[BOUQUINS] Maxime Chattam – 8,2 Secondes

8,2 secondes :
C’est le temps qu’il faut pour tomber amoureux.
C’est le temps qu’il faut pour mourir.

May et Constance ne se connaissent pas. Mais un même secret les relie. Et les menace.

Le seul nom de Maxime Chattam justifie mon choix, même s’il y a du bon et du moins bon ça demeure un auteur qui a toute ma confiance.

Avec son nouveau roman, Maxime Chattam nous entraîne dans une intrigue à deux voix, deux trajectoires parallèles mais entièrement féminines, qui finissent par se répondre bien plus intimement qu’on ne l’imagine de prime abord.

D’un côté, il y a Constance, scénariste meurtrie qui choisit de se retirer – ou plutôt de s’exiler – avec son chien dans le chalet familial isolé au cœur d’une forêt proche de la frontière canadienne. Elle vient de perdre brutalement son mari et son fils. Cet isolement forcé devient alors le lieu d’une profonde introspection avec la seule question qui lui reste : veut-elle encore vivre ? Peut-elle seulement continuer ? Dans l’immensité silencieuse de la nature, Maxime Chattam explore avec elle les thèmes universels du deuil, de la culpabilité, de la solitude, mais aussi de ces secrets enfouis qui resurgissent quand tout vacille.

De l’autre, il y a May, jeune enquêtrice du NYPD déterminée à faire ses preuves dans un univers où chaque faux pas peut coûter sa carrière. Elle se retrouve presque malgré elle lancée dans la traque d’un tueur en série. Au détour d’une enquête de routine, elle croise la route de Jack Tettler, un homme qui va bouleverser son existence bien au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer.

Si les chapitres consacrés à May sont plus rythmés, portés par l’adrénaline et l’urgence, ils n’en dévoilent pas moins une dimension plus intime centrée sur un thème profondément humain : l’amour. Un amour dans tout ce qu’il peut offrir de plus lumineux — complicité, désir, force des sentiments — mais aussi de plus corrosif – mensonge, manipulation, trahison.

Cette place donnée à l’introspection, plus marquée que dans de précédents romans de l’auteur, peut surprendre. Elle ne doit pourtant rien au hasard : 8,2 Secondes est dédié à un proche ami de l’auteur, disparu brutalement l’année dernière. Le roman porte clairement la trace de ce deuil, de cette nécessité d’écrire pour comprendre et pour rendre hommage.

Et malgré cette profondeur émotionnelle, ou peut-être grâce à elle, la double intrigue est captivante du début à la fin. Le lecteur croit assez vite comprendre le lien entre Constance et May… jusqu’à ce que l’auteur lui assène un premier coup de massue qui rebat toutes les cartes. Et comme si cela ne suffisait pas, un second retournement vient achever de nous laisser groggy, éclairant l’ensemble du roman d’une lumière totalement nouvelle.

Vous l’aurez compris : j’ai été totalement conquis par ce cru 2025 de notre Maxou. Un roman sensible, maîtrisé, surprenant, qui prouve qu’un thriller peut aussi être un magnifique terrain d’exploration humaine.

[BOUQUINS] Dan Brown – Le Secret Des Secrets

L’éminent professeur de symbologie Robert Langdon se rend à Prague pour une conférence sur la noétique donnée par son amie de longue date, Katherine Solomon. La scientifique est sur le point de publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine.

Un meurtre sauvage va soudain précipiter leur séjour dans le chaos. Katherine disparaît, et son manuscrit est piraté sur le serveur de son éditeur. Commence alors une course contre la montre dans Prague et ses mystères. Langdon se retrouve pourchassé par une étrange créature mythologique et devient la cible d’une organisation dont le projet pourrait changer à jamais notre conception de l’esprit humain.

Parce que c’est le grand retour de Dan Brown et de son héros récurrent, Robert Langdon. Un retour que les fans attendaient – espéraient – depuis huit longues années.

Quel plaisir de retrouver l’expert en symbologie Robert Langdon après huit longues années d’attente ! Et cerise sur le gâteau, il est accompagné de Katherine Solomon, brillante scientifique spécialisée en noétique, déjà croisée dans Le Symbole Perdu (troisième opus de la série, paru en 2009). À vrai dire, c’est même Katherine – ou plus exactement son prochain ouvrage – qui se trouve au cœur de cette nouvelle intrigue.

L’essentiel de l’action se déroule à Prague, cité aux mille visages, chargée d’histoire. Autant dire un terrain de jeu idéal pour Robert Langdon. Mais le jeu va vite tourner au cauchemar – pour le plus grand plaisir du lecteur.

Sur le plan thématique, Le Secret Des Secrets est sans doute le roman le plus audacieux de la série. Dan Brown y explore les frontières du savoir et de la foi, s’attaquant à des questions vertigineuses : quelle est l’origine de la conscience ? Que se passe-t-il après la mort ? Et surtout, la science peut-elle réellement répondre à tout ? L’auteur aborde ces sujets à travers une approche résolument scientifique – sans pour autant négliger les dimensions spirituelles –, en confrontant notamment les visions matérialistes et noétiques du monde.

