[BOUQUINS] Pascale et Gilles Legardinier – Comme Une Ombre

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P. & G. Legardinier - Comme Une Ombre (2018)
Titre : Comme Une Ombre
Auteurs : Pascale & Gilles Legardinier
Éditeur : J’Ai Lu
Parution : Réédition 2018 / Première édition 2001
Origine : France
285 pages

De quoi ça cause ?

Alexandra Dickinson est la fille d’un riche homme d’affaires. Elle aime parcourir le monde en toute liberté tout en cherchant sa voie. Par prudence son père lui impose la présence d’un garde du corps, une protection qui insupporte la jeune femme tant et si bien qu’elle s’échine à les pousser à bout, l’un après l’autre…

Tom Drake, un soldat d’élite prometteur, mais impulsif, est le nouveau garde du corps affecté à la protection d’Alexandra. Il est bien décidé à accomplir son devoir envers et contre tout, et surtout déterminé à ne pas s’en laisser conter par sa cliente qu’il considère une gamine pourrie gâtée…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Par pure curiosité… rien à ajouter pour ma défense.

Ma chronique

À la base le bouquin est né d’un pari un peu fou de Gilles Legardinier à son éditeur : l’auteur s’est en effet engagé à écrire une romance à la sauce Barbara Cartland ; un défi pas aussi simple qu’il n’y paraît. Heureusement, Gilles pourra compter sur l’aide de sa femme qui apportera la touche féminine nécessaire à la réussite d’une telle entreprise.

Initialement paru en 2001 chez J’Ai Lu, dans la collection Amour et Destin, avec une couverture dégoulinante de mièvrerie (la preuve en image ci-dessous). Gilles et Pascale ont décidé de lui offrir une seconde jeunesse en l’actualisant pour l’occasion.

Comme Une Ombre (2001)

Bref, Gilles vous expliquera (bien mieux que moi) toute la genèse de ce bouquin dans son introduction. Le fait est que je suis clairement hors de ma zone de confort avec ce genre de bouquin ; pire même, c’est un genre que j’exècre au plus haut point.

Rien à redire le défi a été remporté haut la main. On retrouve tous les ingrédients qui font mouiller les midinettes adeptes de romance sauce guimauve ; les héros sont des archétypes du genre, bourrés de clichés faciles, l’intrigue est d’une platitude absolue et manque totalement de crédibilité, les dialogues sonnent faux. Encéphalogramme plat, bref, c’est creux et vide, deux qualités qui font le succès des collections Harlequin et consorts…

Il faut quasiment attendre la moitié du bouquin pour que la véritable intrigue démarre enfin, et encore, même dans le feu de l’action la sauce ne prend pas, on voit venir de loin les quelques revirements de situation censés surprendre la greluche en mal de sensations fortes.

Le roman n’est pas bien long, mais je dois avouer que j’ai eu du mal à le terminer, seule la qualité de l’écriture m’a permis d’aller jusqu’au bout du supplice (bon OK le mot est peut-être une peu fort), entre ronchonnements et soupirs de désespoir.

Pari gagné pour Pascale et Gilles Legardinier, quant à moi il est évident que je reste totalement hermétique au genre. J’aurai largement préféré que les auteurs forcent le trait et jouent la carte de la parodie, mais tel n’était pas l’enjeu de leur défi. Dommage…

J’aurai peut-être pu me montrer plus indulgent dans ma chronique si je n’avais pas lu Le Premier Miracle de Gilles Legardinier ; sachant ce qu’il est capable de produire en matière de récit d’aventures, je ne peux que trouver le présent bouquin bien fade en comparaison.

Mon verdict final prendra en compte le pari initial de l’auteur, Gilles et son épouse ne sont pas à blâmer, ils ont fait exactement ce qu’ils s’étaient engagés à faire…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Mon Ombre Assassine

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E. Tharreau - Mon ombre assassine
Titre : Mon Ombre Assassine
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
260 pages

De quoi ça cause ?

Nadège Solignac, une jeune institutrice, a-t-elle tué Fabien Bianchi en état de légitime défense comme elle l’affirme, ou s’agit-il d’un crime mûrement réfléchi et préparé ? C’est la question à laquelle la justice doit répondre.

En attendant son jugement, Nadège nous livre sa vérité, sa confession…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais repéré ce titre dans le catalogue des éditions Taurnada. L’éditeur, par le biais de Joël, m’ayant proposé de le découvrir en avant-première (parution le 17 janvier), j’ai sauté sur l’occasion.

Ma chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Estelle Tharreau nous place dans la peau d’un serial killer au féminin, pour le lecteur la question de la culpabilité de Nadège Solignac ne se pose pas, en effet la narratrice annonce la couleur dès les premières lignes de son récit.

Dans ce genre de récit, pour que la sauce prenne il faut que la narration soit parfaitement maîtrisée ; l’auteure réussit un véritable coup de maître en la matière. Le récit de Nadège est glaçant de réalisme, la jeune femme est hermétique à toute forme d’empathie, son analyse des événements est d’une incroyable froideur, presque déshumanisée.

La grande force du personnage de Nadège Solignac (et donc du roman) réside dans le contraste entre l’image qu’elle renvoie (une jeune femme appréciée de tous et toujours disposée à rendre service aux autres) et sa véritable nature (non seulement une tueuse en série, mais aussi une redoutable manipulatrice).

Le récit de Nadège est entrecoupé d’extraits de journaux et procès-verbaux d’audition. Si Nadège attend avec un certain détachement le verdict, son avocate va tout mettre en branle pour la faire innocenter alors que l’officier en charge de l’enquête est de plus en plus convaincue qu’elle est coupable.

