[BOUQUINS] Emma Healey – L’Oubli

E. Healey - L'OubliUn titre découvert au hasard d’une visite sur le site des éditions Sonatine (un premier point positif) au menu du jour. L’Oubli, premier roman de l’auteure britannique Emma Healey. La couv’ très sobre a tout de suite capté mon regard, enfin la quatrième de couv’ a fini de me convaincre.
Maud, une octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, est obligée de tout noter si elle ne veut pas perdre ses repères. Un de ses petits mots la tracasse, elle a en effet noté que son amie, Elizabeth, a disparu. Personne ne la prend au sérieux quand elle fait part de son inquiétude. C’est seule, avec sa mémoire et ses souvenirs qui se délitent, qu’elle va devoir trouver les réponses à ses questions, et d’autres réponses à des questions oubliées depuis longtemps…
Pour un premier roman la jeune (28 ans) anglaise réussit un véritable tour de force, une expérience de lecture unique en son genre, presque troublante et vraiment poignante. En effet l’auteure écrit son livre à la première personne afin de nous faire vivre son intrigue à travers le regard et l’esprit de Maud. Un esprit mis à mal par la maladie d’Alzheimer. Et c’est justement là que l’auteure brille, sa plume et son style sont plein de justesse et d’une redoutable efficacité. On vit pleinement les émotions et le trouble de Maud au fur et à mesure que son esprit s’enlise.
Plutôt osé de choisir comme personnage principal d’un thriller une octogénaire qui n’est plus en pleine possession de ses moyens. Les phases de lucidité alternent avec les trous noirs. C’est sans doute la fragilité du personnage qui nous le rend si attachant, ça et le talent de l’auteure qui nous plonge dans sa peau et dans sa tête.
Pour ce qui est de l’intrigue on a deux disparitions pour le prix d’une, celle d’Elisabeth, survenue de nos jours, et celle de Sukey, la soeur ainée de Maud, disparue en 1946. De fait on alterne en permanence entre le passé (les souvenirs de Maud semblent épargnés par la maladie) et le présent. Difficile d’imaginer que ces deux événements puissent être liés, mais d’un autre côté l’auteure laisse planer le doute au fil des pages. Avant de répondre à la question. L’autre grande question que l’on se pose concerne Elisabeth ; a-t-elle vraiment disparu ou est-ce que Maud se fait des idées ? Là encore vous aurez la réponse en temps et en heure.
N’attendez pas un thriller où ça canarde à tout va, à plus de 80 piges et avec Alzheimer comme copain de jeu ce n’est pas très prudent de manier le M16 ou le lance-roquettes. Ici on fait dans la subtilité, dans la psychologie ; et dans le genre c’est une totale réussite. Un sujet grave traité efficacement, plein d’émotions sans jamais sombrer dans le mélo, on s’autorise même parfois un sourire sans se vouloir moqueur.
Décidément Sonatine reste un éditeur plein de ressources, j’ai été scotché du début à la fin, certes les brusques montées d’adrénaline n’étaient pas au programme, mais il n’empêche que j’ai pris énormément de plaisir à parcourir ce roman aussi étonnant qu’original.