Pour l’anecdote, la noétique, discipline à la croisée de la science et de la philosophie, n’est pas reconnue par la communauté scientifique dans son ensemble. Beaucoup la considèrent comme un courant spéculatif plus que comme une science exacte. Les thèses défendues par Katherine Solomon risquent donc de faire grincer des dents les matérialistes les plus rigides. Pour ma part, je choisis l’ouverture d’esprit : je lis avant tout un roman, non un traité scientifique. Si les idées exposées nourrissent l’intrigue et la réflexion, alors c’est tout bénéfice – et c’est précisément le cas ici.

Ces thématiques permettent aussi à Dan Brown de mettre en garde contre les dérives de la recherche lorsqu’elle tombe entre de mauvaises mains : manipulation mentale, contrôle des consciences, justification politique sous couvert de « sécurité nationale ». Une inquiétante perspective, d’autant plus crédible qu’elle résonne avec les débats contemporains sur l’intelligence artificielle ou les neurosciences.

Comme toujours, on ne peut qu’être admiratif devant l’ampleur du travail documentaire accompli par l’auteur. Dan Brown décrypte littéralement chaque élément de son intrigue. On comprend mieux pourquoi ses romans ne paraissent pas « à la chaîne ».

Outre le duo Langdon–Solomon, le roman offre une galerie de personnages secondaires aussi riches qu’ambigus. Le lecteur, tout comme les héros, apprend à se méfier des apparences : les intentions de chacun sont troubles, les alliances fragiles, et même les mythes prennent une tournure inattendue – à l’image de cet étrange golem, bien différent de la légende que l’on connaît.

L’intrigue, haletante, ne laisse guère de répit ni aux protagonistes ni au lecteur. On court, on doute, on découvre, au rythme d’une mécanique parfaitement huilée. Oui, certaines scènes flirtent parfois avec l’invraisemblance, mais n’est-ce pas justement ce qui fait le charme des aventures de Langdon ? L’essentiel, c’est que la tension ne retombe jamais, et que l’on se surprenne à tourner les pages sans voir le temps passer.

Sur le plan de la construction, Dan Brown reste fidèle à sa recette gagnante : chapitres courts, écriture fluide et visuelle, découpage quasi cinématographique. Rien d’inutile, tout concourt à faire de ce roman un pur page-turner.

Comme je le fais toujours avec les romans de Dan Brown, la tablette est toujours à portée de main afin de pouvoir faire des recherches internet pour avoir un visuel des bâtiments, monuments ou œuvres d’art mentionnés dans le bouquin.

L’attente fut longue, mais quel retour en apothéose ! Dan Brown signe ici un thriller palpitant, où science, spiritualité et suspense s’entrelacent avec une redoutable efficacité.

[BOUQUINS] Stephen King – Plus Noir Que Noir

Un secret, longtemps caché, est à l’origine du talent de deux artistes ; un flash psychique sans précédent bouleverse de manière catastrophique des dizaines d’existences, dont celle de Danny ; un veuf éploré se rend en Floride pour se reposer et reçoit à la place un héritage inattendu, accompagné d’importantes obligations ; un vétéran du Vietnam répond à une offre d’emploi et découvre qu’il existe dans l’univers des coins qu’il ne vaut mieux pas explorer…

Voici quelques-unes des histoires qui vous attendent dans ce formidable recueil de douze nouvelles qui vous plongeront dans les tréfonds les plus sombres de la vie, au sens métaphorique comme au sens propre.

THE King… What else ?

Même si je ne suis pas un grand fan de nouvelles, force est de reconnaître que c’est un exercice dans lequel Stephen King excelle.

Plus Noir Que Noir est un recueil de douze nouvelles, dont onze inédites. Laurie avait en effet été proposée en téléchargement gratuit peu après la parution de L’Outsider.

Dans ces recueils la première nouvelle est souvent déterminante, elle fait office de mise en bouche. Si elle est foireuse alors tout le reste du recueil pourrait pâtir de ce mauvais ressenti initial. Un peu comme un apéro qui vous laisserait un goût amer en bouche pendant tout le repas.

C’est à Deux crapules pleines de talent que revient cet honneur, une histoire d’amitié entre deux hommes qui ont connu le talent, chacun dans son domaine de prédilection, sur le tard. Quel est donc le secret de ce talent tardif ? Aucune noirceur dans ce récit qui n’en demeure pas moins agréable à lire, il faut attendre la seconde partie pour avoir la réponse à la question posée et voir survenir un élément surnaturel.

Comme d’hab je ne vais pas m’épancher sur chacune des nouvelles composant ce recueil, je me contenterai donc de donner une note sur 5 à chacune, la moyenne de ces notes sera le reflet de mon ressenti global.

  • Deux crapules pleines de talent : 4
  • La cinquième étape : 4
  • Willie le tordu : 3
  • Le mauvais rêve de Danny Coughlin : 5
  • Finn : 4
  • Slide Inn Road : 5
  • Écran rouge : 3
  • Le spécialiste des turbulences : 4
  • Laurie : 4
  • Serpents à sonnette : 5
  • Les rêveurs : 4
  • L’homme aux réponses : 4

Ce qui nous donne une honorable moyenne de 4 / 5.

Incontestablement c’est Le mauvais rêve de Danny Coughlin qui porte le recueil, du fait de son indiscutable qualité narrative mais aussi par sa longueur.

