[BOUQUINS] Quentin Bruet-Ferréol – Dieu Est Un Voleur Qui Marche Dans la Nuit

AU MENU DU JOUR


Titre : Dieu Est Un Voleur Qui Marche Dans La Nuit
Auteur : Quentin Bruet-Ferréol
Éditeur : Bouquins
Parution : 2022
Origine : France
448 pages

De quoi ça cause ?

26 mars 1997. Par suite d’un appel anonyme, la police découvre 39 corps dans une villa de San Diego. Le verdict ne laisse aucune place au doute, il s’agit d’un suicide collectif des membres de la secte Heaven’s Gate.

Septembre 1975. Barthélemy est un jeune hippie, un peu paumé, en quête de spiritualité et de mysticisme. C’est sans grande conviction qu’il se rend à une conférence promettant aux humains d’atteindre un « niveau supérieur » via les extraterrestres. Contre toute attente il va être emballé par le discours des deux conférenciers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est Mallock (Jean-Denis Bruet-Ferréol pour l’état civil) qui m’a proposé de découvrir les premiers pas littéraires de son fils, Quentin. Comme le pitch et l’approche façon docu-fiction me plaisaient bien je me suis lancé.

Ma Chronique

Comme l’explique Quentin Bruet-Ferréol dans sa préface, la genèse de ce roman (mais pas que…) est assez particulière :

Tout a commencé le jour où j’ai découvert un site Internet d’outre-tombe : heavensgate.com. Comment pouvait-il être encore en ligne, alors que tous les membres de la secte Heaven’s Gate s’étaient donné la mort un quart de siècle plus tôt ? Mon enquête a donc débuté ainsi : après avoir trouvé l’adresse du webmaster, je lui ai envoyé un courriel, sans grand espoir. Et pourtant.

Suivront six années d’enquête, de rencontres et d’échanges pour remonter aux sources d’Heaven’s Gate et essayer de comprendre – sans porter de jugement – le pourquoi du comment de ce suicide collectif.

L’histoire des Etats-Unis est fortement marquée par les dérives sectaires et les drames qui en ont découlés. Heaven’s Gate ne fut pas le premier exemple… et ne sera sans doute pas le dernier, malheureusement. On peut notamment citer les assassinats commis par Charles Manson et sa « famille » (1969), le suicide collectif de Jonestown organisé par Jim Jones (1978), le siège de Waco (1993)…

L’auteur aurait pu opter pour une énième approche socio-psychologique de l’affaire, mais au lieu d’endormir ses lecteurs à grand renfort de termes savants, d’hypothèses alambiquées et autres décryptages mystico-spirituels, il a opté pour le docu-fiction afin de nous plonger au cœur d’Heaven’s Gate.

Dans ce genre de récit le plus difficile est de trouver le bon équilibre entre la réalité (les faits, les témoignages…) et la fiction. Le récit s’ouvre sur la découverte de la scène de crime par la police de San Diego, le déroulé des événements est parfaitement restitué, on se croirait presque en direct devant une chaîne info (voire à la place des policiers).

Pour la suite Quentin Bruet-Ferréol nous place dans la peau d’un jeune homme un peu paumé qui va se laisser embobiner par les promesses de la secte. Un choix qui permet de suivre le quotidien des adeptes de l’intérieur et d’avoir un aperçu des « enseignements » dispensés par les gourous.

Si l’auteur a fait le choix, tout à son honneur, de rester aussi neutre que possible et de ne porter aucun jugement, je reconnais volontiers qu’en tant que lecteur j’ai eu beaucoup plus de mal à garder mes distances. Sans nier la véracité des faits (les exemples actuels sont malheureusement encore nombreux), je ne comprends pas comment on peut se faire lessiver le cerveau de la sorte (sur fond de pop culture en plus) et en redemander toujours plus.

Il est vrai que suis totalement et viscéralement hermétique à tout discours religieux et à tout ce qui tendrait à s’en rapprocher, mais même en faisant abstraction de cela, je ne peux concevoir d’être privé de mon libre arbitre et de perdre tout sens du commun… Je ne prétends pas être immunisé contre ces conneries – je n’aurai pas cette prétention –, c’est plutôt pour souligner l’habileté malsaines de ces gourous auto-proclamés à manipuler les autres jusque dans leur façon de penser (ce que Quentin Bruet-Ferréol décrypte fort bien soit dit en passant).

Le titre lui-même est un exemple de manipulation par une (très) libre interprétation d’un passage de la Bible qui dit « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit » ; qui deviendra, dans la bouche des gourous : « Dieu est un voleur qui marche dans la nuit ». De fait, étant les représentants de Dieu sur Terre, tout leur est permis… CQFD.

Il n’en reste pas moins que le présent docu-fiction est mené d’une main de maître, à défaut de comprendre les uns et les autres, on suit les étapes de leur embrigadement jusqu’à l’issue fatale de mars 1997.

Le gros travail de recherche et de documentation se retrouve dans la narration, mais est parfaitement intégré à la partie fictive de l’histoire ; finalement on parcourt ce récit presque comme on lirait un thriller dont on connaît la fin mais dont on aimerait comprendre le pourquoi du comment d’une telle conclusion. Totalement addictif et captivant du début à la fin.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Denis Zott – La Dame Blanche

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dame Blanche
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
443 pages

De quoi ça cause ?

L’affaire devait être pliée en deux temps et trois mouvements et surtout rapporter un max de thune à Johnny… de quoi prendre un nouveau départ avec sa meuf et son gosse, sous le soleil de la Thaïlande.

