[BOUQUINS] Gabino Iglesias – Santa Muerte

AU MENU DU JOUR

G. Iglesias - Santa Muerte
Titre : Santa Muerte
Auteur : Gabino Iglesias
Éditeur : Sonatine
Parution : États-Unis (2015)
Origine : 2020
192 pages

De quoi ça cause ?

Fernando est un clandestin mexicain arrivé à Austin pour fuir les réprésailles d’un cartel. Il travaille pour Guillermo, un caïd local, officiellement en tant que videur, officieusement c’est en tant que dealer qu’il officie.

Un job plutôt peinard jusqu’à ce qu’il soit enlevé par des membres de la Salvatrucha, un gang rival. Indio, le chef du gang, oblige Fernando à assister à la décapitation au couteau d’un pote avec qui il bossait régulièrement.

Fernando est épargné mais doit passer un message sans équivoque à Guillermo : désormais les rues appartiennent à la Salvatrucha.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, et pis c’est tout. Enfin presque… la couv’ et le pitch m’ont tout de suite attiré, impossible dan ces conditions de résister à la tentation.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec ce roman, Gabino Iglesias invente un nouveau genre littéraire : le barrio noir. Kézaco me demanderez-vous ? L’auteur le définit comme un roman noir dans lequel la violence est omniprésente mais dont l’intrigue doit aussi être fortement empreinte du multiculturalisme et du bilinguisme propre à l’exil. Ultime condition, et non des moindres, le récit doit intégrer une dimension mystique non négligeable, quitte à flirter avec le fantastique.

Voilà le cocktail détonant que vous aurez entre les mains en ouvrant Santa Muerte. Le multiculturalisme étant parfaitement représenté par le personnage principal, Fernando, un antihéros par excellence partagé entre les traditions de ses origines mexicaines et sa vie actuelle aux USA.

L’auteur opte pour un récit à la première personne afin de nous plonger au cœur de l’action dans la peau de Fernando. Bien que le gars soit un dealer notable, il est difficile de ne pas éprouver une certaine sympathie pour ce héros un peu dépassé par l’ampleur des événements, mais décidé à faire face au mieux, sans se dégonfler.

Un roman court mais intense au niveau de l’action. Gabino Iglesiais ne vous laissera guère le temps de reprendre votre souffle entre deux poussées d’adrénaline. Le rythme est assuré par des chapitres courts, une écriture sans fioritures et très visuelle. Après tout, nul besoin de prendre des gants quand on veut en foutre plein la tronche à son interlocuteur (le lecteur en l’occurrence).

Et c’est exactement ce que fait Gabino Iglesias avec Santa Muerte. Le bouquin se dévore d’une traite (pas en apnée, mais presque), vous le refermerez à bout de souffle, à la limite du KO technique.

Je pourrai modérer mon enthousiasme en vous disant que j’ai trouvé le bouquin un peu court ; et c’est vrai que j’aurai aimé prolonger l’expérience, mais tout est dit et bien dit, il n’y aurait pas grand chose (sinon rien) à ajouter.

En voulant faire un rapprochement cinématographique j’aurai été tenté de citer instinctivement Quentin Tarantino en pensant au film Reservoir Dogs, mais à la réflexion, le choix de son complice, Robert Rodriguez avec le film Desperado me semble bien plus adapté à l’esprit du roman.

Bref tout ça pour vous dire que ça dépote grave dans ce bouquin mais sans trop se prendre au sérieux. Les morts brutales seront légion au court de ces quelques pages, mais l’intrigue a un côté tellement barré qu’on ne peut la prendre pour argent comptant (un peu à la façon d’un Bourbon Kid).

Derrière cette débauche de violence se cache aussi une réflexion plus profonde sur l’envers du décor du fameux rêve américain pour tous les immigrés qui viennent tenter leur chance de l’autre côté de la frontière :

Quand tu traverses la frontière, tu laisses de côté une grande partie de ton identité et tu deviens quelque chose de différent, un spectre de chair composé de souvenirs brisés. Tu abandonnes ta famille, tes amis, ta langue et les rues que tu connais pour te retrouver dans un pays dont tu n’es pas citoyen, où tu n’as aucun droit, et où tu dois te terrer comme un rat par peur d’être découvert. Alors tu changes. Tu te transformes. Tu deviens autre chose. (…) Tu fais tout ce qui est en ton pouvoir pour devenir un gringo, pour t’intégrer, pour devenir aussi invisible que les fissures sur le trottoir. Ta démarche est hésitante, parce que tout est mystérieux, nouveau et effrayant, et que tu ne te sens jamais le bienvenu.
Quand tu traverses la frontière, celle-ci conserve une partie de toi. Elle te coupe jusqu’à l’os, t’empêchant de cicatriser. Elle perfore des endroits qu’aucune lame ni aucune balle ne peut atteindre et elle te mutile d’une manière que tu ne peux pas comprendre.
Traverser la frontière te bousille d’une manière que tu ne pouvais pas imaginer.

Je ne vous livre qu’un court extrait du chapitre 6 qui décrit de façon aussi abrupte que poignante ce que peuvent ressentir ces gens (sans non plus vouloir stigmatiser). N’en déplaise à Donald le nuisible !