À ce titre je n’entrerai pas dans le débat stérile visant à catégoriser un récit entre nouvelle, novella, roman court et dieu sait quoi d’autre. C’est une catégorisation qui n’obéit à aucune règle strictement définie, le nombre de pages est un critère complètement subjectif car totalement dépendant de la typographie (police utilisée, taille de ladite police, espacement, marges, interlignes…). Le nombre de signes serait un critère mathématiquement plus fiable (ou accessoirement le nombre de mots, considérant qu’un mot est en moyenne composé de six signes), mais là encore, aucune règle n’est gravée dans le marbre…

Malgré ce que suggère le titre du recueil, l’ensemble manque cruellement de noirceur, Stephen King mise plutôt sur un nuancier de gris. Ça n’en reste pas moins agréable à lire mais ce n’est pas exactement ce à quoi on s’attend quand on s’attaque à un recueil du King. Surtout quand on sait de quoi il est (était ?) capable !

Il faut attendre la fin du recueil pour enfin déguster du noir bien corsé. D’abord avec la nouvelle Serpents à sonnette et ses jumeaux flippants à souhait, puis avec Les Rêveurs qui mise davantage sur la touche horrifique.

Stephen King aime semer, çà et là, quelques références à ses romans précédents, ici c’est la nouvelle Serpents à sonnette qui lui permet de faire un clin d’œil (au beurre noir) à Cujo (1982) et accessoirement à Duma Key (2009). C’est aussi la seconde en longueur (en numérique, il est difficile de se faire une idée du nombre de pages.

Dans cette nouvelle j’ai relevé une erreur de traduction dans le nom des deux corbeaux imaginés par Paul Terry, ce n’est pas Heckle et Jekyll mais bien Heckle et Jeckle. Bizarre comme maladresse vu que les noms sont les mêmes en anglais et en français.

La dernière nouvelle d’un recueil peut elle aussi être déterminante sur le ressenti général. Après tout c’est la dernière impression qu’il nous reste. L’homme aux réponses rempli pleinement son rôle et nous permet de refermer le bouquin sur un ressenti positif.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Prime Time

Alors que des millions de téléspectateurs regardent le 20h sur la chaîne nationale, un homme masqué, la voix déformée, prend en otage le présentateur vedette.

Si le direct est coupé, il le tue.

Parce que c’est Maxime Chattam, une raison suffisante pour me faire craquer.

Imaginez le topo : vous êtes devant la télé, en attente du 20 heures de TF1 (je prends la première comme référence du fait de la proximité avec le nom de la chaîne dans le roman, MD1). Générique, les titres présentés par Gilles Boulleau et le déroulé du journal commence comme tous les jours. Soudain un individu masqué, sorti de nulle part, braque son arme sur ce brave Gilles et le prend en otage. Son premier ultimatum donne le ton, si la chaîne coupe le direct, le journaliste sera abattu.

Ça jette un froid n’est-il point ? Et maintenant posez-vous la question de savoir quelle sera votre réaction et surtout répondez-y en toute honnêteté. Est-ce que vous éteignez le poste et passez à autre chose ou est-ce que vous attendez la suite, scotché à votre écran ?

C’est le point de départ du dernier roman de Maxime Chattam, vous l’aurez compris il sera beaucoup question du poids des médias dans la société contemporaine, leur influence sur le public et leur « moralité ». Jusqu’où peut-on aller pour satisfaire son audience ? Et accessoirement les actionnaires.

Pour donner un maximum de crédibilité à son intrigue, l’auteur s’est immergé dans les coulisses d’un journal télévisé. A l’image des icebergs, ce que l’on voit (le JT à l’écran) n’est qu’une infime partie de tout ce qui se joue avant (préparation et ordonnancement des reportages), pendant (en coulisse toute une équipe est mobilisée) et après (en l’occurrence nous ne le verrons pas dans le déroulé de l’intrigue du roman mais le sujet est abordé lors d’échanges entre les personnages).

Il est de coutume qu’une œuvre de fiction démarre par l’avertissement suivant : « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence. » Difficile cependant de ne pas faire le rapprochement entre Paul Daki-Ferrand, journaliste vedette et charismatique de la chaîne MD1, avec PPDA à la grande époque de TF1. Plus encore compte tenu des événements qui suivront dans le roman. Fortuite coïncidence ? Hmouais, faut le dire vite alors.

Sur ce point l’auteur s’explique dans un entretien à Télé-Loisirs : « (…) l’avantage de la fiction, c’est qu’elle permet de dire ce qu’on veut et ce qu’on pense. Des choses qu’on a envie de dire, que l’on ressent, qu’on a en soi, et après, chacun les interprète comme il veut. »

En plus des médias, le second grand acteur du roman de Maxime Chattam est le GIGN, notamment la cellule de médiation. Là encore l’auteur a pu bénéficier d’une immersion au sein du groupe d’élite de la Gendarmerie Nationale afin de coller au mieux à leur réalité. À ce titre le roman peut être perçu comme un légitime hommage au GIGN.

L’auteur tisse une intrigue qui va se densifier au fil des événements, une grande partie se joue à huis-clos dans les coulisses du JT. Devant l’ampleur de l’affaire le GIGN et la Section de Recherche (SR) de la Gendarmerie vont être amenés à collaborer étroitement. Ce sont les investigations de la SR qui nous permettent de sortir des studios de MD1… mais question pour autant de souffler un peu, eux-aussi vont être sur la brèche.

Pour tisser son intrigue Maxime Chattam se repose sur un binôme constitué de Charléne, cheffe d’édition chez MD1, et Yanis, négociateur du GIGN. Ce-dernier va en effet servir de mentor à la jeune femme qui va devenir leur lien avec le preneur d’otage, Kratos.

