[BOUQUINS] Mattias Köping & Marsault – Macadam

AU MENU DU JOUR


Titre : Macadam
Auteur : Mattias Köping
Illustrations : Marsault
Éditeur : Magnus
Parution : 2022
Origine : France
342 pages

De quoi ça cause ?

Mattias Köping nous propose 13 nouvelles au fond aussi sombre que le macadam. Les dessins de Marsault viennent souligner et sublimer cette noirceur.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Dès que j’ai eu vent de la sortie de ce bouquin j’ai eu envie de me le procurer. Mais l’éditeur Magnus fait partie des réfractaires au numérique et je refuse catégoriquement que le moindre denier de ma poche ne vienne gonfler le pécule de ces maisons d’édition.

Il a donc fallu que j’attende qu’un courageux artisan prenne les choses en main, après quelques retouches personnelles (redimensionnement des images), j’ai pu profiter pleinement de l’objet de mon désir livresque.

Ma Chronique

Mattias Köping et Marsault ont longtemps fait partie des piliers des éditions Ring (avec Laurent Obertone et Papacito notamment). Aujourd’hui ils ont rejoint les éditions Magnus, créées par Laura Magné et Laurent Obertone.

Je connais Mattias Köping de nom – et de réputation –, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de me plonger dans son univers littéraire, malgré d’excellents retours… et malgré la présence de ses deux précédents romans dans mon Stock à Lire Numérique.

J’ai fait la « connaissance » de Marsault via Facebook, ses dessins qui foutent un énorme coup de pied au cul à la bien-pensance et au politiquement correct m’ont immédiatement séduit. Un esprit un tantinet provoc’ que j’ai retrouvé avec plaisir dans les albums Breum.

C’est le hasard de ma PàL qui a fait que je reste dans le monde de la nouvelle et dans le domaine du noir. Un noir aussi opaque que la couverture dessinée par Marsault.

Je vous propose un bref tour d’horizon des nouvelles composant le présent recueil. Si toutes restent résolument noires, les approches différent, parfois teintées d’humour (noir forcément), parfois inspirées fait réels, parfois même avec une pointe de tendresse, souvent brut de décoffrage. Une chose est sure, sous la plume de Mattias Köping, aussi acérée et sèche que ses intrigues, la vie est un colis piégé qui peut vous péter à la gueule à tout instant.

Avec Traviole les auteurs commencent très fort. Bébert, un géant un peu benêt apprécié de tous, va être jugé pour le meurtre sauvage de trois adolescents. Et vous savez quoi ? Je n’ai aucune honte à dire haut et fort que ces sales connards n’ont eu que ce qu’ils méritaient !

En Revenant De Suisse ne vous invite à une errance bucolique dans les montagnes helvètes. Au lieu de ça vous assisterez aux dernières vacheries d’un couple qui se déteste alors que la Faucheuse approche à grand pas.

Le Dernier Voyage De la Belle Marianne vous convie à une traversée pour le moins houleuse… à moins que.

Les Derniers Pétales De Béatrice De Choisy vous fera assister à la cruelle désillusion amoureuse de ladite Béatrice. Le grand amour ne s’achète pas sur internet, Béatrice l’apprendra à ses dépens.

Dans Talibland c’est la carte de l’absurde qui est mise en avant. Imaginez un parc d’attractions dans la banlieue de Kaboul exclusivement réservé aux talibans, cadeau des Chinois aux nouveaux maîtres de l’Afghanistan.

Avec Moins 70% ! c’est la grande consommation – voire la surconsommation – qui est copieusement égratignée, sur fond de déforestation et d’huile de palme. Nutella en prend pour son grade mais ça ne m’empêchera pas de continuer d’en manger. Il n’en reste pas moins que la méga promo qui vire à l’émeute est inspirée de faits réels qui se sont produits en janvier 2018 dans plusieurs magasins de la chaîne Intermarché.

Bilan Hebdomadaire nous plonge dans le monde de l’entreprise et ses cadences infernales. Courte mais bonne.

Direction le Salvador avec Le Baiser, mais oubliez les vacances au soleil. Les gangs font la loi et se livrent une guerre sans merci. Une réécriture musclée de Roméo & Juliette version latina.

La Broffette c’est ainsi que certains petits malins surnomment Alexandre, un agent d’entretien un peu simplet ayant un sérieux problème d’élocution. Cible de toutes les brimades sans vraiment comprendre ce qui lui arrive.

Jacot Le Royaliste est un perroquet qui répète à tout va des slogans en faveur du roi, de la noblesse ou du clergé, ce qui n’est pas vraiment bien vu par les tribunaux révolutionnaires de la Terreur. Ça pourrait prêter à rire si ce n’était une histoire vraie… dommage que le ridicule ne tue pas.

La Cavalière met le tango en avant avec un couple de danseurs qui va transcender cette danse.

Bas Les Masques ! nous renvoie à la crise sanitaire et au port du masque obligatoire.

