[BOUQUINS] JP Delaney – Mensonge

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JP Delaney - Mensonge
Titre : Mensonge
Auteur : JP Delaney
Éditeur : Fayard
Parution : 2019
Origine : Etats-Unis (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la quatrième de couv’

Étudiante en art dramatique à New York, Claire finance ses cours de théâtre en jouant un rôle peu conventionnel : elle flirte, pour le compte d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d’infidélité.

Sa couverture fonctionne parfaitement, jusqu’à ce que l’une de ses « proies » soit soupçonnée de meurtre… La police exige alors de Claire qu’elle utilise ses talents d’actrice pour pousser Patrick Fogler à confesser son crime.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais apprécié le précédent roman de JP Delaney, La Fille D’Avant, tout en lui reprochant un évident manque de profondeur au niveau des personnages. J’espérais donc une intrigue aussi bien construite et maîtrisée avec des personnages nettement plus étoffés.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée qui m’a permis de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 18 septembre).

Dans ses remerciements l’auteur nous apprend que ce roman est la réécriture complète d’un de ses précédents bouquins publié dix-sept ans plus tôt. Il ne m’a pas fallu longtemps pour identifier le titre en question (merci Google), publié en français sous le titre L’Appât et signé Tony Strong (Anthony Capella de son vrai nom).

Si le précédent roman de JP Delaney (le premier signé sous ce pseudonyme), La Fille D’Avant, m’avait séduit par la qualité de son intrigue, j’étais nettement plus mitigé quant à la profondeur des personnages qui étaient soit creux, soit trop stéréotypés. Autant dire que j’attendais beaucoup de ce second roman, ni plus ni moins qu’un sans-faute aussi bien au niveau de l’intrigue que des personnages. Et bien entendu j’espérais aussi quelque chose de complètement différent du précédent roman.

Je n’aurai jamais imaginé que l’on puisse construire l’intrigue d’un thriller autour de Charles Baudelaire et de son recueil Les Fleurs Du Mal ; un challenge d’autant plus grand quand l’auteur est britannique. Et bin si ! Et ça fonctionne même rudement bien. Donc niveau surprise et originalité le deal est rempli.

Si certains aspects de l’intrigue s’avèrent parfois prévisibles, nul doute que bien des retournements de situation vous laisseront sur le cul. Je reconnais volontiers m’être laissé berner plus d’une fois… et j’ai adoré ça. Rien à redire l’auteur mène sa barque d’un main de maître et je peux vous assurer que la traversée sera tout sauf un long fleuve tranquille !

JP Delaney nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé et je ne vous apprendrais pas que pour que la sauce prenne dans ce genre de roman, il faut apporter un soin tout particulier aux personnages.

L’accroche en couverture annonce la couleur avec le très prometteur : « Aime-moi. Confie-toi. Mais ne me crois pas. » Et je vous garantis que ce n’est pas une simple accroche marketing. Au fil des pages nous n’aurons de cesse de comprendre qui manipule qui, qui dit la vérité, qui ment… Qu’il s’agisse de Claire (l’apprenti comédienne), de Patrick (le présumé coupable qu’elle doit démasquer) ou de la police (tout particulièrement via le personnage de Kathryn Latham, profiler de son état).

Impossible de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et tout est mis en oeuvre pour rendre l’appât irrésistible dès les premières pages. Je l’ai dévoré en deux jours, les obligations professionnelles imposant une pause forcée ; sans ça nul doute que je l’aurai lu d’une traite.

J’aimerai tempérer mon enthousiasme en soulevant un bémol (même minime) mais rien ne me vient à l’esprit après avoir refermé ce roman. Si je voulais pinailler, limite user de mauvaise foi, je pourrai toujours dire que ce bouquin ne révolutionnera pas le genre mais force est de reconnaître que les révolutions sont rares dans un genre si souvent décliné à toutes les sauces possibles et imaginables.

Ce sera donc un coup de cœur amplement mérité.

Un troisième titre signé JP Delaney est d’ores et déjà disponible en VO et un quatrième est annoncé pour 2020. Je frétille déjà d’impatience dans l’attente de leur parution en français ; en espérant retrouver la même qualité, voire plus encore.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Emily Koch – Il Était Une Fois Mon Meurtre

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E. Koch - Il était une fois mon meurtre

Titre : Il Était Une Fois Mon Meurtre
Auteur : Emily Koch
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
416 pages

De quoi ça cause ?

Alex Jackson est dans un profond coma suite à un accident d’escalade. C’est du moins le verdict sans appel énoncé par les médecins, mais si le corps d’Alex ne lui obéit plus, son esprit fonctionne à plein régime.

Prisonnier d’un corps inerte, Alex va réaliser, au fil des visites de ses proches et à partir des bribes de ses souvenirs, que sa chute pourrait bien ne pas avoir été accidentelle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pari un peu fou de proposer un thriller ayant pour héros victime d’un locked-in syndrom avait de quoi titiller ma curiosité.

Parce que malheureusement la question de la fin de vie est plus que jamais d’actualité avec l’affaire Vincent Lambert, entre les parents qui souhaitent la poursuite de son hospitalisation et son épouse qui voudrait lui accorder le droit de mourir dans la dignité.