Difficile d’éprouver la moindre sympathie pour le personnage de Nadège, ni même de lui trouver des excuses ; et pourtant on a du mal à lâcher le bouquin (pour ma part je l’ai quasiment lu d’une traite), on en arriverait même presque à espérer qu’elle passe à travers les mailles du filet. Alors verdict ? Ne comptez pas sur moi pour vous révéler la fin du roman !

Pour moi ce roman est une totale réussite, une lecture captivante, mais aussi un tantinet flippante.

Morceau choisi : comment Nadège voit un chat ?

Un chat. Oui, un simple chat ! J’entends d’ici vos rires et imagine aisément votre déception. Mais vous n’êtes pas comme moi. Vous ne voyez que le petit animal de compagnie docile qui ronronne devant son bol de croquettes. Mais ne vous méprenez pas sur cette bête que vous pourriez tuer de vos propres mains.
Il n’a aucunement besoin de vous pour vivre. Contrairement à vous, il ne craint pas la solitude. Il est mille fois plus rusé que vous. Vous ne l’entendez pas s’approcher de vous. Il peut vous entailler la chair et vous crever les yeux avant que vous n’ayez compris ses intentions. Il peut vous échapper avant que vous n’ayez esquissé le moindre mouvement. Il peut vous faire beaucoup de mal avant de rendre les armes. Une inoffensive petite boule de poils dont vous ne saurez jamais avec certitude ce qui se cache derrière ses yeux étranges.

J’en arriverai presque à flipper en regardant mon chat…

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Sébastien Lepetit – Il Y Aura Du Sang Sur La Neige

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S. Lepetit - Il y aura du sang sur la neige
Titre : Il Y Aura Du Sang Sur La Neige
Auteur : Sébastien Lepetit
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
280 pages

De quoi ça cause ?

Michel Pupillin, l’organisateur de la Transjurassienne, fait appel au commissaire Morteau suite à des menaces reçues qui promettent « du sang sur la neige« .

Quand un premier compétiteur, parmi les favoris de la course, est assassiné, Morteau et son adjoint, le lieutenant Monceau, vont enquêter dans un milieu où l’entente est loin d’être cordiale entre les sportifs…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir, une maison d’édition chère à mon cœur.

Parce que Sébastien Lepetit est l’un des rares auteurs de l’éditeur que je n’aie pas encore eu l’occasion de lire.

Bien qu’on me l’ait offert, je l’ai tout de même récupéré via Net Galley.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Flamant Noir (et tout particulièrement Nathalie) et Net Galley qui me donnent l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas encore.

Après Cross l’éditeur reste dans le polar sportif, mais exit les baskets, cette fois c’est sur des skis que ça se passe ; quelques jours avant que ne soit donné le départ de la Transjurassienne, une course de fond particulièrement éprouvante.

C’est le troisième roman mettant en scène le commissaire Morteau, même si, comme je l’ai indiqué plus haut, c’est pour moi une découverte.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Morteau, sous ses airs de flic bourru se cache un être profondément humain qui aime profiter de la bonne chère (et il faut dire qu’il a un sacré coup de fourchette) et de la dive bouteille (là encore il ne manque pas de répondant).

Face à la force tranquille du vieux flic, on trouve l’impétuosité de son jeune lieutenant qui voudrait toujours que les choses avancent plus vite. Mais à force de foncer tête baissée, on peut rater quelques détails importants.

Si l’auteur mise beaucoup sur ses personnages, il ne néglige pas pour autant l’enquête de police ; mais il est vrai que le commissaire Morteau pourrait avoir pour devise « qui veut aller loin ménage sa monture« . Il enquête à son rythme, entre deux repas pantagruéliques, et prend son temps avant de tirer ses conclusions. Faut pas être pressé, mais la méthode a fait ses preuves…

Même si on est plus proche du rythme de Maigret que de celui d’un Jack Bauer (24 Heures), on ne s’ennuie pas une minute en suivant l’ami Morteau ; bien au contraire, ses digressions font partie intégrante du charme inné de ce bouquin. Il n’en reste pas moins que l’on se prend au jeu, à l’instar de Morteau et Monceau, on alterne entre les suspects au gré des indices et soupçons…

À la lecture du roman, on sent que Sébastien, tout comme son flegmatique commissaire, est un amoureux de sa région. Il en parle si bien que nous ne pouvons que nous aussi être sous le charme de la beauté de ses paysages et de la richesse de sa gastronomie (sans mentir, j’en ai parfois eu l’eau à la bouche).

Ce roman fut une belle découverte, non seulement il m’a donné envie d’aller plus avant en compagnie du commissaire Morteau, mais il s’inscrit parfaitement dans le label qualité cher au Flamant Noir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sébastien Raizer – 3 Minutes, 7 Secondes

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S. Raizer - 3 minutes, 7 secondes
Titre : 3 Minutes, 7 Secondes
Auteur : Sébastien Raizer
Éditeur : La Manufacture De Livre
Parution : 2018
Origine : France
107 pages

De quoi ça cause ?

Le vol MU729 décolle de Shanghai à destination d’Osaka. Un vol de routine jusqu’à ce que le commandant de bord apprenne que son appareil a été pris pour cible par un missile balistique nord-coréen.

L’impact est inévitable. Il reste à l’équipage et aux passagers un peu plus de 3 minutes à vivre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un titre qui doit beaucoup au hasard. Jamais entendu parler de ce titre jusqu’à ce que lise un avis de Lau Lo qui a attisé ma curiosité.

Ma chronique

L’idée de départ était plutôt prometteuse, restait à savoir comment Sébastien Raizer allait l’exploiter. La solution de « facilité » eut été de tout miser sur le scénario catastrophe, l’auteur a opté pour une approche plus humaine et plus intimiste (voire introspectif).

C’est d’abord le commandant de bord, Nomura, qui apprendra la terrible nouvelle. Suivront son second, Sagawa, et le personnel naviguant (deux stewards et deux hôtesses).