À Corps Perdus vient clore le présent recueil. Si je vous dis apotemnophilie ou encore acrotomophilie, vous écarterez peut-être le suffixe -philie qui renvoie vers une attirance (voire amour ou passion) vers quelque chose ; bien, mais encore ? Il s’agit en fait de troubles identitaires de l’intégrité corporelle (TIIC pour les intimes). Kezako ? Lisez cette nouvelle et vous le saurez.

Un recueil noir de chez noir à ne pas mettre entre toutes les mains, le texte de Mattias Köping est souvent cru, brut de décoffrage, et l’auteur n’est pas avare en détails en tout genre. À déconseiller aux chastes oreilles… et aux adeptes de la bien-pensance.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Drame De Pique

AU MENU DU JOUR


Titre : Drame De Pique
Série : La Brigade Capestan – Livre 4
Auteur : Sophie Hénaff
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2023
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Depuis le départ à la retraite du commissaire Buron, les Poulets Grillés de la Brigade Capestan s’emmerdent ferme (ce n’est pas moi qui le dit, c’est la capitaine Eva Rosière), ses différents successeurs les ignorant totalement.

Alors que le phénomène des « piqûres en soirée » prend de l’ampleur en France, le nouveau divisionnaire charge la brigade d’enquêter sur deux décès supposés être consécutifs à ces piqûres.

Pour la première fois la brigade sera chapeautée par la Crim’. D’autre part, si l’enquête est un succès, les Poulets Grillés pourront réintégrer le Bastion. Mais ils n’ont aucune envie de quitter leur placard transformé en petit nid douillet… iraient-ils jusqu’à flinguer une enquête pour conserver leur statut de pestiférés ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le grand retour des Poulets Grillés de Sophie Hénaff, après quatre longues années d’attente, on n’y croyait – presque – plus.

Ma Chronique

Pour ceux qui ne connaîtraient pas les Poulets Grillés – et c’est bien dommage pour vous, vous ratez quelque chose –, c’est une brigade qui regroupe ceux et celles que les forces de police souhaitent éviter d’avoir dans leurs commissariats. Alcoolos, dépressifs, fous du volant, gros bavards sujets aux indiscrétions, gaffeurs… Tout ce beau monde placé sous les ordres d’Anne Capestan, elle-même placardisée pour avoir fait usage de son arme lors d’une arrestation.

Pour compléter le tableau, ils officient au sein d’un appartement/commissariat customisé et décoré selon les goûts de chacun. Inutile de vous dire que le résultat ne ressemble pas vraiment à un commissariat classique.

Drame De Pique est le quatrième roman consacré à cette brigade pour le moins atypique. Avec la crise sanitaire et les départs des uns et des autres, les rangs se sont quelque peu clairsemés ces derniers temps.

Si Anne Capestan se réjouit de pouvoir enfin plancher sur une véritable enquête, ses co-équipiers sont nettement moins enthousiastes, surtout à l’idée de quitter leur refuge pour réintégrer le Bastion. La commissaire devra même hausser le ton contre sa capitaine et amie, Eva Rosière :

C’est un commissariat, que tu le veuilles ou non, on n’est pas chez nous. On est chez le contribuable qui attend un service en retour : qu’on lui attrape les assassins quand il demande gentiment. Le contribuable, il veut boire son mojito sans prendre une seringue dans la fesse et c’est normal.

D’entrée de jeu les Poulets Grillés comprennent qu’ils vont devoir enquêter sans empiéter sur les plates-bandes de la Crim’. Ça tombe bien car leur enquête s’oriente rapidement vers une piste bien loin des piqûres sauvages, une piste qui pourrait sembler hautement improbable alors que certains éléments concrets tendent dans cette direction.

L’appel de l’enquête, le goût du mystère. Ils étaient bien foutus de résoudre l’affaire sans même le vouloir. Satané amour d’un métier qui ne vous rendait pourtant pas grand-chose.

Une enquête qui va donner bien du fil à retordre à nos chers Poulets Grillés, force est de reconnaître que Sophie Hénaff a concocté une intrigue tordue à souhait avec son lot de fausses pistes et de revirements inattendus. Et comme d’hab la Brigade Capestan va plus d’une fois sortir des sentiers battus et des procédures pour s’en dépêtrer.

Une intrigue parsemée de sourires et de francs éclats de rire. Je n’en dirai pas plus afin de ne laisser intact le plaisir de la découverte.

Ces retrouvailles avec cette brigade totalement atypique ont été un pur régal. Si vous les découvrez, vous trouverez peut-être que certains personnages ou certaines situations sont un tantinet too much, mais vous verrez que vous apprendrez rapidement à les apprécier et à vous accommoder de ces traits parfois un peu tirés à l’extrême.

Pour ma part j’ai été séduit dès le premier tome, les essayer c’est les adopter, et le charme est toujours intact à l’issue de cette quatrième enquête.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Magali Collet & Isabelle Villain – In Vino Veritas

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Titre : In Vino Veritas
Auteur : Magali Collet & Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2023
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Une galériste, spécialiste de l’art aborigène, est tuée lors d’un vernissage. Les soupçons se portent immédiatement sur Mathias, son époux qui est aussi gendarme.