Bien entendu d’autres personnages auront leur mot à dire et leur rôle à jouer. L’auteur ne laisse rien au hasard pour rendre son récit redoutablement addictif. Et la sauce prend rapidement, une fois ferré, vous aurez bien du mal à lâcher le roman.

Un très bon cru ce Maxou 2024 !

[BOUQUINS] Stephen King – Holly

Dans une jolie maison victorienne d’une petite ville du Midwest, Emily et Rodney Harris, anciens professeurs d’université, mènent une vie de retraités actifs. Malgré leur grand âge, les années semblent n’avoir pas avoir de prise sur eux.

À quelques pas de leur demeure, on a retrouvé le vélo de Bonnie Dahl, récemment disparue. Elle n’est pas la première à se volatiliser dans ce périmètre. Chose étrange : à chaque fois, il s’agit de jeunes gens.

Sur l’insistance de la mère de Bonnie, Holly Gibney accepte de reprendre du service. Elle est loin d’imaginer ce qui l’attend : une plongée dans la folie humaine, là où l’épouvante n’a pas de limite.

Stephen King, what else ?

Les inconditionnels de Stephen King savent pertinemment que leur auteur fétiche peut mettre leurs nerfs à rude épreuve sans avoir recours au fantastique. Souvenez-vous de la solitude et de l’angoisse de Jessie, menottée à son lit dans un chalet paumé au milieu de nulle part, le cadavre de son mari gisant au pied du lit (Jessie, 1993). Osez affirmer que Annie Wilkes ne vous a pas donné quelques sueurs froides emportée par sa folie (Misery, 1989). Ou encore plus récemment avec le très bon Billy Summers (2022), un thriller pur jus maîtrisé de bout en bout.

Le personnage d’Holly Gibney a fait son apparition dans la trilogie Bill Hodges (Mr Mercedes, Carnets Noirs et Fin De Ronde). Stephen King la sortira ensuite de ses tiroirs pour lui confier un second rôle dans son roman L’Outsider puis dans la nouvelle Si Ça Saigne inspirée du même univers. Avec ce roman Holly gagne ses lettres de noblesse et occupe enfin le haut de l’affiche.

L’intrigue se situe en 2021, un choix qui ne doit rien au hasard, comme le reste du monde, les États-Unis font face, tant bien que mal, à l’épidémie de Covid-19. Au-delà de la crise sanitaire à proprement parler, le contexte offre un terrain de jeu de premier choix pour les complotistes de tout poil. Le monde se divise en deux clans, les vaccinés et les antivax.

Pour les États-Unis l’année 2021 est doublement emblématique, le pays émerge de quatre années sous la présidence de Donald Trump. Là encore il y a les pro MAGA (Make America Great Again, le slogan de campagne de Trump) et les anti… Le pire c’est que rien ne garantit que le gugusse ne revienne pas à la Maison Blanche en 2028, surtout si les démocrates relancent Papy JB aka Le Sénile dans la course !

Mais revenons à nos moutons et au roman Holly.

Au fil de ses aventures nous avons vu s’étoffer la personnalité d’Holly Gibney, la frêle et timide que Bill Hodges a découvert sait désormais s’affirmer et à plus ou moins se faire confiance. Et elle en aura bien besoin pour affronter cette nouvelle affaire.

Pour elle l’affaire commence comme une « simple » disparition d’une jeune femme. Au fil de ses investigations elle va rapidement s’apercevoir que d’autres disparitions potentiellement suspectes ont eu lieu dans un périmètre relativement restreint… même si rien ne semble relier les victimes entre elles.

Le lecteur est quant à lui parfaitement conscient, dès les premières pages du roman, que ces disparitions n’ont rien d’ordinaires. Elles sont l’œuvre d’un couple de retraités qui, sous les dehors d’une respectabilité sans faille, ont imaginé un plan repoussant les limites de l’horreur pour se maintenir au top de la forme.

Pour la première fois Holly va donc se retrouver confrontée à une affaire ne faisant appel à aucun élément fantastique ou surnaturel. Elle aura pourtant à faire aux individus encore plus monstrueux et abjects que ceux qu’elle a déjà affronter. Comme le dira fort justement Izzy Jaynes à la fin de l’affaire :

L’autre nouveauté pour Holly est qu’elle sera quasiment seule sur une grande partie de son enquête. Son associé, Pete Huntley, est en effet cloué au lit par le Covid. Quant à Jerome et Barbara Robinson, qui lui ont prêté main forte plus d’une fois, ils seront fort occupés de leur côté par des projets personnels qui se concrétisent.

Au-delà de son enquête, Holly va aussi devoir composer avec une situation personnelle un peu compliquée. En effet au début du roman elle assiste aux funérailles de sa mère, terrassée par le Covid (un brin ironique pour quelqu’un qui rejetait l’existence de cette maladie). Si vous avez lu la trilogie Bill Hodges vous savez déjà que le personnage de Charlotte Gibney n’est pas franchement des plus avenants, toujours prompte à rabaisser Holly. Vous découvrirez que la daronne avait encore quelques coups foireux en réserve… heureusement, finalement les choses tourneront plutôt à l’avantage de notre brave Holly.