Ma Chronique

Je ne voudrais pas paraître fanfaronner en disant que la mort ne me fait pas peur, mais elle est de toute façon inéluctable, alors autant se faire une raison et ne plus y penser. Cette acceptation ne signifie pas pour autant que je sois pressé de passer de vie à trépas, j’aime la vie et j’entends bien continuer à la croquer à pleine de dents… et parfois même brûler la chandelle par les deux bouts. Par contre j’avoue sans fard que la dépendance et la souffrance me terrifient ; à ce titre le locked-in syndrom serait de loin mon pire cauchemar.

Et c’est justement ce qui arrive au héros du roman d’Emily Koch, Alex Jackson, bien que parfaitement conscient, il se retrouve prisonnier d’un corps qui ne lui obéit plus. Le moins que l’on puisse dire c’est que le choix du thème est plutôt audacieux pour un premier roman. Plus audacieux encore le choix de placer au centre d’un thriller un héros cloué dans son lit d’hôpital, incapable du moindre mouvement. Et pour couronner le tout, l’auteure nous propose un récit à la première personne, nous plaçant dans la peau et surtout l’esprit d’Alex.

Non seulement Emily Koch ose, mais en plus elle s’en tire d’une façon tout simplement magistrale, le résultat est tout simplement bluffant. Un tel degré de maîtrise a de quoi nous laisser sur le cul, et c’est quasiment KO debout (mais un sourire béat aux lèvres) que l’on referme ce bouquin.

L’auteure nous offre un huis clos époustouflant, d’autant que vous en aurez deux pour le prix d’un. D’une part quasiment tout le récit se déroule dans la chambre d’hôpital d’Alex, d’autre part Alex est enfermé dans son propre corps (d’où le nom français de syndrome d’enfermement parfois utilisé en lieu en place de l’anglicisme locked-in syndrom).

Alex dont seul l’esprit semble encore fonctionner normalement, qui ressent de fait non seulement les émotions, mais aussi les douleurs physiques liées à son état. Qui voudrait forcer son corps à répondre alors que celui-ci s’obstine dans son inertie. C’est depuis son lit d’hôpital qu’il essayera de comprendre ce qui lui est arrivé, aussi bien à partir des visites qu’il reçoit, qu’à partir des bribes de souvenirs qui se remettent peu à peu en place. Au fil des pages, on devient Alex, on lutte avec lui, on souffre avec lui, on doute avec lui.

Contre toute attente cette enquête semblable à nulle autre est captivante de bout en bout. Les différentes pièces du puzzle s’imbriquent à la perfection au fur et à mesure qu’Alex approche de la vérité sur les circonstances de sa chute.

Une des autres grandes forces de ce roman est de réussir à donner corps aux autres personnages uniquement par la perception qu’Alex a d’eux. Ça pourrait sembler un peu léger, mais là encore l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu, tous prennent véritablement part au déroulé de l’intrigue.

Plus le dénouement approchait plus se posait la question de la fin, il eut vraiment été dommage que le charme soit rompu par un mauvais choix final ; un écueil adroitement contourné qui nous offre une fin en totale cohésion avec l’ensemble du récit (vous comprendrez aisément que je ne m’attarde pas sur la question).

Un thriller psychologique d’une rare intensité, mais aussi profondément humain. Encore une fois je tire mon chapeau à Emily Koch et lui décerne avec plaisir un doublé coup de cœur / coup de poing amplement mérité.

À la décharge des médecins, d’un point de vue strictement médical il n’est pas évident de différencier un locked-in syndrom comme celui d’Alex (le corps n’a aucune réaction, mais l’esprit fonctionne) d’un état de coma végétatif (dans lequel l’esprit est supposé être aussi inerte que le corps). Les ondes cérébrales échappent encore aux IRM, à moins de répondre à des schémas que le corps médical est en mesure d’interpréter.

Sur la question des soins en fin de vie (il en sera forcément question dans le roman) ma position est dans la logique de ce que j’ai écrit en ouverture de cette chronique ; si je ne veux ni souffrance ni dépendance, je ne peux donc qu’être farouchement opposé à toute forme d’acharnement thérapeutique.

La loi française étant encore frileuse sur la question, seules les directives anticipées permettent au patient de faire connaître ses choix (ça peut paraître macabre d’y penser alors que l’on est encore en pleine santé, mais c’est justement avant qu’il ne soit trop tard qu’il faut accomplir les démarches). Mon choix est fait, ma décision est irrévocable et c’est mon dernier mot Jean-Pierre.

Pour être totalement honnête, si j’en avais la possibilité et les moyens j’irais même beaucoup plus loin dans le baisser de rideau, un ultime voyage vers des contrées pratiquant l’euthanasie ou le suicide assisté avant d’aller boire un verre avec la Faucheuse.

MON VERDICT
Coup double

 

[BOUQUINS] Edmonde Permingeat – Sans Mon Ombre

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E. Permingeat - Sans Mon Ombre
Titre : Sans Mon Ombre
Auteur : Edmonde Permingeat
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2019
Origine : France
440 pages

De quoi ça cause ?