Augustin, le frère ainé de Mathias, après des années en totale rupture avec sa famille, décide de tout mettre en œuvre pour prouver l’innocence de son frère…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et l’occasion de découvrir un roman écrit par deux auteures que j’apprécie énormément.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Magali Collet et Isabelle Villain, deux auteures phare de la maison Taurnada, ont accepté de se livrer à l’exercice du roman à quatre mains, et le moins que l’on puisse c’est que le résultat est des plus concluant.

Une recette classique dans le registre du whodunit (un meurtre et la recherche du coupable) mais parfaitement exploitée par les auteures. Une jeune et brillante galériste est retrouvée morte au cours d’un vernissage, tous les soupçons convergent vers le mari, même si celui-ci est gendarme.

Une intrigue qui prend une tout autre dimension si vous la placez dans une famille de la haute bourgeoise qui jouit d’une certaine renommée dans le monde du vignoble bordelais. Une famille dans laquelle le patriarche est prêt à tout pour que son nom soit tenu à l’écart de toute forme de scandale. Une famille dans laquelle le « fils maudit » revient après plus de 20 ans d’exil volontaire. Comble de malchance, ce dernier pourrait bien être la meilleure chance de sauver les miches du fils prodige, soupçonné de meurtre.

Vous l’aurez compris, Magali Collet et Isabelle Villain mettent l’humain au centre de leur intrigue, une profonde dimension psychologique va se tisser au fil des relations entre les personnages, le tout sur fond de secrets de familles.

Le lecteur se retrouve prisonnier de l’écheveau que tisse les auteures, on voudrait bien croire que Mathias est innocent mais aucun autre coupable ne semble faire surface au fil des pages. Ce serait même plutôt le contraire… jusqu’à un final mais qui m’a littéralement laissé sur le cul. Machiavélique à souhait !!!

Parfois l’intrigue nous renvoie dans le passé à la découverte de quelques épisodes marquants dans la vie de la famille Clavery, mais aussi histoire de lever progressivement le voile sur le déroulé de la nuit du crime. Au fil des chapitres se révèle aussi la personnalité de la victime, Aurèlie n’avait de la blanche colombe que l’image qu’elle voulait bien faire passer aux yeux des autres.

Le bouquin s’avère rapidement addictif, plus moyen de le lâcher une fois que vous aurez été happé par l’implacable mécanique imaginée par les auteures.

Si l’art aborigène vous intéresse ou vous intrigue, je vous invite, comme le font les auteures à la fin du roman, à consulter le site de Stéphane Jacob : artsdaustralie.com. Vous y trouverez notamment la série de toiles Bush Leaves de Abie Loy Kemarre, dont il est question dans le roman. Il y a en effet quelque chose d’hypnotique dans ces fresques.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Henri Lœvenbruck – Les Disparus De Blackmore

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Titre : Les Disparus De Blackmore
Auteur : Henri Lœvenbruck
Éditeur : XO
Parution : 2023
Origine : France
519 pages

De quoi ça cause ?

1925. Blackmore est une paisible île anglo-normande au large de Guenersey, mais depuis quelques mois des disparitions inexpliquées sèment la terreur au sein de la population.

Face à l’inertie de la police, Lorraine Chapelle, la première femme ayant obtenu un diplôme de criminologie en France, et Edward Pierce, détective privé britannique et expert en sciences occultes, vont devoir s’allier pour lever le voile sur ces inquiétantes disparitions…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Henri Lœvenbruck, un auteur pour le moins éclectique qui excelle dans tous les genres auquel il se frotte.

Pour le côté Lovecraft de l’intrigue… même si celui-ci reste à prouver.

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est un pur hasard si, après la lecture du dernier roman de Stephen King, je reste dans un contexte très inspiré par H.P. Lovecraft. Mais ne vous fiez pas aux apparences, le roman de Henri Lœvenbruck est radicalement différent de celui du King, tant par son contexte que par son intrigue.

Henri Lœvenbruck situe son intrigue en 1925 sur l’île de Blackmore, une île anglo-normande née de l’imagination de l’auteur. Un cadre fictif auquel il parvient à donner corps et vie à grand renfort de détails, que ce soit sur la géographie de l’île, son histoire, sa culture et ses traditions. Mais aussi la ville de Blackmore, ses bâtiments et ses habitants. Tout est d’un réalisme saisissant.

Le duo d’enquêteurs atypique est un choix plutôt classique, pour ne pas dire banal, dans les romans policiers et les thrillers. L’auteur ne déroge pas à la règle en associant les personnages de Lorraine Chapelle, une criminologue française qui ne jure que par la science, et d’Edward Pierce, un détective britannique expert en sciences occultes. Elle est aussi extravertie – à la limite de la provocation – que lui est introverti. Sans surprise le duo va s’avérer aussi efficace que complémentaire.

