[BOUQUINS] David Kirk – Le Samouraï

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D. Kirk - Le Samouraï

Titre : Le Samouraï
Série : Musashi Miyamoto- Tome 1
Auteur : David Kirk
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2014
Origine : Angleterre (2013)
416 pages

De quoi ça cause ?

Bennosuke, 13 ans, est élevé par son oncle Dorinbo, un moine officiant au temple bouddhiste de Miyamoto. Le jeune garçon rêve de devenir un célèbre samouraï, à l’image de son père, Munisai, qui a quitté le village 8 ans plus tôt.

Munisai revient s’installer à Miyamoto après avoir offensé le fils d’un seigneur allié. Il espère que les choses se tasseront s’il se fait oublier en assurant la régence administrative du village.

Bennosuke va découvrir une vérité insoupçonnée sur ses parents, mais il faudra plus que ça pour entamer sa volonté de suivre la voie du sabre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis dans une phase japonisante en ce moment, peut-être un effet secondaire de ma forte consommation de sushis ces derniers jours. Mais attention je n’ai que faire du Japon contemporain, c’est le Japon médiéval et ses samouraïs qui m’attire…

Et tant qu’à faire autant se pencher sur le cas du plus célèbre des samouraïs : Musashi Miyamoto.

J’aurai pu jeter mon dévolu sur l’ouvrage considéré comme étant LA référence sur le sujet, le fameux Musashi de Eiji Yoshikawa, paru en 1935 et décliné en français en deux volumes : La Pierre Et Le Sabre et La Parfaite Lumière. J’ai privilégié une approche de l’extérieur (David Kirk est britannique de naissance , il vit au Japon depuis une dizaine d’années) et une écriture plus moderne.

Ma chronique

Au Japon Musashi Miyamoto est tellement célèbre qu’il est quasiment devenu un personnage de légende, il peut parfois s’avérer difficile dans un tel contexte de distinguer les faits historiques et les éléments de fiction destinés à embellir la vérité. C’est encore plus vrai quand la transmission se fait principalement par voie orale ou picturale.

De fait il n’existe aucune véritable biographie de Musashi Miyamoto. Le roman Musashi de Eiji Yoshikawa a beau être considéré comme l’ouvrage de référence sur la vie du célèbre samouraï, ça demeure un ouvrage de fiction qui prend parfois certaines libertés avec l’Histoire (ne serait-ce que pour pallier certains blancs). En langue anglaise c’est Musashi, Le Samouraï Solitaire de William Scott Wilson qui semble se rapprocher le plus d’une biographie de Musashi Miyamoto.

David Kirk reconnaît que le livre de William Scott Wilson a été sa principale source documentaire, complété par les écrits de Musashi Miyamoto, dont le fameux Traité Des Cinq Roues (aussi appelé Livre Des Cinq Anneaux). Le Samouraï est le premier volet d’une trilogie (?) qu’il consacre à Musashi, le second tome, L’Honneur Du Samouraï est déjà disponible en français et le troisième (et dernier ?) est encore en cours de rédaction.

Dans ce premier opus, l’auteur nous invite à suivre le parcours initiatique de Bennosuke Hirata (qui deviendra plus tard Musashi Miyamoto) entre ses 13 et 16 ans.

C’est à 13 ans que Bennosuke va retrouver son père. Des retrouvailles sur fond d’un terrible secret concernant la mort de sa mère et les conditions du départ précipité de son père, huit ans plus tôt. Pas franchement les conditions idéales pour rétablir une relation père / fils des plus épanouies ! Il n’en reste pas moins que Munisai va aider Bennosuke à se perfectionner dans l’art du maniement du sabre.

Un enseignement qui s’avèrera fort utile puisque c’est aussi à l’âge de 13 ans que Bennosuke va livrer son premier combat en duel et tuer un homme pour la première fois.

A partir de là notre brave Bennosuke n’aura guère d’occasion de se la couler douce. Entre le désir de vengeance du fils d’un seigneur face à l’humiliation que le jeune samouraï lui a infligé, puis sa propre soif de revanche, la vie ne sera plus jamais un long fleuve tranquille…

Dans ce premier tome, les relations entre les personnages occupent une place essentielle. Qu’il s’agisse du lien entre Bennosuke et Munisaï, une relation tumultueuse qui connaîtra bien des évolutions au fil des pages. Mais Bennosuke sera aussi tiraillé entre Munisaï et Dorinbo, ce dernier aimerait le voir suivre une voie plus spirituelle tout en sachant que le gamin rêve de devenir un samouraï.

C’est aussi l’organisation même du Japon médiéval, un système qui repose sur des liens hiérarchiques stricts, qui place le relationnel au centre de tout. Dans le roman un artisan explique ainsi les choses à Bennosuke :

« Tout est question de hiérarchie, pas vrai ? Tout en haut siège l’empereur, qu’on ne voit jamais, et après… Mon lot est de servir le samouraï que vous êtes, et vous, vous servez le seigneur Shinmen. Il a du pouvoir, mais pas tant que ça. Il obéit aux Grands Seigneurs, et au-dessus d’eux il y a encore un petit groupe d’hommes dont la fonction n’a pas de nom précis. On peut les appeler les Très Grands Seigneurs, si l’on veut, et le plus proche de nous est le seigneur Ukita. Et qui est-ce qui le commande, celui-ci ? »

Ce à quoi Bennosuke répondra : « Le régent Hideyoshi Toyotomi. »

Un système qui ne souffre d’aucune exception, quiconque oserait s’attaquer à un individu de rang supérieur se verrait accuser d’un crime majeur puni par la mort du coupable (il est donc théoriquement inconcevable qu’un samouraï s’en prenne à un seigneur).