Et pourtant d’entrée de jeu les dés semblent pipés, comme si on voulait leur simplifier la tâche en les conduisant sans embûche jusqu’à leur cible. Le colis qu’il doive embarquer et livrer : une mystérieuse jeune femme au teint de geisha.

Alors qu’ils approchent du point de livraison, c’est l’accident. Les complices de Johnny sont tués, un gamin est grièvement blessé dans le choc avec la voiture des kidnappeurs. Et le colis a disparu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Denis Zott et que j’avais adoré son précédent roman, Maudite.

Cerise sur le gâteau, la couv’ est sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bienvenue à Puech Begoù, charmante bourgade du Tarn où les habitants se feront un plaisir de vous accueillir avec le sourire et de partager avec vous leur bonne humeur naturelle et leurs traditions…STOOOP !!! Ça c’est la version office du tourisme, rien à voir avec le bouquin de Denis Zott.

A Puybegon (Puech Begoù en occitan), il y a d’un côté la famille Baron qui tient les rênes de la vie politique et économique du village, à sa tête, Charles Baron, l’intouchable maire de la commune. Intouchable ? Pas pour la famille Renard, ils ne craignent personne mais tout le monde les craint, ils touchent à tous les trafics pourvu que ça rapporte du fric sans faire trop d’efforts, et que ce soit illégal.

Les Renard c’est d’abord Germaine, la mère, une vieille peau acariâtre. Puis il y a les jumeaux, Damien et Martial, et surtout le benjamin, Brice, le fils prodige, tout juste sorti de taule et toujours à l’affût d’un mauvais coup. Enfin il y a Césaire, que toute la famille prend un malin plaisir à traiter – et à maltraiter – comme un esclave.

Un équilibre fragile que chacun s’efforce à maintenir en ignorant le clan adverse. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Nul n’aurait pu imaginer que cette étincelle prendrait la forme d’une mystérieuse Dame Blanche, et moins encore que c’est sa disparition qui allait provoquer l’Apocalypse de Puech Begoù.

Et au milieu de ce merdier sous haute tension, Johnny Grandin, un voyou à la petite semaine, plus proche des Pieds Nickelés que d’un caïd du milieu. À l’insu de son plein gré, il sera l’allumette d’où jaillira l’étincelle.

Tout ce beau monde constitue un sympathique (?) cocktail explosif à manipuler avec beaucoup de précaution… sauf que Denis Zott va nous passer le tout au shaker, histoire que ça déménage un max.

Vous n’avez là qu’un aperçu des acteurs de l’intrigue concoctée par l’auteur. Bien d’autres intervenants viendront mettre leur grain de sel et se retrouveront embringués au cœur d’un tumulte dont personne ne semble détenir les clés.

Personne ? Sauf Denis Zott bien entendu. Et c’est là où sa narration est exceptionnelle, il nous pousse à imaginer les différentes étapes d’un scénario… avant de les démolir une à une ; jusqu’à la révélation du pot aux roses qui prendra tout le monde de court et redistribuera les cartes.

Il y aurait tant de choses à dire que c’est le genre de chronique qu’il est frustrant d’écrire. on voudrait revenir sur tel ou tel point, sur le rôle de tel ou tel personnage, mais on se contraint au silence pour ne pas risquer d’en dire trop. Franchement spoiler une telle intrigue serait vraiment une énorme maladresse (ou un gros coup de pute… tout dépend es intentions du coupable).

Les personnages sont l’aboutissement d’un véritable travail d’orfèvre, ce qui contribuera largement à entraîner – intentionnellement – le lecteur sur de mauvaises pistes (je vous donne un indice, chez les Renard, il n’y a rien ni personne à sauver… à part ce brave Césaire).

L’intrigue est menée à la perfection. J’ai commencé ce bouquin dimanche en début d’après-midi (juste pour me faire une idée, sachant que je lis peu le weekend) ; dimanche en début de soirée je l’avais terminé. Impossible de le lâcher une fois embarqué dans le tourbillon du récit, et il suffit de quelques pages pour se faire happer.

Avec Maudite Denis Zott avait déjà placé la barre haut, il franchit un palier supplémentaire avec ce nouvel opus. Verdict sans appel, carton plein assuré !

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Isabelle Villain – De L’Or Et Des Larmes

AU MENU DU JOUR


Titre : De L’Or Et Des Larmes
Série : Groupe de Lost – Livre 5
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?

Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que cette maison d’éditions ne m’a jamais déçu… un catalogue riche en pépites !

Parce que c’est Isabelle Villain et que ça me permet de retrouver, pour la troisième fois, le Groupe de Lost au cœur de la tourmente.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime bien ces auteurs qui nous proposent de suivre l’évolution de leurs personnages à travers plusieurs romans, ça tombe bien car c’est exactement ce que fait Isabelle Villain avec « son » Groupe de Lost. C’est mon troisième rendez-vous avec Rebecca de Lost et son équipe (j’ai raté les deux premiers… mais comme ils ont été réédités par Taurnada, ils figurent dans mon Stock à Lire Numérique).

Après l’armée dans Blessures Invisibles, c’est au tour du sport de haut niveau de passer sur le grill. Il faut dire que le contexte, avec l’approche des JO 2024 à Paris, s’y prête plutôt bien. Pour son intrigue l’auteure s’est inspirée de faits réels survenus aux Etats-Unis… affirmer que ça ne pourrait pas se produire en France serait un déni un peu trop facile, plus proche de la politique de l’autruche que d’une quelconque réalité ! Il faut juste que les langues se délient et passent outre l’omerta du milieu. Une réalité qui commence à sortir de l’ombre depuis quelques années et quelques affaires très médiatisées.