Initialement nos deux enquêteurs vont être mandatés pour lever le voile sur trois disparitions inexpliquées survenues sur l’île ces derniers mois. Une quatrième disparition, puis un meurtre viendront rapidement compliquer une affaire déjà pleine de zones d’ombre.

Ajoutez à cela une généreuse dose de mythologie celtique combinée à un soupçon de culte des Grands Anciens et vous aurez alors une vision d’ensemble (quoique très superficielle) de ce qui attend notre duo de choc. Autant dire que la rationalité et l’esprit cartésien de Lorraine risque d’être mis à rude épreuve face à ce qu’elle considère comme du grand n’importe quoi.

Le roman se veut un hommage à la littérature populaire – pour ne pas dire pulp –, en souvenir de l’œuvre du grand-père de l’auteur. Sur ce point c’est une totale réussite, l’intrigue est plutôt bien construite et le bouquin se lit quasiment tout seul (si j’ai mis près de deux semaines à le lire, c’est parce que j’étais en congés).

Paradoxalement, c’est aussi cet aspect du roman qui me laisse un arrière-goût d’inachevé. J’aurais aimé que certains aspects de l’intrigue soient plus développés, et, plus globalement, que l’ensemble gagne en complexité et en densité.

Un petit bémol qui pourrait rapidement être oublié si Lorraine et Edward devaient revenir à Blackmore dans un prochain roman de l’auteur.

Il n’en reste pas moins que j’ai passé un très agréable moment en compagnie de ce roman. Une fois de plus Henri Lœvenbruck prouve qu’il est comme à la maison, quel que soit le registre auquel il se frotte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – L’Ile Des Souvenirs

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Titre : L’Ile Des Souvenirs
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2023
Origine : France
300 pages

De quoi ça cause ?

Quand Delphine se réveille dans un lieu inconnu, elle est menottée à un radiateur. Bientôt rejointe par une autre prisonnière, qu’elle connaît. L’une des deux ne survivra pas à l’horreur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Chrystel Duchamp. J’ai lu deux autres romans de l’auteure et chacun m’avait fait forte impression donc aucune raison valable de ne pas se laisser à nouveau tenter.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions L’Archipel et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Chrystel Duchamp fait partie de ces rares auteur(e)s qui osent se remettre en question à chaque nouveau roman. Si elle demeure fidèle au thriller, aucun de ses titres ne ressemble aux précédents, aussi bien par les thématiques abordées que par leur construction. Un vrai régal pour les lecteurs !

Le présent roman se divise en quatre parties, chacune se concentrant sur un personnage central. Nous découvrirons ainsi tour à tour, Delphine (la première victime), Maelys (la seconde victime), Romain (l’enquêteur), Erwann (le profiler) et Jessica (la psychotraumatologue).

Les deux premières vont poser les bases (et surtout la scène de crime) d’une intrigue qui pourrait sembler relativement classique. Mais ne vous fiez pas aux apparences, surtout sous la plume acérée de Chrystel Duchamp.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteure n’a pas offert une mort brutale à sa victime, la pauvre a eu le temps d’appréhender sa fin dans une longue et douloureuse agonie.

À vrai dire le déroulé de l’intrigue tend vers une hypothèse que mon esprit tordu avait envisagée mais sans parvenir à donner corps à ma conclusion. L’auteure démêle lentement mais surement l’écheveau de l’amnésie post-traumatique de la survivante, ouvrant peu à peu la voie à une sinistre vérité.

Mais comme dirait l’autre « quand y’en a plus, y’en a encore », alors que tout semblait enfin clair comme de l’eau de roche, un putain d’écureuil va rebattre les cartes pour nous offrir un final encore plus sinistre, pervers et machiavélique. Quel coup de maître, chapeau bas miss Duchamp !

Un roman dans lequel la dimension psychologique joue un rôle essentiel, que ce soit dans la personnalité des deux jeunes femmes, dans leur(s) relation(s) ou dans le travail des enquêteurs qui vont tout déployer pour que la rescapée parvienne à passer outre son amnésie post-traumatique. L’auteure ne laisse rien au hasard dans la construction de son intrigue.

Même la couv’ ne doit rien au hasard puisqu’il s’agit de la réinterprétation d’un tableau qui jouera un rôle important dans le déroulé de l’intrigue.

Difficile de ne pas se laisser ferrer par un tel roman, plus difficile encore de le lâcher une fois que vous aurez mordu à l’hameçon.

Pour information Chrystel Duchamp est l’une des fondatrices du collectif Les Louves Du Polar qui réunit les auteures francophones de romans policiers et thriller. Je vous invite à consulter leur site internet ou leur page Facebook pour (re)découvrir une belle brochette de talents. Pub gratuite offerte avec le plus grand plaisir… Parce que vous le valez bien mesdames.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Silence Et La Colère

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Titre : Le Silence Et La Colère
Série : Les Années Glorieuses – Livre 2
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2023
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

1952. François Pelletier s’est fait un nom à la rubrique faits-divers du Journal du soir, mais il voit plus loin pour son avenir en tant que journaliste. Une ambition qui pourrait bien être contrariée par la place de plus en plus grande que prend sa sœur, Hélène, au sein de la rédaction.