[BOUQUINS] Shane Kuhn – Guide De Survie En Milieu Hostile

S. Kuhn - Guide De Survie En Milieu HostileAh que voilà un bouquin qui a tout pour me plaire, entre nous ça a été le coup de foudre ! Une couv’ qui me cause, un titre prometteur, un pitch alléchant, un auteur inconnu (normal c’est son premier roman, d’où une certaine curiosité) et… Sonatine ! Et voilà comment ce Guide De Survie En Milieu Hostile signé Shane Kuhn s’est retrouvé dans mon Stock à Lire Numérique et a rapidement atteint le sommet…
John Lago est un parfait stagiaire, indispensable mais invisible. L’idéal pour gagner la confiance de ses supérieurs afin de pouvoir les éliminer en toute discrétion. Ah oui John Lago n’est pas un stagiaire comme les autres, c’est aussi un redoutable tueur à gages et occasionnellement l’auteur de ce Guide De Survie A L’Usage Des Jeunes Stagiaires. Un manuel du parfait stagiaire-tueur destiné à ses pairs…
C’est donc ce Guide de Survie que vous aurez entre les mains tout au long de votre lecture. Un manuel écrit à la première personne dans lequel l’auteur partage sa propre expérience et notamment les détails de sa dernière mission avant de devenir un jeune retraité (forcément un stagiaire trop âgé ça attire l’attention) jouissant d’une belle prime de départ. Toutefois ce n’est pas un exemplaire de RH Inc., l’employeur de ses stagiaires-tueurs, qui vous a été remis mais une copie obtenue par le FBI (d’où quelques annotations çà et là). Voilà pour ce qui est de la mise en immersion.
Comme vous pouvez vous en douter (du moins je l’espère) ce fameux guide est à prendre au second degré, l’auteur joue la carte de l’humour, un humour souvent teinté de noir forcément (avec parfois une pointe de cynisme) mais perso j’adore. Sa description de la vie de stagiaire dans une grande entreprise est criante de vérité dans sa totale inhumanité (exagérée ? pas sûr).
Mais rassurez vous l’humour n’empêche nullement l’auteur de vous livrer un thriller qui tient la route. La dernière affaire de Lago sera tout sauf une promenade de santé. Les rebondissements s’enchainent pour notre plus grand plaisir. Nul doute que le final vous surprendra.
En plongeant dans les méandres de l’esprit d’un tueur en série implacable on apprend à aimer un personnage qui aurait pourtant tout pour être détestable ; au fil de la lecture et de l’évolution de l’intrigue il s’humanise et ça ne le rend que plus attachant. Les autres personnages sont survolés, ils servent surtout de décorum au personnage principal.
Pour un premier roman l’auteur réussi un tour de force en parvenant à renouveler un genre qui a pourtant été maintes fois tourné et retourné dans tous les sens. Une fois de plus Sonatine confirme que son catalogue regorge de pépites, même si perso j’aurai conservé une traduction plus ou moins littérale du titre original The Intern’s Handbook (qui pourrait devenir Guide De Survie A L’Usage Des Jeunes Stagiaires, le titre du manuel rédigé par le narrateur).
Cerise sur le gâteau, le cinéphile amateur que je suis s’est régalé des nombreuses références au cinéma et aux séries TV.

