise, mais entre son mari en perpétuel voyage d’affaire et sa fille, partie à la fac, elle se sent désespèrément seule. Aussi lorsque Jez, 15 ans, de passage chez sa tante et amie de Sonia, Helen, frappe à sa porte pour lui emprunter un CD, Sonia le fait boire jusqu’au KO technique, puis le séquestre. Après deux nuits sans nouvelle la police prend enfin au sérieux les inquiétudes d’Helen et son de mari…
Une trame qui n’est pas sans rappeler Misery de Stephen King (en plus soft quand même) mais le ressemblance s’arrête là. Le bouquin est écrit à « deux voix », à la première personne quand il se concentre sur Sonia et à la troisième personne quand il bascule chez Helen. Bien entendu ce sont les chapitres consacrés à Sonia qui sont les plus nombreux, on assiste à une montée en puissance de son délire tandis que le passé et le présent fusionnent dans son esprit, la dimension psychologique est donc une composante essentielle de ce thriller. L’auteure maîtrise son intrigue de A à Z, elle distille la tension et l’angoisse au compte goutte, ça monte lentement mais inéluctablement avec très peu de violence physique. Plus la situation s’enfonce vers un point de non retour plus on s’impatiente de connaître le dénouement, tout ce que je peux vous dire c’est que ce bouquin vous réserve bien des surprises.
Les personnages sont travaillés et parfaitement crédibles. On plonge dans l’esprit embrouillé de Sonia qui est encore hantée par des événements passés tragiques et qui voit en Jez une possible « seconde chance » ; indéniablement givrée mais on ne parvient toutefois pas à la haïr ou à la mépriser, c’est encore un tour de force réussi par l’auteure. La seconde femme de l’intrigue, Helen, est sans doute un peu plus stable sur le plan psychologique mais elle traverse une phase de remise en question et de doute, du coup son comportement apparaît souvent déplacé. Enfin le troisième acteur incontournable du roman est la Tamise, omniprésente, elle joue un rôle capital dans l’intrigue ; on en viendrait presque à considérer le fleuve comme une entité à part entière.
Bref, une fois encore Sonatine nous fait découvrir un thriller très haut de gamme et une auteure britanique à suivre de près ; son second roman devrait sortir prochainement au Royaume Uni, nul doute que l’éditeur nous proposera une version française.
[BOUQUINS] Karin Slaughter – Broken
A défaut d’avoir trouvé le temps de me plonger dans les « anciens » titres de Karin Slaughter je poursuis mon exploration de son univers avec son nouveau roman, Broken, qui réunit, pour la seconde fois, les personnages de Sara Linton et Will Trent.
Sara Linton revient à Grant County pour passer thanksgiving en famille mais elle est rapidement contactée par le chef de la police qui l’informe qu’un prisonnier, inculpé pour le meurtre d’une adolescente, veut lui parler. Quand elle arrive au commissariat, l’homme, un ancien patient de Sara, attardé léger, s’est suicidé. Il a eu le temps d’écrire « Pas moi » avec son sang sur le mur de sa cellule. En lisant le compte rendu d’interrogatoire Sara est convaincue que la police a bâclé son enquête, elle fait alors appel à Will Trent du GBI…
Heureusement pour les gens qui, comme moi, n’ont pas encore lu la série Grant County, les faits relatifs à la mort de Jeffrey Tolliver (le mari de Sara) sont repris ici. On se doute bien que le retour de Sara ne va pas se faire sans heurts, surtout quand elle va découvrir que Lena Adams, qu’elle considère comme en partie responsable de la mort de son mari, est à l’origine de cette enquête bouclée à la va-vite. De même on peut supposer que la police locale, qui ne semble pas franchement du genre irréprochable, ne va pas apprécier qu’un agent fédéral vienne piétiner leur plates bandes… Pour nous lecteur le climat s’annonce propice à un thriller tendu à souhait. Et en effet on est servi en matière de tension, trois jours durant Sara et Will vont tout mettre en oeuvre pour faire éclater la vérité au grand jour, loin de les décourager l’hostilité de la police locale ne fera que les motiver d’avantage.
Au niveau des personnages on voit évoluer la relation entre Sara et Will, vers d’avantage de complicité (et peut être d’avantage). Par contre Sara manque totalement d’objectivité quand il est question de Lena Adams, ça frôle la mauvaise foi par moments. Les deux autres personnages impliqués sont justement Lena Adams et Frank Wallace, le chef de la police, difficile d’éprouver la moindre sympathie envers ces deux oiseaux.
