[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – Prendre Un Enfant Par La Main

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F.X. Dillard - Prendre un enfant par la main
Titre : Prendre Un Enfant Par La Main
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Quatre ans après la disparition de leur fille Clémentine dans le naufrage d’un voilier, Sarah et Marc sont rongés par la culpabilité et la tristesse.

Jusqu’à ce que de nouvelles voisines emménagent sur le même palier avec leur enfant, Gabrielle, dont la ressemblance avec Clémentine est troublante. Au contact de cette adolescente vive et enjouée, Sarah reprend peu à peu goût à la vie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai découvert l’univers littéraire de François-Xavier Dillard avec son précédent roman, Réveille-Toi ; sa plume et son intrigue avaient fait mouche. À défaut de trouver le temps de me plonger dans ses romans précédents, je ne laisse pas passer ses nouveaux titres.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je ne sais pas vous mais moi dès que j’ai vu le titre du bouquin j’ai immédiatement pensé à la chanson d’Yves Duteil… Et vu la thématique du roman je doute que ce soit un simple hasard.

Pour ceux et celles qui ne connaîtraient cette magnifique chanson, en voici les premières phrases :

Prendre un enfant par la main
Pour l’emmener vers demain,
Pour lui donner la confiance en son pas,
Prendre un enfant pour un roi.

Et la dernière qui s’applique plus encore au présent roman : Prendre un enfant pour le sien.

Si la chanson d’Yves Duteil parle de Prendre un enfant (après une courte hésitation, je ne ferai pas de jeux de mots foireux sur le sujet), le roman de François-Xavier Dillard aurait pu s’appeler Perdre un enfant. Car il est bien question de deuil (et sans doute le plus dur des deuils à affronter) et de culpabilité.

J’en vois déjà qui font une moue aussi sceptique que blasée, genre de dire : rien de neuf sous le soleil du noir. Si ces thèmes ont déjà été abordés à maintes reprises cela n’exclut pas pour autant une bonne surprise ; après tout comme le disaient fort justement nos vénérables grand-mères : « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures ».

Déjà parce que les thématiques du deuil et de la culpabilité ne sont pas les seules abordées ici, il sera aussi question de responsabilité parentale, des dérives de la jeunesse dorée, des addictions… et bien d’autres thèmes abordés plus ou moins en profondeur et parfaitement intégré à l’intrigue.

Ensuite, et c’est quand même essentiel pour qu’un thriller fasse son effet, il y a une intrigue qui commence par divers arcs narratifs qui vont progressivement (et naturellement) se regrouper pour ne faire qu’un. Une intrigue parfaitement construite et rythmée qui saura tenir en haleine même les lecteurs les plus exigeants et surprendre (parfois) même les plus blasés.

Enfin il y a les personnages, et c’est là la grande force de ce roman et de son auteur. François-Xavier Dillard nous brosse un profil psychologique particulièrement soigné et totalement crédible pour chacun de ses personnages.

Il y a bien sûr le couple Cygnac essaie de surmonter tant bien que mal (plutôt mal dans un premier temps) la perte de leur fille et de se reconstruire. Pour se faire Sarah, la mère, pourra compter sur l’écoute et la bienveillance de Marie, une voisine qui vit seule depuis le décès de son mari.

Une reconstruction qui sera facilité par l’installation des nouvelles voisines, Hélène et Leila, et surtout de Gabrielle, leur fille (génétiquement parlant celle d’Hélène), une ado de quinze ans qui ressemble beaucoup à celle qu’aurait pu devenir Clémentine.

Enfin on croisera le chemin de Jeanne Muller, une commissaire de police au caractère bien trempé qui enquête sur la disparition de Chloé Montaigu, la fille d’un riche et puissant homme d’affaire, connue pour ses frasques et son addiction au jeu.

« Michel Montaigu était le P-DG et fondateur de Joy, une holding de produits de luxe et d’entreprises de médias. Un tycoon à la française, multimilliardaire, qui tutoyait les présidents et embrassait les stars. Il a tout réussi, sauf sa fille cadette, Chloé. Après être entrée à HEC, la jeune femme avait décidé d’envoyer tout balader et de parcourir le monde. Enfin, entre deux séjours en institution psychiatrique. Des hôpitaux et cliniques privés qu’elle avait écumés entre ses vingt et un et ses vingt-neuf ans. Après on retrouvait sa trace dans les magazines people, souvent dans la rubrique « Fêtes décadentes et casino ». Elle était devenue une joueuse de poker redoutable et une hôte attendue et remarquée à la plupart des tables de jeu du monde entier. »

Les chapitres sont courts, sans fioriture, afin d’aller à l’essentiel et de maintenir à la fois le rythme et la pression. Généralement rédigés à la troisième personne sauf quand il s’agit de donner la parole à Gabrielle. Passant à la première personne François-Xavier Dillard se place dans la tête d’une ado plutôt douée et débrouillarde mais pas forcément prête à affronter les aléas de la vie. Et le résultat est bluffant en termes de crédibilité.