[BOUQUINS] Harry Crews – Nu Dans Le Jardin D’Eden

H. Crews - Nu Dans Le Jardin D'EdenTiens donc, mais que vient ce titre sorti de nulle part au coeur de mes chroniques ? Je clame mon innocence votre honneur, la coupable est une belette cannibale d’origine belge (si si ça existe). Elle a posté un post tentateur dans son blog et moi, pauvre victime innocente je suis tombé dans le piège de la tentation. Et voilà comment Harry Crews et son roman, Nu Dans Le Jardin D’Eden, se sont retrouvés d’abord entre mes mains puis dans ces modestes colonnes.
Au début des années 60 Garden Hills, la plus grande mine de phosphate du monde, était un Eldorado inespéré pour les habitants de la région mais le rêve a vite fait de se casser la gueule et les investisseurs de retirer leurs billes. Aujourd’hui Garden Hills se sont douze bicoques et une poignée d’habitants qui survivent tant bien que mal. Au sommet de la hiérarchie on trouve Fat Man, l’héritier fortuné qui fait vivoter tout le monde mais il n’y a pas grand chose à attendre de lui. De l’autre côté il y a Dolly, elle rêve de redonner à Garden Hills un nouvel essor grâce au tourisme et au cabaret. Rien ni personne ne pourra la faire renoncer à ses rêves de renouveau…
Vous l’aurez compris ce n’est ni une version érotique de la Bible (l’original l’est suffisamment comme ça), ni une partie de jambes en l’air dans le jardin de la voisine (ou du voisin puisqu’en Belgique il semblerait que le prénom Eden soit mixte. Pour ma part la seule Eden que je connaisse est Eden Capwell de Santa Barbara… Oui je sais c’est du lourd au niveau des références culturelles). Nope rien d’aussi léger ici puisqu’on plonge au coeur de la noirceur et de la misère d’une communauté oubliée de tous ou presque.
En plus de la chronique forte élogieuse de la tentatrice susnommée (non ce n’est pas une dissimulation de fellation) il faut dire que deux autres choses (non que je considère la Belette Cannibale comme une chose) ont contribué à me faire craquer. La première, aussi bête que cela puisse sembler, est l’éditeur : Sonatine, à l’heure d’aujourd’hui je n’ai jamais été déçu par son catalogue. La seconde tient d’avantage à ma curiosité personnelle, pourquoi un bouquin écrit en 1969 ne sort en français qu’en 2013 (l’année suivant la mort de son auteur) ? Et puis bon Harry Crews lui même fait ce qu’il faut pour attiser notre curiosité : « C’est le meilleur roman que j’aie écrit. Au moment où je l’ai terminé, je savais que jamais je ne ferais rien d’aussi bon. »
Paré pour une coloscopie dans le trou du cul du monde ? Le bled en question est aussi déglingué que paumé, noyé sous la poussière et la puanteur du phosphate. Pour ceux qui restent, victimes d’un rêve brisé, il subsiste l’espoir d’un retour à la prospérité, le retour du fils prodigue qui relancera la mine. A se demander s’ils y croient vraiment ou s’ils se rattachent à ce rêve pour éviter de crever la gueule ouverte, le nez dans leur misère. Pathétique me direz-vous ? Et bien non justement, et c’est là tout le talent d’Harry Crews, sous sa plume il donne à chacun de ses personnages une profondeur et une humanité presque palpable.
L’auteur nous plonge dans la vie de quelques uns de ces paumés abandonnés de tous, quelques flashbacks permettent de découvrir leur parcours. Fat Man et Dolly bien sûr, mais aussi des personnages secondaires comme Jester ou Iceman. Des rencontres émouvantes, des destinées hors normes, au fil des pages vous partagerez leurs émotions.
Si vous souhaitez de l’action passez votre chemin. Toutefois, même s’il ne passe pas grand chose de palpitant à Garden Hills, je peux vous promettre que vous ne vous ennuierez pas une minute en lisant ce bouquin. Bien qu’écrit (et bien écrit) en 1969, le récit est intemporel, il pourrait s’appliquer à n’importe quel bled qui subirait le même coup du sort de nos jours.
Le titre original Naked In Garden Hills (Nu Dans Garden Hills pour les anglophobes) trouve son explication dans le roman mais je ne vous en dirai pas plus. Lisez ce bouquin pour le savoir, vous ne regretterez pas cette expérience de lecture.  C’est relativement court (235 pages) mais intense.

[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Vieux

D. Friedman - Ne Deviens Jamais VieuxA contrario il est des livres pour lesquels je craque sans me poser la moindre question, Ne Deviens Jamais Vieux de Daniel Friedman fait partie de cette catégorie. Rien que le titre est une invitation à la lecture, la couverture est tout aussi craquante et la quatrième de couv’ plutôt alléchante. Ajoutez à cela que c’est Sonatine l’éditeur et voilà la cerise sur le gâteau (ou le gâteux en l’occurrence).
A quelques jours de ses 88 ans Buck Schatz est une ancienne gloire de la police de Memphis à la retraite. Son quotidien plus ou moins paisible et routinier est chamboulé quand il apprend que son tortionnaire pendant la Seconde Guerre Mondiale, Heinrich Ziegler serait vivant et aurait fui avec un trésor de guerre conséquent. Le hic c’est qu’il n’est pas le seul à le savoir et que l’or nazi semble susciter bien des convoitises, pas toujours bien intentionnées…
Une fois de plus Sonatine a su me surprendre et me séduire. Le personnage de Buck Schatz est des plus pittoresques, un vieux grincheux qui n’a pas sa langue dans sa poche et encore toute sa tête (même si parfois il semble en douter). Comme le bouquin est écrit à la première personne c’est lui qui nous guide tout au long de l’intrigue. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la ballade ne sera pas de tout repos et parsemée de morts brutales. Buck est le plus souvent taciturne et bourru mais il lui arrive aussi d’être touchant (dans la complicité et la tendresse qu’il partage avec Rose, sa femme qui le supporte depuis 64 ans) et souvent drôle dans ses analyses (même si parfois c’est malgré lui). Un flic à l’ancienne complétement dépassé par la technologie actuelle. Mais il n’est pas facile de vouloir jouer les durs à cuire quand le corps ne suit plus. C’est ce mélange de force et  de fragilité qui rend le personnage de Buck aussi attachant.
Daniel Friedman nous propose un polar qui révise avec intelligence et brio les règles du genre. On a tout de même droit à une intrigue pleine de rebondissements, on se prend vite au jeu à essayer de trouver les réponses avant Buck. Si au départ Buck semble se lancer dans l’affaire simplement pour égayer une routine un peu trop paisible pour l’homme d’action qu’il a été, il va rapidement ses réflexes (façon de parler) d’enquêteur pour démêler ce sac d’embrouilles. Un dernier baroud d’honneur avant de tirer sa révérence…
Pour un premier roman l’auteur réussi un véritable coup de maître, c’est plutôt prometteur pour la suite, en espérant que suite (ou plus exactement autres romans) il y ait. J’ai été scotché dès les premières phrases et je n’ai pas décroché avant le clap de fin et quelle fin ! Même si j’avais identifié l’assassin avec une quasi certitude mais plus au feeling qu’autre chose.