Lors d’une dispute Alice, tue accidentellement sa sœur jumelle, Célia. Alice, qui a toujours pris ombrage de sa sœur, fait disparaître le corps et décide de prendre sa place.

Elle ne tarde pas à découvrir que, au-delà des apparences, la vie de Célia était loin d’être idyllique. Mais Alice est déterminée à tout mettre en oeuvre afin que son rêve ne se transforme pas en cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions de L’Archipel sont désormais partenaires de Net Galley.

Leur premier titre proposé étant un thriller psychologique, j’ai sauté sur l’occasion pour leur souhaiter la bienvenue.

Ma demande ayant été acceptée, il ne me restait plus qu’à me lancer à la découverte de ce roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation pour ce titre.

Le roman s’ouvre un meurtre, ou plus exactement violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner pour reprendre le terme juridique approprié. Un début plutôt classique pour un thriller, même si on connaît l’assassin (Alice), son mode opératoire (une rafale de claques dans la tronche) et son mobile (une jalousie maladive à l’encontre de sa sœur).

La suite logique des choses serait qu’il y ait enquête, et ben non. Pas vu, pas pris pour ainsi dire, et les amateurs du genre le savent mieux que personne : pas de bras, pas de chocolat… ah non, c’est pas ça ; voilà qui devrait être plus approprié : pas de corps, pas d’homicide ! Soit dit en passant cette dernière affirmation n’a strictement aucune valeur légale, c’est juste plus compliqué de prouver le crime en l’absence de cadavre.

Edmonde Permingeat nous offre donc un thriller qui n’a rien de policier, son credo avec ce roman c’est de tout miser sur l’aspect psychologique de l’intrigue. La force d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, aucun droit à l’erreur sinon la sauce risque de ne pas prendre. Et l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu dans ce domaine, la mayonnaise prend et s’avérera même succulente (n’allez pas vous imaginez que je bouffe de la mayo à la louche… rien que d’y penser ça me flanque la nausée).

Bien qu’écrit à la troisième personne, le roman vous invite à vivre l’intrigue à travers le personnage d’Alice. Une femme dotée d’une forte personnalité et d’un tempérament plutôt fougueux, elle s’efforce de mener une vie sans contraintes ni attaches et surtout sans jamais se soucier des autres. Une vie à l’opposée de celle que mène sa sœur, Célia, femme au foyer effacée qui s’occupe de ses deux filles. Et pourtant Alice ne peut s’empêcher de jalouser cette sœur qu’elle surnomme avec mépris l’autre ; l’accusant même de l’empêcher de s’épanouir pleinement tant elle lui fait de l’ombre.

Comme vous pouvez le constater, Alice n’est pas franchement une blanche colombe et l’auteure ne fait rien pour nous la rendre plus sympathique. Le fait qu’elle bute sa frangine dès les premières lignes du roman ne jouera pas franchement en sa faveur.

Donc notre chère Alice décide, une fois son sinistre forfait accompli, d’endosser la vie de Célia sans toutefois renoncer complètement à être elle-même. L’occasion pour elle de découvrir que, au-delà des apparences, sa sœur ne vivait pas une vie idyllique. Son quotidien était meublé de faux-semblants, non-dits, mensonges, tromperies, trahisons… une vérité insoupçonnable vue de l’extérieur !

Mais il en faut plus que ça pour que Alice renonce à son plan. Là où Célia courbait l’échine, elle va montrer les crocs… mais point trop n’en faut si elle ne veut pas prendre le risque de se trahir.

Il faut dire qu’elle est tombée au milieu d’un sacré panier de crabes vérolés ! Un mari qui la cocufie sans vergogne et prend un malin plaisir à la rabaisser et l’humilier. Une belle-mère et une belle-sœur qui sont de véritables langues de putes. On est loin de la famille formidable ! Et ce n’est guère plus reluisant du côté des amis…

Edmonde Permingeat nous livre une chronique familiale glauque à souhait, mais parfaitement maîtrisée. Le bouquin devient rapidement addictif, difficile en effet de lâcher prise avant de savoir comment tout ça va se terminer.

J’aurai aimé un final encore plus sombre, je trouve en effet que certains personnages s’en sortent bien mieux qu’ils ne le méritent. Un choix de l’auteure histoire de confirmer l’adage : bien mal acquis ne profite jamais. Une morale amorale en quelque sorte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] C.J. Cooke – Si Tu T’En Vas

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C.J. Cooke - Si tu t'en vas

Titre : Si Tu T’En Vas
Auteur : C.J. Cooke
Editeur : Milady
Parution : 2018
Origine : Irlande (2017)
430 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune femme échoue sur une île déserte au large de la Crète, totalement amnésique. Elle est recueillie par quatre écrivains qui se sont exilés sur l’île le temps d’une retraite littéraire.