L’intrigue est double et complémentaire, d’une part découvrir la vérité sur les circonstances de l’arrestation et de la mort de Tommy Braham, d’autre part démasquer le tueur. A ce titre attendez vous à quelques surprises de taille mais je ne vous en dirai pas plus par crainte de dévoiler des indices. Pas forcément un thriller 100% adrénaline mais suffisamment addictif pour que l’on ait aucune envie de le lâcher avant de connaître la vérité.
Je ne désespère pas d’inclure au programme de mes prochaines lectures les précédents titres de l’auteure, le truc c’est d’envisager une échéance raisonnable. Pour être totalement honnête il est plus que probable que je lise les suivants (il y a encore trois titres après Broken, non encore traduits en français) avant de revenir à Grant County…
[BOUQUINS] Frédéric Mars – Le Manuel Du Serial Killer
Son précédent thriller, Non-Stop, m’ayant fait forte impression il me tardait de lire le nouveau roman de Frédéric Mars, Le Manuel Du Serial Killer. Rien que le titre ça me met l’eau à la bouche, voyons maintenant si le ramage se rapporte au plumage…
Thomas Harris, brillant étudiant en littérature à Harvard mais complexé par un oeil aveugle, se voit confier la chronique judiciaire du journal interne tandis qu’un tueur en série semble prendre pour cible les enfants de Boston. Entre les autopsies et les scènes de crime le jeune homme se rend vite compte qu’il n’est pas fait pour ça, du coup ; il se voit donc affecté à une maison d’édition spécialisée dans la littérature policière. Là il est chargé de faire un premier tri parmi les manuscrits que l’éditeur reçoit afin d’isoler ceux susceptibles d’être publiés. C’est alors qu’il tombe sur un manuscrit qui le trouble au plus haut point : Le Manuel Du Serial Killer ; un contenu malsain qui semble faire référence aux meurtres actuels…
Au vu du titre du bouquin on est ne droit de se demander si on aura le droit à mode d’emploi façon Serial killer pour les nuls ? Vous n’avez qu’à lire le bouquin si votre curiosité s’est soudain mise en éveil ; franchement il mérite le détour. Encore une histoire de tueur en série mais cette fois dénuée de tout aspect fantastique et abordée d’une façon totalement originale (si si c’est encore possible).
Vous ne suivrez pas un profiler de génie lancé sur les traces d’un redoutable tueur en série, ni ne plongerez dans l’esprit tourmenté d’un serial killer (quoi que ? Allez savoir…). Dès la première phrase de l’intro on plongé dans le grand bassin : « Dans deux ou trois heures tout au plus, ce garçon sera mort. » ; tout au long du roman l’auteur joue avec nos certitudes et nos doutes : coupable ou non coupable ? Si coupable, schizophrène ou parfait comédien ? Si non coupable, pourquoi une telle machination et qui est aux commandes ? Et autant vous l’annoncer de suite il le fait à merveille, bien malin celui ou celle qui devinera la fin avant de l’avoir lue (on devine certains aspects mais je peux vous assurer que dans l’ensemble vous n’aurez pas fini de vous triturer les méninges). Toutefois le plus important n’est pas la fin en soi mais le cheminement pour y parvenir, par moment on aurait pu craindre un raccourci casse-gueule mais Frédéric Marc nous offre un sans faute tout bonnement époustouflant et je suis convaincu que la fin vous laissera sur le cul.
L’essentiel de l’intrigue se joue entre le 24 octobre et le 1er novembre, huit jours particulièrement chargés pour Thomas Harris et Sophie Harris, son binôme sur le projet de rubrique judiciaire et meilleure (seule) alliée actuellement, homonyme mais sans lien de parenté. Ces deux personnages se complètent à merveille lors de leur enquête afin de trouver et comprendre la vérité.
Le bouquin se découpe en trois parties (portant les mêmes titres que le Manuel), à la fin de certains chapitres on trouve des compte rendus des séances de psychothérapie du Dr Adamson, qui suit Tom depuis son entrée à Harvard, ou encore des extraits du Manuel ; loin d’être purement décoratifs ces addendas permettent de lier ensemble certaines piéces du puzzle.
Dès que j’ai lu le nom du héros, Thomas Harris, homonyme du « père » d’un des serial killers littéraires les plus marquants (Hannibal Lecter du Silence Des Agneaux) je me suis demandé ce choix était un hasard ou un hommage ; je penchais pour la seconde option au vu des quelques références à Hannibal Lecter dans le récit, j’en ai eu confirmation par la suite.