Le revers de la médaille, dans les strates les plus hautes, étant le risque d’attiser les convoitises et complots en tout genre au moindre signe de faiblesse d’un supérieur.

C’est d’ailleurs ce qui conduira à la bataille de Sekigahara, qui opposera les armées du clan Toyotomi (prétendants légitimes à la succession) à celles du clan Tokugawa, décrite dans la dernière partie du roman.

David Kirk nous plonge en totale immersion dans son intrigue, ne négligeant aucun aspect du récit (personnages, rythme…) qui s’avérera à la fois instructif (j’avoue sans la moindre honte que je n’avais que de très vagues connaissances sur le sujet), entraînant et addictif (difficile de lâcher prise une fois embarqué dans l’histoire).

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin, d’autant plus que le style sans fioriture permet une grande fluidité de lecture, il me tarde donc de me plonger dans le second opus tout en espérant déjà que le troisième ne tardera pas trop à voir le jour (ceci dit je conçois volontiers qu’après cinq ans de travail sur ces deux premiers tomes, David Kirk ressente le besoin de faire un break).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Couleurs De L’Incendie

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P. Lemaitre - Couleurs de l'incendie

Titre : Couleurs De L’Incendie
Série : Les Enfants Du Désastre – Tome 2
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
544 pages

De quoi ça cause ?

1927. A la mort de son père, Marcel Péricourt, c’est sa fille unique, Madeleine, qui va hériter de son empire financier. Le jour des obsèques, son jeune fils, Paul, se jette par la fenêtre du second étage et vient s’écraser sur le cercueil de son grand-père.

Paul survivra à sa chute, mais restera paraplégique. Totalement accaparée par la santé de son fils, Madeleine ne se rend pas compte de ce qui se trame dans son dos. Au bord de la ruine, elle sera contrainte de vendre la demeure familiale et de s’installer en ville dans un modeste logement.

Quand elle réalise qu’elle a été trahie et manipulée par ceux et celles en qui elle avait placé sa confiance, Madeleine met en branle un plan de bataille aussi intelligent que machiavélique…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre, un extraordinaire conteur qui, sortant de sa zone de confort, nous compose une trilogie consacrée à la période de l’Entre-Deux-Guerres.

Parce qu’il me tardait justement de renouer avec ce cycle initié en 2013 avec l’excellentissime et goncourisé Au Revoir là-Haut.

Ma chronique

En 2013, Pierre Lemaitre, qui jusqu’alors était connu pour ses thrillers (avec notamment la trilogie Verhoeven), crée la surprise avec son roman Au Revoir Là-Haut, une fiction historique ayant pour cadre la Première Guerre mondiale et l’après-guerre.

Un pari risqué, mais qui s’avérera payant grâce aux formidables talents de conteur de l’auteur ; pour ma part j’ai adoré suivre les mésaventures d’Albert Maillard et Edouard Péricourt. Et je ne suis pas le seul, le roman récoltant de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux prix Goncourt. Pas mal pour un premier essai !

Quatre ans c’est long, autant vous prévenir de suite Monsieur Lemaitre, vos lecteurs exigent que cette attente soit récompensée dignement. Et l’on est rassuré dès les premières pages avec une mise en bouche surprenante, mais savoureuse. Mais surtout on retrouve le style narratif qui nous avait tant enchanté à la lecture de Au Revoir Là-Haut, l’auteur s’adressant parfois directement au lecteur.

Au niveau des personnages l’intrigue se construit autour de Madeleine et de son fils, Paul. Deux personnages bien travaillés, l’auteur parvient à nous les rendre rapidement sympathiques. Alors même si les plans de Madeleine impliquent de faire quelques écarts avec la loi et la morale, on ferme les yeux en se disant que c’est pour la bonne cause.

Pour se reconstruire Madeleine va devoir déstabiliser, voire détruire, les responsables de sa déchéance. A commencer par Gustave Joubert, l’ancien adjoint et homme de confiance de son père, un individu à la fois aigri et imbu de lui même. Puis il y a Charles Péricourt, son oncle, un politicien véreux qui a toujours jalousé la réussite de son frère. Enfin il y a André Delcourt, un journaliste arriviste, qui, sous ses faux airs de gendre idéal, cache de bien sombres travers.

Si Pierre Lemaitre réussit à vous faire aimer certains personnages, il est tout aussi doué quand il s’agit de vous en faire détester d’autres. Il l’avait déjà brillamment prouvé dans Au Revoir Là-Haut avec Henri d’Aulnay-Pradelle, vous allez adorer détester ces trois sinistres sires.

L’auteur apporte le même soin à ses personnages plus secondaires. Vous découvrirez ainsi Solange Gallinato, une cantatrice au talent incommensurable mais un tantinet fantasque et exubérante. Pour ma part j’ai eu un faible pour le personnage de M. Dupré, qui deviendra en quelque sorte le bras armé de Madeleine. Je ne peux pas tous les citer mais je m’en voudrais de ne pas mentionner Léonce et son amant Robert ou encore Vladi, la nurse polonaise de Paul…

Au risque de me répéter (tant pis, j’assume), la plume de Pierre Lemaitre vous mettra du baume au coeur tant elle est agréable à lire, riche tout en restant parfaitement fluide et naturelle, tout amoureux de la langue française succombera inévitablement aux charmes narratifs de l’auteur.