De son côté Jean entreprend de se lancer dans une affaire commerciale ambitieuse. Rongé par les doutes face à un défi qu’il n’est pas sûr de pouvoir relever, perpétuellement invectivé par une épouse plus acariâtre que jamais, il trouve du réconfort en présence de leur fille, Colette.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le second opus de la tétralogie Les Années Glorieuses de Pierre Lemaitre, malgré un premier tome, Le Grand Monde, un tantinet en deçà de la trilogie Les Enfants Du Désastre, on se laisse volontiers porté par le talent narratif de l’auteur.

Ma Chronique

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé la famille Pelletier quatre ans après les événements racontés dans Le Grand Monde. Pierre Lemaitre poursuit son exploration des Trente Glorieuses en privilégiant les approches humaines et sociales plutôt que d’opter pour une vision strictement historique.

Il n’empêche que pour les besoins de son intrigue (« ses intrigues » serait plus approprié tant le roman est vaste) la fiction s’inspire de la réalité historique. Ainsi l’histoire du village de Chevrigny, condamné à disparaître à la suite de l’édification d’un barrage hydro-électrique, est une libre adaptation de celle du village de Tignes inondé en 1952 et reconstruit plus haut dans la vallée. C’est Hélène, envoyée sur place par son patron pour une série de reportages, qui nous fera vivre les derniers jours de Chevrigny.

C’est encore le personnage d’Hélène qui donnera à l’auteur l’occasion de se pencher sur la condition féminine au début des années 50. Enceinte « par accident », elle va faire le choix d’avorter. Un choix pénalement répréhensible et dont les conséquences peuvent parfois être dramatiques – voire mortelles – pour celles qui ne trouvent de personnel qualifié (médecin ou sage-femme) pour les assister.

Petit aparté historique et féminin si vous le permettez (d’ailleurs même si vous ne me le permettez pas, non mais, c’est chez moi ici). Il faudra attendre la fin de l’année 1967 pour que la contraception médicale (la pilule) soit légalisée… sur le papier, dans les faits le texte ne sera applicable qu’à partir de 1971. C’est la ténacité de Simone Veil – et d’autres avant elle – qui permettra de dépénaliser l’avortement en 1975, un droit élargi et simplifié au fil des années suivantes.

Les femmes sont à l’honneur dans ce roman… leurs combats surtout. Inutile de préciser qu’au début des années 50 il n’est pas question de parité, d’égalité professionnelle ou encore d’équité salariale (même si, aujourd’hui encore, dans de trop nombreuses entreprises ces notions demeurent très théoriques). C’est Jean qui va être confronté à la colère de ses ouvrières face à un gérant trop zélé et misogyne.

Je terminerai mon élan féministe par l’inénarrable et incontournable Geneviève, l’épouse de Jean. Si dans Le Grand Monde j’ai eu envie de lui foutre des baffes quasiment à chacune de ses interventions, cette fois on grimpe au niveau supérieur, ce sont des envies de meurtres qui me passaient par la tête. J’en venais franchement à espérer que les pulsions meurtrières de Jean se retournent contre elle… et Dieu sait qu’il ne manque pas d’arguments pour la zigouiller, un jury populaire pourrait même lui trouver des circonstances atténuantes !

De son côté François relance, au grand dam de son frère, l’affaire Mary Lampson. En parallèle il découvre peu à peu que la femme qu’il aime semble avoir un jardin secret bien plus vaste qu’il ne l’imaginait.

Et pendant ce temps-là, au Liban, Louis, le patriarche du clan Pelletier, se prend d’une soudaine passion pour la boxe. Au point de manager un jeune boxeur, ouvrier de la savonnerie, dont les victoires doivent plus à la chance qu’à de véritables talents pugilistiques.

Bien entendu ce roman vous fera aussi découvrir de nouveaux personnages, j’ai pour ma part eu un coup de cœur pour Petit Louis, un enfant du village de Chevrigny qui va se prendre d’affection pour Hélène. C’est aussi à Chevrigny que nous découvrirons Lambert, un jeune correspondant de presse chargé d’assister Hélène, et Destouches, ingénieur chez Électricité de France chargé de superviser l’évacuation / expulsion des villageois. Un village condamné qui va fortement intéresser le très zélé inspecteur Palmari qui fait de la traque aux médecins avorteurs et autres faiseuses d’anges une affaire personnelle.

Retour à Paris où j’ai eu un faible pour Nine, la très secrète fiancée de Philippe. Ne vous fiez pas à son air effacé, la jeune damoiselle ne manque ni de caractère ni de détermination.

Comme vous pouvez le constater ça part dans tous les sens mais sans jamais embrouiller le lecteur. Pierre Lemaitre tient fermement les rênes de son roman et nous entraîne sur des pentes dûment choisies au rythme adapté à l’intrigue. Selon les situations le ton se fera tantôt sérieux, tantôt plus léger.