Je reste intimement convaincu que si un tel manuel devait un jour être publié il connaîtrait un succès phénoménal, pas forcément en vue d’un prochain passage à l’acte mais par une curiosité morbide propre à l’être humain lambda, la même que celle qui pousse le quidam à s’arrêter après un accident dans l’espoir de voir la ou les victimes… Pour ma part je serai plutôt tenté de m’attaquer aux différents essais sur les tueurs en série écrits par Stéphane Bourgouin (le spécialiste incontesté sur le sujet en France) qui trainent depuis des lustres dans les méandres de ma bibliothèque numérique.
Visiblement l’éditeur (Black Moon du groupe Hachette) n’est vraiment au point quand il s’agit de produire des bouquins au format numérique, comme pour Non-Stop on retrouve trop d’images inutiles qui alourdissent le fichier final (4,9 Mo pour un bouquin n’ayant quasiment aucune véritable illustration c’est de la folie). Un peu de bricolage maison via Sigil et toutes les images pouvant être substituées par du texte (dont les extraits du fameux Manuel) ont l’ont été avant d’être virées de l’archive ; c’est certes un peu fastidieux mais au final le fichier ne pèse plus que 513 Ko, votre liseuse appréciera cette cure de minceur.
[BOUQUINS] Dan Wells – Nobody
Et une trilogie de plus bouclée avec ce troisième et dernier volet de la chasse aux démons façon John Cleaver, je me suis en effet rué sur Nobody de Dan Wells dès que je l’ai aperçu. Le tome précédent, Mr Monster, se terminait sur un cliffhanger prometteur j’avais donc hâte de découvrir la suite…
John W. Cleaver, plus que jamais convaincu d’être un potentiel tueur en série, se prépare à la confrontation avec Nobody, la démone qu’il a provoqué. Quand l’Homme de Main, un tueur en série, commence à sévir à Clayton le jeune chasseur de démon pense qu’il doit s’agir de Nobody ; reste à savoir qui trouvera l’autre en premier et pour John à éviter, autant que faire se peut, que les victimes ne se multiplient…
L’auteur continue de jouer habilement avec le mélange des genres : fantastique, thriller et humour (noir mais pas que). Le décor étant déjà planté on entre directement dans le vif du sujet, avec une chasse au démon pleine de surprises, de fausses pistes, et de rebondissements. Mais surtout on découvre un John Cleaver qui essaye de se sociabiliser aux côtés de Marci bien qu’il soit toujours incapable de mettre des mots sur ses sentiments pour elle. Un John tiraillé justement entre Marci et Brooke. Cette nouvelle dimension, plus empathique, du personnage, apporte un souffle de nouveauté à l’ensemble.
Plus encore que dans les deux précédents romans John se trouve personnellement impliqué dans son face à face démoniaque, à ce titre les derniers chapitres sont de loin les plus intense de la trilogie, John se trouve face à un dilemme auquel personne n’aimerait être confronté. Et nous heureux lecteurs restons suspendus au page, blindés d’adrénaline ! Alors happy end or not ? Puis quoi encore ! Si vous voulez le savoir il va falloir que vous lisiez le bouquin, et tant qu’à faire profitez-en pour lire la trilogie complète. Tout ce que je peux vous dire c’est que cette fin, heureuse ou non, est grandiose, un bouquet final totalement réussi.
Cet ultime opus est de loin le plus sombre des trois, mais aussi le plus intense au niveau de la charge émotionnelle (bin oui j’ai été à deux doigts de verser une petite larmiche). Franchement je ne peux que vous recommander cette trilogie aussi originale que riche. Les personnages, les situations, les dialogues, tout est parfaitement maîtrisé ; mine de rien l’auteur a dû sacrément se documenter sur les serial killers, ses réflexions sur le sujet ne semblent pas dénuées de bon sens.
Et maintenant Monsieur Wells ? Les deux premiers volumes d’une nouvelle trilogie ainsi qu’un roman « one-shot » sont d’ores et déjà sortis aux Etats-Unis, il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour qu’un éditeur se rue dessus et nous les propose bientôt en français (la trilogie en question, Partials, semble jouer à fond la carte du fantastique post-apocalyptique donc je ne suis pas certain que les Editions Sonatine soient intéressées).
[BOUQUINS] Dan Brown – Inferno
N’en déplaise à mes « amis », les intégristes culturels de tout poil et les traqueurs de Grande littérature, depuis le Da Vinci Code la sortie d’un roman de Dan Brown, et plus encore quand celui-ci met en scène le Professeur Langdon, est un événement attendu par de nombreux inconditionnels. N’ayant aucune honte à faire partie du lot je me suis tout naturellement précipité sur son dernier opus, Inferno.