Il est des livres très « visuels », au cours de la lecture on visualise littéralement l’action, comme si on regardait un film. Avec ce cycle de l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaitre nous propose des livres « audiovisuels », non seulement on visualise l’action, mais en plus on la vit comme si l’auteur nous la racontait en personne.

Les thèmes abordés dans le roman sont graves, non seulement à cause du contexte (la seconde partie du récit se déroule à partir de 1933, Hitler est tout juste élu Chancelier du Reich, mais on devine rapidement les ravages de la propagande nazie), mais aussi du fait même de l’intrigue. Tout en restant sérieux dans son traitement, Pierre Lemaitre n’hésite pas à apporter çà et là quelques touches de légèreté et d’humour.

Il me tarde de découvrir l’ultime opus de cette trilogie. L’auteur se veut rassurant pour ceux et celles qui, comme moi, trépignent déjà d’impatience, il nous assure que cet ultime opus sera publié dans 18 mois (soit à la mi 2020).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – Depuis L’Au-Delà

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B. Werber - Depuis l'au-delà

Titre : Depuis L’Au-Delà
Auteur : Bernard Werber
Editeur : Albin Michel
Parution : 2017
Origine : France
448 pages

De quoi ça cause ?

Pour Gabriel Wells, un écrivain à succès, cette nouvelle journée s’annonce plutôt bien ; jusqu’à ce qu’une médium, Lucy Filipini, rencontrée par hasard chez son médecin, lui annonce qu’il est mort.

Gabriel découvre rapidement qu’il a été assassiné, il parvient difficilement à convaincre Lucy de l’aider à identifier son meurtrier…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, mais si sa production est inégale en terme de qualité, je n’ai jamais été réellement déçu par ses bouquins.

Qui plus est le pitch me paraissait prometteur…

Ma chronique

Avec son précédent roman, Demain Les Chats, j’ai trouvé que Bernard Werber s’était contenté du minimum syndical (tout en proposant une histoire bien ficelée), j’espérais donc beaucoup de ce nouvel opus. Et je n’ai pas été déçu !

J’ai bien aimé l’idée de cette enquête menée à la fois dans le monde des vivants et dans celui des morts (plus particulièrement celui des âmes errantes, ces morts qui refusent d’être réincarnés). Pour être exact, je devrais plutôt parler d’enquêtes au pluriel, pour convaincre Lucy de l’aider, Gabriel s’engage à lui rendre à son tour un précieux service.

Gabriel étant un écrivain de science-fiction et de romans policiers, l’auteur en profite pour pointer du doigt (en stigmatisant à l’extrême j’espère) l’opposition entre les auteurs de la « grande » littérature autoproclamée et ceux de la littérature de l’imaginaire. Comme ces prétendus « grands » auteurs sont aussi, bien souvent, critiques littéraires, on peut douter de la qualité de l’impartialité de leur jugement quand ils parlent de la littérature de l’imaginaire.

Les lecteurs assidus de Bernard Werber retrouveront avec plaisir un récit entrecoupé par des articles issus de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu d’Edmond Wells. Compte tenu des thèmes abordés dans le roman, bon nombre de ces articles sont en lien avec le spiritisme et la mort, mais aussi avec le monde du livre et de divers autres sujets en lien avec l’intrigue.

Globalement j’apprécie ces apartés didactiques, mais là je dois reconnaître qu’ils étaient un peu trop présents dans la dernière partie du roman, ça cassait un peu le rythme (à des moments cruciaux de l’intrigue qui plus est). Un petit bémol donc sur ce point.

Bernard Werber soigne son duo de choc, difficile de ne pas s’attacher à Gabriel et Lucy. Les personnages secondaires ne sont pas laissés en plan, qu’ils nous soient sympathiques ou antipathiques. Il faut dire aussi que, du côté des âmes errantes, Gabriel croisera du beau monde ; un auteur cher à une certaine Belette Cannibale Belge d’origine certifiée viendra même prêter main-forte à notre héros au cours de son enquête.

Si j’ai été surpris pas la conclusion de l’enquête sur la mort de Gabriel (j’étais parti sur une tout autre piste), j’ai trouvé la partie consacrée à Samy Daoudi très prévisible. Il n’en reste pas moins que l’ensemble du récit est très bien ficelé.

Ceux qui connaissent l’oeuvre de Bernard Werber, ne manqueront pas de trouver quelques similitudes entre Gabriel et lui même. Je vous laisse le plaisir de découvrir ces références en forme de caméos.

L’intrigue devient rapidement addictive, du coup on a bien du mal à lâcher le bouquin ; la « griffe Werber » y est pour beaucoup. Une écriture à la fois riche et abordable qui assure une grande fluidité dans la lecture du bouquin.

Du Werber 100% werberien mais qui tendrait à se situer sur le haut du panier.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – L’Appel Du Néant

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M. Chattam - L'appel du néant

Titre : L’Appel Du Néant
Série : Ludivine Vancker – Tome 3
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2017
Origine : France
516 pages

De quoi ça cause ?