Avec ce roman, le formidable talent narratif de Pierre Lemaitre fait mouche, il mène la danse en véritable chef d’orchestre virtuose. Inutile de préciser (mais je le fais quand même) que j’ai déjà hâte de retrouver le clan Pelletier pour la suite de leurs aventures.

Et pendant ce temps-là, tout va bien pour ce brave Joseph…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Thanatea

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Titre : Thanatea
Auteur : Sonja Delzongle
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2023
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Esther quitte la PJ de Lyon et ses deux amies de toujours, Layla et Hélène, pour prendre un nouveau départ en Suisse. Elle va intégrer Thanatea, une entreprise spécialisée dans le funéraire et le suicide assisté.

Rapidement Esther va constater quelques phénomènes étranges ; est-elle en train de complètement perdre pieds ou est-ce que de sombres secrets se cachent derrière Thanatea.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonja Delzongle et que je n’ai pas encore pris le temps de m’intéresser à ses titres autres que ceux de la série Hannah Baxter.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le dernier roman de Sonja Delzongle est avant tout l’histoire de trois femmes, amies d’enfance qui ne sont jamais quitté malgré les épreuves qu’elles ont pu traverser elles sont aujourd’hui toutes les trois officiers à la PJ de Lyon. Le départ d’Esther jette un froid sur le trio mais pour elle quitter la police et s’offrir un nouveau départ, loin de tout, était nécessaire.

Le ton est donné dès les premières pages puisque le roman s’ouvre sur un enterrement. Une de ces trois femmes est morte, ses amies assistent aux funérailles. Qui est la victime ? Comment en est-on arrivé là ?

C’est ce que l’auteure vous invite à découvrir en ramenant le lecteur quelques semaines plus tôt. Le jour où Esther quitte la police pour rejoindre Thanatea en tant que « préposée au café ».

La mort est un commerce comme un autre, nul n’oserait remettre en question l’utilité des entreprises funéraires qui sont un renfort indispensable pour les familles endeuillées. Il est vrai qu’en Suisse, où le suicide assisté est légal en cas de maladie incurable ou fortement invalidante, la chose prend une tout autre dimension.

Thanatea est une de ses entreprises spécialisées à la fois dans le service funéraire et le suicide assisté. C’est aussi le nom de l’île, au large du lac Léman (côté suisse) qui abrite cette infrastructure.

Inutile de vous ruer sur un Atlas ou sur Google Maps, point d’île sur le lac Léman, c’est une invention de l’auteure pour les besoins de son intrigue.

Croyez-moi vous aurez tôt fait d’oublier ce détail et même de vous en accommoder, Sonja Delzongle sait y faire pour brouiller les pistes et rapidement vous vous demanderez si Esther est en train de perdre pied ou s’il se passe vraiment des trucs pas très clairs sur Thanatea…

Parallèlement nous suivrons aussi les parcours de Layla et Hélène, confrontées à la fois à des affaires criminelles à résoudre mais aussi aux difficultés et aux aléas du quotidien.

Si on ne sait pas exactement où tout cela va nous mener, on se laisse toutefois porter par le talent narratif de l’auteure. Au fil des pages et des revirements de situation on va réaliser – à l’instar de Layla et Hélène – que l’on ne connaît vraiment des autres que ce qu’ils veulent bien nous révéler. Chez certaines personnes le fameux « jardin secret » peut s’avérer plus vaste et plus inextricable qu’une forêt tropicale.

Sonja Delzongle sait y faire pour mettre les neurones de ses lecteurs à rude épreuve, vous n’avez pas fini de vos poser des questions et d’être surpris par les révélations en cascade. Une lecture totalement addictive et captivante de bout en bout.

Mon plus grand regret : que l’une de ces trois drôles de dames doive mourir. Et ladite mort surviendra elle aussi de la façon la plus inattendue qui soit.

La mort est un commerce comme un autre… ou pas. Entre de mauvaises mains et pour de mauvaises raisons, les dérives de la thanatopraxie repoussent les limites morales et n’ont plus rien d’honorables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – Néréides

AU MENU DU JOUR


Titre : Néréides
Série : Nathalie Lesage – livre 3
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2023
Origine : France
278 pages

De quoi ça cause ?

Quand Samir, un ami (et accessoirement ex-amant), appelle Nathalie Lesage à la rescousse, elle n’hésite pas à poser quelques jours de congés afin de le rejoindre à Albi.

Samir apprend à Nathalie que sa jeune sœur, étudiante à Albi, a disparu depuis quelques jours. Devant le manque de réactivité de la police locale, Nathalie décide de mener sa propre enquête en sous-marin…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et Christophe Royer. L’occasion de suivre la troisième enquête de Nathalie Lesage dans un nouveau décor et autour d’une nouvelle thématique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Après Paris et Lyon, c’est à Albi que Nathalie Lesage va poser ses bagages le temps d’une nouvelle enquête… mais cette fois ladite enquête n’a aucun caractère officiel, Nathalie répond à l’appel à l’aide d’un ami.

