[BOUQUINS] Marc Levy – Noa

AU MENU DU JOUR


Titre : Noa
SĂ©rie : Groupe 9 – Tome 3
Auteur : Marc Levy
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
367 pages

De quoi ça cause ?

9 hackers combattent un dictateur.
Des vies sont en danger.
Une reporter d’investigation va s’infiltrer en terrain ennemi.
Le temps est compté.
Le Groupe 9, plus uni que jamais, repart en mission.
L’avenir de tout un peuple est en jeu.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est Marc Levy, une raison qui se suffirait Ă  elle-mĂŞme, mais en plus c’est la suite de sa sĂ©rie sur le Groupe 9… impossible de rĂ©sister !

Ma Chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet sachez que Noa est le troisième et dernier tome de la sĂ©rie consacrĂ©e au Groupe 9. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Marc Levy s’offre un final en apothĂ©ose.

Forts d’une première victoire contre les Fauves, les 9 vont passer la vitesse supĂ©rieure et organiser leur plus grosse opĂ©ration. Leur cible : la BiĂ©lorussie, et tout particulièrement le pouvoir de Loukachenko – oups mes doigts ont fourchĂ© – Loutchine, le dernier (ça se discute… pas vrai Vlad ?) dictateur encore au pouvoir en Europe.

Une fois de plus Marc Levy combine rĂ©alitĂ© et fiction pour donner corps Ă  son intrigue. Le peuple biĂ©lorusse est en effet en proie Ă  l’oppression d’un tyran qui ne recule devant rien pour affirmer son pouvoir : dĂ©tention arbitraire, torture, empoisonnement et mĂŞme dĂ©tournement d’un avion civil… la rĂ©alitĂ© dĂ©passe la fiction avec un tel cinglĂ© au pouvoir. Mais inutile de se voiler la face, tout ça ne serait pas possible sans le soutien et l’appui du grand frère Russe.

Les 9 vont donc mettre au point une vaste opération de déstabilisation afin de faire tomber le tyran et faire souffler un vent de liberté sur la Biélorussie. Pour se faire, ils vont devoir attaquer sur tous les fronts, et même payer de leur personne afin que leur grand projet aboutisse.

C’est Janice qui sera en première ligne dans cette opĂ©ration Ă  haut risque, elle devra mener une bataille Ă  la fois sur le terrain et sur le plan juridique. En effet, les Fauves ne lâcheront pas le morceau sans lutter… leur arme favorite restant la manipulation de l’information. Heureusement la jeune hackeuse pourra compter sur ses amis du Groupe 9, mais pas que (qu’eux)…

Comme son titre le laisse fortement supposer, cet ultime opus verra le retour d’un personnage que l’on pensait mort (même si cela n’a jamais été clairement énoncé). Et notre revenante sera amenée à jouer un rôle décisif dans le déroulé de l’intrigue.

Marc Levy nous propose une intrigue menée tambour battant qui nous impose un rythme d’enfer, parsemée de quelques touches d’humour bienvenues pour faire un peu baisser la pression.

Si l’intrigue est bien ficelĂ©e et totalement addictive, elle manque toutefois de crĂ©dibilitĂ©. MalgrĂ© les nombreux obstacles que le groupe de hackers devra contourner ou affronter, ça reste globalement plutĂ´t simpliste.

Admettons qu’une telle attaque soit envisagĂ©e contre le pouvoir du prĂ©sident L., je doute fort que Vlad le Rouge abandonne son jouet sans riposter. De fait sa prĂ©sence dans la partie ne manquera pas de redistribuer les cartes, et je doute fort que son intervention se limite Ă  une contre-attaque informatique (un terrain que ses sbires maĂ®trisent Ă  la perfection).

Pour ma part j’ai fait abstraction de ce petit bĂ©mol pour me laisser porter par l’intrigue, quitte Ă  passer pour un Bisounours (pour une fois), j’ai eu envie d’y croire et j’assume. Un bouquet final qui clĂ´t Ă  merveille l’aventure du Groupe 9. Pari rĂ©ussi haut la main pour l’auteur.

Je terminerai cette chronique par deux dessins signĂ©s Pauline LĂ©vĂŞque-Levy (l’Ă©pouse de Marc Levy), deux images choisies parmi celles qui illustrent la trilogie, pour le message d’espoir qu’elles portent.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Viktor Vincent – Apparition

AU MENU DU JOUR


Titre : Apparition
Auteur : Viktor Vincent
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2022
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Alexander Kreskine est le plus grand illusionniste du moment, chacun de ses numéros semble repousser toujours plus loin la frontière entre réalité et illusion, ses spectacles se jouent à guichets fermés.