[BOUQUINS] Homicides Multiples Dans Un Hôtel Miteux Des Bords De Loire

L.C. Tyler - Homicides Multiples...Fidèle à ma décision de respecter l’ordre d’entrée dans mon Stock à Lire Numérique, et ce malgré l’entrée en lice des derniers Tom Clancy et Stephen King, je me suis donc lancé avec un réel plaisir dans Homicides Multiples Dans Un Hôtel Miteux Des Bords De Loire de L.C. Tyler, qui marque la seconde collaboration entre Ethelred Tressider et Elsie Thirkettle.
Un an après la subite disparition d’Ethelred, Elsie décide que la plaisanterie a assez duré et fait annuler toutes les cartes de crédit de son auteur fugueur. Au bout de quelques jours Ethelred la contacte enfin et lui demande de le rejoindre dans un hôtel miteux situé face au Château de Chaubord. Quelques heures après leurs retrouvailles un client est poignardé à mort, la police boucle l’hôtel et consigne les rares clients à l’intérieur. Il n’en faut pas plus pour convaincre Elsie de mener une enquête parrallèle dans laquelle elle entraînera Ethelred…
On retrouve avec plaisir les ingrédients qui ont fait le succès du précédent roman de l’auteur (Etrange Suicide…), à savoir un mix entre le roman policier classique et la comédie. L’intrigue est de nouveau écrite à quatre mains, selon les points de vue d’Elsie ou d’Ethelred. Histoire de rester dans la continuité, Sonatine joue sur une couverture du même style que le précédent (une ancienne fourgonnette de la gendarmerie ayant pris la place de la fameuse Fiat rouge) et un titre à rallonge.
A propos du titre (à rallonge mais parfaitement approprié à la présente intrigue) comme pour le précédent opus la version française n’a pas grand chose à voir avec l’original baptisé Ten Little Herrings, hommage « aquatique » à Agatha Christie que l’on pourrait traduire par Dix Petits Harengs. Pour la petite histoire les quatre titres de la série Elsie & Ethelred Mysteries font référence au hareng (allez savoir pourquoi… Notre François Troudic national n’est pas le seul obsédé par ce poisson), les trois derniers sont des déclinaisons de titres d’Agatha Christie (je n’ai rien trouvé rapport au premier, The Herring Seller’s Apprentice).
Comme dans le précédent roman le personnage d’Ethelred, lui même écrivain, donne quelques conseils quant à l’écriture d’un roman policier, cette fois ce sont les armes du crime qu’il privilégie. Au fil des pages on croisera de nombreux clins d’oeil à la littérature policière.
Vous l’aurez sans doute compris j’ai de nouveau été sous le charme de l’auteur. Son style, son intrigue et ses personnages truculents permettent une lecture d’une grande fluidité. Lu en deux jours mais si j’avais été en congés (pas de bol j’ai repris hier après une semaine de repos bien mérité) nul doute que je l’aurai torché en une petite journée.
Juste pour l’anecdote, Sonatine se permet une petite référence largement méritée : « Il se trouve que le brigadier est un grand passionné de romans policiers et qu’il a lu un ou deux de mes livres traduits chez Sonatine Éditions.« .