Ce roman est une totale réussite, une fois happé par son intrigue – et ça arrive très vite – vous ne pourrez plus le lâcher.

MON VERDICT

 

(BOUQUINS] Gérard Jugnot – C’Est L’Heure Des Contes

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G. Jugnot - C'est l'heure des contes
Titre : C’Est L’Heure Des Contes
Auteur : Gérard Jugnot
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
155 pages

De quoi ça cause ?

Gérard Jugnot revisite avec une pointe d’humour caustique une quinzaine de contes et fables connus de tous les petits et les grands.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est en regardant un Sept À Huit qui se terminait par une interview de Gérard Jugnot que j’ai entendu parler de ce bouquin ; ça a tout de suite fait tilt ! Je le veux… et je l’ai eu.

Ma Chronique

En ces temps troublés et moroses il est des livres qui font du bien à l’âme et au cœur, incontestablement cette réécriture de contes et fables connus de tous par Gérard Jugnot est de ceux-là. Une redécouverte qui donne la banane et booste les zygomatiques.

Comme tout le monde je connais (et apprécie énormément) Gérard Jugnot l’acteur, mais pour ma part j’ignorais qu’il maniait aussi la plume. Une belle surprise, d’autant que sa plume a plus d’un atout pour séduire les lecteurs.

Un grand méchant loup végan, une Cindy qui surfe sur la vague #BalanceTonPorc, une grenouille anorexique, une Cendrillon qui oublie un petit détail avant d’aller au bal princier, un Petit Poucet et ses frangins qui font une mauvaise rencontre, trois petits cochons exilés en Thaïlande… tout ceci n’est qu’un avant-goût de ce que vous trouverez dans ces pages.

Chaque conte s’ouvre sur un titre illustré, suivi d’une phrase d’introduction au format image, puis le texte agrémenté d’une ou plusieurs illustrations. Une mise en page plutôt agréable mais malheureusement pas vraiment optimisée pour un affichage sur liseuse. Un petit souci technique d’autant moins compréhensible qu’il se règle très facilement via Sigil, dommage que Flammarion n’ait pas fait l’effort de mieux finaliser la version numérique du bouquin.

Rien à redire concernant la revisite des contes et fables, l’humour et l’irrévérence de Gérard Jugnot font mouche et se rient du politiquement correct (en la matière mention spéciale au Petit Poucet).

Il n’en reste pas moins que j’ai refermé ce bouquin avec un léger sentiment de frustration, c’est court, trop court. Beaucoup trop court même. Je suis convaincu que Gérard Jugnot aurait pu revisiter davantage de contes. Mais aurait-il pu le faire avant les fêtes de fin d’année ?

Quinze contes répartis sur 155 pages dont 150 consacré aux contes à proprement parler (je ne compte pas la couverture, la page titre, la page de copyright, la page de présentation et la postface). À cela vous retirez les 15 pages de titre et les 15 pages rouges qui concluent le conte, il vous reste 130 pages. Si on vire les illustrations et qu’on opte pour une mise en page un peu moins aérée je pense qu’on devrait arriver à plus ou moins 120 pages de texte. A 15€ la version papier et 11€ la version numérique, je trouve la note un peu salée.

Cela dit, il n’en reste pas moins que ce bouquin fait du bien, surtout en ce moment. Si le rapport quantité / prix n’est pas optimal, la qualité est toutefois au rendez-vous. Et pour rester dans l’air du temps, c’est une belle idée cadeau.

Pour rester dans la revisite des contes mais dans un tout autre genre (nettement plus hardcore et trash), il faudrait que je songe à me lancer dans les Contes Interdits des éditions AdA (Québec).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Paul Clément – Elle Est La Nuit

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P. Clément - Elle est la Nuit

Titre : Elle Est La Nuit
Auteur : Paul Clément
Éditeur : Auto-édition
Parution : 2020
Origine : France
438 pages

De quoi ça cause ?

Lewiston, Montana.

Pour les frères Reed, c’est un point de chute idéal pour se faire oublier après un braquage qui a mal tourné.

Pour Laurel Foster, c’est la promesse d’un nouveau départ, loin du tumulte de Los Angeles et surtout loin de ses parents qui l’étouffent.

Pour Elle, c’est le terrain d’un Jeu mortel qu’elle renouvelle nuit après nuit… Mais ça les frères Reed et Laurel ne pouvaient pas le deviner, avant d’être confrontés à la folie meurtrière de la nuit à Lewiston…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux premiers romans de Paul Clément, un jeune auteur auto-édité qui a tous les atouts pour jouer dans la cour des grands.

