[BRD] Interstellar

InterstellarLes pauses ciné se suivent et ne se ressemblent pas, petit détour par la science-fiction avec Interstellar de Christopher Nolan.
Dans un futur indéterminé, alors que l’humanité est condamnée à disparaître par manque de nourriture, Cooper (Matthew McConaughey), un ancien pilote devenu agriculteur rejoint une équipe de scientifique persuadés que l’avenir de l’homme se situe dans l’espace. Reste à savoir où. C’est ce que Cooper et son équipage vont devoir découvrir…
Oubliez les méchants aliens et les batailles intergalactiques, Christopher Nolan (qui a co-signé le scénario du film, avec son frère Jonathan) joue la carte Hard Science. De la science fiction qui s’appuie justement sur la science pour rendre son intrigue réaliste (tout en restant dans un contexte futuriste). Pour l’anecdote, sachez qu’à l’origine les frères Nolan avaient écrit le scénario pour Spielberg qui a finalement dû renoncer au projet Interstellar. Les deux frères ont ainsi pu remanier leur scénario afin qu’il colle mieux à leurs attentes.
Le risque majeur avec cette approche de la SF est de proposer au spectateur profane un film totalement incompréhensible. Christopher Nolan évite brillamment cet écueil, mais bon il est quand même conseillé de visionner Interstellar avec l’esprit clair (évitez un apéro blindé avant), surtout dans la dernière partie du film.
La première claque est visuelle, qu’il s’agisse des décors de notre Terre du futur (avec un habile mélange entre l’ancien et le futuriste), des séquences dans l’espace ou des planètes visitées par l’équipage, tout est magnifiquement soigné. Ce n’est pas pour rien que le film s’est vu récompensé par l’Oscar 2015 des meilleurs effets visuels.
Le film réussit à nous captiver sans avoir besoin de jouer la carte de l’action à tout va, une intrigue prenante, pour ne pas dire captivante, menée avec intelligence et les presque trois heures passent comme une lettre à la poste, sans jamais avoir eu l’impression d’être largué, sans jamais s’ennuyer. Une intrigue blindée servie par des acteurs totalement investis dans leur rôle.
Cerise sur le gâteau déjà bien garni, la bande son de Hans Zimmer vient sublimer le film. Un sacré défi quand on sait que Christopher Nolan a refusé de lui faire le scénario, au lieu de quoi l a rédigé un texte sans aucun rapport avec le film et demandé au compositeur d’écrire les morceaux que ça lui inspirait. Le résultat est bluffant, en fait tout est bluffant dans ce film.

♥♥♥♥♥

[BOUQUINS] Ian Manook – Les Temps Sauvages

I. Manook - Les Temps SauvagesRetour à mon Challenge retrouvailles, avec Les Temps Sauvages de Ian Manook, second roman consacré à Yeruldelgger. Attachez vos ceintures, décollage immédiat pour la Mongolie.
Tandis que Yeruldelgger s’efforcer de démonter le complot dont il est victime, son équipe enquête sur deux scènes de crimes aussi tordues qu’inexplicables. Plongé dans sa propre enquête Yeruldelgger tend à négliger son équipe. Et si ces trois affaires étaient liées ? Reste à découvrir le lien en question…
Avec Ian Manook on embarque sans escale pour la Mongolie avec des descriptions d’un réalisme à couper le souffle (qu’il s’agisse des paysages, de la culture, de la gastronomie ou de l’histoire). Un pays qui semble en perpétuel grand écart entre ses traditions et le XXIème siècle, un pays encore hanté par le joug soviétique, un pays où la liberté fait encore peur après des années de tyrannie communiste. Un pays où on se les gèle grave au coeur d’un hiver qui n’en finit pas (bienvenue à Westeros les gars), un pays dont la capitale vit sous une chape de pollution (selon un classement OMS, Oulan Bator est la seconde ville la plus polluée du monde). Dépaysement garanti sans toutefois donner forcément envie de se ruer sur le premier vol en partance pour la Mongolie !
Rassurez vous l’auteur propose bien plus qu’un guide touristique. Son intrigue, ou plutôt devrai-je dire ses intrigues, sont parfaitement maîtrisées. Plutôt que d’essayer de déchiffrer l’écheveau de son jeu de piste, laissez vous guider et apprèciez pleinement un récit d’une incroyable richesse. D’autant que les choses ne vont pas à aller en s’arrangeant, au contraire, plus on avance dans l’intrigue et plus ça se complexifie (sans jamais devenir brouillon, les neurones bouillonnent mais l’auteur, lui, garde le cap). Le truc voyez-vous c’est que dès le début on sent bien qu’il y a anguille sous roche, sauf que ladite anguille serait plutôt une murène aux dents effilées et au corps puissant.
L’une des forces de Ian Manook est de nous concocter des personnages finement ciselés dans du diamant brut. On retrouve un Yeruldelgger encore plus taciturne et grognon (voire franchement colèrique) que dans le précédent roman, à tel point qu’il se la joue en solo pendant une bonne partie du bouquin et n’hésite pas à basculer du côté obscur pour progresser. Bien entendu ses « femmes » sont aussi du voyage avec Oyun sa collègue et amie (qui occupe une place beaucoup plus importante dans ce second roman) et Solongo, sa compagne. D’autres personnages déjà croisés dans le premier roman refont surface mais je vous laisse découvrir de qui il s’agit et dans quelles circonstances ils interviennent dans l’intrigue.
Bien entendu le roman nous fait aussi découvrir bon nombre de nouveaux visages. J’ai eu un gros coup de coeur pour le duo Zarzavadjian / Soulniz qui enquête en France sur un trafic liè à l’intrigue mongole. Mais là encore je ne m’étendrai pas davantage, moins on en dévoile et meilleure sera la découverte.
Ce bouquin est une véritable ode à la (bonne) bouffe, que ce soit en Mongolie ou en France, les personnages s’en foutent plein la panse. On en baverait presque en lisant. Ceci dit j’avoue que mon coeur balance plutôt du côté de la cuisine française, certaines spécialités mongoles semblent appétissantes mais d’autres sont un peu trop exotiques à mon goût (décidément leur thé noir salé avec du beurre de yack rance et de la farine me laisse perplexe) !
Avec Yeruldelgger Ian Manook avait placé la barre très haut, Les Temps Sauvages réussissent à la monter d’un, voire plusieurs, crans. Ca va être un sacré challenge de tenir le cap, fallait pas nous habituer à l’excellence ! Compte tenu de la fin de ce second opus j’attends avec impatience la prochaine intrigue mongole concoctée par Ian Manook…

– Putain, Yeruldelgger, mais qu’est-ce que tu es devenu ? Regarde-toi ! Que de la haine, que de la colère, que de la violence. Je ne te reconnais plus, tu es devenu comme lui.
– Quoi, comme ce type qui a aidé Erdenbat à faire égorger Colette ?
– Non, comme lui, comme Erdenbat.
Il ne répondit pas tout de suite, aidant sans ménagement Sergueï trempé et transi à s’extraire de la bétonneuse.
– Tu as raison, mais c’est sans doute le prix à payer. Tu sais comment on arrête un incendie dans la taïga ? En brûlant une partie de la taïga loin devant la ligne de feu. Feu contre feu. C’est le prix pour arrêter Erdenbat, Oyun. L’addition est pour moi et je suis prêt à payer.
– Eh bien sans moi. Je trouve de quoi mettre ce type au sec et je l’embarque. C’est moi le flic ici. Toi je ne sais plus ce que tu es, alors tu fais ce que tu veux.

MON VERDICT

jd5 Coup de Coeur