Pour Ludivine Vancker, lieutenant à la SR de Paris, les choses pourraient difficilement être pire. Elle reprend connaissance dans une petite cellule souterraine, poignets et chevilles entravées par des liens serflex. Pour elle il ne fait aucun doute qu’elle est à son tour victime d’un tueur que son équipe, appuyée par la DGSI, traque depuis plusieurs semaines…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam, une valeur sûre du thriller français, mais pas que…

C’est aussi l’occasion de retrouver Ludivine Vancker et l’équipe de la SR Paris ; après un premier tome mitigé (La Conjuration Primitive) et un second nettement plus abouti (La Patience Du Diable), j’étais curieux de découvrir cette troisième enquête.

Ma chronique

Maxime Chattam est un auteur qui n’hésite pas à sortir de sa zone de confort, avec ce roman il confirme une fois de plus cette audace littéraire. Ce qui démarre comme un thriller relativement classique (un mort, une enquête, un autre mort…), débouche au final sur un technothriller (la DGSI dispose de moyens de surveillance électronique autrement plus évolués que ceux de la gendarmerie) visant à déjouer un complot terroriste d’envergure.

Avant d’aller plus avant dans cette chronique, je souhaiterai pousser une gueulante contre ceux et celles qui reprochent à Maxime Chattam d’avoir choisi la facilité en ciblant le terrorisme islamiste. Enlevez vos œillères et débouchez vous les esgourdes, aujourd’hui encore le terrorisme islamiste est une menace bien réelle, sans doute même la plus réelle qui soit (sinon la seule) et pas que pour la France. Donc non, choisir la piste de terrorisme islamiste n’est pas une facilité, c’est simplement accepter la réalité plutôt que de vivre dans le déni.

S’aventurant sur un terrain nouveau, l’auteur, fidèle à ses habitudes s’est documenté à fond sur le sujet. Et ça sent dans son roman, les habitués du genre ne seront sans doute pas rebutés par les nombreux aspects techniques abordés dans le bouquin, mais je peux comprendre que pour les autres ça représente un paquet d’information à intégrer. D’un autre côté ça contribue aussi à placer le lecteur dans la peau de Ludivine, qui est, elle aussi, novice en matière de lutte antiterroriste.

Maxime Chattam ne nous laisse guère le temps de souffler entre deux revirements de situation, un rythme qui va crescendo, surtout dans les derniers chapitres (le palpitant et l’adrénaline sont à leur niveau maximum). Même si au final cet Appel Du Néant est moins glauque et plus manichéen que ce à quoi l’auteur nous avait habitué. Après avoir lu les remerciements (ne surtout pas les lire avant d’avoir fini le bouquin) on comprend mieux le pourquoi du comment de ce choix, et finalement on ne peut qu’y adhérer.

J’ai apprécié de retrouver les équipes de la SR Paris, surtout après trois ans d’absence. On découvre une Ludivine plus apaisée, toujours aussi professionnelle, mais moins renfermée, plus ouverte à la vie et aux autres.

Le personnage de Marc Tallec, l’agent de la DGSI qui va participer à l’enquête de la SR, est un apport intéressant. Non seulement il donne à l’enquête une autre dimension (en faisant bénéficier la SR des moyens de la DGSI), mais aussi de par sa relation avec Ludivine (on voit venir le résultat comme le nez au milieu de la figure).

Et puis il y a le mystérieux « Djinn » (pas comme le célèbre futal, mais plutôt comme la créature du folklore moyen oriental), un surnom qui sied à merveille au personnage. Dès sa première apparition, on devine qu’il va jouer un rôle phare dans l’intrigue, mais de l’autre côté de la barrière.

Comme à chaque fois que l’auteur s’aventure hors de sa zone de confort (le thriller pur et dur), il y a ceux qui le suivent en totale confiance, et ceux qui se sentent trahis. Une fois de plus je fais partie du premier groupe, et une fois de plus je n’ai pas regretté mon choix.

Je reconnais volontiers que le roman n’est pas exempt de défauts, notamment par de nombreux aspects trop prévisibles (à se demander même comment les enquêteurs ont pu se laisser berner), mais je le referme avec une impression plutôt bonne. Ce n’est pas le meilleur de Maxime Chattam, il aurait sans doute pu être plus abouti, mais globalement le contrat est rempli.

Si vous vous demandez d’où vient ce titre, vous aurez l’explication à la fin du roman, avec une analogie plutôt bien trouvée.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Eric-Emmanuel Schmitt – La Vengeance Du Pardon

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E.E. Schmitt - La vengeance du pardon

Titre : La Vengeance Du Pardon
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Editeur : Albin Michel
Parution : 2017
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Quatrième de couverture :

Quatre destins, quatre histoires où Eric-Emmanuel Schmitt, avec un redoutable sens du suspens psychologique, explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences.
Comment retrouver notre part d’humanité quand la vie nous a entraîné dans l’envie, la perversion, l’indifférence et le crime ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour les mêmes raisons qui m’ont poussé à choisir le roman d’Amélie Nothomb avant lui :
– L’envie de me plonger dans cette rentrée littéraire en sortant de ma zone de confort, en privilégiant à la fois la littérature générale, mais aussi la littérature française.
– Parce que j’ai lu un précédent roman d’Eric-Emmanuel Schmitt (Oscar Et La Dame Rose) et qu’il m’avait fait forte impression à l’époque.