Lors d’une tournée à Paris, Alexander fait la connaissance de Sam, un jeune homme qui lui voue une admiration sans faille. L’illusionniste accepte de prendre le jeune homme sous son aile afin de lui enseigner son art. Mais un tel apprentissage se paie au prix fort, Sam devra consentir à de nombreux sacrifices pour mériter sa place…

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

C’est avant tout la curiosité qui m’a poussé vers ce bouquin. J’étais curieux de découvrir les premiers pas de Viktor Vincent comme écrivain de fiction (il a en effet déjà signé plusieurs titres consacrés au mentalisme). Le fait qu’il ait opté pour le thriller n’a fait qu’attiser les braises déjà bien vives de ladite curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance.

Comme beaucoup j’ai connu Viktor Vincent par la tĂ©lĂ©vision et plus particulièrement grâce Ă  Arthur et ses Ă©missions Vendredi Tout Est Permis et Diversions ; force est de reconnaĂ®tre que mĂŞme en sachant pertinemment qu’il y a un truc, ses numĂ©ros de mentaliste sont bluffant.

De fait ça ne surprendra personne que son premier roman ait pour toile de fond le monde de la magie, et tout particulièrement celui de l’illusion. Si le fond est plutôt original, la forme reste relativement classique. Une intrigue certes classique mais plutôt maîtrisée, Viktor Vincent ne s’écarte guère des règles du genre mais n’en propose pas moins un thriller globalement bien ficelé.

Un thriller dans lequel la dimension psychologique tient une place prĂ©pondĂ©rante. D’une part les deux personnages centraux, Alexander et Sam, ont des personnalitĂ©s diamĂ©tralement opposĂ©es ; autant le premier est sĂ»r de lui, flirtant mĂŞme allĂ©grement avec l’arrogance et n’a plus rien Ă  prouver (il est au sommet de gloire), autant le second se cherche encore et doute de lui-mĂŞme (et des autres).

Tous deux ont toutefois appris à composer avec une part d’ombre, quand Alexander semble s’en régaler et s’y complaire en ne respectant aucune règle et en ne s’imposant aucune limite, Sam subit plus qu’autre chose son passé et sa culpabilité.

Mais c’est surtout au niveau de la relation entre Alexander et Sam que la dimension psychologique prend toute son importance. Au fil de son apprentissage, Alexander renforce son emprise sur Sam, n’hésitant pas à le manipuler quand cela peut servir sa cause. Paradoxalement, sous emprise Sam gagne en assurance et affirme une personnalité qu’il était loin de soupçonner.

« La réalité n’a pas d’importance, seule la perception de la réalité compte et cette perception peut être altérée. »

Tel est le leitmotiv d’Alexander Kreskine, une phrase qui pourrait tout à fait s’appliquer au présent roman. L’intrigue s’éloigne en effet du classique whodunit (un ou plusieurs meurtres et une enquête) pour se concentrer exclusivement sur la complicité / confrontation entre Alexander et Sam et notamment sur la perception de l’un et l’autre de cette relation.

Le roman est court et tiendra le lecteur en haleine jusqu’au clap de fin. Viktor Vincent use d’une écriture simple et d’un style très visuel afin de nous plonger au cœur de son intrigue, à tel point que nous aurons parfois, nous aussi, bien du mal à faire la différence entre réalité et illusion.

Un premier roman réussi, peut-être pas parfait mais suffisamment convaincant pour que l’on ait du mal à le lâcher. J’espère sincèrement que Viktor Vincent poursuivra son incursion dans la littérature de fonction, le polar lui va très bien.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Minier – Lucia

AU MENU DU JOUR


Titre : Lucia
Auteur : Bernard Minier
Éditeur : XO Éditions
Parution : 2022
Origine : France
474 pages

De quoi ça cause ?

Lucia Guerrero, lieutenant Ă  l’UCO (une unitĂ© d’Ă©lite de la Guardia Civil), est appelĂ©e sur une scène de crime qui la touche directement. Son collègue et amant a Ă©tĂ© tuĂ©, la victime, nue, est collĂ©e Ă  une croix comme si elle avait Ă©tĂ© crucifiĂ©e.