Ma Chronique

J’ai découvert Paul Clément à l’occasion de la sortie de son premier roman, Les Décharnés, une histoire de zombies qui proposait un cadre et des personnages plutôt inédits dans un genre qui a pourtant été exploité (et parfois surexploité) à toutes les sauces. Un coup d’essai transformé avec un second roman, Creuse La Mort, qui jouait sur un autre registre de la littérature horrifique.

Après une escapade dans un tout autre genre (un mix entre aventures et fantastique, orienté vers un public young adult) avec son roman-feuilleton en 8 épisodes, Les Orphelins De Windrasor (dans mon Stock à Lire Numérique, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur la question) l’auteur revient à l’horreur avec ce nouveau roman.

Un retour aux sources que j’attendais avec impatience !

Un mot sur le visuel avant d’entrer dans le vif du sujet, je trouve que la couv’ du bouquin est superbe et annonce la couleur quant à son contenu.

Rien à redire non plus quant à la façon dont Paul Clément mène sa barque et son intrigue. Le déroulé et le rythme de l’intrigue restent sous contrôle, même si parfois le lecteur se laissera entraîner par le courant plutôt que d’essayer de comprendre tous les tenants et les aboutissants du récit.

Dans un premier temps les chapitres alternent entre deux axes narratifs distincts, la cavale des frères Reed d’un côté, et l’installation de Laurel dans son nouveau milieu personnel et professionnel d’un autre côté. Sans surprise ces deux axes vont se croiser et fusionner pour ne faire qu’un.

Le bât blesse parfois dans la longueur des chapitres, à force de détails pas forcément nécessaires au déroulé de l’intrigue, on finit par perdre le fil. Rien de rédhibitoire, mais il est vrai que le récit aurait pu gagner en fluidité avec quelques coupes franches dans le texte.

Les amateurs de littérature horrifique, dont je suis, trouveront leur compte avec ce roman. Pas franchement LE grand frisson, mais suffisamment d’action et d’hémoglobine pour satisfaire même les plus exigeants.

Bien que le roman soit indéniablement une réussite, il n’a pas suscité l’enthousiasme que j’espérais. J’en attendais sans doute trop… ce qui n’enlève rien à ses nombreuses qualités, et ne m’empêchera pas de répondre présent pour le prochain roman de Paul Clément.

Le code du fichier epub aurait mérité un petit nettoyage afin de l’optimiser mais rien qui vienne impacter directement la lecture. Le genre de truc sur lequel je ferme les yeux quand j’ai entre les mains un roman auto-édité.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jax Miller – Les Lumières De L’Aube

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J. Miller - Les lumières de l'aube

Titre : Les Lumières De L’Aube
Auteur : Jax Miller
Éditeur : Plon
Parution : 2020
Origine : États-Unis
384 pages

De quoi ça cause ?

29 décembre 1999. Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et Ashley Freeman passent la soirée dans le mobile home des Freeman avec les parents d’Ashley.

Au petit matin du 30 décembre, le mobile home est la proie des flammes. Dans les décombres encore fumants, les parents d’Ashley sont retrouvés morts, tués par balle. Aucune trace d’Ashley et Lauria…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de Jax Miller… Ce n’est qu’après coup que j’ai découvert que le présent roman n’était pas totalement une œuvre de fiction, mais une enquête d’un type assez peu courant chez les auteurs français : le true crime. Une enquête plus ou moins romancée construite autour d’un crime bien réel.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation pour ce titre.

En jetant mon dévolu sur le troisième titre de Jax Miller, j’ignorais que j’allais me frotter à un récit de type true crime concernant un fait divers passé totalement inaperçu en France. Un double meurtre très vaguement (et négligemment) dissimulé par l’incendie du mobile home du couple Freeman, mais aussi et surtout la disparition de deux adolescentes (Ashley Freeman, la fille de Kathy et Danny, les victimes retrouvées dans les décombres, et sa meilleure amie, Lauria Bible). Ainsi démarre ce qui deviendra l’affaire Freeman-Bible…

N’ayant jamais entendu parler de cette affaire, je me suis demandé si je parviendrai malgré tout à m’y intéresser. La réponse s’est imposée dès les premiers chapitres lus, c’est un oui franc et massif. Deux raisons à cela : la complexité de l’affaire et l’impressionnant travail fourni par Jax Miller pour nous livrer cette enquête.

C’est en 2015 que Jax Miller a commencé à s’intéresser à l’affaire Freeman-Bible, une affaire sur laquelle elle va travailler envers et contre tout (et parfois tous) pendant quatre ans. Quatre années à interroger les proches des victimes (elle travaillera beaucoup aux côtés de Lorene Bible, la mère de Lauria), les policiers chargés de l’enquête, les suspects et toute personne ayant pu être mêlée de près ou de loin à cette sombre affaire.

Le résultat est tout simplement bluffant, on est en totale immersion dans une enquête où la réalité dépasse parfois la fiction… rarement pour le meilleur, souvent pour le pire !