Ma chronique

Avec ce bouquin j’aurai tendance à dire que je sors doublement de ma zone de confort, non seulement on est bien loin du genre polar / thriller, mais en plus c’est un recueil de nouvelles (un genre que je n’affectionne pas particulièrement). Et pourtant, force est de reconnaître que je ne regrette pas ce double écart.

Quatre récits de longueur variable qui ont comme point commun le pardon, abordé dans différents contextes et pas toujours dans le sens noble du terme. Autant dire que les relations humaines sont au coeur de chacun de ces récits.
Ici le pardon et son contraire se joueront tour à tour dans le cercle familial (Les Soeurs Barbarin et Madame Butterfly), entre une mère et l’homme qui a assassiné sa fille (La Vengeance Du Pardon), ou encore entre un vieil homme, une petite fille, Le Petit Prince et le poids du passé (Dessine-Moi Un Avion).

Quatre histoires qui seront magistralement sublimées par l’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt. Avec un tel talent, pas besoin d’en faire des tonnes pour nous communiquer des émotions. Du coup ça nous fait un ensemble plutôt cohérent et très agréable à lire.

Dès les premières lignes de chacun de ces récits, on entre en totale immersion dans leur contexte et en osmose avec les personnages.

Si j’ai trouvé le final des trois premières nouvelles franchement prévisible, ça ne m’a pour autant gâché le plaisir de la lecture. Et puis je reconnais volontiers que j’ai été totalement pris de court par la fin de la dernière.

Comme pour confirmer ce que je viens d’énoncer, cette dernière nouvelle n’est pas ma préférée. Même si elle n’en demeure pas moins bien écrite et agréable à lire, c’est celle que j’aie le moins appréciée. Mon coup de coeur va sans hésitation à La Vengeance Du Pardon, la seconde place de mon podium personnel étant occupée par Les Soeurs Barbarin.

J’ai pris beaucoup de plaisir avec cette double escapade sur les sentiers de la littérature générale, mais il est temps pour moi de rejoindre la face obscure des thrillers. Le cinquième tome de la saga Millénium me réclame !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Amélie Nothomb – Frappe-Toi Le Coeur

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A. Nothomb - Frappe-toi le coeur

Titre : Frappe-Toi Le Coeur
Auteur : Amélie Nothomb
Editeur : Albin Michel
Parution : 2017
Origine : France
180 pages

De quoi ça cause ?

1971. Marie, 19 ans, est la plus jolie fille de la ville, elle le sait et se régale de la jalousie qu’elle suscite chez les autres filles de son âge. C’est d’ailleurs ce qui la pousse à sortir avec Olivier, le plus beau garçon de la ville, qui s’empresse de répondre à ses avances. Marie pensait avoir toute la vie devant elle, elle se trompait…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour me mettre dans le bain de la rentrée littéraire 2017 en sortant de ma zone de confort.
Parce que j’ai lu un Amélie Nothomb (Les Catilinaires) il y a fort fort fort longtemps et que, bien qu’ayant apprécié le bouquin, je n’ai jamais renouvelé l’expérience.

Ma chronique

En lisant mon pitch il serait tentant de penser que le personnage central du roman est Marie, mais il n’en est rien (même si elle occupe un rôle clé dans l’histoire). Disons qu’il est difficile de proposer un synopsis qui n’en révèle pas trop sur le contenu du roman.

J’aurais aussi pu faire un simple copier-coller de la quatrième de couverture : « Frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie » Alfred de Musset.

Moins de 200 pages, soit à peine deux heures de lecture, ça peut sembler court pour faire passer des émotions, mais Amélie Nothomb parvient dès les premières lignes à toucher le lecteur en plein coeur et surtout elle maintiendra la même intensité émotionnelle jusqu’au dernier mot du roman.

La plume de l’auteur s’avère non seulement d’une redoutable efficacité, mais c’est aussi que du bonheur à lire. Sans fioritures, ni chichis, elle va à l’essentiel pour vous frapper le coeur, vous régaler les neurones et faire briller vos yeux.

Un roman dominé par de fortes personnalités féminines (par ordre d’apparition : Marie, Diane, Elisabeth et Olivia) qui aborde des thèmes forts, tels les relations mères-filles, l’amour, l’amitié, la jalousie… Court, mais intense, quitte à me répéter.

Vous suivrez ces femmes au fil des ans, de 1970 à 2007, sans jamais quitter cette ville de province. Et les hommes, vous demanderez-vous peut-être ? Grosso modo il n’y en a qu’un, Olivier. Les autres font plus ou moins office de figurants.

J’ai toujours plus de difficultés à rédiger mes chroniques quand je dois parler de romans courts. Plus encore avec celui-ci tant je ne veux surtout pas trop en dire afin de laisser aux futurs lecteurs le plaisir de la découverte. Il est des romans pour lesquels cette préoccupation est essentielle, Frappe-toi le coeur est indubitablement de ceux-ci.

Je terminerai donc en citant ces quelques vers d’Alfred de Musset :

« Ah ! frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie.
C’est là qu’est la pitié, la souffrance et l’amour ;
C’est là qu’est le rocher du désert de la vie. »

MON VERDICT

[BOUQUINS] Justin Cronin – La Cité Des Miroirs

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J. Cronin - La Cité des Miroirs
Titre : La Cité Des Miroirs
Auteur : Justin Cronin
Editeur : Robert Laffont
Parution : 2017
Origine : USA (2016)
816 pages

De quoi ça cause ?