Dans le mĂŞme temps, un programme informatique dĂ©veloppĂ© par un groupe d’Ă©tudiants en criminologie de l’universitĂ© de Salamanque et leur professeur, Salomon Borges, exhume trois affaires non rĂ©solues au mode opĂ©ratoire similaire.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Minier, un auteur qui ne m’a jamais déçu, mĂŞme si j’ai accumulĂ© un Ă©nooorme retard dans la lecture de ses romans.

Ma Chronique

Pour dĂ©couvrir son nouveau roman et sa nouvelle hĂ©roĂŻne, Bernard Minier nous invite Ă  traverser les PyrĂ©nĂ©es, direction l’Espagne.

La scène d’ouverture donne le ton avec un meurtre Ă  la mise en scène macabre. C’est l’occasion de faire connaissance avec Lucia Guerrero, frappĂ©e de plein fouet par cette scène de crime puisque la victime est non seulement un collègue de l’UCO, mais aussi son amant.

Lucia est une femme flic au caractère bien trempé et pas franchement regardante des procédures et règles. Mais au-delà des apparences se cachent quelques faiblesses : la culpabilité suite à la mort de son jeune frère, et un fils à qui elle ne consacre pas assez de temps.

Et ce n’est pas cette nouvelle enquĂŞte qui va laisser Ă  Lucia le temps de souffler, il faut dire qu’elle en fait quasiment une affaire personnelle. Et si telle Ă©tait justement la volontĂ© du (ou des) tueur(s).

Pour avancer dans son enquĂŞte elle pourra compter sur le renfort de Salomon Borges, un professeur d’universitĂ© aussi modĂ©rĂ© qu’elle est impĂ©tueuse, et d’un petit groupe d’Ă©tudiants en criminologie qui ne compte pas ses heures.

Une enquĂŞte qui va les lancer sur la piste d’un tueur en sĂ©rie qui sĂ©vit depuis plus de trente ans sans qu’aucun rapprochement ne soit fait entre les diffĂ©rents crimes (Ă©loignĂ©s aussi bien chronologiquement que gĂ©ographiquement), jusqu’Ă  ce que le logiciel DIMAS, mis au point par le Pr Borges et ses Ă©tudiants, ne relève un mode opĂ©ratoire similaire sur les diffĂ©rentes scènes de crimes.

Pour l’anecdote ce fameux logiciel n’existe pas, dommage pour la Guardia Civil espagnole. En revanche des outils similaires Ă©quipent dĂ©jĂ  certaines forces de police (ViCAP pour le FBI, SALVAC au Canada et en France).

Avec ce roman Bernard Minier nous livre un thriller hautement addictif que l’on aura bien du mal Ă  lâcher. Une intrigue rythmĂ©e et haletante pour une enquĂŞte qui poussera Lucia vers ce que l’humanitĂ© a de plus glauque.

Comme dans tout bon thriller, l’intrigue vous rĂ©serve quelques revirements de situation, certains pour le moins inattendus (perso je n’ai pas vu venir le twist final). Une intrigue servie par une Ă©criture très visuelle qui ne s’encombre pas de fioritures.

Un page-turner efficace mĂŞme s’il ne rĂ©volutionne pas les règles du genre, usant mĂŞme parfois de certains poncifs qui n’apportent rien Ă  l’intrigue (on s’en fout un peu que le haut-fonctionnaire soit un homo refoulĂ©).

A priori nous devrions retrouver Lucia dans d’autres romans de l’auteur, c’est avec plaisir que je rĂ©pondrai prĂ©sent.

MON VERDICT

[BRD] Les Bodin’s En ThaĂŻlande

Ă€ L’AFFICHE DU JOUR


Titre : Les Bodin’s En ThaĂŻlande
Réalisation : Frédéric Forestier
Production : Cheyenne Productions
Distribution : SND
Origine : France
Durée : 1h40

Casting

Vincent Dubois : Marie Bodin
Jean-Christian Fraiscinet : Christian Bodin
Bella Boonsang : Malee

Le pitch

Christian Bodin traverse une mauvaise passe, après une tentative de suicide lamentablement échouée, sa mère, Maria, décide de prendre les choses en main.