Un passager, Glenn Wang, concepteur de jeux vidéo, apprendra à son tour la nouvelle un peu par hasard. Quant à Yan Van Welde, photographe professionnel, il ne saura jamais si la menace était bien réelle ou s’il s’agissait d’une mauvaise blague.

C’est autour de ces quelques personnages que Sébastien Raizer va construire son récit (difficile de parler d’intrigue dans le cas présent) en nous plongeant dans leurs pensées et leurs réflexions alors qu’ils vivent leurs derniers instants. Malheureusement j’ai trouvé que l’ensemble de ces introspections sonnaient trop artificiels.

Une approche osée que l’auteur maîtrise parfaitement. Par contre cette approche se fait au détriment du rythme, l’écriture est belle, mais l’encéphalogramme reste désespérément plat de la première à la dernière page.

Un bel exercice de style, mais j’aurai aimé un récit plus vivant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Loison – Chimères

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L. Loison - Chimères
Titre : Chimères
Auteur : Laurent Loison
Éditeur : Auto-édition
Parution : 2018
Origine : France
426 pages

De quoi ça cause ?

Les forêts d’Île-de-France, seraient-elles devenues le terrain de chasse privilégié d’un ou plusieurs violeurs en série ? La liste des victimes s’allonge, si le mode opératoire reste globalement le même, les viols sont de plus en plus brutaux…

Justine Lasserre est la nouvelle recrue du quotidien Les Nouvelles, assistée de Jérémy Louvier, un collaborateur du journal, elle va enquêter sur cette sordide affaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça faisait quelque temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de Laurent Loison.

Cette exclusivité numérique était l’occasion rêvée, d’autant que 14 blogueuses y ont apporté leur grain de sel ; dont certaines que je « connais » via Facebbok ou la blogosphère.

Ma chronique

Commençons par les choses qui fâchent, en l’occurrence LA chose. Depuis que je lis en numérique j’ai croisé des bouquins plus ou moins aboutis (techniquement parlant) mais force est de constater qu’au fil du temps la qualité de l’offre numérique tend à s’améliorer. Chimères de Laurent Loison est malheureusement l’exception qui vient confirmer la règle ; sans mentir, je peux affirmer que c’est le bouquin le moins bien finalisé qu’il m’ait été donné de lire, on frôle le foutage de gueule (cf mon Coup de gueule en fin de chronique).

Grosse déception sur ce point, c’est d’autant plus regrettable que c’est le seul véritable reproche que j’ai à faire à ce bouquin. Impossible toutefois de faire comme s’il n’existait pas, on est carrément dans le vice de construction ; n’ayons pas peur des mots et usons du jargon juridique : « le bien (livre) est impropre à sa destination finale (lecture) ».

Pour son roman Laurent Loison s’est entouré de 14 blogueuses (choisies par tirage au sort parmi un panel de volontaires), si j’ai bien tout compris chacune devait proposer le portrait d’une victime (vous l’aurez compris, il y aura 14 victimes) qu’il livrera ensuite aux griffes de son (ses) violeur(s).

Peut-être vous demandez vous si avec 14 scènes de viols ça ne devient pas un peu redondant au bout d’un moment, eh bien non. L’auteur évite de nous rabâcher 14 fois la même chose, il fait un rapide tour d’horizon des points communs à chaque crime avant de mettre l’accent sur les différences d’une scène à l’autre. Différences qui consistent à aller crescendo dans la violence et l’humiliation… et je confirme, il faut parfois avoir le cœur bien accroché !

Proposer une enquête menée par deux journalistes nous change des flics et autres détectives. Enquête qui consiste essentiellement à croiser les témoignages et en tirer des conclusions de plus en plus glaçantes. À ce titre l’intrigue est rondement menée par l’auteur, en véritable chef d’orchestre il dirige ses personnages et balade (et occasionnellement égare) le lecteur. On se pose les mêmes questions que nos enquêteurs en herbe, on échafaude des théories avec eux et on essaye même de les doubler en découvrant la vérité avant eux. On doute, on émet une hypothèse que l’on remet en question et de nouveau on doute… impossible de ne pas se prendre au jeu.

Les personnages de Justine et Jérémy sont attachants, à la jeune femme sure d’elle et fonceuse (un peu trop parfois) s’oppose un jeune homme tout en réserve. Deux personnages qui vont s’avérer complémentaires. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences…

Les autres personnages ne sont pas pour autant laissés pour compte. Qu’il s’agisse de l’équipe des Nouvelles (j’ai adoré le boss grippe-sou comme pas deux) ou des « vrais » enquêteurs qui viendront renforcer l’équipe devant l’ampleur de la tâche.

La construction du bouquin est intéressante. L’essentiel des chapitres se consacre au suivi chronologique de l’intrigue principale, mais d’autres intitulés Dialogue, Interlude ou encore LX viennent s’intercaler dans le déroulé de l’histoire. On comprend clairement le rôle de certains, pour d’autres ça ne saute pas aux yeux de prime abord, mais les choses se mettront en place progressivement et tout finira par s’imbriquer impeccablement. Bien malin quand toutes les pièces du puzzle celui ou celle qui pourra dire en toute honnêteté, j’en étais sûr(e) !

Au cas où certains détails vous auraient échappés lors de cet ultime retournement de situation, l’auteur nous donne quelques explications complémentaires dans son épilogue.

La narration apporte aussi sa touche d’originalité, qui est donc la narratrice ? Et d’ailleurs est-on bien sûr qu’il s’agisse d’une narratrice ? Une narratrice (?) qui n’hésite pas à interpeller directement le lecteur qui, de fait, n’aura de cesse de se demander qui se cache derrière le masque. Laurent Loison sème çà et là quelques indices, avec pour seul résultat de nous faire douter encore davantage ; même quand il vend la mèche (et ça m’étonnerait que ce soit involontaire) on continue de douter… tout simplement parce que ça ne colle pas avec ce que l’on sait (ou à tout le moins avec ce que l’on croit savoir).