Les Douze et leurs multitudes ont été vaincus, l’humanité peut commencer à se reconstruire. Mais le prix à payer a été fort, le sacrifice d’Amy ne fait aucun doute pour les survivants. Mais la menace virule n’est pas complètement éradiquée, dans l’ombre de sa tanière, le Zéro attend son heure. L’heure de se venger du genre humain…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite et fin de la trilogie Le Passage. Trilogie que de nombreux adeptes de la littérature post apocalyptique mettent sur le même piédestal que Le Fléau de Stephen King ! Excusez du peu…
Pour ceux qui, comme moi, ont lu les précédents tomes au moment de leur parution (respectivement en 2011 et 2013), il aura fallu patienter 4 ans avant de découvrir la conclusion de la saga.

Ma chronique

Quatre ans c’est long. C’est aussi beaucoup de bouquins lus et chroniqués, largement de quoi oublier des pans entiers de l’histoire. Justin Cronin a le bon goût de commencer son roman par un prologue qui nous rappelle les grandes lignes de l’intrigue développée dans les deux précédents romans.

Difficile toutefois de reprocher cette longue attente à Justin Cronin quand on sait que, quelques semaines avant son cinquantième anniversaire, il a appris qu’il avait un cancer. Forcément l’écriture est passée en second plan, l’auteur préférant mobiliser ses forces pour lutter contre la maladie… et vaincre ce foutu cancer !

L’histoire commence trois ans après l’anéantissement des Douze, trois années sans attaque de viruls. On retrouve des personnages connus dans des situations nouvelles. Justin Cronin prend son temps pour poser les éléments de son intrigue. C’est calme, très calme… mais jamais ennuyeux. Le calme avant la tempête ?

Tempête plus ou moins annoncée à la fin de la première partie. Mais il faudra patienter, car la seconde partie nous fait faire un bond en arrière, dans le monde d’avant V. Timothy Flanning, plus connu comme étant le Zéro, nous raconte son histoire. On pourrait alors craindre quelques longueurs, mais il n’en est rien, l’apport d’une dimension humaine à l’ennemi de l’humanité est un vrai plus.

Puis la troisième partie nous transporte 20 ans après les événements décrits dans la première partie. Les personnages ont vieilli, mais sont toujours alertes, d’autant que la relève est assurée par leurs enfants devenus adultes. C’est là que les choses sérieuses vont pouvoir commencer…

L’auteur prend son temps pour planter le décor, tout comme le Zéro a pris le sien pour placer ses pièces sur l’échiquier afin d’optimiser ses chances de remporter cette ultime partie. Quand la tempête annoncée se déchaîne, c’est avec une brutalité implacable et mortelle qu’elle s’abat sur la nouvelle république du Texas. A partir de cet instant, Justin Cronin ne vous lâchera plus, et vous aurez bien du mal à lâcher son roman. Attendez vous à de brusques poussées d’adrénaline…

C’est volontairement que je n’en dirai pas davantage sur les personnages et l’intrigue, il serait vraiment dommage de vous priver du plaisir de la découverte.
On espérait du lourd pour clore cette trilogie, un final en apothéose. Et c’est exactement ce que Justin Cronin nous offre, un bouquet final magistral, brillant, efficace, percutant… les superlatifs me manquent pour exprimer mon enthousiasme.

Avec Le Passage et Les Douze on savait d’ores et déjà que cette trilogie pourrait rivaliser avec les plus grands de la littérature post apocalyptique, La Cité Des Miroirs le confirme et la place même sur les plus hautes marches du podium. Outre Le Fléau du King, je citerai aussi la trilogie La Lignée de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan, juste pour vous situer le niveau. Un must read pour tous les amateurs du genre… et les autres aussi !

Et dire que tout est parti d’une demande de la fille de l’auteur, il y a dix ans de ça, elle voulait simplement que son père écrive l’histoire « d’une fille qui sauve le monde« . Et bin voilà qui est chose faite, avec pas loin de 3000 pages au compteur la gamine a quelques nuits blanches à prévoir…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Selfies