Sur les conseils de leur mĂ©decin, elle lui propose un total dĂ©paysement avec un voyage en ThaĂŻlande. Mais avec les Bodin’s rien ne se passe jamais comme prĂ©vu, ils vont se retrouver embarquĂ©s dans un road-trip des plus mouvementĂ©s…

Ma chronique

Les Bodin’s se sont fait connaĂ®tre (et cartonnent) grâce Ă  la scène et au théâtre, ils ne sont toutefois pas totalement novices du grand Ă©cran puisque c’est leur troisième film, après Mariage Chez Les Bodin’s (2008) et AmĂ©lie Au Pays Des Bodin’s (2010). Et fort logiquement se troisième opus dĂ©marre quelques temps après le dĂ©part de la femme et de la fille de Christian.

Si l’humour des Bodin’s n’est pas forcĂ©ment des plus raffinĂ©, il ne sombre pas non plus dans le scato ou la vulgaritĂ© facile ; ça reste très franchouillard et caricatural mais c’est comme ça qu’on les aime ! Il n’en reste pas moins que le film est plutĂ´t bien fichu, on voit que le budget a Ă©tĂ© revu Ă  la hausse (7 millions pour ce troisième film, contre une enveloppe autour de 100 000 € pour chacun des deux prĂ©cĂ©dents).

La première partie du film joue clairement la carte de la franche rigolade, puis l’intrigue change radicalement de direction. Les choses deviennent plus sĂ©rieuses mais ce n’est pas pour autant que le film se prend plus au sĂ©rieux (après une courte pause au village, l’action redĂ©marre sur les chapeaux de roue). Certes niveau crĂ©dibilitĂ© il faudra repasser, d’un autre cĂ´tĂ© ce n’est certainement pas l’objectif visĂ© par l’Ă©quipe.

Si le film ne restera pas dans les annales du cinĂ©ma, il propose toutefois de passer un agrĂ©able moment sans avoir besoin de se creuser les neurones. L’humour fait mouche, que ce soit par le sens de la rĂ©partie de Marie ou par les maladresses de Christian. IdĂ©al pour dĂ©compresser, se vider la tĂŞte et dĂ©tendre les zygomatiques.

♥♥♥

[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – Une Patiente

AU MENU DU JOUR


Titre : Une Patiente
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Ecosse (2021)
301 pages

De quoi ça cause ?

La narratrice est convaincue que le suicide de sa sœur aînée, Veronica, est directement imputable à ses consultations chez Collins Braithwaite, un psychothérapeute aux méthodes controversées par ses pairs.

Pour s’en convaincre, elle va elle-mĂŞme consulter Braithwaite en endossant une fausse identitĂ© afin qu’il ne puisse faire le rapprochement entre les deux sĹ“urs…

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que j’avais beaucoup aimĂ© les deux prĂ©cĂ©dents romans de Graeme Macrae Burnet. Il me tardait donc de le dĂ©couvrir dans un autre registre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

 Une fois de plus Graeme Macrae Burnet invente une genèse Ă  son nouveau roman, il semblerait que le procĂ©dĂ© fasse partie intĂ©grante de sa griffe littĂ©raire.

Le roman se prĂ©sente sous la forme de cinq cahiers prĂ©tendument rĂ©digĂ©s par la narratrice. Cahiers dans lesquels elle cherche Ă  faire progresser son enquĂŞte Ă  charge contre Collins Braithwaite. Concrètement on la voit plutĂ´t se dĂ©battre avec cette fausse identitĂ© qu’elle s’est construite, il faut dire que ce double lui permet d’outrepasser ses propres limites et faiblesses.

Chaque cahier est suivi par des Ă©lĂ©ments biographiques concernant Braithwaite, Ă©lĂ©ments regroupĂ©s par l’auteur au terme de ses soi-disant « longues recherches » sur le personnage, son parcours et son Ĺ“uvre.

La construction de l’ensemble est plutĂ´t bien menĂ©e et ne saurait souffrir d’aucune critique quant Ă  la qualitĂ© rĂ©dactionnelle, au contraire c’est mĂŞme agrĂ©able Ă  lire. Si la dimension psychologique est bel et bien prĂ©sente dans l’intrigue, mais je m’attendais Ă  un vĂ©ritable bras-de-fer psychologique entre la narratrice et le psychothĂ©rapeute (c’est plus ou moins ce que nous promettait la quatrième de couv’) alors que dans les faits, les Ă©changes sont bien souvent Ă  sens unique. C’est davantage la personnalitĂ© de la narratrice qui est dĂ©cortiquĂ©e en profondeur.