Un thriller d’une redoutable efficacité qui a, en plus, le mérite de tirer son épingle du jeu par son originalité. Au risque de me répéter, quel dommage que l’aspect technique bâclé gâche une partie du plaisir.

Coup de gueule : irrespect ou foutage de gueule ?

Sympathique initiative de l’auteur de nous proposer une exclusivité numérique à petit prix (moins de 4 €), mais l’on aurait apprécié encore davantage si le texte avait été relu avant diffusion. Il reste en effet une palanquée de fautes en tout genre (orthographe, conjugaison, ponctuation, typographie…) dont certaines sautent aux yeux… et d’autres piquent franchement les yeux (ex. ils attinrent le bureau au lieu de ils atteignirent le bureau).

C’est d’autant plus dommage qu’un simple passage au correcteur de Word aurait permis de corriger les fautes les plus flagrantes (sérieux, ils attinrent…, c’est juste impossible de faire l’impasse là-dessus). Ça aurait pris dix petites minutes et tout le monde aurait été gagnant (l’auteur ne perdait pas en crédibilité, le lecteur évitait les irritations oculaires).

Le code du fichier aurait lui aussi mérité une revisite (même si je conçois volontiers qu’un auteur puisse ne pas avoir de connaissances en la matière) ; avant d’attaquer le roman, j’ai passé quasiment une journée à nettoyer et homogénéiser le code. La feuille de style initiale faisait plus de 800 lignes, après nettoyage elle en compte moins de 200 ; ça vous donne une idée de nombre de styles inutiles et/ou redondants.

Dans son épilogue, l’auteur nous invite à suivre un lien vers un article fort intéressant, sauf que ledit lien ne fonctionne pas. Heureusement j’ai pu retrouver l’article en question et corriger le problème.

De même, je n’ai pas très bien compris pourquoi le fichier intégrait deux éléments graphiques inutiles (et sans aucun intérêt)… mais à vrai dire je n’en étais plus à ça près !

Je veux bien être tolérant quand il s’agit d’un jeune auteur qui cherche à se faire connaître en autoéditant son premier roman (c’est en forgeant qu’on devient forgeron), mais de la part d’un auteur confirmé la pilule est nettement plus dure à avaler. J’hésite entre un manque total de respect des lecteurs ou un simple foutage de gueule ; qu’on ne vienne pas me parler d’un oubli ou autre excuse à deux balles…

Il m’a donc semblé parfaitement légitime (voire impératif) de sanctionner ces désagréments au moment de noter le bouquin ; c’est pourquoi j’ai retiré un point à mon verdict final (initialement j’envisageais de diviser la note par deux, ce que j’aurai fait sans la moindre hésitation si je n’avais pas été en mesure de retoucher le fichier) et je m’interdis de lui attribuer un top Coup de poing qu’il aurait pourtant mérité.

Ça n’empêchera certainement pas Laurent Loison de dormir sur ses deux oreilles, mais je serais malhonnête si je n’attirais pas l’attention des futurs acheteurs / lecteurs sur ces défauts loin d’être mineurs. J’ose toutefois espérer que ces remarques permettront à l’auteur de rectifier rapidement le tir afin de proposer à ses lecteurs un ebook digne de ce nom…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cédric Cham – Le Fruit De Mes Entrailles

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C. Cham - Le Fruit De Mes Entrailles

Titre : Le Fruit De Mes Entrailles
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2018
Origine : France
280 pages

De quoi ça cause ?

Simon Vrinks purge une peine de prison pour plusieurs braquages. Un détenu sans histoire jusqu’à ce qu’il apprenne, par son ex-compagne, que leur fille, Manon, a été assassinée. Il décide alors de s’évader pour retrouver et éliminer les coupables.

Amia est une jeune femme tombée entre les griffes d’un sordide réseau de prostitution. Elle s’était résignée à son triste sort jusqu’à ce qu’elle découvre qu’elle était enceinte. Pour elle il n’y a plus qu’une issue possible : la fuite.

Alice Krieg est flic en charge de l’enquête sur l’évasion de Vrinks. Une jeune femme solitaire qui se donne à fond pour son boulot ; sauf que le coeur n’y est plus vraiment depuis qu’elle sait qu’une tumeur pousse en elle.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai découvert Cédric Cham avec Des Barbelés Sur Le Cœur, son précédent roman, un bouquin qui m’avait pris aux tripes de la première à la dernière page.

Un changement d’éditeur (il a quitté Fleur Sauvage pour rejoindre Jigal) et un nouveau roman plus tard, il me tardait de déguster le cru 2018… en espérant qu’il n’ait perdu si sa noirceur, ni son punch.

Ma chronique

Il y a bien longtemps que je ne prête plus vraiment attention aux bandeaux qui figurent sur la couv’ des bouquins, mais je dois toutefois reconnaître que ces trois mots « Noir et sauvage » ont eu le don de titiller ma curiosité. Restait à découvrir si le ramage se rapportait au plumage…

Et la réponse est oui, Cédric Cham est bel et bien une grande plume de la littérature policière francophone. Il n’a pas à rougir face aux grands noms du genre (je pense notamment à Maxime Chattam Franck Thilliez ou encore Jean-Christophe Grangé).

Si les intrigues de Cédric Cham sont moins denses que celles de certains de ses pairs, je peux toutefois vous assurer qu’elles sont tout aussi intenses. Comme dirait l’autre, ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Ou encore (mais là je crains que ce soit pure invention de ma part) : ce n’est pas la longueur du manche qui fait la qualité de l’outil… Voilà, voilà, ça, c’est fait !