Dans la banlieue de Londres, Lochlan Shelley apprend que sa femme, Eloïse, a disparu, laissant derrière elle leurs deux enfants en bas âge. Fuite volontaire ou enlèvement ? Pour quelles raisons ? C’est ce que vont devoir découvrir les proches d’Eloïse et la police…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis tombé sur ce bouquin un peu par hasard, en parcourant le catalogue Net Galley. Le pitch a fait tilt dans mon esprit, je l’ai sollicité et ma demande a été acceptée par l’éditeur Milady (Bragelonne).

Ma chronique

Je remercie Net Galley et les éditions Milady (Bragelonne) d’avoir donné une suite favorable à ma demande relative au roman de C.J. Cooke.

J’associais, à tort (mea culpa), les éditions Milady à la bit-lit et donc je ne prêtais guère attention à leur catalogue. Bon OK, Milady fait autre chose que de la bit-lit, mais de là à imaginer qu’ils puissent proposer des thrillers (psychologiques qui plus est), il y a un pas… je laissais plutôt ça à sa grande sœur, Bragelonne. Et je me trompais encore (mea culpa, bis repetita) ! La preuve en est avec Si Tu T’En Vas, premier thriller de l ‘auteure C.J. Cooke.

L’amnésie est un thème récurrent dans le monde de la littérature policière (et par extension du thriller), mais c’est aussi un thème qui permet des traitements divers et variés. C’est pourquoi je me suis laissé tenter par ce roman dont l’intrigue pouvait paraître relativement classique. Et j’ai eu raison, d’entrée de jeu l’auteure prouve qu’il encore possible de faire du neuf avec du vieux !

On comprend tout de suite (et pour les plus durs du neurone, dès les premiers chapitres) que la mystérieuse naufragée n’est autre que Eloïse Shelley, toute la question est de comprendre le pourquoi du comment elle passe de mère au foyer dans une banlieue cossue de Londres, à naufragée amnésique sur une île crétoise…

Pour nous y aider, les chapitres jouent l’alternance des points de vue. Avec d’un côté Eloïse dans sa version naufragée amnésique, qui lutte pour retrouver son identité et ses souvenirs, entourée par un quatuor d’écrivains qui, tour à tour, soufflent le chaud et le froid autour de leur invitée. Et de l’autre Lochlan, son mari, qui doit non seulement gérer ses enfants qui réclament leur mère, mais aussi essayer de comprendre ce qui s’est passé.

L’aspect psychologique, essentiel dans le traitement d’une telle intrigue est parfaitement maîtrisé par l’auteure, que ce soit dans le combat d’Eloïse contre son amnésie ou dans l’esprit de Lochlan qui semble découvrir progressivement des réalités ignorées concernant sa femme. Deux parcours qui mettront les nerfs du couple (et des lecteurs par la même occasion) à rude épreuve.

Ici l’amnésie n’est qu’un symptôme d’un trouble beaucoup plus sévère, mais je ne peux guère m’étendre sur la question au risque d’en dire trop. Disons que certains chapitres nous plongent dans l’enfance difficile (le mot est volontairement faible afin de rester aussi vague que possible) d’Eloïse et nous aident à comprendre certaines vérités (et par la même occasion, certaines ficelles du roman).

Les personnages sont eux aussi abordés avec beaucoup de soin et d’attention. C.J. Cooke ne se contente pas de brosser un portrait détaillé d’Eloïse et Lochlan, elle accorde le même traitement aux personnages secondaires (le quatuor d’écrivains, Gerda et Magnus, ses grands-parents, et même les enfants Max et Cressida, tous bénéficient d’une personnalité affirmée et raccord avec l’image que l’on se fait d’eux).

L’intrigue se dévoile progressivement, on en devine (plus par présomption que certitude) certains aspects, mais elle nous réserve bien des surprises et des montées d’adrénaline. Une fois que vous aurez mordu à l’appât, vous aurez bien du mal à lâcher ce bouquin…

Un bouquin qui aborde des thèmes graves et amène le lecteur à se poser des questions, voire à remettre en question certaines idées reçues. Addictif et intelligemment construit, pour un premier essai on peut dire qu’il est brillamment transformé.

Non seulement Milady fait dans le thriller, mais en plus ils font dans la qualité… désormais je serai plus vigilant quant à leurs sorties.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Daniel Cole – Ragdoll