Pour Ă©tayer son aspect vrai-faux documentaire, Graeme Macrae Burnet n’hĂ©site pas Ă  faire intervenir dans ses recherches de nombreuses personnalitĂ©s – scientifiques ou artistiques – ayant bel et bien existĂ©es et Ă  les faire interagir avec son fameux Collins Braithwaite. LĂ  encore les Ă©lĂ©ments s’emboitent bien et viennent consolider la crĂ©dibilitĂ© au rĂ©cit.

L’auteur ne fait rien pour nous rendre le personnage de Braithwaite sympathique, ce type est puant de vanitĂ©, imbu de lui-mĂŞme, prĂ©tentieux et orgueilleux. Inutile de prĂ©ciser que l’on attend avec impatience le moment oĂą il tombera de son piĂ©destal.

Pas grand-chose Ă  dire de la narratrice sinon qu’on a une forte envie de lui gueuler de se sortir les doigts du cul plutĂ´t que de se planquer derrière un double fictif qui va peu Ă  peu la bouffer de l’intĂ©rieur.

Bref, aucune empathie pour les deux personnages qui portent le rĂ©cit. Ajoutez Ă  cela une pointe de dĂ©ception quant au dĂ©roulĂ© mĂŞme de l’intrigue, et vous comprendrez que je referme ce bouquin avec un sentiment mitigĂ©. Je ne peux toutefois pas ignorer l’incontestable talent de narrateur de Graeme Macrae Burnet, jusqu’Ă  la dernière phrase de son roman, il veut nous faire croire Ă  sa supercherie.

Je serai tentĂ© de dire que c’est la quatrième de couverture qui saborde partiellement le roman, sans cette promesse – non tenue – d’un intense face Ă  face psychologique, nul doute que j’aurai Ă©tĂ© nettement plus emballĂ© par cette lecture.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Requiem Des Ombres

AU MENU DU JOUR


Titre : Requiem Des Ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Donovan Lorrence, Ă©crivain Ă  succès, revient Ă  Neuchâtel après des annĂ©es d’absence. Il est dĂ©terminĂ© Ă  faire toute la lumière sur cette nuit de novembre 1973 oĂą son frère a disparu et lui-mĂŞme a Ă©tĂ© agressĂ©.

Il est temps d’exorciser ses dĂ©mons du passĂ©, mais certaines personnes pourraient ne pas voir d’un bon Ĺ“il cette envie de faire remonter Ă  la surface des souvenirs oubliĂ©s…

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que le duo Taurnada et David Ruiz Martin m’avait scotchĂ© et bluffĂ© avec Seule La Haine, le prĂ©cĂ©dent roman de l’auteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime les auteurs qui osent se remettre en question d’un titre Ă  l’autre, si David Ruiz Martin reste dans le thriller noir avec ce nouveau roman, il est totalement diffĂ©rent de Seule La Haine. On pourrait penser qu’il est difficile d’imaginer une intrigue originale autour du thème (Ă©culĂ© diront certains) de la vengeance, et pourtant l’auteur rĂ©ussit Ă  nous proposer une approche plutĂ´t novatrice. MĂŞme s’il est d’usage de dire que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », rien n’interdit d’apporter une pointe d’originalitĂ© et de modernitĂ© Ă  ladite soupe.

Ici cette note inĂ©dite vient du personnage d’Iris et de son don (qu’elle considère plutĂ´t comme une malĂ©diction). Son apparition va donner un sĂ©rieux coup de boost Ă  l’intrigue, constituant mĂŞme un second arc narratif qui entraĂ®nera Donovan dans son sillage.

Il faut bien reconnaĂ®tre que Donovan Lorrence ne fait rien pour s’attirer la sympathie des lecteurs malgrĂ© la totale lĂ©gitimitĂ© de sa quĂŞte de vĂ©ritĂ©. Heureusement Iris aura un effet apaisant sur lui, mĂŞme si trop se rapprocher de la mystĂ©rieuse jeune femme peut rĂ©server bien des surprises.

Une fois encore c’est la Suisse, et plus particulièrement Neuchâtel et ses environs, qui servira de dĂ©cor Ă  l’intrigue imaginĂ©e par David Ruiz Martin. Une Suisse bien loin de l’image d’Épinal qui vante le flegme helvète, c’est le cĂ´tĂ© obscur de la Suisse que nous dĂ©voile l’auteur.

Une intrigue certes moins machiavélique que celle de Seule La Haine et son incroyable face à face psychologique, mais pas moins intéressante. Vous aurez rapidement envie de comprendre ce qui a bien pu passer au cœur de la brume neuchâteloise, un soir de novembre 1973. Il faut croire que la soif de vérité de Donovan est contagieuse.