Bien que la gymnastique artistique ne soit pas forcément la discipline la plus populaire auprès du grand public, on comprend rapidement que le choix d’Isabelle Villain ne doit rien au hasard. C’est en effet une discipline qui exige un engagement physique et psychique sans faille des athlètes qui vont malmener leur corps pour gagner aussi bien en force qu’en souplesse. Une discipline surtout où l’âge limite est rapidement atteint pour les sportifs. Enfin c’est aussi un sport dans lequel les athlètes français sont, depuis des années, absents des podiums.

Tout commence par un accident de la route dans lequel l’entraîneur de l’équipe olympique trouve la mort. Accident ? En fait non, il va rapidement s’avérer que le véhicule a été saboté. Mais qui avait intérêt à éliminer celui qui pouvait porter « ses » athlètes sur les plus hautes des podiums olympiques ? Un athlète évincé ? Un parent ? Un concurrent ?

C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que vont devoir répondre Rebecca de Lost et son groupe. Et il faut des réponses rapidement ! Sa hiérarchie lui met la pression, l’affaire est sensible et suivie de près, aussi bien par les médias que par les plus hautes autorités.

Malgré la pression Rebecca de Lost compte bien ne négliger aucune piste et ne faire aucune concession dans sa quête de la vérité. Elle est loin de se douter que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs, Isabelle Villain nous offre une intrigue riche en rebondissements avant d’entrer dans le cœur du sujet. Un sujet délicat (pour ne pas dire tabou) qui exigera des faits et des témoignages face à une suspecte qui ne laisse rien transparaître de ses émotions.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulé de l’intrigue, certaines indications données précédemment vous ont peut-être mis la puce à l’oreille. Mais je peux pourtant vous assurer que vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages du Groupe De Lost, leur étroite complicité demeure intacte au fil des enquêtes – même si certains quittent le groupe, remplacés par de nouveaux venus –, on retrouve les problématiques humaines des uns et des autres

Une fois de plus Isabelle Villain met l’humain au cœur de son intrigue, c’est vrai non seulement au niveau du groupe d’enquêteurs, mais aussi au niveau des athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris qui forment un tout parfaitement solidaire et soudé (même si chacun ne perd pas de vue son objectif : un podium olympique, de préférence sur la plus haute marche).

Nul besoin d’être féru de gymnastique, ni même de sport en général (en pratique ou sur petit écran), pour se laisser porter par l’intrigue de l’auteure. Ce bouquin est un thriller bien construit et hautement addictif qui vous scotchera à votre canapé jusqu’à sa conclusion.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Prophétie Des Abeilles

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie Des Abeilles
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Au cours d’une séance d’autohypnose, René Tolédano rencontre son homologue du futur. L’humanité est au bord de l’effondrement, son alter ego lui confie alors la lourde mission de changer le futur, précisant simplement que les réponses se trouvent dans un texte du XIe siècle, La Prophétie des Abeilles, écrit par le chevalier Salvin de Bienne.

Pour avancer dans sa quête, René Tolédano va devoir rencontrer celui qu’il était au XIe siècle avant de remonter la piste de cette fameuse prophétie dont personne, de nos jours, ne semble connaître l’existence…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur qui ne m’a jamais déçu à travers ses écrits… même si certains m’ont moins emballé que d’autres.

Après les fourmis et les chats, ce brave Bernard Werber se penche maintenant sur le cas des abeilles. J’étais forcément curieux sous quel angle il aborderait la question.

Ma Chronique

Contrairement à une idée reçue, Albert Einstein se souciait comme de sa première branlette des abeilles ; c’est donc à tort que l’on lui attribue l’affirmation que sans les abeilles, l’humanité n’aurait que quelques années à vivre. Ce n’est toutefois pas une raison pour rejeter en bloc cette idée ; en effet, on sait aujourd’hui que la disparition des abeilles (un phénomène qui s’observe depuis quelques années, pour diverses raisons) aurait de lourdes conséquences sur l’environnement et donc sur le devenir de l’humanité.

Si le grand Albert n’avait pas grand-chose à foutre de la question des abeilles (à sa décharge, il avait d’autres chats à fouetter), Bernard Werber s’est quant à lui penché sur la question pour construire l’intrigue de son nouveau roman. Dommage qu’en guise d’exergue, l’auteur reprenne cette citation indument attribuée à Einstein…

Les lecteurs les plus assidus de Bernard Werber retrouveront le personnage de René Toledano (déjà croisé dans La Boite De Pandore), qui maîtrise désormais parfaitement les techniques d’hypnose régressive (permettant de remonter les vies passées de l’hypnotisé) et travaillant sur une hypnose prospective (idem, pour les vies futures de l’hypnotisé).

D’emblée si vous êtes totalement réfractaire à l’hypnose, passez votre chemin, ce bouquin n’est définitivement pas fait pour vous. Ce n’est heureusement pas mon cas (il était déjà fortement question d’hypnose régressive dans La Boîte De Pandore).

Le moins que l’on puisse dire c’est que les perspectives ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices pour René Toledano ; dans les premiers chapitres, il va plutôt cumuler les tuiles et les imprévus.

J’en vois déjà qui font une moue sceptique, René Tolédano et hypnose régressive, ça a comme un parfum de déjà-vu, non ? Que nenni ami(e)s lecteurs et lectrices ! Bernard Werber vous propose bel et bien une intrigue 100% inédite, qui conduira René Toledano (et ses amis) à rencontrer ses moi antérieurs de la prise de Jérusalem en 1099 jusqu’à la chute de l’Ordre des Templiers (en 1312).