Le pire c’est une enquête de police plus que défaillante, avec des preuves égarées, des témoins ignorés, des pistes et indices jamais explorés. De là à penser que l’enquête a été volontairement salopée il n’y a qu’un pas.

Il faut dire qu’entre la famille Freeman et la police ce n’est pas franchement l’amour fou. Danny Freeman était déjà connu pour son tempérament sanguin (pour rester poli). Shane, le fils aîné, était un délinquant notoire… jusqu’à ce qu’il soit abattu par la police dans des circonstances pas clairement établies. Dès lors Danny et Kathy Freeman remuaient ciel et terre pour que l’erreur policière soit reconnue.

À l’occasion de son enquête Jax Miller pointera du doigt de nombreuses autres défaillances de la police (et par extension du système judiciaire) de l’Oklahoma. Certaines affaires de corruption conduiront même leurs auteurs devant la justice et se solderont par de lourdes condamnations.

Mais le pire c’est aussi un territoire où la meth fait des ravages. Les labos plus ou moins clandestins se multiplient, certains patelins sont même des zones de non droit où les trafiquants règnent en maîtres absolus. Un terrain de jeu propice à l’expansion de multiples activités criminelles, de la plus anodine, à la plus grave.

Si un auteur présentait un tel cocktail comme toile de fond de son intrigue, le lecteur refuserait d’y croire tant ça semblerait trop énorme pour être vrai. Et pourtant ici tout est vrai… et c’est sans doute ce qui contribue à rendre ce témoignage aussi glaçant. Pas besoin d’artifices ou de surenchère, la (dure) réalité des faits se suffit à elle-même.

Il y a peu (voire pas du tout) de ressources francophones relatives à l’affaire Freeman-Bible sur le net, vous apprendrez tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet en lisant le présent bouquin. Si toutefois vous voulez avoir un aperçu de la chose avant de vous lancer je vous invite à consulter la page Wikipedia (en anglais) sur le sujet. Vous pouvez aussi vous reporter à la page Facebook Find Laurie Bible-BBI ou au site internet Findlauriebible.com.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – L’Illusion

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M. Chattam - L'illusion

Titre : L’Illusion
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : France
464 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il peine à se remettre d’une rupture, Hugo accepte un emploi de saisonnier à Val Quarrios, une modeste station de ski perdue dans les Hautes-Alpes.

Ils sont une douzaine d’employés à se charger de l’entretien des locaux et des alentours avant que la station endormie ne rouvre ses portes au public.

D’emblée Hugo se sent oppressé par l’endroit, est-il victime de son imagination un peu trop fertile ou est-ce qu’il se passe vraiment des trucs louches à Val Quarrios ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam, et pis c’est tout !

Le cadre de l’intrigue me fait un peu penser à Shining de Stephen King, du coup j’espère vraiment que Maxime Chattam ne va pas nous revisiter le roman culte du King en version made in France et low cost.

Ma Chronique

Généralement je sais qu’en ouvrant un roman de Maxime Chattam, j’ai l’assurance de passer un grand moment de lecture (même si la sauce n’avait que moyennement pris avec Le Signal, un sentiment mitigé vite oublié après la lecture de Un(e)secte), malheureusement la cuvée 2020 sera l’exception qui confirme la règle.

Pendant longtemps j’ai eu l’impression que le roman peinait à se situer entre le thriller classique et le roman fantastique, avec une intrigue naviguant entre la réalité des faits vécus par l’équipe de Val Quarrios, et les dérives (délires ?) que son imagination un peu trop débridée fait subir à Hugo.

Le roman est truffé de références à Shining (vu le cadre de l’intrigue, difficile de ne pas penser au roman de Stephen King) et autres clins d’œil au King ; de fait j’ai retrouvé la même impression qu’à la lecture du Signal : une intrigue qui échappe à son auteur, qui, par conséquent, peine à s’en dépêtrer.

À aucun moment je n’ai réussi à m’imprégner de cette intrigue et de ses personnages, tout sonne faux, au point que par moments ma lecture devenait poussive, voire pénible. Malgré une déception grandissante au fil des pages, j’ai voulu aller jusqu’au bout même si je n’attendais plus grand-chose de ce bouquin… Et je n’ai pas été déçu ! Le final tombe à plat, c’en est presque grotesque.

Ne tenant pas à flinguer un bouquin et un auteur pour le seul plaisir de les flinguer, je vais faire court et arrêter les frais. Malgré une évidente déception, je répondrai quand même présent pour le prochain roman de Maxime Chattam.

J’avais envisagé de mettre tout juste la moyenne à ce roman (tout n’est pas à jeter, ça reste lisible), mais je n’aurai pas été honnête avec moi-même.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tom Chatfield – Bienvenue À Gomorrhe

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T. Chatfield - Bienvenue à Gomorrhe
Titre : Bienvenue À Gomorrhe
Auteur : Tom Chatfield
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Grande-Bretagne (2019)
473 pages

De quoi ça cause ?