Les personnages sont soignĂ©s, l’intrigue est parfaitement maĂ®trisĂ©e de bout en bout. Franchement difficile de lâcher le bouquin une fois que vous serez pris dans les mailles du filet. RĂ©sultat des courses on dĂ©vore les presque 400 pages quasiment d’une traite (deux traites pour ĂŞtre exact).

Avec ce roman David Ruiz Martin confirme qu’il faudra dĂ©sormais compter avec lui dans le petit monde du polar suisse, mais aussi, plus largement, du polar francophone.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean TeulĂ© – Azincourt Par Temps De Pluie

AU MENU DU JOUR


Titre : Azincourt Par Temps De Pluie
Auteur : Jean Teulé
Éditeur : Mialet Barrault
Parution : 2022
Origine : France
208 pages

De quoi ça cause ?

25 octobre 1415. A Azincourt les armĂ©es françaises se prĂ©parent Ă  couper la retraite aux Anglais en dĂ©route. Fort de leur supĂ©rioritĂ© numĂ©rique, l’attaque ne devrait ĂŞtre qu’une simple formalitĂ© et se solder par une victoire Ă©crasante.

Le lendemain, dès les premiers assauts, rien ne se passe comme prĂ©vu. Les chevaliers Français, partis en première ligne, se font dĂ©cimer par les archers Anglais… et ce ne sont que les prĂ©mices de la dĂ©bâcle.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Bien que n’Ă©tant pas très portĂ© par les romans historiques, j’apprĂ©cie tout particulièrement les talents de conteur de Jean TeulĂ©. Surtout quand il s’agit de pointer du doigt les mauvais choix des uns et des autres.

Azincourt reste certainement le top du top en matière de fiasco ; comment une victoire annoncée va se transformer en humiliation pure et simple ?

Ma Chronique

Azincourt c’est 8 000 soldats Anglais au bord de l’Ă©puisement face Ă  plus de 20 000 soldats Français frais comme des gardons. Au vu des forces en prĂ©sence on pouvait lĂ©gitimement penser que c’Ă©tait du pain bĂ©nit pour les armĂ©es françaises. Mais Ă  la tĂŞte de l’armĂ©e anglaise se trouve le roi Henry V, fin stratège qui impose Ă  ses troupes une discipline de fer, alors que les nobliaux en tout genre qui dirigent les forces françaises ne parviennent pas Ă  se mettre d’accord sur une stratĂ©gie commune.

Le roman s’ouvre donc la veille de la bataille. D’emblĂ©e Jean TeulĂ© souligne le dĂ©sĂ©quilibre des forces en prĂ©sence. Des soldats Anglais affaiblis par la faim et la maladie, presque rĂ©signĂ©s quant Ă  leur funeste destinĂ©e, ils se prĂ©parent dans des conditions plus que vĂ©tustes. En face les Français, sĂ»rs de leur victoire, font ripaille, ça bouffe, ça picole jusqu’Ă  la lie.

C’est par le personnage de Fleur de Lys, une prostituĂ©e chargĂ©e du bien-ĂŞtre de ces nobles chevaliers Français, que l’on perçoit les faiblesses des prĂ©paratifs des armĂ©es françaises. Elle pose des questions fort pertinentes avant de se faire rabrouer par des chevaliers (trop) sĂ»rs de leur fait.

Le matin du 26 octobre 1415, un Ă©missaire Anglais propose aux chefs de guerre Français une offre de paix signĂ©e Henri V. Le roi renonce Ă  ses prĂ©tentions sur la Couronne de France, et restitue les villes d’Harfleur et Calais Ă  la France, en Ă©change d’un laisser passer jusqu’Ă  Calais oĂą ses troupes pourront embarquer pour l’Angleterre. Offre rejetĂ©e par les Français qui veulent bouffer du rosbeef et leur infliger une dĂ©faite mĂ©morable.

Dès l’ouverture des hostilitĂ©s les Français payent le prix fort de leurs mauvais choix, et ce n’est que le dĂ©but d’une grandiose dĂ©bandade ! Une dĂ©bandade que Jean TeulĂ© se plait Ă  nous dĂ©crire (âmes sensibles s’abstenir) sans surenchère ni complaisance, se permettant mĂŞme quelques traits d’humour au milieu du carnage.