René Toledano ne sera pas seul pour traverser les nombreuses épreuves qui l’attendent, il pourra en effet compter sur le soutien de son ami Alexandre Langevin, féru d’Histoire et actuel président de la Sorbonne, et de la fille de ce-dernier, Mélissa, professeure d’Histoire dans cette même université.

Un périple qui leur fera voir du pays (Israël et Chypre) avant de rentrer en France pour l’ultime étape de la course à la prophétie !

Si l’intrigue reste intéressante à suivre, j’avoue que j’ai parfois été lassé par son aspect répétitif dans son déroulé : deux pas dans le passé, un pas dans le présent et bis repetita, encore et encore. Heureusement que la partie historique (même un peu revisitée) est bien ficelée, sinon je ne pense pas que j’aurai réussi à aller jusqu’au bout.

Dans le même ordre d’idée, les référence au MNEMOS de René Toledano sont beaucoup trop axée sur l’histoire des peuples d’Israël. Je n’ai aucune honte à avouer qu’au bout d’un moment je les ai survolés, ne m’attardant que sur les rares passages susceptibles d’apporter quelque chose à l’intrigue.

Le fait de faire interagir des personnages fictifs avec des personnages historiques n’est pas nouveau, mais Bernard Werber exploite plutôt bien le filon. On se prend aisément au jeu même si j’ai globalement trouvé la genèse de la prophétie un peu tirée par les cheveux.

Je ne m’attarderai pas sur le face à face final, opposant René Toledano et ses amis à leur adversaire… on est davantage dans la farce burlesque que dans la poussée d’adrénaline.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, mais j’ai connu Bernard Werber nettement plus inspiré ; sur ce coup il ne m’a clairement pas emballé. Heureusement l’auteur évite le naufrage grâce à la qualité de la narration, en parfait conteur, il parvient à garder le lecteur en haleine… mais pas suffisamment pour faire oublier les bémols évoqués précédemment.

MON VERDICT

En aparté

Les livres du programme de français qu’on lui imposait de lire ont failli le dégoûter de la lecture.

Ah que voilà une phrase qui trouve une résonnance toute particulière en moi.

Ce ne sont certainement pas les bouquins inscrits au programme scolaire des cours de français qui m’ont donné goût à la lecture… au contraire, à de rares exceptions près, ils auraient plutôt eu tendance à me faire considérer le livre comme un instrument de torture.

Il en va de même pour cette manie des profs de français qui veulent tout expliquer, analyser et décortiquer en oubliant l’essentiel. Lire un livre ce n’est pas comme disséquer une grenouille, il n’y a pas de méthode meilleure qu’une autre, parfois il vaut mieux se laisser porter par les mots et les émotions qu’ils génèrent… quitte à ne pouvoir les verbaliser ensuite.

Heureusement le goût de la lecture m’a été transmis par mes parents et mes grands-parents, c’est donc en prenant mes distances avec les titres imposés par le système scolaire, que j’ai appris à apprécier pleinement la lecture. Je ne saurai dire quels sont les premiers « vrais » livres que j’ai lus, adolescent, mes parents m’avaient abonné à un club du livre qui envoyait à ses membres deux titres par mois, c’est ainsi que j’ai découvert – et dévoré – des auteurs tels que Jack London (Croc Blanc, L’Appel De La Forêt), James Fenimore Cooper (Le Dernier Des Mohicans, La Prairie), Mark Twain (Tom Sawyer) mais aussi la Comtesse de Ségur (L’Auberge De L’Ange Gardien, Le Général Dourakine)… et bien d’autres !

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – L’Enfant Dormira Bientôt

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Titre : L’Enfant Dormira Bientôt
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour deux nouveau-nés sont enlevés dans deux maternité différentes. L’affaire est confiée à la commissaire divisionnaire Jeanne Muller et son équipe. La consigne du préfet est sans équivoque : il faut agir vite, retrouver le (ou les) coupable(s) et rendre les bébés à leurs parents… tout ça avant que la psychose ne s’installe.

Plus facile à dire qu’à faire quand la police ne dispose d’aucun indice et que rien ne semble relier les victimes. Rien ? À part le fait que les deux couples ont été candidats à l’adoption avant une grossesse inespérée ; ils sont passés par la fondation Ange, dirigée par Michel Béjart.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est François-Xavier Dillard, un auteur que j’ai découvert il y a peu mais dont les deux derniers titres m’avaient fait forte impression.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver la commissaire Jeanne Muller, un flic atypique rencontré dans le précédent roman de l’auteur : Prendre Un Enfant.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce nouveau roman, François-Xavier Dillard, place de nouveau l’enfant au cœur de son récit, qu’il s’agisse d’adoption, de maternité, d’infanticide (plus précisément de néonaticide) ou encore de la relation de l’enfant au(x) parent(s). Comme vous pouvez vous en douter, sous la plume de l’auteur, ce sont les aspects les plus noirs de ce vaste thème qui seront mis en avant. Ajoutez à cela une touche de culpabilité, un soupçon de rédemption et une pointe de vengeance afin d’épicer encore davantage le récit.

La scène d’ouverture donne tout de suite le ton. Elle est d’un réalisme à couper le souffle, la souffrance de l’homme qui découvre l’indicible est restituée avec une incroyable justesse. Un premier chapitre qui vous glacera les sangs et vous plongera dans l’horreur la plus abjecte qui soit.