AZ est un hacker qui jouit d’une bonne réputation dans le milieu. Alors qu’il peaufine une opération d’infiltration d’un groupe néonazi allemand, il reçoit un appel à l’aide d’une hacktiviste traquée par l’État Islamique.

À peine l’échange terminé, une inconnue frappe à la porte de son repaire. Anna est membre d’une organisation secrète pour qui l’activité d’AZ semble n’avoir aucun secret. Elle va lui faire une offre qu’il ne peut refuser et qui va radicalement changer sa vie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En parcourant le catalogue de Net Galley c’est d’abord la couv’ qui m’a attiré vers ce bouquin, le pitch n’a fait qu’attiser ma curiosité et mon envie de m’y plonger.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman, Tom Chatfield opte pour un technothriller qui vous plongera dans le monde des hackers et du Darknet (le côté obscur du Net). Il faut dire que les nouvelles technologies n’ont aucun secret pour l’auteur, tech philosopher (que l’on pourrait traduire par philosophe de la technologie),  qui a déjà signé plusieurs essais et les enseigne.

Si au fil du roman ses connaissances sur le sujet sautent aux yeux, nul besoin d’être un geek accompli pour apprécier pleinement son roman. Les nombreux termes techniques sont expliqués dans un langage et une formulation accessibles à tous.

Une intrigue qui vous fera voyager de Londres à la Californie, en passant par Berlin et Athènes. Mais pas vraiment le temps d’admirer les paysages ! Dès que AZ est « enrôlé » (à l’insu de son plein gré) par l’Organisation, sa vie va se dérouler en quatrième vitesse… et sous haute tension !

Tom Chatfield sait y faire pour rendre le personnage d’AZ (Azi pour l’état civil) particulièrement attachant. Le contraste entre sa personnalité virtuelle (et l’aisance avec laquelle il évolue dans ce milieu) et sa personnalité « réelle » (et la difficulté qu’il a à lier et développer des contacts avec ses pairs) y est pour beaucoup. Il est l’archétype de l’antihéros, donnant parfois d’être un ado perdu dans le corps d’un trentenaire.

À sa décharge depuis qu’il s’est retrouvé dans cette sombre affaire dont il ignore une bonne partie des tenants et des aboutissants, difficile de savoir à qui il peut faire confiance ou de qui il doit se méfier, qui veut l’aider ou qui veut le tuer… pas franchement le contexte idéal pour développer sa sociabilité.

C’est volontairement que je ne m’attarderai pas sur les autres personnages appelés à intervenir dans le déroulé de l’intrigue. Soyez toutefois assuré que celle-ci vous réservera un bon nombre de revirements de situation, faux-semblants et trahisons en tout genre.

Tom Chatfield nous invite à naviguer eu eaux troubles, entre le Darknet dans ce qu’il a de plus sombre, les milieux néonazis qui ont de plus en plus pignon sur rue et les coulisses de l’État Islamique. Difficile de lier tout ce « beau » monde, et pourtant l’auteur nous propose une intrigue à la fois crédible, cohérente et menée tambour battant.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en ouvrant ce bouquin (comme souvent quand on découvre le premier roman d’un auteur), mais la surprise fut des plus agréables ; c’est totalement conquis que je le referme. J’espère que Tom Chatfield ne s’arrêtera pas en si bon chemin…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – Némésis

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X. Massé - Némésis

Titre : Némésis
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
308 pages

De quoi ça cause ?

Quand le paisible village d’Assieu est secoué par le meurtre atroce d’un nourrisson, Vincent appelle à la rescousse son ami d’enfance, David, lui aussi originaire du village. Les deux fils d’Assieu, devenus flics, vont être confrontés à une enquête qui dépasse tout ce à quoi ils pouvaient s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une maison d’édition dont le catalogue réserve souvent de belles surprises.

Parce que c’est Xavier Massé et que son précédent roman, L’Inconnue De L’Équation, m’avait séduit à plus d’un titre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Comme souvent avec les titres proposés par Taurnada, vous allez vous engager dans une lecture courte, mais intense ; il ne vous faudra que quelques heures pour dévorer ce roman (pour ma part, avalé d’une traite), mais il vous trottera encore longtemps dans les méninges après l’avoir refermé.

Xavier Massé connaît bien le village d’Assieu (Isère) puisqu’il y a passé son enfance. Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’auteur s’excuse d’avoir fait d’un endroit aussi paisible le théâtre d’une intrigue aussi sombre.

Il faut dire que d’entrée de jeu l’auteur marque les esprits avec une scène de crime doublement sordide ; d’abord parce que la victime est une petite fille de 4 mois, ensuite parce que le corps a été atrocement mutilé.