Si Stephen King impose à son intrigue un rythme de croisière plutôt pépère (les choses vont véritablement s’emballer vers la toute fin du roman), on ne s’ennuie pas une minute pour autant, on prend plaisir à suivre chacun des personnages dans leur parcours personnel. La plume de l’auteur fait mouche, comme toujours, notamment quand il faut pointer les travers de la société américaine. Mais il est tout aussi efficace quand il s’agit de rendre hommage à la littérature, et tout particulièrement à la poésie.

Indéniablement cette cuvée 2024 du King a tous les atouts d’un grand cru. L’absence d’élément fantastique ne m’a posé aucun problème, au contraire c’est même l’une des grandes forces du roman.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Lux

Les scientifiques comme les religieux ne peuvent expliquer ce qu’elle est ni d’où elle vient. Elle va transformer pour toujours le quotidien du monde entier, en particulier l’existence d’une mère et de sa fille.

Tout en posant la question qui nous obsède tous… Nos vies ont-elles un sens ?

Parce que c’est Maxime Chattam et qu’avec ce roman il confirme que sortir de sa zone de confort ne l’effraye pas outre mesure. Rien que pour ça j’ai envie d’approuver sans réserve…

Ajoutez à cela une quatrième de couv’ des plus énigmatique et le tour est joué.

Depuis déjà quelques années Maxime Chattam n’hésite pas à sortir de sa zone de confort, quitte à surprendre ses lecteurs. Le Coma Des Mortels, Le Signal ou encore L’Illusion sont les exemples les plus récents de ces sorties de route, des fois ça passe… d’autres fois ça casse. C’est aussi ça le prix de l’audace.

Lux s’inscrit clairement dans cette veine même s’il est difficile de caser le roman dans une case prédéfinie. L’idée de base en fait bel et bien un roman d’anticipation, mais ce serait trop réducteur de se limiter à ça… et pour tout vous dire, même si le futur en question n’est pas daté, on devine qu’il n’est pas très éloigné de notre époque au vu des technologies déployées.

Ajoutez à cela un fond de dérèglement climatique qui s’intègre parfaitement à l’intrigue sans une once de militantisme politico-écolo. Maxime Chattam reste dans le domaine de l’écologie au sens noble du terme, avant que cette notion ne soit pervertie par l’idéologie politique.

On pourrait aussi qualifier le roman de plaidoyer pour le droit à la différence à travers le personnage de Romy. Sans oublier la relation quasi fusionnelle qui la lie à sa mère, Zoé, une auteure en mal d’inspiration depuis déjà quelque temps.

Il est évident que depuis la guerre en Ukraine la russophilie n’a plus vraiment le vent en poupe – merci Vlad, le tyran du Kremlin. Ce n’est pas ce roman qui va vous pousser à davantage d’empathie pour nos lointains voisins. L’unique personnage russe jouant un rôle actif dans le déroulé de l’intrigue étant de très loin le plus antipathique (et encore je suis poli, ce serait plutôt un gros enculé hors compétition). Toutefois je ne ferai point d’amalgame de bas étage entre le peuple et la culture russe et la créature Poutine.

On s’attache facilement aux personnages principaux (Zoé, Romy et Simon) et à leur quête de la vérité sur l’origine de cette mystérieuse sphère, l’intrigue et globalement bien ficelée et addictive. Pour faire court, c’est une lecture agréable, mais il manque un petit je ne sais quoi pour que l’emballement soit total.

Le bouquin se termine sur une fin que je qualifierai d’ouverte qui me convient parfaitement. Un choix susceptible de ne pas plaire à tout le monde, afin d’y remédier Maxime Chattam propose un chapitre bonus permettant de découvrir « sa vérité » sur Sphère. Je l’ai lu par curiosité et j’avoue préférer « ma vérité »… même si, avec le recul et l’un des derniers éléments de l’épilogue, ça ne pouvait pas vraiment coller.

Le roman se veut un hommage à René Barjavel et tout particulièrement à La Nuit Des Temps, je ne saurai me prononcer sur ce point, n’ayant toujours pas eu l’occasion de lire ce roman alors qu’il me fait de l’œil, du fond de mon Stock à Lire Numérique, depuis plusieurs années.

[BOUQUINS] Bernard Werber – Le Temps Des Chimères

Que deviendrait le monde si l’être humain changeait de forme ?

C’est le projet fou d’Alice Kammerer, jeune et brillante scientifique, qui parvient, au lendemain de la troisième guerre mondiale, à inventer de nouvelles espèces hybrides : des chimères, mi-homme mi-animal.

Tandis qu’elle assiste, fascinée, à l’évolution de ces bébés pourvus d’ailes, de griffes ou de nageoires, un monde différent se construit.

Il est à la fois porteur d’alliances et de conflits, de passion et d’espoir…

Mais quelle place l’ancienne humanité pourra-t-elle conserver face à ces nouveaux « voisins » ?

Malgré une production quelque peu inégale, Bernard Werber ne m’a jamais franchement déçu. Si je suis encore loin d’avoir lu tous ses romans (surtout parmi les plus anciens), j’essaye depuis quelques années d’être fidèle au poste.

Ce n’est pas la première fois que Bernard Werber suggère que la survie de l’humanité passe par une « évolution » de l’espèce humaine. Dans la trilogie Troisième Humanité, la réponse à la menace passait par les micros humains, avec Le Temps Des Chimères l’auteur va encore plus loin dans son idée évolutive.

Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard si dans les deux cas la scientifique à l’origine de projet se nomme Kammerer (Aurore dans Troisième Humanité, Alice dans Le Temps Des Chimères).

Le fil rouge de l’œuvre de Bernard Werber, l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, en perpétuelle évolution grâce à la persévérance de la famille Wells, sera bien entendu de la partie. Des pauses culturelles aussi instructives que distrayantes, l’auteur à un véritable don quand il s’agit de vulgariser des thèmes a priori complexes.

Ami(e)s lecteurs et lectrices, vous l’aurez sans doute compris, avec ce roman l’auteur s’inscrit clairement dans le registre de la science-fiction, donc si vous êtes hermétique à ce genre vous pouvez d’ores et déjà passer votre chemin.

Force est de reconnaître que l’hybridation imaginée par Alice Kammerer franchit allégrement les frontières entre réel, plausible et imaginaire pour entrer de plain-pied dans cette dernière catégorie. Au départ j’ai eu quelques réticences, pensant que ce serait quand même un tantinet too much à accepter, mais Bernard Werber sait y faire pour nous convaincre d’ouvrir en grand les portes de notre imagination.

L’intrigue du roman s’étend sur une cinquantaine d’années. Au fil des pages, nous suivrons le périlleux chantier du projet Métamorphosis, puis l’évolution des hybrides dans un contexte post-atomique. Il sera bien sûr question des relations entre les trois espèces hybrides (Aerials, Diggers et Nautics), mais aussi de leurs liens avec les humains (les Sapiens).

Les hybrides sauront-ils tirer des leçons des erreurs des Sapiens ? Ou reproduiront-ils ces mêmes erreurs ? Comme vous vous en doutez certainement, les choses ne vont pas se passer exactement comme l’imaginait Alice Kammerer… ce ne serait pas marrant autrement !

Pour tout vous dire j’ai parfois eu du mal avec le personnage d’Alice, par moment ses réactions semblent en totale déconnexion de la réalité. Et comme elle est plutôt impulsive et peu à l’écoute des conseils des autres, ça fait parfois des étincelles. À sa décharge, il faut bien avouer qu’elle va souvent se retrouver confrontée à des situations totalement inédites pour un être humain.

Ne perdons pas de vue le double sens du mot Chimère, certes il peut désigner la créature hybride de la mythologie grecque, mais il est aussi synonyme d’illusion ou encore de grands projets séduisants mais totalement irréalisable.

Si Le Temps Des Chimères ne se classe pas dans le best of the best de Bernard Werber, ça reste pour moi une lecture très agréable. À aucun moment je ne me suis ennuyé, bien au contraire, j’avais toujours envie d’aller plus loin afin de découvrir le fin mot de l’histoire.

En parlant de fin, je trouve que celle-ci aurait mérité d’être un peu plus étoffée. Je ne reste pas sur ma faim, mais un ou deux chapitres supplémentaires n’auraient pas été de trop.

[BOUQUINS] Jean-Laurent Del Socorro – Morgane Pendragon

An 601. Île de Bretagne. Depuis la mort d’Uther Pendragon, souverain du royaume de Logres, aucun héritier n’est monté sur le trône. Pour cela, il faudrait réussir à extraire l’épée du défunt monarque, enchâssée dans la pierre. À l’aube de ce nouveau siècle, les prophètes en sont pourtant persuadés : un nouveau roi va naître. Le puissant Merlin a la certitude qu’il s’agit de son protégé, le jeune Arthur, mais c’est Morgane, la fille cachée d’Uther, qui s’empare de l’épée. Réussira-t-elle à faire face aux guerres, aux intrigues et aux trahisons, et à s’imposer comme une souveraine légitime ?

Parce que j’ai trouvé l’idée de réécrire la geste arthurienne au féminin était un pari plutôt audacieux. Du coup j’étais curieux de découvrir la légende morganienne.

J’avoue ne connaître de la geste arthurienne que les grandes lignes, mes classiques sur le sujet se résument à la série et au film Kaamelott. Pas sûr que la vision d’Alexandre Astier soit des plus rigoureuses.

Cette lacune n’est pas un problème pour aborder le roman de Jean-Laurent Del Socorro, au contraire ! Oubliez tout ce que vous savez – ou croyez savoir – l’auteur nous offre une réécriture de la légende, une revisite au féminin pouvait sembler un pari audacieux, voire même un peu fou. Un pari qu’il remporte haut la main !

Déjà l’auteur fait la part belle aux personnages féminins. Pas seulement via le personnage de Morgane qui va se retrouver reine de Logres et par extension reine de Bretagne (même si ce titre n’est jamais évoqué). Là où la légende dresse une table ronde exclusivement masculine, Jean-Laurent Del Socorro opte lui pour la mixité. Une place qui s’affirmera au fil des chapitres, les personnages féminins jouant souvent un rôle essentiel dans le déroulé de l’intrigue.

En revanche force est de reconnaître que le terme « messoeur » adopté par l’auteur comme pendant féminin de « messire », pique les yeux et fait saigner les oreilles.

De fait cela impose de réinventer le destin de certains personnages masculins, à commencer par Arthur mais c’est surtout le personnage de Merlin qui verra son rôle complétement réécrit. Un choix qui pourra surprendre mais s’avérera finalement en totale adéquation avec l’intrigue imaginée par l’auteur.