Dans un premier temps l’intrigue se divise en plusieurs arcs narratifs distincts. Le premier suivra bien entendu l’enquête de Jeanne Muller et de son équipe autour de ce double enlèvement de nouveau-nés. Puis l’on va s’intéresser à Michel Béjart – l’homme du premier chapitre – qui cohabite tant bien que mal avec son fils, Hadrien, lourdement handicapé à la suite de l’accident de voiture survenu alors que sa mère prenait la fuite avec lui. Enfin on se pencher sur le cas d’une femme visiblement perturbée et en permanence sur le qui-vive – pas besoin d’avoir fait Normale sup pour comprendre qu’il s’agit de l’ex-épouse de Béjart et de l’auteure des enlèvements. Enfin, il y a Samia, une jeune femme que Jeanne Muller a sorti du cercle vicieux de la prostitution avant de la confier à un couple qui doit lui permettre de mieux se réintégrer… mais pas facile d’échapper à son passé.

De prime abord le fil rouge semble évident mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir brouiller les cartes et surprendre le lecteur avec quelques révélations totalement inattendues… et ce jusqu’au clap de fin. Je n’aurai qu’un conseil à vous donner si vous vous lancez dans ce bouquin, ne vous fiez pas aux apparences !

Si vous avez lu Prendre Un Enfant, le précédent roman de François-Xavier Dillard, vous connaissez déjà la commissaire Jeanne Muller et sa personnalité très marquée. Pour les autres, attendez-vous à faire connaissance avec un flic totalement atypique qui piétine allégrement les plates-bandes du politiquement correct et du bio-éco-bobo. Sa voiture, une Maserati Gran Turismo, pétaradante et fumante, a de quoi faire tourner de l’œil les braves gens qui ne jurent que par l’électrique ou l’hybride. Et ne lui parlez surtout pas de cigarette électronique, elle serait plutôt du genre à allumer sa clope au mégot de la précédente.

Je ne vous répéterai pas une fois de plus ma ritournelle affirmant que pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut des personnages crédibles et traités en profondeur (ah bin si, je viens de le faire). Le fait est que la mécanique imaginée par François-Xavier Dillard est implacable ; sa clé de voûte étant la relation amour / haine qui lie Michel et Hadrien.

On sort ébranlé (ne pas oublier le é… sinon ça ne fait pas le même effet) d’une telle lecture, d’autant que les ultimes révélations vos feront l’effet d’un coup de massue. L’une d’elle remettant même radicalement en cause la perception du lecteur vis-à-vis des acteurs du drame.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Karine Giebel – Glen Affric

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Titre : Glen Affric
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
768 pages

De quoi ça cause ?

Léonard est différent. Au collège il est le souffre-douleur d’un petit groupe d’élèves. Harcèlement, racket et humiliation font partie de son quotidien. Heureusement à la maison il peut compter sur l’amour indéfectible de sa mère, Mona.

Léonard rêve de pouvoir fuir ce monde qui le rejette. Partir en Écosse, à Glen Affric, rejoindre son frère Jorge.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel. Au fil de ses romans, cette auteure a le don de me surprendre et de me prendre aux tripes. Sa signature est l’assurance de lire un excellent thriller.

Ma Chronique

Longtemps je me suis posé des questions sur la signification du titre Glen Affric, il m’aurait suffi de lire la quatrième de couv’ pour avoir la réponse ; au lieu de ça mes circonvolutions neuronales cherchaient la clé de l’énigme du côté de l’Afrique… Bien loin des Highlands écossais donc.

Dans son nouveau roman Karine Giebel nous invite à suivre les parcours de trois individus malmenés par la vie.

Leonard, 15 ans, souffre d’un retard mental qui fait de lui le souffre-douleur du collège. Malgré un physique de colosse et la force qui va avec, il encaisse les insultes (Léonard le bâtard, Léo le triso) et les humiliations sans jamais chercher à s’opposer à ses harceleurs / racketteurs. Puis un jour c’est l’humiliation de trop, Leonard craque et décide de donner une leçon à ces emmerdeurs. Une décision qui sera lourde de conséquences, sa vie – qui n’était déjà pas rose – bascule dans le cauchemar.

Jorge, 36 ans, sort de prison après avoir purgé une peine de 16 ans pour un double meurtre dont il a toujours clamé être innocent. En liberté conditionnelle, une épée de Damoclès peut, à la moindre erreur, le renvoyer en prison. Pas facile de retrouver une place dans la société quand, pour la plupart des villageois, il n’est qu’un assassin en liberté.

Depuis la mort accidentelle de ses parents, Angélique est mutique, de fait elle a été placée sous la tutelle de son oncle. Sous des apparences respectables, son tuteur est une ordure qui la séquestre, la traite comme une esclave et abuse d’elle.

Si on devine assez vite le lien entre Leonard et Jorge, il est plus difficile de les relier à Angélique. Et pourtant, ils l’ignorent, mais tous les deux ont un lien plus ou moins direct avec la jeune femme.

Impossible de ne pas citer Mona, véritable mère courage qui garde la tête haute en toute circonstance.

Une fois n’est pas coutume, dans le présent roman c’est la Justice qui tient le mauvais rôle et tout particulièrement la gendarmerie. Les gendarmes intervenants dans le déroulé de l’intrigue sont bien souvent des péquins qui abusent des prérogatives de l’uniforme et de l’autorité qui va avec.

Des personnages forts auxquels l’auteure apporte un soin particulier, au fil des chapitres, elle nous place dans la peau – et la tête – des acteurs principaux de son intrigue. Impossible de ne pas s’attacher à Léonard, Jorge, Angélique, Mona et une poignée d’autres personnages secondaires. Impossible aussi de ne pas en haïr certain, en tête de file Maréchal (l’oncle d’Angélique) et le bas du képi Solers.