Un roman qui doit énormément à ses personnages. À commencer par Vrinks, ancien caïd du grand banditisme qui purge sa peine sans faire de vagues, tant et si bien qu’il y a de fortes chances qu’il bénéficie d’une libération anticipée. C’est la mort violente de sa fille qui le poussera à s’évader sans délai, mû à la fois par une forte envie de justice et de vengeance, mais aussi par un profond sentiment de culpabilité et d’échec…

C’est au cours de sa cavale qu’il croisera la route d’Amia, une jeune prostituée qui fuit son passé pour essayer d’offrir une vie meilleure à l’enfant qu’elle porte.

Ensemble ils vont pénétrer dans un univers de plus en plus sordide où règnent les plus bas instincts du genre humain. Un monde où tout s’achète, même l’humain devient une simple marchandise dont l’acheteur peut disposer à sa guise.

De l’autre côté de la barrière, il y a Alice, lieutenant à la BRF (Brigade de Recherche des Fugitifs), une jeune femme solitaire qui se donne cœur et âme à son job ; sauf que le cœur n’y est plus trop depuis qu’elle a appris qu’elle a une tumeur. Et pourtant elle sait qu’elle ne doit rien lâcher dans le dossier Vrinks…

D’autres personnages gravitent autour de nos trois héros. Ainsi Vrinks et Amia pourront compter sur le soutien indéfectible de Angelo, un ami fidèle qui ne manque pas de ressources, mais aussi un bonhomme haut en couleur. Quant à Alice, elle bénéficie de l’appui sans faille de son groupe, à commencer par son adjoint, Ibar.

Des personnages à la fois forts et fragiles, Cédric Cham à un incroyable talent pour faire ressortir le côté humain de ses personnages. Même quand ce ne sont pas de blanches colombes, on ne peut que ressentir une profonde empathie pour eux.

L’auteur nous plonge dans le vif du sujet d’entrée de jeu, en quelques chapitres (aussi courts que percutants) le décor est planté et les acteurs en place. Action ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne manquera pas d’action, c’est à peine si on a le temps de reprendre notre souffle entre deux scènes. Cédric Cham nous prend aux tripes et nous les vrille jusqu’au clap de fin.

Le bandeau nous vendait du noir et du sauvage, je peux vous assurer que la promesse est largement tenue et que le bouquin va même bien au-delà. L’intrigue est parfaitement maîtrisée, il n’y a pas grand-chose à ajouter et pourtant j’aurai aimé quelques chapitres de plus… juste pour profiter de la compagnie de Vrinks, Amia et Alice, même si faire un bout de chemin avec eux n’est pas de tout repos et peut s’avérer nerveusement éprouvant.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Johnny, Quelque Part Un Aigle

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P. Billon - Johnny...
Titre : Johnny, Quelque Part Un Aigle
Auteur : Pierre Billon
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2018
Origine : France
192 pages

De quoi ça cause ?

Pierre Billon nous raconte ses quarante années d’amitié avec Johnny, mais pas que… Il nous parle aussi de lui, de ses rencontres avec les grands noms de la scène musicale française et internationale.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour marquer le coup du premier anniversaire de la disparation de Johnny Hallyday (OK, je suis un peu à la bourre, mais c’est l’intention qui compte).

Je voulais un bouquin qui ne pue pas trop le racolage bassement marketing, le témoignage d’un pote de longue date me semblait idéal.

Je ne voulais pas non plus un pavé du genre Tout Johnny pour les Nuls, une fois de plus le bouquin de Pierre Billon correspondait pile-poil à ma recherche.

NetGalley ayant accepté ma demande, je n’avais plus qu’à me lancer.

Ma chronique

Je remercie les éditions Harper Collins et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation sur ce titre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble important de signaler que ce bouquin n’est pas une énième biographie de Johnny Hallyday ; Pierre Billon parle d’abord de lui et de ses quarante années d’amitiés avec Johnny, mais aussi de leur collaboration professionnelle et de leur passion commune pour le rock’n’roll et la moto.

Faut-il absolument être fan de Johnny pour lire ce bouquin ? Pas forcément fan inconditionnel, mais il faut quand même avoir un minimum d’intérêt pour le personnage. Donc oui, c’est quand même un public bien spécifique qui est visé.

Avant de rencontrer Johnny et de devenir son directeur artistique, Pierre Billon a travaillé et participé activement au lancement de la carrière d’un de ses amis d’enfance, un certain Michel Sardou (qu’il retrouvera des années plus tard pour la production de son dernier album et de sa dernière tournée).

Dès son plus jeune âge Pierre Billon a baigné dans le monde du spectacle, ses parents faisaient tourner un cabaret à Montmartre. Des artistes comme Georges Brassens ou encore Édith Piaf sont venus le border avant d’entamer leur tour de chant. Et ce n’est que le début, vous en croiserez du beau monde au fil des pages et des anecdotes.

Et justement les anecdotes constituent le point fort de ce récit. On y découvre un Johnny sans fard ni artifice, au-delà de l’artiste c’est le pote et le complice, l’homme qu’il était hors de la lumière des projecteurs, que Pierre Billon veut nous faire connaître.

Des anecdotes souvent drôles, parfois émouvantes (j’avoue avoir lâché une larme en parcourant le dernier chapitre) ; entre les enregistrements en studios, les concerts toujours plus dingues, les virées en moto, mais aussi et surtout les scènes de la vie quotidienne.

Un bouquin court, mais qui se suffit à lui-même, avec un superbe cahier photo de 24 planches pour finir en beauté (à visionner sur l’ordi plutôt que sur la liseuse). Je me permets d’ailleurs de clore cette chronique avec une photo empruntée au bouquin.