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Mauvaise Etoile

RJ Ellory - Mauvaise EtoileDifficile de faire baisser le Stock à Lire Numérique au vu du nombre de sorties intéressantes ces temps-ci, et ce n’est pas fini les titres continuent de s’empiler alors que mon but initial (et utopique) était plutôt de voir le stock diminuer. Devant un choix aussi vaste je reviens donc à ma sage décision de prendre les bouquins par leur ordre d’arrivée au cours de ces dernières semaines (sauf arrivée d’un incontournable) ; fort de cette résolution j’ai pu me plonger dans Mauvaise Etoile de RJ Ellory.
Digger (Elliott Danziger) et Clay (Clarence Luckman) sont demi-frères, nés sous une mauvaise étoile. Orphelins, ils sont placés d’institution en institution, de plus en plus sévères leur vie n’est qu’une succession d’épreuves. Quand leur chemin croise celui d’Earl Sheridan, un dangereux psychopathe transféré dans le même établissement qu’eux par une série de malheureux hasards, en attendant d’être exécuté, ils sont loin de se douter que le cauchemar ne fait que commencer. Sheridan parvient à s’enfuir en entraînant les deux frères dans sa cavale, pour les trois hommes commence un périple meurtrier, tandis que la police et le FBI sont à leurs trousses…
L’auteur nous plonge dans l’Amérique des sixties (ça a son importance en ce qui concerne les moyens de diffusion de l’information et les méthodes d’investigation) pour un road movie semé d’embûches et de cadavres. Un road trip meurtrier qui pourrait bien être fatal à la complicité qui unit les deux frangins. D’un côté Digger est fasciné par Earl Sheridan, prêt à tout pour plaire à celui qu’il considère comme son mentor. De l’autre Clay, effrayé par la folie meurtrière de Sheridan mais plus encore à l’idée de voir son frère suivre le même chemin.
Des trois bouquins de RJ Ellory que j’ai lu, aucun ne se ressemble mais tous sont incroyablement prenants. Celui ci n’échappe pas à la règle, l’auteur nous embarque dans une intrigue particulièrement violente et meurtrière mais, sans que je puisse expliquer le pourquoi du comment, le style narratif permet de prendre de la distance par rapport aux crimes. C’est peut être un ressenti personnel mais il me semble que l’auteur a d’avantage souhaité mettre l’accent sur ses personnages que sur l’action à proprement parler (j’ai trouvé le climat général de Seul Le Silence beaucoup plus oppressant alors que le bouquin est beaucoup moins violent).
Au départ l’intrigue se noue autour de trois personnages. Inutile de s’attarder sur le cas Sheridan, c’est le psychopathe par essence, il lui manque une case, il le sait et ça lui plait. Digger, l’aîné, est de naissance un peu lent à la détente, du coup plutôt que de se faire chier à essayer de penser par lui même il se laisse guider par les autres, et à ce petit jeu c’est le plus fort qui prendra l’ascendant sur lui (Sheridan en l’occurrence). Clay, le cadet, est nettement plus posé et réfléchi ; ange gardien de son frangin jusqu’à ce que Sheridan entre en scène. Je m’arrête à ses trois là mais d’autres personnages viendront se greffer à l’intrigue et y joueront un rôle capital, voire décisif ; mais je vous laisse découvrir tout ça par vous même (je vous dirai juste que RJ Ellory est loin de nous chanter des louanges à la gloire du FBI).
L’intrigue est rythmée, le suspense va crescendo (on lit les dernières pages en retenant son souffle, nul doute que les plus faibles mourront d’asphyxie avant de connaître la fin de l’histoire). L’omniprésence de la violence et de la mort n’empêche le roman d’être aussi extrêmement dense et riche. L’auteur joue beaucoup sur le relationnel entre les personnages, qu’il s’agisse de fraternité, de complicité, d’amitié (ou de haine), voire même d’amour ; comme quoi même en plein coeur de la tourmente on peut connaître des moments de partages. Le destin est bien entendu omniprésent, qu’est-ce qui fait qu’une vie peut basculer du jour au lendemain ? Le rythme enlevé du roman n’empêche pas çà et là quelques touches comiques et des moments riches en émotions.
Chapeau bas Mr Ellory, une fois de plus vous m’avez bluffé !