Voilà, ça c’est fait ! Désormais vous savez où vous mettez les pieds… Sauf que Xavier Massé ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, comme le chante (qui a dit le bêêêle ?) fort justement ce brave Francis (qui a dit Lalanne ?): Et ça continue encore et encore / C’est que le début d’accord, d’accord…

Avec un point de départ pareil, on aurait pu craindre que Xavier Massé ne s’échoue sur les écueils de la surenchère gratuite, il n’en est rien. Le gars mène sa barque avec brion tout dans son intrigue est parfaitement pensé et trouve la place qui lui correspond le mieux pour guider, au terme d’un jeu de piste morbide, vers un final qui ne laissera aucune question sans réponse.

Face à un assassin qui ne sème aucun indice et semble toujours avoir un coup d’avance sur la police, deux jeunes flics originaires d’Assieu. Vincent Juron n’a jamais quitté son village natal et en connaît donc tous les habitants. De son côté David Massiènas est parti pour Lyon avec sa mère alors qu’il était adolescent. Deux amis d’enfance qui se retrouvent (à la demande de Vincent) à la tête d’une enquête où tout semble défier la raison et le bon sens.

Si la complicité entre les deux amis est indéniable, on sent toutefois qu’il y a des non-dits de la part de Vincent ; ainsi quand David pose certaines questions troublantes sur la situation à Assieu, son ami a une nette tendance à éluder ou à répondre par une banalité du genre : « c’est la même chose dans tous les villages ».

Des non-dits qui vont pousser David à creuser seul certaines pistes… et ainsi l’amener à déterrer les plus sombres secrets d’Assieu. Mais aussi à découvrir une vérité qu’il n’aurait pu soupçonne tant elle est impensable (et assez peu crédible à mon avis, mais on s’en fout, on est dans une fiction).

Je n’en dirai pas davantage, car déflorer une telle intrigue relèverait du crime littéraire (et ne comptez pas sur moi pour évoquer d’autres formes de déflorations criminelles, je suis quelqu’un de respectable). Comment réagir face au dilemme final auquel David va se retrouver confronté ? Pour en savoir plus, lisez ce roman !

Une fois de plus Taurnada propose un titre qui surprend et décoiffe. Il ne passe pas loin du coup double, mais devra se contenter d’un honorable coup de poing ; c’est la communauté qui lui vole son coup de cœur (une fois encore il faut avoir lu le roman pour comprendre ma réserve).

En bonus je vous offre les premières lignes de l’article de Wikipedia consacré à la Némésis de la mythologie grecque (sachant qu’elle ne contient aucun spoiler relatif au présent roman) :

Némésis est une déesse de la mythologie grecque, mais aussi un concept : celle de la juste colère (des dieux) et du châtiment céleste. Son courroux s’abat en particulier sur les humains coupables d’hybris : démesure, mégalomanie. Elle est ainsi parfois assimilée, à la fois, à la vengeance et à l’équilibre.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Olivier Norek – Impact

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O. Norek - Impact
Titre : Impact
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2020
Origine : France
348 pages

De quoi ça cause ?

Parce que sa fille est mort-née des suites d’une infection pulmonaire causée par la pollution de l’air, Virgil Solal décide de frapper fort afin d’éveiller les consciences et d’infléchir la course effrénée au profit qui entraîne inexorablement l’humanité à sa perte.

Diane Meyer, une psychocriminologue aux multiples phobies, et Nathan Modis, capitaine à la Crim’ au 36, doivent faire équipe afin de stopper Virgil et ses adeptes. Le duo va rapidement être tiraillé entre l’obligation de faire leur devoir et l’adhésion à la cause défendue par leur adversaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek, ses cinq précédents romans ont été de formidables coups de cœur, doublés de coups de poing percutants. Un sans-faute qui ne peut que me pousser à en demander encore et encore…

Ma Chronique

Une fois de plus, avec ce sixième roman, Olivier Norek surprend ses lecteurs en s’aventurant dans des thèmes où l’on ne l’attendait pas du tout. C’est en effet un roman très engagé sur le terrain de l’écologie qu’il nous propose avec Impact.

Son intrigue est l’occasion pour l’auteur de pointer du doigt les dérives de l’industrialisation à outrance et de la course au profit permanente que se livrent certaines entreprises parmi les plus puissantes du monde. Dérives qui, à terme, pourraient bien entraîner l’humanité vers son extinction.

Un roman engagé n’est pas forcément synonyme d’un roman militant, si les faits dénoncés par Olivier Norek sont bien réels (les sources – dont je laisse tout à chacun juger de leur objectivité – sont citées en fin d’ouvrage), ils ne servent pas uniquement de faire-valoir à l’intrigue. L’auteur construit une intrigue solide (mais pas totalement infaillible à mon avis), servie par des personnages forts.

Si la cause défendue par Virgil Solal est aussi noble que juste, les moyens employés pour arriver à ses fins sont nettement plus discutables (même si je n’ai aucune sympathie particulière pour les grands groupes pétroliers, et moins encore pour le système bancaire) ; les actes de Solal relèvent plus de l’écoterroriste primaire que du simple lanceur d’alerte. J’ai pour ma part beaucoup de mal à adhérer à l’idée que la fin puisse justifier de tels moyens.