J. Adler-Olsen - Selfies« Oh mon Dieu, Oh mon Dieu, je suis en retard ! » pourrais-je sans mentir affirmer en paraphrasant un célèbre lapin blanc (cf Alice Au Pays Des Merveilles), sauf que pour ma part il ne s’agit pas d’un quelconque rendez-vous imaginaire, mais de la lutte inégale qui m’oppose à mon Stock à Lire Numérique. De nombreux auteurs et romans font les frais de ce retard, ce qui explique pourquoi j’ai attendu trois longs mois avant de me lancer dans le septième opus du Département V de Jussi Adler-Olsen, Selfies.
Alors que le Département V est menacé de fermeture pour d’obscures raisons statistiques et budgétaires (raisons que Carl Morck conteste vertement), le comportement de Rose est de plus en plus chaotique et imprévisible. Carl et Assad vont donc devoir enquêter seuls sur un possible lien entre un crime commis douze ans plus tôt et un crime survenu il y a trois semaines et encore en cours d’investigation…
Le tome précédent, Promesse, ne m’avait pas totalement convaincu, j’attendais donc beaucoup de cette septième enquête du Département V. Le résultat fut-il à la hauteur de mes attentes ? La réponse est malheureusement non, sans la moindre hésitation.
Je ne dis pas que le roman est nul, loin s’en faut ; c’est même un bon polar, efficace et parfaitement maîtrisé, mais je ne retrouve pas l’éclat qui faisait des cinq premières enquêtes de véritables coups de coeur.
Il faut bien reconnaître que l’enquête sur laquelle planche le Département V manque cruellement de profondeur par rapport aux précédentes. Sans doute aussi parce que Carl, Assad et Gordon passent beaucoup (trop ?) de temps à enquêter sur le passé de Rose afin de comprendre les raisons de son pétage de plombs.
Ah Rose, cette chère Rose ! On peut dire que plus d’une fois, dans les tomes précédents, j’ai eu envie de lui coller des claques face à ses sautes d’humeur imprévisibles. Il faudra attendre le sixième opus pour avoir un début de réponse permettant d’expliquer le pourquoi du comment de son comportement pour le moins imprévisible, de fait elle était remontée d’un cran dans mon estime. Mais ce n’était que la partie visible de l’iceberg, dans ce tome nous découvrons ce qu’elle a dû subir dans son enfance et sa jeunesse. Et surtout nous plonger au coeur même de l’esprit tourmenté de Rose. Je ne dirai rien de plus mais sachez que j’ai revu mon jugement la concernant, j’en suis même venu à me faire du souci pour elle.
Mais voilà, à force de centrer l’essentiel du roman sur le cas d’un seul personnage les autres en pâtissent forcément un peu (beaucoup ?). A commencer par l’enquête sur l’affaire du pistolet à clous qui est totalement oubliée alors que les choses tendaient à se décanter. J’ai trouvé Carl nettement moins cynique que par le passé, même s’il a encore le don de taper sur les nerfs de sa hiérarchie. Quant à Assad, il a miraculeusement fait des progrès en danois (même si parfois il y a quelques ratés) sans que l’on sache le pourquoi du comment de la chose.
Parallèlement à l’enquête du Département V, une assistante sociale se lance dans une croisade contre les parasites sociaux, déterminée à les éliminer une bonne fois pour toutes. Le lien entre les deux affaires apparaît rapidement aussi visible que le nez au milieu de la figure, mais ça ne suffit pas à donner au roman un second souffle qui lui aurait fait le plus grand bien.
Avant de poursuivre permettez-moi de m’étendre sur cette notion de parasite social. Ne sont pas visés les honnêtes gens qui bénéficient d’aides sociales et se démènent pour essayer d’améliorer leur sort. En l’occurrence il s’agit de nanas superficielles qui usent et abusent des aides sociales pour se pomponner, acheter des fringues et autres conneries du genre… sans faire le moindre effort en vue de réintégrer le système. Dans le cas du présent roman, je dois avouer que plus d’une fois j’ai eu des envies de meurtres concernant les trois greluches visées par Anne-Line Svendsen (l’assistance sociale psychopathe) ; je n’irai pas jusqu’à lui donner raison, mais il s’en faut de peu…
Un septième tome en demi-teinte (comme le précédent) mais cela ne m’empêchera pas d’être fidèle au poste pour les suivants. D’une part parce que ça reste tout de même du polar haut de gamme, et d’autre part parce que l’équipe du Département V fait pleinement partie de ma famille littéraire, du coup je ne compte pas les abandonner avant d’avoir le fin mot de l’histoire.

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[BOUQUINS] Jay Asher – 13 Reasons Why (Treize Raisons)