Pour moi comme pour tous ceux qui le connaissent, Johnny est indestructible.

Un bel hommage qui fait oublier toutes les polémiques et querelles autour de ces histoires d’héritage.

Un bouquin qui me donne envie de pencher enfin sérieusement sur le dernier album de Johnny ; à ce jour je l’ai écouté une ou deux fois en faisant autre chose, si je dois en parler ici il faut que communie avec lui (aucun bruit et aucune activité parasites, juste l’écoute de l’album et après lâcher mon ressenti en le réécoutant).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Le Diable Du Ciel

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L. Obertone - Le Diable du Ciel
Titre : Le Diable Du Ciel
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Ring
Parution : France
Origine : 2017
280 pages

De quoi ça cause ?

24 mars 2015. Un A320 de la compagnie Germanwings s’écrase dans les Alpes du Sud françaises. Un agent du BEA est dépêché sur place afin d’identifier les causes possibles de ce crash inexplicable.

Quand il apprendra que le crash est un acte volontaire du copilote, Andreas Lubitz, il va tout mettre en oeuvre pour essayer de comprendre le pourquoi du comment d’un tel acte. Il va ainsi mener une enquête approfondie, mais éprouvante…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Bonne question. Le truc qui s’invite sans prévenir alors que je suis en pleine session de rattrapage de la Rentrée Littéraire 2018 (même si je sais pertinemment que je n’en rattraperai que quelques morceaux, condamnant les autres aux tréfonds de mon Stock à Lire Numérique), est justement arrivé ici un peu par hasard…

Ma chronique

Il y a encore quelques (pas si lointaines) années, j’aurai juré que le numérique ne passerait jamais par moi ! À ma décharge à l’époque numérique voulait dire format PDF… Le truc totalement inadapté à la lecture d’un roman. Puis est apparu l’epub qui m’a converti au numérique (comme dirait l’autre : il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis).

Aujourd’hui je ne lis quasiment que des ebooks (bin oui, pas de place pour la demi-mesure dans mon esprit tourmenté). Je pousse même le vice jusqu’à m’être fait la promesse de ne jamais débourser le moindre sou pour acheter un bouquin en provenance d’un éditeur n’offrant pas une alternative numérique. RING fait malheureusement de ces éditeurs réfractaires au numérique. Pour la présente chronique, je n’ai pas dérogé à ma promesse, c’est une succession de (heureux) hasards et un brin de motivation qui m’ont permis de lire ce bouquin au format epub.

Au fil de mes errances sur le net, je croise une version PDF du bouquin. Version non commerciale, plutôt genre brut de décoffrage suite numérisation maison. J’ai repris le même processus que celui utilisé pour lire Invasion (avec beaucoup plus de corrections à effectuer) pour pondre ma propre version epub du présent bouquin.

Je connaissais le Laurent Obertone comme essayiste (La France Orange Mécanique et Utoya) et comme romancier (Guerilla) ; pour ce Diable Du Ciel l’auteur combine les deux casquettes, s’il s’agit bien d’une oeuvre de fiction basée sur une triste réalité, c’est aussi le résultat d’un impressionnant travail documentaire.

J’ai d’ailleurs été surpris de voir que RING classait ce bouquin dans sa collection thriller, je le voyais comme un docu-fiction, mais au final je dois reconnaître qu’il est un mix réussi entre les deux : un docu-fiction qui se lit comme un thriller (même si on connaît déjà la fin de l’histoire).

Le récit nous plonge dans la peau du narrateur, un enquêteur du BEA qui veut essayer de comprendre l’incompréhensible, de donner un nom à l’innommable. Pour se faire, il doit cerner le personnage d’Andreas Lubitz, quitte à essayer de se mettre à sa place, de raisonner comme lui.

Comprendre n’est pas pardonner, il n’en sera d’ailleurs jamais question. Pas question non plus de chercher des excuses ou de quelconques circonstances atténuantes à Andreas Lubitz. Son geste est impardonnable, sa folie a provoqué la mort de 149 victimes innocentes, faisant de lui le plus meurtrier des tueurs de masse, doublé d’un assassin (le geste ayant, selon toute vraisemblance, été prémédité).

Le narrateur (tout comme l’auteur) construit sa réflexion autour de deux axes, le premier se concentrant sur la personnalité d’Andreas Lubitz, le second reconstituant les vols Düsseldorf-Barcelone (4U9524) et Barcelone-Düsseldorf (4U9525) ; ce dernier n’arrivera jamais à destination.

L’enquête démontrera que Andreas Lubitz n’aurait jamais dû être déclaré apte au poste de copilote, mais ses mensonges, non-dits et autres dissimulations lui ont permis d’éviter l’interdiction et d’obtenir sa licence de vol. L’auteur nous livre un portrait psychologique détaillé (et à charge) de Lubitz, assorti des réactions des interlocuteurs que le narrateur rencontrera au fil de son enquête (réactions extraites des différents rapports d’enquête).

La reconstitution du vol 9525 est glaçante de réalisme, on a vraiment l’impression d’être spectateur du drame qui se joue à l’insu de tous (du commandant d’abord, puis du personnel navigant et enfin des passagers). Suivra la prise de conscience progressive (dans le même ordre) que l’inéluctable est en train de se produire. Jusqu’à la perte de contact avec l’appareil quand il percute le flanc de montagne.

On aurait pu redouter une sensation de voyeurisme malsain, mais il n’en est rien. L’auteur évite cet écueil en misant avant tout sur le côté humain du drame.

Ne cherchez aucune dimension mystique dans le titre du roman, c’est la traduction littérale du pseudo utilisé par Lubitz pour se connecter à sa tablette (Skydevil).