En face de lui le duo composé par Diane Meyer, psychocriminologue souffrant de phobies multiples, et Nathan Modis, capitaine de la Crim’ au 36, fonctionne à la perfection. Deux personnages et deux personnalités qui vont se compléter au fil de leur collaboration.

Olivier Norek construit son intrigue en deux temps. D’abord les actions de Solal et l’enquête de police visant à le « neutraliser ». Ensuite le procès de Solal et particulièrement le plaidoyer de sa défense qui n’épargnera personne.

Sans surprise, l’écriture d’Olivier Norek est irréprochable et fait mouche. Si je salue le choix plutôt audacieux de l’auteur de proposer un roman en forme de cri d’alarme pour la planète et l’humanité, je ne peux ignorer certaines faiblesses inhérentes à son approche.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Katerina Autet – La Chute De La Maison Whyte

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K. Autet - La Chute de la Maison Whyte
Titre : La Chute De La Maison Whyte
Auteur : Katerina Autet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
312 pages

De quoi ça cause ?

Rien ne va plus pour la prestigieuse et respectée famille Whyte. Le patriarche est assassiné selon une macabre mise en scène et c’est son propre fils, Skip que la police soupçonne. Pour assurer sa défense, Skip Whyte fait appel à son ami d’enfance, Zach Damon, avocat à New York spécialisé dans l’art.

Dans le même temps, Edith, l’aînée des enfants Whyte, publie un livre dans lequel elle révèle d’encombrants secrets de famille.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection la Bête Noire, une raison qui se suffirait à elle seule pour me donner envie de découvrir ce roman. Cerise sur le gâteau, le roman de Katerina Autet a remporté l’édition 2020 du Grand Prix des Enquêteurs.

Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman Katerina Autet, auteure d’origine russe, mais française d’adoption, opte pour une approche plutôt classique façon whodunit avec un meurtre, un suspect tout désigné et un vrai coupable à identifier. Mais classique ne rime pas pour autant avec banal ou sans intérêt, loin s’en faut !

C’est aux États-Unis que l’auteure décide de situer son intrigue. Si le meurtre de William Whyte a eu lieu dans son cottage de Cape Cod (région très prisée par la richissime élite de Boston et New York dont les résidences rivalisent de faste), c’est surtout à Boston et ses environs que Zach sera amené à rencontrer et interroger ses interlocuteurs. Une région que l’auteure connait bien pour y avoir vécu plusieurs années.

La narration donne la parole au héros du roman, Zach Damon, un jeune avocat de New York spécialisé dans l’art, que son ami d’enfance, Skip Whyte, va contacter afin qu’il assure sa défense face à une accusation de meurtre. Bien que n’ayant aucune expérience de pénaliste, il va accepter cette délicate mission.

Mission qui le poussera à fouiner dans le passé de la famille Whyte, famille qu’il considère un peu comme la sienne malgré leurs nombreuses différences. Et plus son enquête va progresser, plus les sombres secrets du patriarche vont refaire surface.

Un héros au demeurant fort sympathique, des secrets de familles qui viennent éclabousser la respectabilité apparente de ladite famille et une fratrie (Edith, Caroline et Skip) malgré tout attachante ; le cadre est alléchant et sera à la hauteur de nos attentes.

Bien entendu pour que la mélodie se déroule sans fausse note, il faut que l’auteure alimente son intrigue de nombreux rebondissements, et surtout qu’ils soient crédibles. Katerina Autet nous offre un véritable festival de surprises et revirements de situation, jusqu’au bout elle entretiendra le mystère et nous fera douter de tout et de tous.

Si les personnages principaux (Zach et les 3 enfants Whyte) sont traités avec beaucoup de soins par l’auteure, elle ne laisse pas pour autant en plan ses personnages secondaires. Mention spéciale au capitaine Stone Dennis, le flic chargé de l’enquête, bourru à souhait tendance soupe au lait, mais très professionnel.

Les chapitres consacrés à l’enquête de Zach sont courts histoire d’aller à l’essentiel et de maintenir le rythme. Çà et là quelques extraits du livre d’Edith Whyte viennent ternir un peu plus l’image de William Whyte ; l’image d’Épinal du vénérable patriarche qui veille sur sa tribu prend méchamment du plomb dans l’aile.

Si le roman ne révolutionne clairement pas le genre, il s’en sort honorablement en proposant un mix agréable de tous les ingrédients qui font un bon roman policier. Le contrat est rempli, le lecteur est satisfait même s’il sait que dans quelques semaines il aura tout oublié des frasques de la famille Whyte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maud Mayeras – Les Monstres

AU MENU DU JOUR

M. Mayeras - Les Monstres

Titre : Les Monstres
Auteur : Maud Mayeras
Éditeur : Anne Carrière
Parution : 2020
Origine : France
299 pages

De quoi ça cause ?