J. Asher - 13 reasons whyC’est un peu par hasard que le bouquin 13 Reasons Why de Jay Asher est arrivé entre mes mains, la série TV du même nom titillait ma curiosité depuis déjà quelques temps, quand j’ai appris qu’à la base il s’agissait d’un roman j’ai opté pour la lecture avant un éventuel visionnage.
En rentrant des cours Clay Jensen, un lycéen, découvre un paquet à son nom, mais sans informations sur l’expéditeur. A l’intérieur, sept cassettes audio dont les faces sont numérotées de 1 à 13 (la face B de la dernière cassette est vierge). Quand il lance la première cassette, il est surpris d’entendre la voix d’Hannah Baker, une lycéenne qui s’est récemment suicidée. La consigne est simple, écouter les cassettes et les envoyer à la personne suivante, faute de quoi les enregistrements seront rendus publics. Sur chaque enregistrement, Hannah désigne une personne et explique en quoi celle-ci est en partie responsable de son geste…
Publié en 2007 aux Etats-Unis, le roman devra attendre 2010 pour être disponible en français sous le titre 13 Raisons, cette version rebaptisée du même nom que la série TV est une réédition de 2017 visant uniquement à surfer sur le succès de la série.
Viser un public ado (n’y voyez rien de péjoratif, c’est l’auteur lui-même qui le revendique) avec un roman ayant pour thème central le suicide des jeunes (une bien triste réalité, inutile de vouloir se voiler la face) est un choix audacieux. De quoi leur filer le bourdon, d’autant plus que l’on sait pertinemment, dès les premières pages, que Hannah va aller jusqu’au bout de son geste… et ne va pas se rater.
Le récit alterne entre le témoignage audio de Hannah et les réactions de Clay, et la grande question qui ne cessera de le turlupiner (et nous aussi au passage) : pourquoi est-il sur cette liste ? Patience… la réponse viendra en temps et en heure.
Le risque avec ce genre de récit est principalement de sombrer dans un excès de pathos, l’idée n’est pas de pousser le lecteur à se jeter sous les roues d’un camion-citerne avant d’avoir refermé le bouquin (ni même après). Jay Asher a évité cet écueil en adoptant le ton juste dans sa narration, certes la lecture n’est pas un franc moment de rigolade (outre le suicide, l’auteur évoque aussi le viol et le harcèlement en milieu scolaire), elle saura vous toucher sans pour autant vous faire broyer du noir.
Bien que n’étant plus ado depuis fort fort fort longtemps j’ai beaucoup aimé ce roman, nul doute que si je l’avais commencé pendant mes congés je l’aurai dévoré d’une traite, mais bon deux jours pour le lire ce n’est déjà pas si mal comme délai.
Imaginez-vous à la place de ce brave Clay, une personne que vous connaissez (sans vraiment la connaître) se suicide et vous envoie des enregistrements dans lesquels elle désigne ceux et celles qui l’ont poussé à commettre l’irréparable… et vous faites partie de ces personnes ! Non seulement vous découvrez la souffrance de la victime, mais vous connaissez désormais ceux qui en sont responsables et pourquoi. Ca ne doit pas être simple de continuer à les regarder sans un certain ressentiment et une pointe de culpabilité.
Prise isolément certaines de ces « raisons » peuvent paraître futiles ou anodines, au pire une mauvaise plaisanterie ; mais ce serait faire abstraction de l’effet boule de neige. Ces petits riens du tout mis bout à bout finissent par faire un grand quelque chose.
Une lecture qui m’a donné envie de découvrir la série TV si l’occasion se présente, mais il y a quand même un truc qui me laisse perplexe à propos de la série : pourquoi une deuxième saison ? D’après ce que j’ai lu la saison une se termine sur la dernière cassette, je ne vois pas bien l’intérêt de proposer une suite… à part bien entendu l’appât du gain !

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[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – Le Retour De Jules

D. Van Cauwelaert - Le retour de JulesChangement de registre au menu du jour, avec Le Retour De Jules de Didier Van Cauwelaert ; vous l’aurez deviné, il s’agit bien entendu de la suite de Jules. Une escapade bienvenue loin de la folie des hommes exposée dans les thrillers.
RIen ne va plus pour Jules. Zibal et Alice, ses maîtres, se sont séparés, le petit garçon épileptique sur lequel il veillait est guéri et, cerise sur le gâteau, le voilà menacé d’euthanasie pour comportement dangereux. Ils sont fous ces humains ! Zibal, Alice et Fred vont tout faire pour le tirer d’affaire, ils pourront heureusement compter sur de précieux soutiens… mais pas sur la collaboration de Jules, qui semble plus que jamais déterminé à n’en faire qu’à sa tête !
Avant d’entrer dans le vif du sujet je me permets un petit aparté concernant la couv’ du bouquin, et ceci s’applique aussi au premier opus : Jules est un labrador couleur sable, une race et une couleur de robe on ne peut plus courantes vous en conviendrez ; alors, fichtre diantre, pourquoi nous coller un braque de Weimar sur les couvertures ??? Ceci dit dans le présent roman on a bien un (ou plutôt une) braque qui tiendra compagnie (et plus si affinités) à notre brave Jules.
Ceux et celles qui ont lu Jules seront sans aucun doute ravis de le retrouver, mais est-ce pour autant qu’une suite s’imposait ? Je ne trancherai pas la question de façon binaire (oui/non) mais plutôt à la sauce normande : oui et non. Cette suite ne s’imposait pas, mais elle n’est pas non plus une aberration. Vous voilà bien avancés, n’est-il point ?
On prend bien évidemment un réel plaisir à retrouver Jules, Alice, Zibal et d’autres personnages déjà croisés dans le roman précédent (dont bien entendu l’incontournable Fred) ; on fait connaissance avec de nouveaux venus (notamment Marjorie et sa chienne, Victoire) avec le même plaisir.
De même que l’on suit l’intrigue sans vraiment se poser de question sur la vraisemblance (ou plus exactement l’invraisemblance) de certaines situations, en se simplement laissant guider sur les chemins (parfois tortueux) que l’auteur défriche pour nous.
MAIS… bin oui sinon ça ne serait pas marrant. Malgré quelques trouvailles sympathiques, l’ensemble manque cruellement de pep’s contrairement à son aîné. Plus d’une fois on a l’impression que les personnages sonnent creux, qu’ils ne font qu’office de faire-valoir au périple des chiens.
Dire que je me suis ennuyé en lisant ce bouquin serait mentir, je me le suis fait d’une traite en une demi-journée (bon OK, il ne fait que 176 pages dans sa version papier) ! J’ai apprécié cette lecture sans toutefois ressentir les émotions et l’énergie qui ont su faire vibrer les bonnes cordes alors que je lisais Jules. Un retour réussi, mais en demi-teinte.
Didier Van Cauwelaert en profite toutefois pour rendre un vibrant hommage à ces chiens qui aident les humains, qu’il s’agisse d’assistance aux épileptiques ou de lutte antiterroriste. Une bonne raison de plus pour s’offrir ce roman.

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