Travail de relecture oblige j’ai dû lire le bouquin deux fois de suite (un premier survol, après travail sur le code, pour corriger les coquilles les plus évidentes, et une lecture plus attentive pour traquer les erreurs résiduelles), toujours avec la même intensité, incapable de le lâcher… presque malgré moi.

En fermant le bouquin, reste une question qui tourne en boucle : est-ce qu’on aurait pu éviter ce drame ? On a envie d’y croire, mais finalement ça reviendrait à pointer du doigt des éventuelles négligences ; réécrire l’histoire après coup est facile, pour ma part je pense que cette question est condamnée à rester sans réponse.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Boite De Pandore

AU MENU DU JOUR

B. Werber - La Boite De Pandore

Titre : La Boîte De Pandore
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

René Toledano, 32 ans, célibataire, est prof d’histoire dans un lycée parisien. Une vie pépère sans histoire jusqu’à ce qu’il se laisse entraîner par une amie à un spectacle d’hypnose.

À défaut de volontaire pour inaugurer son numéro d’hypnose régressive, Opale, l’hypnotiseuse qui officie sur scène le désigne comme cobaye. Une expérience qui changera à jamais la vie de René Toledano…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur que j’apprécie énormément. Il fait partie de ces auteurs pour lesquels je réponds présent dès la sortie d’un nouveau roman.

Comme beaucoup j’ai découvert l’auteur avec sa Trilogie des Fourmis et j’ai été immédiatement sous le charme, malgré tout je l’ai suivi de façon plus ou moins sporadique (j’ai tous ses bouquins, mais je suis loin de les avoir tous lus). Je lui suis d’une fidélité sans faille depuis 2012, année de la sortie du premier opus de sa trilogie Troisième Humanité.

Ma chronique

Bernard Werber a un style narratif qui n’appartient qu’à lui, vous reconnaissez sa « griffe » dès les premières pages. Si le style reste, les intrigues et les thèmes abordés eux varient du tout au tout… avec plus ou moins de succès, mais sans jamais ennuyer le lecteur (c’est du moins mon ressenti personnel).

Ici le corps de l’intrigue se construit autour de l’hypnose régressive ; en théorie l’idée est de permettre, grâce à l’hypnose, au sujet de partir à la découverte de ses vies antérieures. J’en vois déjà qui haussent un sourcil perplexe, forcément on ne peut dissocier le concept de vie antérieure à celui de réincarnation (sinon ça reviendrait à préparer une tarte aux pommes sans les pommes). Pour ma part ce ne sont pas des notions que je rejette en bloc (en dehors de tout concept religieux, cela va sans dire… cessons de confondre spiritualité et religion ; la seconde n’étant qu’une perversion organisée de la première), ceci dit il ne me semble pas impératif d’adhérer à l’idée pour apprécier le bouquin (après tout on ne vous demande pas de croire aux vampires pour lire et apprécier Dracula).

Revenons à nos moutons… et accessoirement cessons d’user et d’abuser de parenthèses !

Au fil de ses régressions (et des chapitres), René Toledano va rencontrer ses anciens-moi, parfois par curiosité, parfois par nécessité. C’est une de ses rencontres qui le poussera à venir en aide à son premier-moi, un Atlante nommé Geb. À ce niveau de ma chronique, je pense que j’ai perdu en route tous les sceptiques… parfait ! Bon débarras !

Se pose alors la question d’une éventuelle influence de nos vies antérieures sur le moi-présent et par extension celle de la possibilité du moi-présent d’influer sur la destinée des anciens-moi… Sur le coup j’avoue que le moi-de-tout-de-suite-maintenant commence à se choper un mal de crâne carabiné.

Deux Doliprane plus tard.

Je vous assure que posée par Bernard Werber, la double question évoquée plus haut ne vous causera aucune migraine et ne devrait avoir aucun effet secondaire… à part peut-être celui de remettre en question vos certitudes.

Il faut dire aussi que le personnage de René Toledano n’est pas du genre à suivre bêtement le troupeau, son dada serait plutôt de creuser l’Histoire « officielle » et de chercher les failles afin de rétablir LA vérité. Comme il se plait à le dire :

Ce qu’on connaît du passé ce n’est qu’une caricature de propagande répandue par les historiens pour faire plaisir à leur puissant commanditaire.

Ou encore :

Car même l’histoire officielle délivrée dans les manuels scolaires est parfois tronquée. Par exemple, on ne connaît les civilisations passées que par les traces qu’ont laissées celles qui étaient dotées de l’écriture. Parmi celles-ci, on ne connaît que le passé des civilisations qui abritaient des historiens. Et parmi ces dernières, que la version des vainqueurs.

Remettre en question l’Histoire, voilà bien un comble pour un professeur d’Histoire.

Cet aspect du récit, émaillé des nombreux exemples donnés par René Toledano, m’a beaucoup plu. Sans sombrer dans le delirium tremens paranoïde complotiste, je reconnais volontiers que parfois (si le sujet m’inspire) j’aime bien creuser au-delà de la surface parfaitement polie des versions officielles (qu’elles proviennent des autorités ou des médias).

D’autres questions sont abordées au fil de l’intrigue, avec parfois en support des extraits du MNEMOS de René Toledano (soit exactement le même format que les extraits de l’ESRA chère à la famille Wells).

Bernard Werber excelle dans le divertissement didactique, même si j’ai bien conscience qu’il ne faut pas forcément tout prendre pour argent comptant (pour coller à la petite histoire, il faut parfois jongler avec les grandes vérités de l’Histoire).

J’ai beaucoup aimé le duo formé par René Toledano et Opale Etchegoyen (le premier qui dit Etchebest est de corvée de chiottes pour les 10 prochaines années… je suis fan de Philippe Etchebest, pas toucher sinon moi taper), deux personnages complémentaires à bien des niveaux.