D. Cole - RagdollVous me connaissez, je suis faible face à la tentation. Alors quand en plus de ça la tentatrice s’appelle La Bête Noire, impossible de résister à son appel. Voilà pourquoi Ragdoll, le roman de Daniel Cole a grillé la priorité à ses petits camarades livresques de mon Stock à Lire Numérique.
Un cadavre hors du commun, une macabre reconstitution humaine à partir de six corps différents dont l’une des mains pointe directement vers l’appartement de l’inspecteur Fawkes, surnommé Wolf. Une liste de six noms avec en regard la date de leur mise à mort, le dernier nom est celui de Wolf. Entre l’identification des victimes déjà mortes, la protection des futures victimes et la neutralisation du tueur, les équipes de la Met ont du pain sur la planche. Avec bien entendu Wolf en première ligne…
Quand on me parle de ragdoll (littéralement poupée de chiffon) la première image qui me vient à l’esprit est celle d’adorables chats et non un macchabée raccommodé à la mode du Dr Frankenstein ! Vous aurez sans doute compris que l’auteur ne va pas nous parler de chats.
Pour un premier roman, on peut dire que Daniel Cole frappe fort, certes il y a des faiblesses, mais globalement Ragdoll est un thriller psychologique de bonne facture.
La force d’un bon thriller psychologique repose sur la profondeur donnée aux personnages. Sur ce point l’auteur s’offre un sans-faute, il nous mitonne aux petits oignons une galerie impressionnante, autant par sa richesse que par sa diversité. Des personnalités fortes où rien n’a été laissé au hasard. Je n’entrerai pas dans le détail pour chacun des personnages, mais l’auteur parvient quasiment à leur donner une véritable présence physique.
De bons personnages au service d’une intrigue mal maîtrisée et c’est tout le soufflé qui s’effondre. Mais il n’en est rien ici, l’auteur joue habilement avec nos nerfs en nous proposant une enquête complexe face à un tueur particulièrement retors. On rencontre bien quelques baisses de rythme çà et là, mais c’est généralement pour mieux repartir sur les chapeaux de roues.
Le roman soulève aussi la question du rôle des médias dans le cadre d’une enquête criminelle. Andrea, l’ex-femme de Wolf, est une journaliste ambitieuse qui bien souvent mettra la police à mal et exposera dangereusement les victimes potentielles à force de chercher le scoop qui lui vaudra le poste de ses rêves. Son patron, Elijah, est encore pire, il ne reculera devant rien pour faire exploser l’audimat. Il est facile de leur jeter la pierre, mais si de tels vautours existent c’est bel et bien parce qu’il y a un public demandeur. Comme dirait l’autre : « Avant de leur jeter la pierre… ».
Le principal bémol, qui ne suffit toutefois pas à gâcher le plaisir, vient de la fin un peu trop abrupte. Tout se dénoue à une vitesse hallucinante dans les derniers chapitres ; à croire que l’auteur s’est laissé dépassé par son intrigue. Un final plus étoffé et la personnalité du tueur plus fouillée auraient propulsé le bouquin vers un coup double : coup de coeur et coup de poing.

MON VERDICT

[BOUQUINS] JP Delaney – La Fille D’Avant

JP Delaney - La fille d'avantC’est à Stelphique que je dois cette chronique, elle est la première à m’avoir recommandé la lecture de La Fille D’Avant de JP Delaney. Recommandation suivie dès que l’opportunité s’est présentée, d’autant que la blogosphère, globalement, ne tarit pas d’éloges sur ce roman, mais les moins enthousiastes restent sur une note positive.
Malgré un bail des plus contraignant, Jane Cavendish s’installe au One Folgate Street. Une maison aux lignes et à la décoration austère, mais hyper connectée. Rapidement Jane va découvrir que la précédente locataire, Emma Matthews, est décédée dans des conditions pas clairement établies. Est-ce qu’Edward Monkford, l’architecte et propriétaire des lieux, pourrait être lié à ce drame ?
C’est une fille d’avril, pauvre de moi, une fille difficile… Oups, désolé de pousser la chansonnette, pas prudent en saison cyclonique ! Et surtout sans aucun rapport avec le bouquin dont je dois vous causer.
Ai-je été subjugué par ce roman ou n’ai-je eu entre les mains qu’un énième trille psychologique ? La réponse la plus juste serait ni l’un, ni l’autre. Il y a du bon et du moins bon, mais rien à jeter.
J’ai aimé la construction qui joue sur l’alternance Avant (le point de vue d’Emma) et Maintenant (le point de vue de Jane), avec, dans les deux cas, un récit à la première personne. Les chapitres sont courts et le style est sans fioritures ; le lecteur est ainsi placé au coeur de l’action sans jamais devoir se demander s’il suit Emma ou Jane. Une construction maîtrisée sur le bout des doigts.
J’ai aimé l’ambiance, d’entrée de jeu on ressent une forme d’oppression, un sentiment de malaise diffuse. Et c’est une impression qui ne nous lâchera plus, même si parfois elle semblera plus lointaine, comme une vague menace ou un mauvais pressentiment qui nous colle à la peau.
Je reconnais volontiers avoir pris un réel plaisir à suivre les parcours de Emma et de Jane, notamment l’enquête de cette dernière afin de découvrir la vérité sur la mort d’Emma. Mais… Et oui, il y a un mais. J’ai été déçu par le manque de profondeur et de « saveur » des personnages, comme si l’auteur se contentait d’esquisses plutôt que de travailler véritablement sur des portraits. Malheureusement quand l’auteur se penche sur la personnalité de ses personnages, il force le trait plus que nécessaire et on sombre rapidement dans une succession de stéréotypes. Du coup ça a imposé une espèce de frontière invisible entre l’intrigue et moi, à mon tour je me suis contenté d’être spectateur plutôt que de chercher à devenir acteur.
Ce petit bémol a quelque peu douché mon enthousiasme, mais il n’en reste pas moins que je referme ce bouquin avec un sentiment globalement positif. Une intrigue bien maîtrisée qui aurait gagné en tension psychologique avec des personnages plus aboutis, mais qui n’en demeure pas moins hautement addictive. Pour une première incursion dans le thriller psychologique, JP Delaney (pseudonyme de Tony Strong) n’a pas à rougir de sa performance.
Pour finir, je dirai quand même quelques mots sur cette piaule hors norme. L’austérité, dans les lignes et la décoration ne me dérange pas outre mesure… disons plus exactement que ça ne serait pas rédhibitoire. Je suis par contre beaucoup plus réservé sur le côté domotique poussé à l’extrême, j’aurai un peu trop l’impression d’être fliqué H24. Mais le simple fait de devoir me coltiner un contrat de bail avec 200 clauses restrictives et de devoir répondre à un questionnaire d’admission, suffiront à me faire renoncer à toute velléité de m’installer au One Folgate Street… D’autant que parmi ces clauses figure l’interdiction d’avoir des animaux domestiques.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Craig Clevenger – Le Contorsionniste