Dans le terrier de l’Ogre vivent une mère et ses deux enfants, les monstres. L’Ogre c’est Aleph, leur survie dépend de lui, car il est le seul à quitter le terrier. C’est lui qui nourrit et éduque les enfants afin de les préparer à affronter le monde extérieur et à se confronter aux humains.

Jusqu’au jour où Aleph ne rentre pas au terrier…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maud Mayeras, avec Les Monstres, elle signe son quatrième roman. C’est le troisième que je lis, Reflex m’avait totalement chamboulé et Lux, bien qu’un chouïa en deçà, restait une totale réussite.

Quatre ans après Lux (trois me concernant vu la sortie numérique tardive), ce nouvel opus est attendu comme le messie (mais non, mais si).

Ma Chronique

Si comme moi l’expérience Reflex vous a laissé aux portes du KO technique, nul doute que vous ne sortirez pas indemne de votre visite chez Les Monstres. Maud Mayeras dégaine l’artillerie lourde pour nous en mettre plein la gueule ; ne vous fiez pas à sa gueule d’ange, la miss sort la sulfateuse et ça canarde méchamment !

C’est vrai qu’au départ le lecteur innocent (et encore inconscient de ce qui l’attend) se demande dans quel genre de bouquin il vient de s’engager. C’est quoi cette histoire de « monstres » ? J’veux bien croire que Maud Mayeras puisse désirer changer de registre, mais là c’est clairement le grand écart. Aucun doute, y’a sûrement murène sous patate (cherchez pas, c’est la version tropicalisée de l’anguille sous roche).

Abstenez-vous de fanfaronner parce que vous avez vu juste, au fur et à mesure que la vérité vous sera révélée, dans toute son horreur et son absolue noirceur, vous souhaiterez plus que tout vous être trompé. Vous implorerez même tous les saints de la création pour que la plongée dans un cauchemar de plus en plus abject cesse enfin… pour voir la lumière du jour poindre du fond des ténèbres dans lesquels Maud vous entraîne…

Les monstres dont il est question ici sont deux enfants, une fille, Eine, et son frère cadet Jung. Des personnages qui vous toucheront droit au cœur malgré leur « différence », ou peut-être justement à cause de cette « différence », avérée ou supposée. Des monstres avec qui vous partagerez des émotions intenses, de la joie, mais aussi de la peur et du chagrin. Croyez-moi ces monstres sauront vous vriller les tripes et le cœur.

Si Maud Mayereas sait incontestablement y faire pour pousser son récit dans les entrailles du noir le plus profond, elle nous offre aussi un roman empreint d’humanité… pas seulement dans ce qu’elle a de pire (séquestration, viol, manipulation…), mais aussi dans ce qu’elle peut avoir de meilleur (l’amour d’une mère pour ses enfants, l’amour d’une sœur pour son frère et réciproquement).

Les personnages en dehors du terrier ne sont pas de simples faire-valoir, certains participent activement au déroulé de l’intrigue (je pense notamment au lieutenant Rousseau ou au Dr Saadi) et donneront tout pour essayer de réparer des individus brisés par la folie de l’Ogre.

Un petit conseil pour clore cette chronique, si vous avez des enfants en bas âge, ne demandez jamais à Maud Mayeras de leur raconter une histoire pour les endormir. Les quelques contes, écrits par l’Ogre, qui figurent ici sont l’assurance de nuits blanches et de cauchemars pour vos chères têtes blondes…

Comme elle a coutume de le faire, Maud Mayeras termine son roman par une playlist mentionnant les morceaux susceptibles d’accompagner au mieux la lecture du bouquin. Perso je préfère lire dans le calme, et même s’il y a du bruit autour de moi je finis par m’enfermer dans une bulle insonorisée pour profiter pleinement de ma lecture.

Je ne connais pas tous les titres cités, mais je suis curieux de les découvrir, m’est toutefois d’avis que trois titres brillent par leur absence : La Nuit Je Mens (Alain Bashung), Le Moribond (Jacques Brel) et A Pas De Géant (Mano Solo). Les paroles de ces chansons sont effet citées dans le bouquin… et ça aurait apporté une petite touche francophone dans une bande originale 100% anglophone.

Le hasard de mes lectures fait que j’ai lu ce roman juste après Inspection de Josh Malerman, bien que les deux bouquins soient radicalement différents, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre le P.É.R.E de Malerman et l’Ogre de Mayeras. Leur édifice repose en effet sur les mêmes principes destructeurs de manipulation mentale poussée à l’extrême.

Je ne voudrai pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais il semblerait que L’Ami Imaginaire de Stephen Chbosky vient de perdre son titre de roman de l’année. A voir si mon avis est susceptible d’évoluer avec le recul mais j’en doute fort (le recul me permet justement de porter un regard plus critique sur L’Ami Imaginaire).

MON VERDICT
Coup double