Robert Langdon se réveille dans un hôpital à Florence, blessé à la tête il a tout oublier des 48 dernières heures, et notamment des raisons qui l’ont amenés à se rendre en Italie. A peine a-t-il le temps de réaliser qu’une femme tente de l’abattre, aidé par le docteur Sienna Brooks il parvient à échapper à la tueuse. Rapidement les deux compagnons d’infortune vont réaliser qu’ils sont traqués par un ennemi puissant qui semble prêt à tout pour récupérer un artefact que possède Langdon bien qu’il ignore ce à quoi peut servir cet objet…
Dan Brown reste fidèle à lui même et use les mêmes recettes éprouvées lors des trois précédentes aventures de Robert Langdon. Une intrigue riche en rebondissements sur fond d’énigmes artistiques et ou historiques avec son lot de personnages secondaires attachants et ou intrigants ; dommage toutefois que parfois (surtout au début, le temps que les choses se mettent en place) le rythme soit un peu cassé par une surabondances de détails, d’accord ça ancre l’histoire dans la réalité mais ça fait aussi un peu Guide Du Routard en version romancée. Un peu de mal à entrer dans l’histoire donc (peut être aussi du fait que j’avais priorisé mes autres lectures) mais une fois que ça se décante on se laisse balader à un rythme soutenu, de surprise en surprise, jusqu’au clap de fin.
Ce que j’apprécie tout particulièrement avec Dan Brown c’est le côté interactif de ses titres, ma curiosité me pousse à vérifier les petits détails de chaque oeuvre ou monument qu’il intègre à son intrigue (toujours aussi richement documentée) ; cette fois c’est l’univers de Dante qui est au coeur de l’histoire et tout particulièrement La Divine Comédie (le titre fait référence à L’Enfer, la première partie de l’ouvrage) ; sans surprise la majeure partie du bouquin se passe donc à Florence (la ville chérie de l’auteur mais d’où il a été banni).
De même au coeur de l’intrigue l’auteur nous invite à réfléchir aux conséquences de la surpopulation à plus ou moins long terme (épuisement des ressources, vieillissement des populations, espaces habitables limités…) ; entre malthusianisme (limitation de la surpopulation par un contrôle des naissances) et transhumanisme (la science et la technologie utilisées pour « améliorer » l’être humain) en passant par des options moins extrêmes, les pistes ne manquent pas. Grosso modo on peut résumer la situation par la question, à la fois simple et complexe, que pose Sienna à Robert : « Tueriez-vous la moitié de la population pour empêcher l’extinction de notre espèce ? » ; question que Langdon élude.
L’auteur affirme que ce fameux, puissant et intriguant (rayez les mentions inutiles) Consortium, dont il a « changé le nom pour des raisons de sécurité » existe bel et bien et serait effectivement une organisation multinationale visant à assouvir les lubies de ses puissants clients. Je ne me prononcerai pas sur la question mais d’une part je n’ai aucune raison de mettre en doute la parole de l’auteur et d’autre part, si cela devait être avéré, ça ne me surprendrait pas outre mesure (ce qui ne signifie pas que j’approuverai).
[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Nous Etions Les Hommes
De Gilles Legardinier je ne connais que ses excellents titres humoristiques (Demain J’Arrête et Complétement Cramé) mais avant ça ce brave homme s’est frotté au thriller, il me tardait donc de découvrir cette autre facette de son univers littéraire, Nous Etions Les Hommes, son dernier titre du genre (publié en 2011) m’a semblé un bon moyen de plonger vers la « face obscure » de l’auteur.
En travaillant ensemble sur la maladie d’Alzheimer Scott Kinross, neurologue, et Jenni Cooper, généticienne, découvrent que ce mal tendrait à se propager sous une forme nouvelle particulièrement violente, de manière exponentielle et frappant toutes les tranches d’âge. Si la tendance se confirme c’est l’humanité toute entière qui pourrait bien être menacée d’extinction. Si leurs recherches d’une solution éveillent certains intérêts louables d’autres voient d’un mauvais oeil une éventuelle avancée scientifique susceptible d’aller contre leurs intérêts, ils ne reculeront devant rien pour faire en sorte que les travaux de Kinross et Cooper n’aboutissent pas…
L’auteur sait faire monter la pression crescendo, l’intrigue commence doucement, on en arrive même à se demander si on tient vraiment un thriller entre les mains, mais peu à peu le doute n’est plus permis, non seulement c’est un thriller mais en plus il est diablement efficace et rondement mené (la dernière partie mettra vos nerfs à rude épreuve). Outre l’intrigue principale qui suit le périple, plein de surprises, de Kinross et Cooper on trouve d’autres intervenants dont on ne comprend pas tout de suite ni leur rôle, ni leur implication, mais une fois encore Gilles Legardinier régit son petit monde en véritable chef d’orchestre, tout s’imbrique parfaitement en temps et en heure.