C. Clevenger - Le contorsionnisteUn titre découvert au hasard des propositions dans le cadre d’un Book Club. Auteur et éditeur inconnus, couv’ très quelconque ; rien pour retenir mon attention de prime abord. Par contre le pitch semble sympa, certaines critiques, et non des moindres (cf la revue de presse proposée sur le site de l’éditeur), ne tarissent pas d’éloges mais aussi et surtout des réactions enthousiastes de la part des lecteurs de ce fameux Book Club. Et voilà comment Le Contorsionniste de Craig Clevenger s’est retrouvé entre mes mains.
Daniel Fletcher se réveille dans un lit d’hôpital après une overdose médicamenteuse, comme toujours dans ces cas-là il va devoir passer un « entretien de routine » avec un psy afin de déterminer s’il s’agissait d’un surdosage accidentel ou d’un suicide. Daniel Fletcher n’existe pas, son vrai nom est John Vincent, un véritable caméléon capable de s’inventer et d’endosser en un tourne-main une nouvelle identité et les souvenirs qui vont avec…
C’est un scandale !!! Pourquoi a-t-il fallu 14 longues années pour que ce bouquin soit enfin disponible en français ? Et en plus c’est un éditeur modeste (Le Nouvel Attila) qui s’y colle. Un grand merci à eux et chapeau bas pour le travail accompli (je pense notamment au traducteur, Théophile Sersiron). Mesdames, messieurs, Le Contorsionniste a tout pour devenir un livre culte ; vous en doutez ? Lisez-le et on en reparlera.
Un roman totalement inclassable, à la fois thriller psychologique et roman noir, mais aussi bien plus que ça. Alternant humour et situations extrêmement tendues, l’auteur joue aussi bien avec nos émotions qu’avec nos nerfs. Un OLNI est ce qui définirait le mieux ce bouquin impossible à caser dans un genre prédéfini, et pour cause, il obéit à ses propres règles (un sacré tour de force pour un premier roman).
Ce n’est par hasard que j’ai employé le terme caméléon dans ma présentation du bouquin. Difficile en effet de ne pas penser à la série Le Caméléon dans laquelle le héros, Jarod, endosse une nouvelle identité/personnalité à chaque épisode. John Vincent est une sorte de Jarod puissance 10, il peaufine chaque changement d’identité jusque dans les moindres détails, à grand renfort de (faux) justificatifs.
Mais qui est exactement John Vincent et pourquoi ces multiples changements d’identité ? Ah que voilà une question que vous n’aurez de cesse de vous poser au fil des pages. Il faut dire que John (ah oui j’ai oublié de vous signaler que le bouquin était écrit à la première personne) aime tourner autour du pot quand il nous raconte son histoire. Mais n’allez surtout pas croire qu’il s’autorise ces nombreux flash-backs sans avoir une bonne raison de le faire. N’oubliez pas que notre gars ne laisse jamais rien au hasard. Les réponses viendront en temps et en heure, de fil en aiguille.
Si je peux vous donner un conseil, laissez-vous simplement guider par l’auteur et le récit de John, inutile de vous triturer les neurones pour essayer d’anticiper les explications du narrateur, dégustez simplement le parcours (chaotique) de John Vincent, à votre rythme.
Le rythme du récit en quant à lui plutôt lent, presque hypnotique (je dirai presque envoûtant) mais à aucun moment ennuyant, loin s’en faut l’auteur sait focaliser toute notre attention et notre vigilance sur son intrigue (totalement addictif comme bouquin). Aussi la brusque accélération dans les derniers chapitres nous prend quelque par surprise. Et que dire de l’ultime revirement ? Grandiose, tout simplement magistral.
Craig Clevenger profite de son récit et de son héros atypique pour se livrer à un réquisitoire à charge contre le processus d’évaluation psychiatrique et d’internement. Même les systèmes éducatifs et judiciaires en prennent pour leur grade au passage. Si vous avez encore des illusions sur la grandeur du Rêve Américain ce roman devrait achever de les balayer d’une pichenette.
J’ai salué le travail de traduction de Théophile Sersiron car je suppose qu’il n’a pas dû être simple de jongler avec un texte pareil. Chaque personnalité qu’endosse John à sa façon de se comporter et de parler. Changement de style lorsque John (Daniel Fletcher) fait face au psy qui tente de percer ses secrets (un face à face verbal, non verbal et psychologique), ou quand il nous raconte son histoire ou s’adresse au lecteur pour lui confier les secrets de son « talent ».
Une belle découverte (pour ne pas dire une révélation) de cette fin d’année 2016. Dommage que la sortie de ce roman ait été aussi peu médiatisée, j’espère que la blogosphère lui offrira toute la publicité qu’il mérite. Pour ma part je confluerai en empruntant à Michel Sardou ce refrain (Chanson Le Successeur) pour vanter le travail de l’auteur : « Et il est jeune, il est bon, il est beau. Quel talent, quelle leçon, quel salaud ! ».
Un grand merci à DP (il se reconnaîtra s’il passe dans le coin), Book-Clubber émérite mais discret, qui m’a fait découvrir ce formidable roman.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Frédéric Clémentz – Le Serment Du Passeur