Incontestablement cette cuvée Werber 2018 est un bon cru, pas exceptionnel toutefois (j’ai trouvé certains passages franchement surjoués), mais qui se déguste avec énormément de plaisir. À consommer sans modération (perso je n’ai jamais trouvé modération quand il s’agit de prendre un apéro, du coup je fais sans sa compagnie).

MON VERDICT

Morceau choisi

Extrait du MNEMOS de René Toledano – Sophisme

Un sophisme est un raisonnement à la logique fallacieuse, c’est-à-dire qui a les apparences de la logique, mais qui n’est pas valide. Il a pour intention de tromper son auditoire.
On peut l’illustrer avec une blague :

Un homme croise un ami dans la rue.
– Salut, qu’est-ce que tu deviens ?
– Je suis prof de maths et toi ?
– Oh, moi je suis prof de logique.
– C’est quoi la logique ?
– Tu as un aquarium ?
– Oui.
– Donc tu aimes les poissons.
– Oui.
– Donc tu aimes tout ce qui est beau.
– Oui.
– Donc tu aimes les femmes.
– Oui.
– Voilà, c’est ça la logique.
Le prof de maths repart et croise un autre ami d’enfance. Il évoque sa rencontre précédente avec le professeur de logique. L’autre lui demande :
– Tu peux m’expliquer ce qu’il fait exactement, ton ami, en tant que professeur de logique ?
– Bien sûr. Tu as un aquarium ?
– Non.
– Alors c’est que tu es homosexuel.

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Mauvais Genre

AU MENU DU JOUR

I. Villain - Mauvais Genre

Titre : Mauvais Genre
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2018
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

1993. Le jeune Hugo assiste impuissant à un énième passage à tabac de sa mère par son père, sauf que cette fois elle ne s’en relèvera pas. Malgré les consignes de son père, Hugo appelle la police et leur raconte toute la vérité. Au procès il livrera un témoignage à charge contre son assassin de père.

2016. L’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur le meurtre sauvage d’Angélique Lesueur, une brillante jeune femme à qui tout semblait réussir. Aucune effraction. La victime connaissait sans doute son assassin, mais chaque piste explorée par la police semble condamnée à faire chou blanc.

Dans le même temps une autre affaire, que les policiers pensaient résolue depuis longtemps, le coupable ayant été identifié et incarcéré au vu de ses aveux complets, va refaire surface. Et si la police s’était trompée de coupable ? Et si la menace d’un tueur en série planait à nouveau sur Paris ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais repéré ce roman au catalogue des éditions Taurnada, le pitch me semblait prometteur.

Joël, l’éditeur, m’ayant gentiment proposé de me le faire parvenir en échange d’une chronique, j’eu été bien bête de ne pas sauter sur cette occasion.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Joël des éditions Taurnada pour sa confiance renouvelée.

Avant de lire ce roman je ne n’avais jamais entendu parler de son auteure, Isabelle Villain ; si j’ai bien tout compris Mauvais Genre est le troisième roman mettant en scène Rebecca de Lost, les deux précédents ayant été publiés par les Editions Auteurs d’Aujourd’hui (Ed2A pour les intimes). Je vous rassure de suite le présent roman peut se lire dépendamment des deux premiers, les événements passés sont rappelés afin d’assurer un bon déroulé (et une bonne compréhension) de l’intrigue.

Mauvais Genre est un thriller rondement mené dans lequel une équipe de flic de la Crim’ va devoir mener de front deux enquêtes distinctes. Au vu du titre du roman, on devine aisément le lien entre Hugo et Angélique, mais pour le reste l’auteure sait y faire afin de brouiller les pistes. Orientant même les soupçons sur un autre suspect potentiel (j’ai foncé tête baissée même si je refusais d’y croire totalement), perso je n’ai aucune honte à avouer que je n’avais rien vu venir.

Le risque avec ces romans qui se concentrent sur une équipe et non sur un enquêteur seul est de trop focaliser l’attention sur le chef de groupe, les autres membres de l’équipe étant davantage réduits à de simples faire-valoir que des personnages à part entière. Isabelle Villain évite brillamment cet écueil, chacun de ses personnages bénéficiant d’une personnalité bien travaillée et d’un vécu individuel et professionnel. La dimension psychologique du récit est donc, elle aussi, totalement maîtrisée.

Rebecca, chef de groupe, approche de la cinquantaine, veuve, sans enfant elle se consacre corps et âme à sa vie professionnelle, même si depuis peu, sa relation avec Tom, lui aussi chef de groupe à la Crim’, la pousse à s’ouvrir à nouveau à l’amour. Tom aussi s’épanouit dans cette relation, mais il est marié et père de deux enfants.

Rebecca est secondée par Cyril, son adjoint, ami de toujours, mais un tantinet psychorigide. Elle peut aussi compter sur le reste de son équipe, Richard, le procédurier (plus ou moins l’équivalent du profiler), Franck, Olivier et Mélina, la dernière recrue du groupe.

Si l’auteure apporte un soin particulier à ses personnages, elle n’hésite pas, pour les besoins de l’intrigue, à les malmener et à leur faire passer de sales moments. À ce titre il peut être un peu frustrant de refermer le bouquin avec encore beaucoup de questions non résolues (une première affaire résolue de façon pas franchement convaincante et la seconde encore en suspens) ; certainement une façon de laisser une porte ouverte à une plus que probable suite. Je serai fidèle au poste, j’ai vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire…

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Rebecca de Lost et son équipe (la preuve je l’ai dévoré d’une traite en un après-midi), en attendant (pas trop longtemps j’espère) de lire la suite de la présente affaire, le bouquin a suffisamment titillé ma curiosité pour me donner envie de lire les deux précédents opus… malheureusement, ils ne semblent pas exister en version numérique.

MON VERDICT