En plus d’une intrigue captivante le roman repose aussi sur des personnages bien travaillés, bien entendu ceux de Kinross et Cooper occupent le centre de la scène et de fait bénéficient d’un soin particulier mais les autres ne sont pas pour autant laissés pour compte ; pour ma part j’ai particulièrement apprécié David Hold, tout au long du récit il émane de lui un subtil mélange de froideur et de chaleur, sans parler d’une bonne dose de mystère.
N’étant pas un spécialiste en matière de maladies neurodégénératives en général et d’Alzheimer en particulier , je ne me prononcerai quant aux aspects techniques abordés dans le bouquin, dans ses remerciements l’auteur indique que beaucoup d’éléments abordés sont vrais (sources à l’appui), je n’ai aucune raison de mettre sa parole en doute ; par contre je me rassure en me disant que la forme aigüe développée dans le roman est une fiction (ou une base réelle largement amplifiée pour les besoins du récit). Il n’en reste que par son approche humaine de la maladie l’auteur donne encore plus de profondeur à son récit déjà bien dense.
Il me semble avoir lu que le prochain titre de l’auteur restera dans le registre de l’humour et je m’en réjouis car c’est un domaine dans lequel il excelle, toutefois si un jour il compte renouer avec le thriller je le suivrai avec le même plaisir (en attendant je pourrai toujours me « rabattre » sur L’Exil Des Anges, publié en 2009 et qui figure dans mon Stock à Lire).
[BRD] Jack Reacher
Notre seconde pause cinéma du weekend sera placée sous le signe du polar musclé puisque c’est Jack Reacher de Christopher McQuarrie qui sera chargé de nous divertir.
Six coups de feu, cinq victimes apparemment sans aucun lien entre elles et un suspect que tout accuse arrêté par le lieutenant Emerson (David Oyelowo). L’homme ne desserre pas les lèvres mais note simplement la phrase « Trouvez Jack Reacher ». Alors que le policier et le procureur Alex Rodin (Richard Jenkins) essayent de comprendre ledit Jack Reacher (Tom Cruise) se présente devant eux. Bien que convaincu de la culpabilité du suspect il va, à la demande de son avocate, Helen Rodin (Rosamund Pike), la fille du procureur, accepter de fouiller au-delà des apparences…
A la base Jack Reacher est un personnage récurrent de Lee Child, l’auteur (et les fans des romans) ont été surpris par le choix de Tom Cruise pour l’incarner à l’écran, en effet Reacher est un solide gaillard de près de 2 mètres alors que Tom Cruise plafonne tout juste à 1,70 mètre ; mais au final Lee Child a été bluffé par la performance de l’acteur en déclarant : « Avec un autre acteur, vous aurez peut-être 100% de la taille mais 90% de Jack Reacher, avec Tom, vous aurez 100% de Jack Reacher avec 90% de la taille ». Et en effet on peut dire qu’il incarne à la perfection ce personnage taciturne et brut de décoffrage, quand on lui confie un os à ronger il ne lâche pas l’affaire avant d’en connaître les tenants et les aboutissants avec une absolue certitude.
Le nom de Christopher McQuarrie ne vous dit sans doute pas grand chose en tant que réalisateur, et pour cause c’est son second film et le premier, The Way Of The Gun, date de 2000 ; il est par contre bien plus actif comme scénariste. Mais force est de reconnaître qu’il signe là un polar efficace, violent mais non dénué d’humour (du fait de la personnalité de son héros).
A noter aussi au casting la présence remarquée de Robert Duvall et de Werner Herzog mais l’autre personnage vraiment marquant du film reste le méchant de service, Charlie, magistralement interprété par Jai Courtney. Pas de fausses notes au niveau du casting non plus !
A l’heure actuelle on ne sait pas encore avec certitude si le film connaîtra une suite, le fait qu’il y a de la matière première à exploiter vu que le personnage est le héros d’une quinzaine de romans, mais tout dépendra du Dieu dollar. Bien que déjà largement amorti avec plus de 216 millions engrangés au box office mondial (pour un budget de 60 millions), reste à savoir si les grands pontes de Paramount estimeront cela suffisant pour « risquer » une suite…