F. Clémentz - Le Serment du PasseurUne lecture à la demande de son auteur, Frédéric Clémentz, que je remercie pour sa grande patience (j’ai son roman dans les bacs depuis le mois de mai) et sa confiance. Pour son premier roman il se lance dans le thriller psychologique avec Le Serment Du Passeur.
A l’âge de 15 ans Antoine Dévraille est traumatisé par une violente agression dont il est la victime. Sa vie ne sera plus jamais la même. Dix neuf ans plus tard Antoine écrit une lettre à son agresseur mais il va apprendre une nouvelle qui va bouleverser ses plans… et sa destinée.
La première chose qui frappe dans ce roman est son écriture, un style qui vous prend direct au coeur, à l’âme et aux tripes. Une plume trempée dans du vitriol, sans concession mais aussi riche et imagée. Un vrai bonheur pour les yeux. Une phrase d’Antoine pourrait s’adresser directement à son créateur, Frédéric : « Tu voulais que cette chose qui gueulait en toi fasse sa vie sans artifices ni souci du beau. Tu voulais de la matière brute, noble. Tu voulais du sauvage, du vivant. Des mots avec encore de la terre dessus. Des mots pas lavés, pas préparés. Des mots pas éduqués. Libres. »
Quant à moi Frédéric je souhaite que la fin de cette citation s’applique au présent Serment : « Rappelle-toi comme les gens se foutaient de toi quand tu leur disais ça. Et rappelle-toi comme ils te couraient tous après quand tu as été publié. »
Le récit nous place directement dans la peau et l’esprit d’Antoine Drévaille, le moins que l’on puisse c’est que sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. On ne ressort pas indemne d’une telle immersion psychologique. Dérouté, troublé… certes, mais aussi charmé ! Sous le charme de l’intrigue malgré (ou grâce à) une noirceur absolue, mais aussi, je le répète et ne me lasserai de le dire encore et encore, de cette plume d’une redoutable efficacité.
Alors, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Si je laisse (encore une fois) la parole à Antoine, la réponse ne laisse aucune place au doute : « Finalement, il avait peut-être raison mon éditeur et ami : le genre humain, ce n’est que du sang et des larmes. Et Simon rajoutait toujours en soupirant : « Du sang, des larmes… et de la merde. » Là-dessus, invariablement et sur un ton à se coltiner deux cents jours de brouillard d’affilée au fin fond de la Bretagne, il balançait cette hilarante citation du philosophe roumain Emil Cioran : « L’homme va disparaître, c’était jusqu’à présent ma ferme conviction. Entre-temps j’ai changé d’avis : il doit disparaître. » »
Mais bon je ne voudrais que Frédéric me reproche d’avoir pondu une critique en lui piquant les répliques d’Antoine ; je vais donc y apporter une petite touche personnelle. Chers lecteurs et lectrices que ces quelques lignes auraient rebuté (même si telles n’étaient pas mon intention première) ayez foi en la sagesse populaire qui affirme que les apparences sont parfois trompeuses. Frédéric Clémentz n’est pas breton (nul n’est parfait) mais il doit faire de sacré bonnes crêpes ; en un peu plus de 200 pages il va offrir deux retournement de situation parfaitement maîtrisés et totalement inattendus. Que du bonheur !
Avec ce premier roman Frédéric Clémentz place la barre très très haut, je ne voudrai pas lui mettre la pression mais on va attendre le suivant avec impatience…

MON VERDICT
jd5Coup double

N’allez surtout pas croire que je chronique les Fred en priorité, c’est une pure coïncidence si les auteurs F. Gynsterblom et F. Clémentz se suivent dans mes posts. Et faites gaffe, j’en ai encore un (F. Ernotte) en stock…