Une intrigue qui devra jongler entre les impératifs militaires, politiques, religieux et même sentimentaux (hé oui, même au cœur du tumulte et des intrigues, l’amour aura son mot à dire). Toutes ces dimensions sont parfaitement dosées et mises en scène par Jean-Laurent Del Socorro.

Sans oublier le fer de lance d’un récit de fantasy, la magie. C’est le royaume de Galles et son Roi Pêcheur qui feront souffler un vent mystique et magique sur le récit. En plus des personnages maîtrisant les arcanes magiques, nous croiserons quelques créatures magiques, parfois bienveillantes, parfois nettement plus hostiles.

De la première à la dernière page du roman l’auteur semble jouer avec les codes de la légende arthurienne. Il pioche des éléments incontournables de la geste mais leur attribue un nouveau rôle (ainsi Excalibur fera une son apparition que bien plus tard dans le déroulé de l’intrigue… à un moment où les cartes seront totalement rebattues).

Jean-Laurent Del Socorro donne un second souffle à une légende certes bien ancrée dans les esprits mais un tantinet poussiéreuse et presque machiste tant la place de la femme est reléguée au second plan. On se laisse bien volontiers entraîner dans cette revisite menée tambour battant qui vous réservera bien des surprises et des revirements de situation.

Pour sa narration l’auteur alterne entre les points de vue de Morgane et d’Arthur, des visions qui souvent se complètent mais parfois s’opposent. Morgane qui du jour au lendemain se retrouve propulsée sur le devant de la scène, devenant à la fois chef politique et chef de guerre. Arthur qui rêvait de grandeur mais verra son destin lui échapper en échouant à retirer l’épée d’Uther Pendragon.

Les personnages secondaires ne servent pas uniquement de faire valoir, à commencer par les Épées de Morgane, des chevaliers et chevalières qui formeront son conseil aussi bien politique que militaire. Mention spéciale à Guenièvre (qui trouve ici une place bien plus honorable que celle qui lui est donnée dans la série Kaamelott), Lancelot et son incroyable vanité mais aussi et surtout à Arcade, la barde chevalière.

Le Royaume de Bretagne réinventé par Jean-Laurent Del Socorro est certes rude – voire rugueux –, mais c’est aussi un modèle de tolérance où la parité hommes / femmes va au-delà des mots, où chacun est libre de vivre sa sexualité comme il/elle le souhaite, où les religions devraient pouvoir cohabiter en paix (du moins jusqu’à ce que les chrétiens viennent foutre la merde).

J’ai été totalement emballé par ce bouquin et le l’excellence de Jean-Laurent Del Socorro à nous immerger dans son récit. La geste morganienne n’a définitivement pas à rougir face à son illustre aîné.

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Rouge Karma

AU MENU DU JOUR


Titre : Rouge Karma
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2023
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Mai 68. Alors que Paris est à feu et à sang, que la Vème République vacille sur ses fondations, le corps d’une jeune fille est retrouvé, nu, mutilé, dans une position de yoga. Jean-Louis Mersch attaque l’enquête – il est flic. Hervé et Nicole le secondent, ils sont les amis de la victime.

Le trio interroge, tâtonne, et bientôt trouve : le mobile des meurtres – car il y en a eu d’autres – est au bout du monde, en Inde…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jean-Christophe Grangé et que je suis un inconditionnel de l’auteur. Je reconnais volontiers que je n’ai pas toujours été emballé par ses romans, cependant aucun ne m’a véritablement déçu.

Ma Chronique

Aaaah, mai 68… Coupez ! Je ne vais certainement pas vous la jouer soixante-huitard nostalgique, chemise à fleurs, love and peace et pétard au coin des lèvres. J’étais certes sur les barricades, mais embarqué à l’insu de mon plein gré par mes parents – j’avais un an. Trop facile de juger à postériori et tel n’est pas l’objet de cette chronique.

Le fait est que le roman de Jean-Christophe Grangé prend sa source à Paris, dans la tourmente de mai 68. L’auteur restitue parfaitement le contexte de l’époque que ce soit du point de vue étudiant ou ouvrier, mais aussi politique avec l’inflexibilité de De Gaulle face à la crise.

Il faut dire que son trio colle parfaitement à la période. Jean-Louis Mersch, vétéran de l’Algérie et flic borderline, censé représenter l’autorité mais qui rêve secrètement du « Grand Soir » qui viendrait renverser l’ordre établi. Hervé Jouhandeau, son demi-frère, étudiant en Histoire dégingandé qui se cherche et se laisse porter par les événements. Et Nicole Bernard, étudiante en Lettres issue de la haute bourgeoisie, rousse incendiaire, pleine d’idéaux dont elle ne saisit pas forcément le véritable sens.

Un trio certes atypique mais pour lequel j’ai eu du mal à éprouver une quelconque empathie, à part peut-être pour Jean-Louis et son côté électron libre… mais c’est resté en surface.

Exit les révolutionnaires en culotte courte ! Une étudiante, proche amie de Nicole et vague connaissance d’Hervé, est retrouvée morte par ce dernier qui appelle le frangin à la rescousse. La position du corps et les mutilations qu’il a subi font rapidement comprendre à Jean-Louis que cette affaire va être hors du commun.

L’enquête va mener notre improbable trio de Paris à Calcutta, puis à Bénarès et enfin à Rome. Pas franchement des vacances de rêves, leur périple sera en effet parsemé de cadavres et au fur et, à mesure que le voile se lèvera, les deux frères en apprendront beaucoup sur leur propre histoire.