[BOUQUINS] Anonyme – Psycho Killer

Anonyme - Psycho KillerJ’avais prévu de chroniquer mes prochaines lecture par ordre d’arrivée dans mon Stock à Lire Numérique mais un trublion, survenu plus tôt que prévu, a remis en question mon choix. J’ai en effet été totalement incapable de résister à Psycho Killer, le dernier bébé de l’Anonyme à qui l’on doit la tétralogie du Bourbon Kid.
B Movie Hell était une bourgade paisible jusqu’à ce qu’un type portant un masque en forme de crâne surmonté d’une crête rouge ne débarque et ne commence son carnage à grands coups de couperet. L’ex agent spécial Jack Munson reprend du service afin de mettre fin au carnage orchestré par celui que l’on surnomme l’Iroquois. Mais les apparences sont parfois trompeuses, l’ennemi n’est pas forcément là où on l’attend…
Ceux qui ont lu Le Livre Sans Nom n’auront pas manqué de noter certaines similitudes, rassurez vous les quelques ressemblances s’arrêtent là, Psycho Killer bénéficie d’une intrigue qui lui est propre et l’ambiance à B Movie Hell est très différente de celle de Santa Mondega. Premier point, et non des moindres, aucun signe de fantastique dans ce roman, on est dans le thriller pur et dur. Même si l’intrigue est contemporaine il flotte sur l’ensemble un petit air de western spaghetti.
Globalement le bouquin est moins déjanté que la saga du Bourbon Kid, mais je vous garanti que l’on ne s’ennuie pas un instant au fil des pages (le week end m’aura suffi pour dévorer le bouquin). L’intrigue nous réserve son lot de personnages hauts en couleurs, une histoire menée tambour battant avec de nombreux rebondissements. Un thriller original, très rock n roll, truffé de clins d’oeil cinématographiques divers et variés (de Halloween à Dirty Dancing). Notre Anonyme préféré réinvente le roman noir avec un résultat aussi efficace que jubilatoire, et on en redemande (je retrouverai avec plaisir certains personnages mais je ne sais pas si cela est d’actualité dans l’esprit de l’auteur).
J’aurai pu m’épancher plus longuement sur certains personnages (en commençant par l’Iroquois, mais Jack Munson mérite aussi le détour, ainsi que Silvio Mellencamp), ou sur certains aspects de l’intrigue mais je préfère vous laisser découvrir tout ça par vous même et vous faire votre propre opinion de la chose. Vous l’aurez compris, pour ma part j’ai adoré !