Trop bloquĂ©e en ses immuables principes ancestraux, la fantastique chevalerie française paie cash sa vanitĂ© et son incapacitĂ© Ă  s’adapter aux temps nouveaux. Les Anglais ont contrevenu aux codes de la guerre, et alors, ce n’est pas une partie de cricket !

Force est de constater que sur ce coup la perfide Albion nous a mis une branlée monstrueusement mémorable. Il faudrait être franchement malhonnête pour ne pas reconnaître que les Français ont été les artisans de leur défaite. Il aura fallu à peine trois heures de combat pour les forces françaises soient mises en miettes.

La bataille d’Azincourt sonnera les glas de la chevalerie française, dĂ©sormais la clĂ© du combat rĂ©side dans l’artillerie. Dommage qu’il ait fallu une pareille dĂ©bâcle pour le comprendre. Les Anglais dĂ©ploreront 600 morts dans leurs rangs alors que du cĂ´tĂ© Français on en compte plus de 6000, dont de nombreux nobles de divers rangs.

Le roman est aussi court que le fut la bataille. Une fois de plus Jean TeulĂ© met ses talents de conteur au service de l’Histoire et il le fait avec beaucoup de justesse. Le pire dans ce triste Ă©pisode de notre histoire, c’est que cette bataille aurait pu ĂŞtre Ă©vitĂ©e si les chefs de guerre Français avait Ă©coutĂ© la voie de la raison plutĂ´t que celle de leur Ă©go dĂ©mesurĂ©.

Il est de notoriĂ©tĂ© publique que les Anglais ne manquent pas d’humour, en souvenir de cette bataille, ils ont nommĂ© leur nouvelle classe de sous-marin nuclĂ©aire Agincourt (le nom anglais pour Azincourt). Je ne saurai les blâmer de cĂ©lĂ©brer cette victoire offerte sur un plateau d’argent ! MĂŞme si leur roi s’est montrĂ© particulièrement impitoyable Ă  l’issue de la bataille…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth – Respirer Le Noir

AU MENU DU JOUR


Titre : Respirer Le Noir
Auteur : Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth
Éditeur : Belfond
Parution : 2022
Origine : France
297 pages

De quoi ça cause ?

Treize auteurs qui ne manquent pas de flair vous proposent de découvrir douze nouvelles sur fond noir.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

La question ne se pose mĂŞme pas !

En comptabilitĂ© de stock je lui ai appliquĂ© la mĂ©thode LIFO (Last In, First Out – Dernier entrĂ©, premier sorti), par opposition Ă  la mĂ©thode FIFO (First In, First Out). C’est vous dire Ă  quel point j’attendais mon prĂ©cieuuux ! Mooon prééécieuuux !!! (OK, je me calme, inutile d’appeler les hommes en blanc).

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond, Net Galley et Yvan. Les deux premiers pour leur confiance renouvelée. Le troisième pour son amitié malgré la distance qui nous sépare.

Après l’ouĂŻe, la vue et le toucher, c’est l’odorat qui servira de toile – noire – de fond aux treize auteurs qui ont rĂ©pondu prĂ©sent Ă  l’invitation d’Yvan.

Parmi eux, trois auteurs se prêtent au jeu pour la troisième fois (Barbara Abel, R.J. Ellory et Karine Giebel), deux auteurs signent pour une seconde manche (François-Xavier Dillard et Sophie Loubière), enfin, un auteur décide de ne rien faire comme les autres en revenant sous un autre nom de plume (Mo Malo aka Fred Mars).

Ce cru 2022 voit donc sept petits nouveaux, au talent connu et reconnu, rejoindre la dream team des 5 sens du noir sous le coaching d’Yvan Fauth. En quatre recueils, ce sont pas moins de trente-huit auteurs qui ont relevĂ© les dĂ©fis imposĂ©s par leur impitoyable maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie. Chapeau bas l’ami ! Et bien sĂ»r, chapeau bas Ă  tous ces auteur(e)s.

C’est R.J. Ellory qui ouvre le bal de l’odorat. Au menu de son rĂ©cit, un parfum de vengeance qui se dĂ©guste saignante. Une nouvelle maĂ®trisĂ©e de bout en bout mais dont j’avais pressenti la fin.

Sophie Loubière prend le relai pour une nouvelle fraternelle aux fragrances multiples. Je me suis longtemps demandĂ© quelle Ă©tait la finalitĂ© du rĂ©cit, j’avoue ne rien avoir vu venir. Belle trouvaille qui colle parfaitement Ă  une actualitĂ© encore fraĂ®che.