[BOUQUINS] Annette Wieners – Coeur De Lapin

A. Wieners - Coeur De LapinFermement décidé à ne passer à côté d’aucun titre de la collection La Bête Noire de Robert Laffont, je me suis tout naturellement rué sur ce Coeur De Lapin signé Annette Wieners.
Un matin comme les autres, Gesine réalise qu’elle est en train de préparer les couronnes mortuaires pour les obsèques de Mareike, sa soeur, celle qu’elle considère aujourd’hui encore comme responsable de la mort de son fils, dix ans plus tôt. Ses parents la juge responsable de la mort de Mareike, la police la suspecte ; Gesine va devoir prendre sur elle pour découvrir la vérité sur la mort de sa soeur…
Pour son premier roman l’auteure opte davantage pour le drame psychologique que pour le thriller pur et dur. Le rythme est lent, très lent même, l’intrigue policière sert plus de toile de fond qu’autre chose ; Annette Wieners explore les tréfonds de l’esprit de ses personnages, notamment celui de Gesine.
Gesine est une femme brisée par le décès brutal de son jeune fils dans des circonstances qui n’ont jamais été clairement définies. Etouffée par les secrets de famille, les mensonges et les non dits, elle a radicalement coupé les ponts avec sa vie d’avant. Depuis elle vit repliée sur elle même, elle refuse toute émotion sinon la colère et la rancoeur. Un personnage d’une extrême froideur dont il est difficile de se sentir proche compte tenu de son manque total d’empathie. Il faut attendre les derniers chapitres du roman pour qu’elle fasse preuve d’un semblant d’humanité.
J’avoue quitter ce bouquin avec un sentiment mitigé. D’un côté j’ai vraiment été pris par l’intrigue, pas tant par la résolution de l’enquête en elle même (on devine assez rapidement qui est le coupable) mais sur le pourquoi du comment et ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt (l’idée étant surtout de savoir si Gesine est complètement parano ou pas). D’un autre côté j’ai eu du mal à entrer pleinement dans le récit, il a fallu attendre le dernier tiers du roman pour que je sois enfin en immersion.
Avec le recul le ressenti positif l’emporte, j’espère que la suite de la série me confortera et même renforcera ce sentiment. Quoi qu’il en soit je resterai fidèle aux titres de La Bête Noire, j’en ai d’ailleurs un nouveau qui vient de grossir les rangs de mon Stock à Lire Numérique.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Muriel Houri – Jeux, Tue, Ils

M. Houri - Jeux, tue, ilsCela faisait déjà quelque temps que je n’avais pas mis les éditions Flamant Noir à la une de ces chroniques, il faut croire que j’attendais le titre qui fasse tilt pour me lancer. Le second roman de Muriel Houri, Jeux, Tue, Ils m’a tout suite fait des appels du pied.
Alice et Julien, forment un jeune couple ravagé par la perte de leur fille, Sally. Quand elle apprend, par un message anonyme, que son mari la trompe avec une certaine Myriam, Alice, bien que bouleversée, décide de prendre sur elle. Quelque temps plus tard, un SMS anonyme, MYRIAM EST MORTE, donne le go d’un sinistre jeu de piste orchestré par un inconnu qui semble en savoir beaucoup sur Alice et ses proches…
Avec son précédent roman, Menace (aussi disponible chez Flamant Noir), Muriel Houri avait démontré qu’elle savait manier à la perfection toutes les ficelles du thriller psychologique. Autant dire qu’elle avait placé la barre haut et que son second opus serait attendu par des lecteurs plein d’espoir et d’attentes. Alors kezaco de ce nouveau roman ?
Nul doute que les lecteurs qui ont aimé Menace seront comblés par ce second roman. Avec Jeux, Tue, Ils l’auteure, tout en restant fidèle au thriller psychologique, donne une autre dimension à son roman. Ici pas de réelle menace sur les personnages, quoique… mais plutôt le poids des mensonges et des non-dits.
L’intrigue se noue essentiellement autour d’Alice, une jeune femme effacée qui a un mal de chien à surmonter la perte de sa fille. C’est presque malgré elle qu’elle va se retrouver impliquée dans un troublant jeu de piste destiné à lui faire découvrir la vérité sur son entourage.
L’entourage en question est essentiellement constitué de Julien, son mari, Martin, le frère de ce dernier et de Judith et Gilles, des amis du couple. Peu à peu on va découvrir les liens / relations qui unissent tout ce beau monde. Et Dieu qu’il y a beaucoup à découvrir en grattant la surface des apparences… Jusqu’au bout vous n’en finirez pas de vous poser des questions, nul doute non plus que le final ne manquera pas de vous surprendre.
Avec peu d’action et un rythme plutôt lent, Muriel Houri installe rapidement une grosse tension nerveuse, tension qui ne se relâchera pas avant d’avoir tourner la dernière page du roman. Et encore, même une fois le bouquin refermé vous n’aurez aucune certitude. Ca pourrait sembler frustrant mais pour ma part j’ai aimé cette pointe d’incertitude ; inutile de chercher à combler le vide, l’auteure ne dispense aucun indice permettant d’y répondre.
Cerise sur le gâteau, même si en numérique le visuel peut avoir moins d’importance, un soin particulier a été apporté à la couverture du roman. Un sans faute pour Muriel Houri et encore une pépite pour Flamant Noir.

MON VERDICT
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