Une intrigue qui n’hésitera pas à malmener ses personnages, avec son lot de – mauvaises – surprises. Une fois de plus Karine Giebel nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, une fois de plus elle saura y faire pour vous vriller les tripes, une fois de plus vous pouvez vous attendre à des poussées d’adrénaline, une fois de plus elle excellera à jouer sur une large palette d’émotions.

Heureusement tout n’est pas noir dans le bouquin, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une formidable amitié entre Léonard et Jorge, ils vont apprendre à se connaître, à se faire confiance et se compléter.

Une fois de plus Karine Giebel me laisse KO debout au moment de refermer son roman. Quel régal de se laisser entraîner dans ce tourbillon d’émotions, plus d’une fois aurez envie de crier à l’injustice face aux drames qui s’abattent sur Léonard, Jorge et Angélique… ça fait mal au cœur et mal au bide, mais que c’est bien fait ! On en viendrait presque à en redemander.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Magali Collet – Les Yeux D’Iris

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Yeux D’Iris
Auteur : Magali Collet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Morgane a quitté la France pour se construire une nouvelle vie en Irlande après le suicide de sa sœur, Iris, laissant en plan son frère aîné, Fred, et leurs parents ravagés par le drame qui les a frappés de plein fouet.

Quand elle reçoit un SMS lui annonçant qu’il est temps d’honorer une ancienne promesse, elle revient dans la maison de famille, désormais tenue par Fred, sans la moindre hésitation. Lui aussi est lié par ce pacte surgi du passé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que leur catalogue est riche de belles découvertes.

Parce que j’étais passé à côté du précédent roman de Magali Collet, La Cave Aux Poupées, il convenait donc de réparer cette injustice en découvrant son nouveau bébé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Une fois n’est pas coutume je vais mentionner la quatrième de couv’ dans ma chronique, et c’est autour d’elle que s’articulera ma chronique :

Un meurtre et un suicide.
Trois hommes. Trois femmes.
Des retrouvailles.
Un pacte.
Tout se paye, même l’amitié.

Un meurtre : pas de surprise c’est sur cette scène que s’ouvre le bouquin.
Un suicide : celui d’Iris, la sœur de Morgane et Fred.
Pour être exhaustif il manque un troisième fait déclencheur, celui par lequel tout va s’enchaîner… mais je ne vous en dirai pas plus.

Trois hommes : par ordre d’apparition Fred, Bastien et Mickaël.

Fred est policier à Draguignan, après le suicide d’Iris et le départ de Morgane il s’est retrouvé seul avec ses parents abattus par la perte brutale de leur fille. Il a géré le quotidien tant bien que mal tout en composant avec son propre chagrin et sa culpabilité.

Bastien et Mickaël sont amis et collègues (plus exactement le second est le patron du premier). D’entrée de jeu je n’ai pas pu les blairer ces deux gugusses, Bastien pour des raisons évidentes (c’est un connard de beauf parvenu qui ne voit pas plus loin que son nombril, doublé d’un macho misogyne) ; pour Mickaël ça a été plus subtil (le mari et le père modèle, né d’une bonne famille il a consolidé la fortune familiale… trop propre pour être honnête). En plus ils partagent une même passion pour la chasse (non alimentaire je précise), ça n’aide pas à faire monter mon niveau d’empathie.

Trois femmes : par ordre d’apparition Morgane, Julie et Audrey.

De loin les personnages les plus complexes de l’intrigue, difficile de les cerner avec précision. Afin de garder intact le plaisir de la découverte je ne m’attarderai pas sur elles et leurs liens.

Après le suicide d’Iris, Morgane est partie vivre en Irlande pour s’éloigner d’une famille au bord du gouffre et essayer de se reconstruire malgré ses propres blessures. Avec son frère, ce sont les personnages les plus attachants (et les plus vrais) du bouquin.

Julie est la compagne de Bastien. Audrey est l’épouse de Mickaël, ils ont un fils de onze mois, Tom. A tour de rôle, elles souffleront le chaud et le froid, inspirant tantôt une réelle empathie, tantôt une totale aversion.

Des retrouvailles. Un pacte.  Magali Collet sait y faire pour faire durer le suspense quant au pourquoi de ces retrouvailles et la nature du pacte. Il faudra attendre le chapitre 11 pour que les choses commencent à se mettre en place et encore quelques chapitres pour avoir, en même temps que Morgane, toutes les cartes (et encore quelques questions et doutes) en main. C’est aussi à partir de ce moment-là que le rythme de l’intrigue passe à la vitesse supérieure, tout va s’accélérer jusqu’au dénouement et l’ultime retournement de situation (pas vraiment une surprise).

Sans prendre le risque d’en dire trop je dois reconnaître que dès que la jeune femme s’est engagée dans le souterrain j’ai deviné le drame qui allait se dérouler sous nos yeux. J’ai du mal à imaginer que la référence au film de Gaspar Noé, Irréversible (2002), soit le seul fruit du hasard… Même si Magali Collet ne nous épargne pas dans la description du calvaire que va subir « sa » victime, c’est moins insoutenable (mais tout aussi gerbant) que les 9 minutes du film de Gaspar Noé.

La construction du roman contribue à garder le lecteur dans le flou (pour la bonne cause) en alternant entre l’intrigue présente et les flashbacks ; une bonne façon pour l’auteure de distribuer les indices à son rythme

Avec ce roman Magali Collet signe un thriller psychologique totalement maîtrisé, porté, comme il se doit, par des personnages tirés au cordeau. Une intrigue qui mettra parfois vos nerfs à rude épreuve, surtout si, comme moi, vous êtes sensible à la cause féminine (et allergique aux connards qui les bafoue allégrement).