J’ai beaucoup aimé la partie parisienne de l’intrigue mais elle est relativement courte. Le travail documentaire de l’auteur se ressent quand il parle de l’Inde, de ses traditions et de sa culture, mais cela n’empêche pas l’intrigue de traîner parfois en longueur et d’être quelque peu tirée par les cheveux.

La conclusion indienne est des plus abrupte, on en serait presque réduit à se dire « Tout ça pour ça ! ». Et ce n’est pas à Rome que les choses vont s’améliorer, on passe à un niveau supérieur au niveau de l’improbable et de l’expéditif.

D’ailleurs je ne suis pas le seul à le penser à en croire un échange entre Jean-Louis et Nicole :

— Ça me semble tiré par les cheveux.
(…)
— Mais tout, absolument tout est tiré par les cheveux dans notre histoire ! Depuis la première seconde où on s’est lancés dans cette enquête !

Bref, je referme ce bouquin plutôt mitigé, pas franchement déçu mais il est incontestable que j’ai connu Jean-Christophe Grangé beaucoup plus inspiré.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Drame De Pique

AU MENU DU JOUR


Titre : Drame De Pique
Série : La Brigade Capestan – Livre 4
Auteur : Sophie Hénaff
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2023
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Depuis le départ à la retraite du commissaire Buron, les Poulets Grillés de la Brigade Capestan s’emmerdent ferme (ce n’est pas moi qui le dit, c’est la capitaine Eva Rosière), ses différents successeurs les ignorant totalement.

Alors que le phénomène des « piqûres en soirée » prend de l’ampleur en France, le nouveau divisionnaire charge la brigade d’enquêter sur deux décès supposés être consécutifs à ces piqûres.

Pour la première fois la brigade sera chapeautée par la Crim’. D’autre part, si l’enquête est un succès, les Poulets Grillés pourront réintégrer le Bastion. Mais ils n’ont aucune envie de quitter leur placard transformé en petit nid douillet… iraient-ils jusqu’à flinguer une enquête pour conserver leur statut de pestiférés ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le grand retour des Poulets Grillés de Sophie Hénaff, après quatre longues années d’attente, on n’y croyait – presque – plus.

Ma Chronique

Pour ceux qui ne connaîtraient pas les Poulets Grillés – et c’est bien dommage pour vous, vous ratez quelque chose –, c’est une brigade qui regroupe ceux et celles que les forces de police souhaitent éviter d’avoir dans leurs commissariats. Alcoolos, dépressifs, fous du volant, gros bavards sujets aux indiscrétions, gaffeurs… Tout ce beau monde placé sous les ordres d’Anne Capestan, elle-même placardisée pour avoir fait usage de son arme lors d’une arrestation.

Pour compléter le tableau, ils officient au sein d’un appartement/commissariat customisé et décoré selon les goûts de chacun. Inutile de vous dire que le résultat ne ressemble pas vraiment à un commissariat classique.

Drame De Pique est le quatrième roman consacré à cette brigade pour le moins atypique. Avec la crise sanitaire et les départs des uns et des autres, les rangs se sont quelque peu clairsemés ces derniers temps.

Si Anne Capestan se réjouit de pouvoir enfin plancher sur une véritable enquête, ses co-équipiers sont nettement moins enthousiastes, surtout à l’idée de quitter leur refuge pour réintégrer le Bastion. La commissaire devra même hausser le ton contre sa capitaine et amie, Eva Rosière :

C’est un commissariat, que tu le veuilles ou non, on n’est pas chez nous. On est chez le contribuable qui attend un service en retour : qu’on lui attrape les assassins quand il demande gentiment. Le contribuable, il veut boire son mojito sans prendre une seringue dans la fesse et c’est normal.

D’entrée de jeu les Poulets Grillés comprennent qu’ils vont devoir enquêter sans empiéter sur les plates-bandes de la Crim’. Ça tombe bien car leur enquête s’oriente rapidement vers une piste bien loin des piqûres sauvages, une piste qui pourrait sembler hautement improbable alors que certains éléments concrets tendent dans cette direction.

L’appel de l’enquête, le goût du mystère. Ils étaient bien foutus de résoudre l’affaire sans même le vouloir. Satané amour d’un métier qui ne vous rendait pourtant pas grand-chose.

Une enquête qui va donner bien du fil à retordre à nos chers Poulets Grillés, force est de reconnaître que Sophie Hénaff a concocté une intrigue tordue à souhait avec son lot de fausses pistes et de revirements inattendus. Et comme d’hab la Brigade Capestan va plus d’une fois sortir des sentiers battus et des procédures pour s’en dépêtrer.

Une intrigue parsemée de sourires et de francs éclats de rire. Je n’en dirai pas plus afin de ne laisser intact le plaisir de la découverte.

Ces retrouvailles avec cette brigade totalement atypique ont été un pur régal. Si vous les découvrez, vous trouverez peut-être que certains personnages ou certaines situations sont un tantinet too much, mais vous verrez que vous apprendrez rapidement à les apprécier et à vous accommoder de ces traits parfois un peu tirés à l’extrême.

Pour ma part j’ai été séduit dès le premier tome, les essayer c’est les adopter, et le charme est toujours intact à l’issue de cette quatrième enquête.

MON VERDICT