[BOUQUINS] L.C. Tyler – Etrange Suicide Dans Une Fiat Rouge A Faible Kilométrage

L.C. Tyler - Etrange Suicide...J’ai eu beaucoup de raisons de me sentir attiré, presque aimanté, par ce bouquin. Déjà un titre à rallonge plus que bizarroïde, puis une couv’ sobre (faut dire que vu la longueur du titre la sobriété est obligatoire, ensuite l’éditeur (Sonatine) et enfin la quatrième de couv’ qui m’a paru être la cerise sur la cadeau. Et voilà mes chers lecteurs et amis comment je me retrouve à chroniquer Etrange Suicide Dans Une Fiat Rouge A Faible Kilométrage de L. C. Tyler.
Ethelred Tressider écrit sous trois pseudonymes différents trois types de romans différents, notamment des romans policiers. Un jour la police lui annonce que son ex-épouse a disparu en laissant une supposée lettre de suicide. Le lendemain le corps est retrouvé, il semblerait qu’elle ait été assassinée. Elsie Thirkettle, son agent littéraire, pousse son poulain à mener sa propre enquête mais notre écrivain n’est guère motivé à l’idée de jouer les détectives privé, pour lui une enquête de police est l’affaire des policiers…
Point de corps dans la Fiat rouge, point non plus de suicide à l’horizon. On se demande bien où le traducteur a été cherché un titre aussi tordu, seule la Fiat rouge est présente dans le récit. Il faut bien avouer que le titre original, The Herring Seller’s Apprentice, n’est guère plus évocateur du contenu puisque qu’il pourrait se traduire littéralement par L’Apprenti du Vendeur de Harengs (à moins que la subtilité d’un jeu de mot ne m’ait échappé).
La construction même du bouquin est plutôt originale, le plus souvent on suit la progression de l’intrigue à travers le personnage d’Ethelred, mais parfois Elsie vient y mettre son grain de sel (ces deux points de vue sont écrits à la première personne, différenciés par le choix de la police de caractère) ; plus tard on retrouve des premiers jets du prochain roman d’un Ethelred en mal d’inspiration. Ca peut paraitre chaotique mais tout s’emboite parfaitement (hormis les digressions littéraires d’Ethelred qui semblent être là juste pour le fun) au fur et à mesure que l’on suit l’enquête pas vraiment conventionnelle d’Ethelred et Elsie (des prénoms à coucher dehors vous en conviendrez avec moi).
N’espérez pas un thriller qui vous hérissera le poil des pieds à la tête (si vous frissonnez en lisant ce bouquin alors c’est qu’il doit y avoir un courant d’air quelque part chez vous), le ton est franchement léger, l’auteur joue plus la carte de l’humour que du suspense, toutefois l’enquête n’est pas totalement laissée en plan, elle est même plutôt bien ficelée et nous réservera quelques surprises (le final est grandiose). Un polar burlesque qui procure un réel plaisir de lecture.
Ethelred et Elsie sont des personnages récurrents de L. C. Tyler (ce qui est loin d’être une évidence à la fin de ce premier volet), à ce jour la série comporte quatre titres (celui-ci est le premier) ; le second roman de la série devrait sortir dans les prochains jours chez Sonatine, nul doute que les autres suivront. J’ai hâte de découvrir les prochaines péripéties d’Ethelred et Elsie…

[BOUQUINS] Jacques Expert – Adieu

J. Expert - AdieuJ’avais été séduit par Qui ? de Jacques Expert c’est donc sans hésitation que je me suis plongé dans Adieu, son précédent roman, lui aussi publié par Sonatine.
Mars 2011, le commissaire Langelier participe à un pot organisé pour son départ à la retraite. Mais pour le coeur n’y est pas, il est encore par l’affaire du « tueur de familles » survenue dix ans plus tôt, une affaire qu’il considère comme ayant été bâclée par ses supérieurs, une affaire qui lui fait perdre tout ce quoi il tenait… Et si ce pot d’adieu était enfin l’occasion de mettre les choses à plat…
Le récit se divise en trois partie. La première, écrite à la troisième personne, nous plonge au coeur d’une enquête très réalistes sur les événements survenus en 2001. La seconde et la troisième partie, écrite à la première personne (du point de vue de Langelier), constitue le « réquisitoire » du commissaire, qui, seul contre tous, et au risque de tout perdre, s’obstine à poursuivre une enquête non officielle afin de faire éclater la vérité. Au fil des pages l’auteur nous fait douter, est-ce qu’il est vraiment sur une piste inédite ou est-ce qu’il est en train de s’enliser lamentablement en poursuivant des chimères ; un doute qui s’installe d’autant plus facilement que Jacques Expert ne fait rien pour rendre son personnage attachant, au contraire par moment on a envie de lui foutre des claques.
Alors cette vérité quelle est-elle ? Vous devriez commencer à l’entrevoir au cours de la troisième partie, avant qu’elle ne soit révélée (avec le recul dès la seconde partie l’auteur nous donne quelques pistes, mais ça semble tellement énôôôrme que notre esprit rejette l’hypothèse). Ne comptez pas sur moi pour vous en dire d’avantage, si ce n’est qu’il y a en fait deux vérités à découvrir, la seconde (prévisible mais passée en  arrière plan) étant révélée dans l’épilogue.
Tout au long du bouquin on assiste à l’affrontement entre deux hommes, dont l’amitié volera en éclats à cause de cette affaire, le commissaire Hervè Langelier d’un côté, convaincu que la piste officielle est fausse et bien déterminé à le prouver, et le commissaire divisionnaire Jean Louis Ferracci de l’autre, porté aux nues pour avoir résolu l’affaire du « Tueur des Familles ».  Le troisième personnage clé de l’histoire est Stéphanie Langelier, l’épouse du commissaire, qui voit son mari s’enfoncer jusqu’à un point de non retour qui sera fatal à sa famille.
Jacques Expert jongle habilement avec nos doutes et nos certitudes, tout au long d’un polar habilement construit il nous balade au gré de ses envies. Encore une bonne surprise, je guetterai donc attentivement le catalogue Sonatine afin d’intercepter son prochain roman…