Direction les effluves marines – ou plutĂ´t celles d’une fin de marchĂ© aux poissons avec une chaine de froid dĂ©faillante – en compagnie de Franck Bouysse. Un rĂ©cit plein d’humanitĂ© dans lequel le cynisme et l’humour noir font office d’armure contre la solitude et la dĂ©tresse. Le pire c’est que cette foutue pathologie existe bel et bien.

Mo Malo nous entraĂ®ne au Groenland (what a surprise !) pour un rĂ©cit aromatisĂ© d’un soupçon de fantastique sur un fond Ă©colo-noir. Une approche pour le moins originale Ă  laquelle on aimerait en partie croire.

Avec Dominique Maisons ce sont les coulisses de l’ÉlysĂ©e qui nous visitons, autour d’un corps (non, non, ce n’est pas celui de Mc Manu) aux exhalaisons fĂ©tides. Une enquĂŞte de deux heures trente menĂ©e Ă  un train d’enfer pour sauver les miches de Jupiter.

Sous la plume de François-Xavier Dillard la fĂŞte vire au cauchemar. Une nouvelle d’oĂą suintent les relents infects de la folie des hommes. Incontestablement l’approche la plus pessimiste du recueil… et malheureusement pas totalement improbable.

Adeline DieudonnĂ© nous fait voyager en Belgique Ă  l’aube de la première guerre mondiale pour s’essayer au true crime. Alcool et pauvretĂ© ne font pas bon mĂ©nage quand leurs Ă©manations viennent brouiller le peu de bon sens qu’il reste Ă  Alexandre Glandy. Un portrait criant de vĂ©ritĂ© mais aucune empathie pour le personnage.

Hervé Commère nous entraîne dans un petit village qui tombe peu à peu en désuétude, un récit familial et social, triste reflet de notre temps. Les apparences sont parfois trompeuses, un miroir aux alouettes qui peut vous jouer de mauvais tours.

Vincent Hauuy joue la carte de l’anticipation mais ne nous promet pas des lendemains qui chantent, sa vision de l’avenir est pour le moins glauque. Moyennement adhĂ©rĂ© Ă  cette plongĂ©e neurale.

JĂ©rĂ´me Loubry dĂ©note en ne parfumant pas son rĂ©cit de noir (ou alors juste un soupçon). Il nous offre une histoire pleine d’humanitĂ© et d’Ă©motions autour du deuil. Un conte tout simplement magnifique.

 Chrystel Duchamp ne lĂ©sine pas sur les moyens pour nous en envoyer plein les naseaux. Surprenant de voir l’auteure s’essayer au fantastique… et le rĂ©sultat est plus que convaincant. Et très noir !

C’est la troisième fois que Barbara Abel et Karine Giebel se prĂŞtent Ă  l’exercice de l’Ă©criture Ă  quatre mains. Comme dans Regarder Le Noir, elles ont la lourde responsabilitĂ© de fermer le bal. Un dĂ©fi qu’elles remportent haut la main… pas surpris outre mesure que leur histoire s’inspire de faits rĂ©els.

Voici les notes sur 5 que j’attribue Ă  chacune des nouvelles du prĂ©sent recueil, comme d’hab elles sont le reflet de mon ressenti et n’engagent que moi :

  • R.J. Ellory : Le parfum du laurier-rose / 4
  • S. Loubière : Respirer la mort / 4.5
  • F. Bouysse : Je suis un poisson / 5
  • M. Malo : Cristal qui sent / 4.5
  • D. Maisons : Deux heures et trente minutes / 5
  • F.X. Dillard : Happy World / 5
  • A. DieudonnĂ© : Glandy / 3
  • H. Commère : Le monde d’après / 5
  • V. Hauuy : Miracle / 3.5
  • J. Loubry : Les doux parfums du cimetière / 5
  • C. Duchamp : L’amour Ă  mort / 4.5
  • B. Abel & K. Giebel : Petit nouveau / 5

Ce qui nous fait une honorable moyenne de 4.5 / 5 que j’arrondis volontiers Ă  5 pour la mise en avant de la dimension humaine dans de nombreux rĂ©cits.

Il me tarde dĂ©jĂ  de dĂ©couvrir l’ultime (?) recueil de cette sĂ©rie, quels seront les auteurs qui oseront croquer dans le noir Ă  pleines dents ?

MON VERDICT