Petite précision (histoire de finir sur une note plus optimiste) si besoin est, à ma connaissance Gabino Iglesias n’a aucun lien de parenté avec Julio, le crooner hispanique plus très frais. Je n’ai pas changé… Et toi non plus tu n’as pas changé…

Gabino Iglesias a publié un second roman, toujours fidèle à l’esprit du barrio noir, inutile de vous dire qu’il me tarde de le découvrir en français…

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Christian Blanchard – Angkar

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Titre : Angkar
Auteur : Christian Blanchard
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Champey élève seule sa fille de six ans, Mau. Elle a préféré faire croire à son enfant que son père était mort plutôt que de lui révéler quelle ignoble pourriture est son géniteur.

Face à des cauchemars récurrents, Champey décide de se rendre au Cambodge afin de remonter les traces de ses origines et de ses parents. Un pays qu’elle a quitté alors qu’elle était encore bébé, à une époque où les cambodgiens subissaient le joug de la folie destructrice des Khmers rouges de Pol Pot.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Christian Blanchard, ses trois précédents romans figurent d’ailleurs dans mon Stock à Lire Numérique mais jusqu’à aujourd’hui j’avais toujours raté le coche. Avec son dernier titre en date, je vais enfin pouvoir assouvir ma curiosité…

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Peut-être vous demandez-vous, comme c’était mon cas avant de lire ce roman, ce qui peut se cacher derrière ce titre « Angkar ». La lecture du bouquin, agrémentée de quelques recherches, m’ont permis de découvrir que c’était un véritable fourre-tout (benne à ordures serait plus adapté au vu du contenu de la chose). Il désigne en effet aussi bien le parti révolutionnaire Khmer que la doctrine du parti en question, et accessoirement peut même englober ses « cadres ».

Vous l’aurez compris, pour construire (partiellement) son intrigue Christian Blanchard va puiser son inspiration dans les heures sombres de l’Histoire contemporaine en plongeant le lecteur dans le Cambodge des Khmers rouges et tout particulièrement dans les rouages destructeurs d’un camp de rééducation.

Autant vous le dire d’entrée de jeu les origines de Champey et la paternité de Mau sautent aux yeux du lecteur comme une évidence avant même que l’auteur ne lève le voile sur la question. Toutefois cela n’empêche nullement le lecteur d’apprécier pleinement le déroulé de l’intrigue.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Champey, notamment dans sa dualité. D’un côté elle cherche à découvrir le secret de ses origines pour se protéger (se débarrasser de cauchemars récurrents qui l’épuisent inexorablement), de l’autre elle persiste à cacher à sa fille l’identité de son père, préférant lui inventer de toutes pièces un père idéal, un choix qu’elle justifie par le besoin de protéger son enfant.

Cette quête identitaire va être brutalement interrompue dans la seconde partie du roman pour faire place à une trame plus classique (ce qui ne l’empêche nullement d’être monstrueusement perverse) sur fond de vengeance. La tension monte de plusieurs crans en l’espace de quelques pages, pour ne plus retomber jusqu’au dénouement de cette partie de l’intrigue.

Si Christian Blanchard sait y faire pour rentre certains de ses personnages sympathiques, il est tout aussi habile quand il s’agit de nous en faire mépriser d’autres, la palme en la matière revenant incontestablement à Gilles Kerlat.

L’intrigue s’articule autour d’un juste équilibre entre les aspects psychologiques et l’action pure et dure. Selon les besoins de son récit, l’auteur jonglera avec ces deux leviers, privilégiant parfois la psychologie et les émotions, d’autres fois c’est l’action et l’adrénaline qui primeront.

C’est le premier roman de Christian Blanchard que je lis, je n’ai donc aucun élément de comparaison par rapport à ses titres précédents, le fait est qu’il m’a convaincu avec ce bouquin, et donné encore plus envie de prolonger l’exploration de ses univers littéraires.

Le problème n’est pas l’idéologie en elle-même mais les hommes qui la portent. Quel que soit le mode d’organisation de la société, le pouvoir pervertit méthodiquement l’âme humaine. Le communisme n’échappe pas à cette règle. L’anarchisme non plus.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Les Disparus De Pukatapu

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P. Guirao - Les disparus de Pukatapu

Titre : Les Disparus De Pukatapu
Série : Lilith Tereia – Tome 2
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Pukatapu est un atoll isolé des Tuamotu, l’endroit parfait pour Lilith et Maema qui ont décidé de faire un reportage sur les conséquences du réchauffement climatique. Et surtout pour Lilith de prendre ses distances avec sa mère récemment revenue s’installer à Tahiti.

L’endroit pourrait passer pour idyllique jusqu’à ce que Lilith ne tombe sur une main coupée difforme, portée par le courant. Mais quand elle alerte le chef du village, ladite main est introuvable et le chef se donne beaucoup de mal pour tenter de la convaincre qu’elle a dû se tromper en prenant un quelconque débris marin pour une main humaine.