Peut-être vous demandez vous d’où vient le titre du roman, pour le savoir il vous faudra le lire, tout ce que je peux vous dire c’est qu’il ne doit rien au hasard.

« Court mais intense », telle pourrait être la devise de l’équipe éditoriale des éditions Taurnada. Je parle bien entendu du choix des manuscrits qui intégreront leur catalogue (en privé « cela ne nous regarde pas », comme diraient les autres).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Mardi Soir, 19h

AU MENU DU JOUR


Titre : Mardi Soir, 19h
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2021
Origine : France
380 pages

De quoi ça cause ?

A l’approche de la trentaine, Elynn a l’impression de s’enliser dans sa vie. Entre sa vie de couple à l’état végétatif et son quotidien professionnel presque routinier, elle est convaincue de faire du sur-place.

Pour briser cette routine, elle s’inscrit à un cours de gym hebdomadaire… une occasion rêvée pour faire de nouvelles rencontres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier tout simplement. Ce gars à un talent fou pour vous donner une pêche d’enfer et activer vos zygomatiques. En ces temps de crise sanitaire, c’est le remède idéal !

Ma Chronique

Ah que voilà un rendez-vous annuel que je ne manquerai sous aucun prétexte. C’est toujours une joie de retrouver Gilles Legardinier… ou plus exactement son dernier roman. Une certitude de passer un agréable moment et d’oublier la morosité ambiante. Au risque de paraître un peu con (voire franchement niais), c’est le rayon de soleil qui fait éclater la chape nuageuse sur notre quotidien.

Promis je n’ai fumé ni consommé la moindre substance illicite… même pas encore commencé l’apéro. C’est juste mon état post-Legardinier.

Ce n’est certainement pas un hasard si, en cette période de crise sanitaire majeure, Gilles Legardinier a choisi la profession d’infirmière pour son personnage principal. Plus que jamais le personnel soignant mérite un hommage appuyé pour leurs efforts (et parfois même leurs sacrifices) ; ils se donnent sans compter pour soulager la souffrance des patients et de leurs proches. Un hommage amplement mérité doublé d’une piqûre de rappel sur la situation du milieu hospitalier en général… saigné à blanc par des réformes iniques !

Je vous rassure de suite l’auteur opte résolument pour un ton feel good pour son nouveau roman. Une fois encore il aborde des sujets sérieux avec une légèreté qui s’avère redoutablement efficace pour nous pousser – l’air de rien – à la réflexion. Et bien entendu il le fait en mettant en avant l’humain dans tout ce qu’il a de meilleur (on oublie parfois qu’il y a du bon dans l’humain… ça fait de mal de nous rappeler que tout espoir n’est pas perdu).

Au fil des pages il sera beaucoup question d’amitiés (oui au pluriel, la relation d’Elynn avec ses collègues de travail n’est pas la même que celle qu’elle a avec ses copines de gym) et d’amours (il n’y a pas qu’une forme d’amour… et encore moins un chemin tout tracé pour le trouver). Une fois de plus les relations humaines sont au cœur de l’intrigue, avec Elynn on s’interrogera, on doutera, on partagera sa peine… mais le plus souvent on sourira et plus si affinités (les zygomatiques sont mis à rude épreuve… attention aux regards étonnés ou méfiants si vous lisez dans un lieu public).

Elynn qualifie son lieu de travail (le service orthopédique d’un hôpital) de zoo, et force est de reconnaître que certaines rencontres seront tout sauf ordinaires ! Pour notre plus grand plaisir.

Elynn se sent seule (et la solitude est l’un des pivots du récit) mais elle est entourée de gens formidables, que ce soit à l’hôpital ou à ses cours de gym, elle peut compter sur des amitiés indéfectibles. Au fond elle le sait, même si sa nature la pousse d’abord à réparer les peines et les doutes des autres, avant de s’occuper de sa petite personne.

Une fois de plus l’effet feel good est immédiat… il ne vous quittera pas de la première à la dernière page du roman. Dommage que l’effet s’estompe avec le temps.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cédric Sire – La Saignée

AU MENU DU JOUR


Titre : La Saignée
Auteur : Cédric Sire
Éditeur : Fayard
Parution : 2021
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

Estel Rochand a été écartée de la police à la suite d’une terrible bavure qui a causé la mort d’une innocente. Sa vie est en miettes, son couple à la dérive. Désormais garde du corps de seconde zone, elle se fraie un chemin dans l’existence comme elle l’a toujours fait  : à coups de poing.

Quentin Falconnier, policier spécialisé en cybercriminalité, enquête sur un site du Dark Web, qui propose des vidéos de torture et de mise à mort en direct. Qui peut bien se cacher derrière cette «  red room  » appelée  La Saignée,  diffusant des meurtres à la perversité absolue ? Le jeune homme se lance corps et âme dans cette nouvelle croisade  : découvrir l’identité du coupable derrière le masque du bourreau, et l’arrêter. Coûte que coûte.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Sire et que le pitch du présent roman attisait particulièrement ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman, Cédric Sire va fouiner dans les entrailles du Dark Net, pour y remonter ce qu’il peut y avoir de plus glauque puisqu’il s’agit d’une « red room », un site via lequel les utilisateurs – contre une généreuse contribution – peuvent assister en livestream à une séance de torture suivie d’une mise à mort de la victime.

Ces fameuses « red rooms » font un peu office de légende urbaine du Dark Net, tout le monde en a entendu parler, mais personne n’en a jamais vu. À se demander si elles existent vraiment ou si ce n’est qu’un mythe 2.0 (ce qui, soit dit en passant, ne serait pas plus mal… et surtout beaucoup plus rassurant).