Ledit ami n’est pas un total inconnu pour ceux et celles qui suivent Nathalie Lesage depuis ses débuts. On le croise en effet dans Lésions Intimes, le premier roman de la série. Nathalie et lui seront amants avant qu’elle ne plaque tout pour se ressourcer en Irlande.

Il est vrai qu’en arrivant à Albi Nathalie Lesage comptait s’en remettre à ses collègues locaux… mais devant leur immobilisme et une mauvaise volonté évidente, elle va prendre les choses en main avec Samir.

Une fois de plus Christophe Royer confronte ses personnages aux perversions les plus sombres de l’âme humaine. J’avoue sans la moindre gêne que toute la thématique autour de la Magia Sexualis m’est complètement passé au-dessus de la tête (je pense pourtant être un esprit plutôt ouvert, mais il y a tout de même des limites à ne pas franchir). Heureusement cela ne m’a nullement empêché de profiter pleinement de l’intrigue.

Au chapitre des retrouvailles j’ai aussi apprécié de voir que Cyrille, le jeune collègue de Nathalie à Lyon allait lui aussi être de la partie. Une enquête au cours de laquelle il paiera de sa personne entre les griffes du sadique Monsieur Etienne.

Autre belle rencontre avec Lucie Dubrac, une sympathique grand-mère qui n’a jamais vraiment perdu espoir de retrouver sa petite-fille disparue après avoir été contactée par cette mystérieuse école de magie albigeoise.

L’intrigue est bien menée et bien documentée, même si elle ne nous réserve pas vraiment de grosses surprises (hormis la motivation de ceux qui se cachent derrière les enlèvements). On prend plaisir à suivre Nathalie et Samir, leurs réactions parfois impulsives et irraisonnées peuvent se justifier par l’absence de cadre légal à leur action et leur implication personnelle.

Les chapitres sont courts, le style ne s’embarrasse de fioritures, tout est fait – et bien fait – pour que le lecteur soit en totale immersion au cœur de l’action.

Un roman dévoré d’une traite (comme souvent quand j’ai un titre des éditions Taurnada entre les mains). Sans surprise je serai au rendez-vous pour la prochaine enquête (annoncée dans les remerciements) de Nathalie Lesage.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mo Malo – Bienvenue Chez Les Corrigan !

AU MENU DU JOUR


Titre : Bienvenue Chez Les Corrigan !
Série : La Breizh Brigade – Livre 1
Auteur : Mo Malo
Éditeur : Les Escales
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Le Manoir des Corrigan est une maison d’hôtes de Saint Malo tenue par trois générations de femmes au caractère bien trempée. Sur le papier c’est Maggie, la pétillante doyenne, qui gère le domaine, mais elle peut heureusement compter sur l’aide de sa fille et de sa petite-fille, Louise et Enora.

Quand le corps sans vie d’un joueur de cornemuse est retrouvé dans la maison d’hôte voisine (et concurrente), les Corrigan vont reformer la Breizh Brigade afin de mener leur propre enquête sur ce meurtre.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Mo Malo qui prend les rênes de cette nouvelle invitation au voyage. Bye bye le Groenland et bienvenue en Bretagne, à Saint Malo plus précisément.

C’est aussi pour moi une façon comme une autre de faire honneur mes lointaines origines bretonnes.

Ma Chronique

J’avoue avoir été quelque peu surpris que ce soit sous le pseudo de Mo Malo que l’auteur se lançai dans l’aventure bretonne avec sa Breizh Brigade. D’un autre côté, le choix du pseudo étant un hommage à ses origines bretonnes, ceci explique sans doute cela.

Une aventure qui l’entraîne bien loin du Groenland où il nous avait habitué à suivre les tumultueuses enquêtes de Qaanaaq Adriensen et son équipe.

Les côtes bretonnes offrent un paysage plus apaisé, de fait l’auteur abandonne les côtes escarpées du thriller pur et dur pour les chemins champêtres du cosy crime (ou cosy mystery). Des enquêtes plus légères qui laissent une belle place à l’humour et généralement portées par des personnages haut en couleurs.

Nul doute que le trio féminin intergénérationnel constitué par les Corrigan entre parfaitement dans le cadre. La doyenne, Maggie, à l’aube de ses 70 ans, n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Son âge ne l’empêche nullement de consommer sans modération les amants et les verres de whiskey irlandais. Louise, la fille, institutrice de profession, est certes plus effacée mais rien n’échappe à son œil de lynx. Enora, la petite fille, suit des études vétérinaires, la rousse flamboyante déborde d’énergie et vit dans l’ombre sa propre histoire secrète.

Quand un macchabée est retrouvé dans une position pour le moins inattendue dans une chambre de la maison d’hôtes voisines, les Corrigan décident de reformer la Breizh Brigade pour mener leur propre enquête. N’allez surtout pas croire que les Corrigan veulent protéger la réputation de leur voisin et néanmoins rival… une vieille et tenace animosité sépare les deux familles. En fait les Corrigan espèrent surtout protéger leurs arrières en s’octroyant un droit de regard sur l’enquête officielle.