[BOUQUINS] Penny Hancock – Désordre

P. Hancock - DésordreCa faisait longtemps (tout est relatif) que je ne m’étais pas offert un bouquin issu du catalogue des éditions Sonatine, généralement je suis assuré d’avoir un bon, voire un excellent, thriller quand je pioche dans leur collection. Tant qu’à faire autant se pencher sur les nouveaux auteurs, même si je risque fort de l’ajouter à la liste des écrivains à suivre à la fin de ma lecture, L’heureuse élue a donc été Penny Hancock avec son premier roman, Désordre.
Sonia habite une somptueuse villa sur les rives de la Tamise, mais entre son mari en perpétuel voyage d’affaire et sa fille, partie à la fac, elle se sent désespèrément seule. Aussi lorsque Jez, 15 ans, de passage chez sa tante et amie de Sonia, Helen, frappe à sa porte pour lui emprunter un CD, Sonia le fait boire jusqu’au KO technique, puis le séquestre. Après deux nuits sans nouvelle la police prend enfin au sérieux les inquiétudes d’Helen et son de mari…
Une trame qui n’est pas sans rappeler Misery de Stephen King (en plus soft quand même) mais le ressemblance s’arrête là. Le bouquin est écrit à « deux voix », à la première personne quand il se concentre sur Sonia et à la troisième personne quand il bascule chez Helen. Bien entendu ce sont les chapitres consacrés à Sonia qui sont les plus nombreux, on assiste à une montée en puissance de son délire tandis que le passé et le présent fusionnent dans son esprit, la dimension psychologique est donc une composante essentielle de ce thriller. L’auteure maîtrise son intrigue de A à Z, elle distille la tension et l’angoisse au compte goutte, ça monte lentement mais inéluctablement avec très peu de violence physique. Plus la situation s’enfonce vers un point de non retour plus on s’impatiente de connaître le dénouement, tout ce que je peux vous dire c’est que ce bouquin vous réserve bien des surprises.
Les personnages sont travaillés et parfaitement crédibles. On plonge dans l’esprit embrouillé de Sonia qui est encore hantée par des événements passés tragiques et qui voit en Jez une possible « seconde chance » ; indéniablement givrée mais on ne parvient toutefois pas à la haïr ou à la mépriser, c’est encore un tour de force réussi par l’auteure. La seconde femme de l’intrigue, Helen, est sans doute un peu plus stable sur le plan psychologique mais elle traverse une phase de remise en question et de doute, du coup son comportement apparaît souvent déplacé. Enfin le troisième acteur incontournable du roman est la Tamise, omniprésente, elle joue un rôle capital dans l’intrigue ; on en viendrait presque à considérer le fleuve comme une entité à part entière.
Bref, une fois encore Sonatine nous fait découvrir un thriller très haut de gamme et une auteure britanique à suivre de près ; son second roman devrait sortir prochainement au Royaume Uni, nul doute que l’éditeur nous proposera une version française.