L’intrigue se déroule selon deux arcs narratifs. Du côté on suit le parcours d’Estel Rochand, ex-flic virée suite à une bavure, elle s’est rabattue sur la sécurité. Après une mission qui tourne mal, elle démissionne malgré les menaces de son employeur. Alors qu’elle désespérait de trouver un nouveau job, un écrivain à succès et à la réputation sulfureuse, lui propose de l’embaucher comme garde du corps.

De l’autre côté Quentin Falconnier, un lieutenant de police spécialisé dans la traque des cybercriminels, se trouve confronté à ce qui semble être une véritable « red room » située en France. Il va tout mettre en œuvre pour neutraliser le site et identifier le bourreau. Une femme qui semble prendre un réel plaisir à exécuter les ordres des utilisateurs connectés.

Le fil rouge semble s’imposer comme une évidence… un peu trop évidente justement. Au fil des chapitres les indices s’accumulent en ce sens, mais j’ai refusé d’y croire. Refusé de croire que Cédric Sire aurait pu se laisser aller à une telle évidence, ce serait indigne de l’auteur qui a imaginé les personnages d’Eva Svarta et Alexandre Vauvert.

Estel et Quentin, deux personnages aux personnalités bien marquées, mais qui doivent aussi composer avec leurs propres démons… une cohabitation pas toujours évidente. Si ce sont eux qui portent l’intrigue, les personnages secondaires ne se contenteront pas de meubler le récit, loin s’en faut ! Les rôles des uns et des autres se préciseront au fil des chapitres, donnant parfois lieu à un total revirement de situation.

Une intrigue boostée à l’adrénaline qui ne laissera que peu d’occasions au lecteur de reprendre son souffle. Une intrigue à ne pas mettre entre toutes les mains, le ton est donné d’entrée de jeu dès la scène d’ouverture… âmes sensibles s’abstenir !

La violence et les effusions de sang ne sont pas gratuites, elles sont mises au service de l’intrigue. Si le rythme imposé est des plus soutenu, ça n’empêche pas le récit d’être hyper documenté afin de le rendre parfaitement crédible… tout en restant accessible aux profanes. Bref, une intrigue totalement maîtrisée qui mettra vos nerfs à rude épreuve.

L’écriture de Cédric Sire nous plonge en totale immersion au cœur de l’intrigue, un style direct qui privilégie le rythme. Exactement ce qu’il faut pour faire de ce roman un thriller aussi captivant qu’addictif.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Les Eaux Noires

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Eaux Noires
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Joséfa est dévastée quand les eaux noires de la baie des naufragés rejettent le corps de sa fille, disparue depuis quelques jours. L’adolescente a été assassinée, mais l’enquête de police piétine.

Folle de rage et de chagrin, Joséfa va remuer ciel et terre pour que l’assassin de sa fille soit démasqué. Tant pis si pour cela il faut que les secrets des uns et des autres éclatent en plein jour…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Estelle Tharreau ; ses deux précédents romans m’ayant agréablement surpris je replonge volontiers dans son univers littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Difficile d’imaginer la douleur d’un parent qui perd son enfant, une douleur sans doute encore plus vive quand l’enfant a été assassiné et que l’assassin reste non identifié. Un point de départ qui fait écho à une actualité avec l’affaire Daval (je comprends la douleur des parents d’Alexia, mais leur appétit médiatique me débecte).

Une douleur qui a de quoi faire perdre pied à ceux et celles qui y sont confrontés, et c’est exactement ce qui arrive à Joséfa dans le roman d’Estelle Tharreau. Elle va voir en tout habitant de la baie des naufragés le (ou la) potentiel(le) assassin de sa fille, n’hésitant pas à lancer des accusations sans le moindre fondement ou des rumeurs inventées de toutes pièces.

Dans le même temps, elle va se refermer sur elle-même. Il n’en faut pas plus pour que ses voisins et les autres résidents commencent à la regarder avec méfiance, voire plus. Un comportement qui va aussi lui attirer les foudres des médias… foudres dont sa fille subira les dommages collatéraux.

Une situation qui va encore s’envenimer quand un mystérieux Corbeau se joint à la partie, révélant les secrets les plus sombres des uns et des autres. Une tension qui va arriver à son apogée quand les hordes de la bien-pensance joueront les justiciers populaires sur fond de lynchage public.

Estelle Tharreau décrit à la perfection cette implacable mécanique qui va se mettre en branle en déployant inexorablement ses forces destructrices. L’auteure retranscrit avec justesse les états psychologiques de ses personnages.

Si l’intrigue ne s’attarde guère sur l’aspect purement policier de l’affaire, elle opte pour une approche plus originale en faisant du déroulé (et du délitement) des évènements le déclencheur de la résolution de l’assassinat de l’adolescente.

Une fois de plus Estelle Tharreau prouve qu’elle maîtrise toutes les ficelles du thriller psychologiques et qu’elle les manie parfaitement quand il s’agit de jouer avec les certitudes (et accessoirement les nerfs) de ses lecteurs.

En tant que lecteur, j’ai eu du mal à me sentir proche des personnages. J’ai trouvé le comportement de Joséfa complétement déplacé, la douleur n’excuse pas tout (ça serait trop facile de se réfugier derrière la perte d’un être cher pour justifier la calomnie et la diffamation. Pour les autres personnages (les résidents de la baie essentiellement), l’auteure prenant un malin plaisir à jouer avec nos certitudes, il est difficile de se faire une opinion tranchée sans que ne subsiste une part de soupçon.

MON VERDICT