Pour cette première immersion dans le cosy crime, Mo Malo tire parfaitement son épingle du jeu, grandement aidé par son trio d’enquêtrices qui ne devrait laisser personne indifférent, mais aussi à grand renforts de personnages secondaires mitonnés aux petits oignons.

Si l’intrigue à proprement parler ne devrait pas provoquer de brusques poussées d’adrénaline, elle n’en reste pas moins bien menée. Pas de grosse surprise, ni de brusque revirement de situation au menu des festivités, mais cela ne devrait pas empêcher le lecteur de suivre l’affaire avec un intérêt amusé.

Comme beaucoup si on me demandait de citer une auteure d’outre-Manche considérée comme une « Reine du Crime », c’est le nom d’Agatha Christie qui me viendrait à l’esprit. Chez les Corrigan toutefois on ne jure que par L.T. Meade, une prolifique auteure irlandaise qui put prétendre à la couronne bien avant sa cadette britannique.

Un second opus devrait être publié dans les prochaines semaines, je serai bien entendu fidèle au poste pour découvrir la suite des aventures de la Breizh Brigade. Et après ? Seul Mo Malo est en mesure de répondre à cette question. Pour ma part je ne désespère pas de le voir chausser à nouveau les raquettes pour un retour au Groenland, en attendant laissons Qaanaaq profiter d’un repos bien mérité.

Ce n’est sans doute pas totalement un hasard si le nom de famille Corrigan est proche des Korrigan, terme qui, dans la culture traditionnelle bretonne (et celte), désigne des lutins capables du meilleur comme du pire.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Michaël Mention – Les Gentils

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Gentils
Auteur : Michaël Mention
Éditeur : Belfond
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Franck Lombard avait tout pour être heureux, un métier qui est aussi une passion, une femme qu’il adore et une petite fille dont il est raide dingue.

Tout bascule un jour de juin 1977. Un braquage minable qui tourne mal, la gamine est mortellement blessée alors que le braqueur prend la fuite. Face au drame, le couple se délite.

Un an plus tard, l’enquête de police est au point mort. Les policiers ont une description sommaire du braqueur, seul réel signe distinctif : le A d’anarchie tatoué sur une épaule.

Franck décide alors de mener sa propre enquête pour trouver et éliminer l’assassin de sa fille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Michaël Mention. Je reconnais volontiers ne pas avoir tout lu de l’auteur (loin de là), parfois par choix, parfois – souvent – par manque de temps, mais les titres que j’ai lus ne m’ont jamais laissé indifférent, certains m’ont même fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Perdre son enfant est sans aucun doute l’épreuve la plus terrible qui puisse arriver à un couple, plus encore quand la mort de l’enfant est provoquée par un tiers. Et encore plus encore (pas très français tout ça), quand le tiers en question n’est pas identifié par la police.

Deuil impossible, soif de vengeance, jusqu’à l’obsession… jusqu’à la folie. Ainsi pourrait se résumer la quête de Franck, mais ce serait trop réducteur pour le roman de Michaël Mention.

L’auteur situe son intrigue en 1978, un choix qui ne doit rien au hasard pour que la fiction rejoigne l’Histoire dans les derniers chapitres du bouquin. C’est aussi l’occasion pour Michaël Mention de crier haut et fort son amour de la musique, et plus particulièrement du rock, tout comme son héros tourmenté. Au fil des chapitres, Franck se laissera porter par le son de The Doors, Lynyrd Skynyrd, The Who ou encore AC/DC (période Bon Scott), mais aussi par les mélodies de Serge Gainsbourg, Barbara ou Brassens.

La traque obsessionnelle de Franck le mènera de Paris à Marseille, avant de décoller pour la Guyane et enfin rejoindre le Guyana. L’association Guyana et 1978 a immédiatement fait passer tous mes signaux au rouge et m’a orienté vers un final quasi inévitable (la suite me donnera raison).

Si au cours de son périple Franck fera quelques belles rencontres, force est de constater qu’il est un véritable aimant à emmerdes et attire à lui bien des individus peu recommandables. Plus d’une fois il risquera sa vie, mais jamais il ne renoncera. Pour se motiver, il s’accroche à des échanges imaginaires avec sa fille.

Sans forcément adhérer à la traque de Franck (d’autant que l’on a aucune certitude qu’il en a après la bonne personne), son parcours nous vrille les tripes. Et même quand l’intrigue flirte avec l’improbable, on a envie d’y croire. À croire que l’obsession de Franck est contagieuse…

Pour construire son roman, Michaël Mention opte pour des chapitres courts, taillés à la machette, tout comme le phrasé qu’il emploie. On prend les mots comme autant de baffes dans la tronche. Le talent narratif de l’auteur nous fait rapidement oublier d’éventuels bémols.

Avec ce roman, le quatorzième depuis 2008, Michaël Mention confirme qu’il a une plume unique en son genre, capable de transformer en or tout ce qu’il touche (avec Jeudi Noir il a même réussi à me faire lire un bouquin dont l’intrigue tourne autour du foot).

MON VERDICT

Coup de poing