Quels sombres secrets se cachent sous les charmes de l’atoll de Pukatapu ? Lilith est bien déterminée à le découvrir, tant pis si elle doit pour cela se mettre les villageois à dos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la seconde enquête de Lilith Tereia et que le précédent roman, Le Bûcher De Moorea, m’avait emballé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si le présent roman peut parfaitement se lire indépendamment du Bûcher De Moorea, je vous recommande toutefois de les lire dans l’ordre afin d’apprécier pleinement les personnages.

Escapade aux Tuamotu oblige, dans ce nouvel opus nous ne retrouvons que Lilith et Maema, mais rassurez-vous les deux amies auront fort à faire pour mettre à jour les plus sombres secrets de l’atoll. À condition toutefois de parvenir à faire se délier les langues des quelques villageois et du prêtre, tous préférant se murer dans le silence, voire les mensonges, plutôt que de se confier à deux « étrangères ».

Lilith et Maema sont loin de se douter des implications de leur quête vers la vérité. Les sombres secrets cachés de Pukatapu pourraient bien en effet n’être que la partie visible de l’iceberg. Un iceberg en lien direct avec les essais nucléaires français dans le Pacifique (46 essais aériens entre 1966 et 1974 et 147 tirs souterrains entre 1975 et 1996).

Heureusement nos deux enquêtrices ne seront pas complètement seules pour mener à bien leur mission. Tous les villageois ne se laisseront pas docilement museler, et elles pourront aussi compter sur un renfort (tardif) de l’extérieur, en la personne de Pascual Parua, un chercheur de l’IFREMER venu initialement pour être la caution scientifique des journalistes.

L’isolement de l’atoll de Pukatapu (tout droit sorti de l’imagination de Patrice Guirao) transforme l’intrigue principale en un huis clos en plein air (paradoxe ? vous avez dit paradoxe ?) mené de main de maître par l’auteur. La tension va crescendo tandis que les soupçons pèsent sur les uns ou les autres, plus encore quand un premier villageois est retrouvé mort.

Fidèle à l’esprit du « noir azur », la culture polynésienne est mise en avant tout au long du récit. Il faut dire que le cadre se prête particulièrement bien à la survivance des traditions et savoirs ancestraux… même si une certaine forme d’obscurantisme moderne voudrait bien étouffer ces traditions afin d’imposer sa vision du monde et de la foi (et paf, dans ta gueule le curé !).

En parallèle à l’enquête de Lilith et Maema le lecteur sera amené à suivre un second arc narratif au sujet duquel je préfère ne rien dire afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Comme dans Le Bûcher De Moorea, Patrice Guirao intègre un glossaire permettant de traduire les termes tahitiens employés au fil du récit. Même si on saisit sans mal le sens global (peut être que le fait de vivre sous les tropiques est un atout en ce sens), l’initiative est bienvenue.

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, non seulement l’auteur annonce qu’un troisième opus, Le Tiaré Noir, sera publié en 2021, mais en plus il nous permet d’en découvrir le début. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça commence très fort ! L’attente va être longue !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Shaun Hamill – Une Cosmologie De Monstres

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S. Hamill - Une Cosmologie De Monstres

Titre : Une Cosmologie De Monstres
Auteur : Shaun Hamill
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : USA
416 pages

De quoi ça cause ?

Au fil des chapitres Noah Turner nous raconte l’histoire de sa famille, et la sienne. Une histoire beaucoup moins ordinaire qu’il n’y paraît…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Tout me donnait envie de découvrir ce roman (titre, couverture, pitch et même le bandeau d’accroche), la vraie question serait donc de savoir pourquoi j’ai autant tardé. Mais comme le dit fort justement l’adage : « tout vient à point à qui sait attende ».

Ma Chronique

Bien qu’ayant une véritable envie de découvrir le roman de Shaun Hamill, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en l’ouvrant, on va dire que la référence aux univers de H.P. Lovecraft a fait son effet.

Difficile de parler de ce roman sans risquer de rompre le charme de la découverte, alors plutôt que de m’escrimer à vous décrire ce qu’il est, je vais commencer par vous dire ce qu’il n’est pas.

Si vous cherchez un roman d’horreur pur et dur, à savoir dégoulinant d’hémoglobine et/ou vous assurant le grand frisson, alors passez votre chemin. Le roman de Shaun Hamill ne saurait aucunement répondre à vos attentes.

L’auteur opte en effet pour une approche plus subtile et surtout beaucoup plus humaine, mettant avant tout l’accent sur la famille Turner. Une famille ordinaire que Shaun Hamill saurait vous faire aimer malgré ses failles. Une famille qui aurait pu n’avoir qu’à composer avec les aléas d’un quotidien pas toujours des plus cléments. Sauf que chez les Turner chaque drame est auréolé de mystère ; reste à savoir si ce mystère est le fruit d’une intervention surnaturelle ou le résultat d’un esprit dérangé (les antécédents familiaux ne manquent pas chez les Turner)

Outre une histoire de famille, Noah Turner nous invite à partager l’histoire d’une amitié (et plus si affinités) pas tout à fait ordinaire. Une amitié (réelle ou imaginée ?) avec des hauts et des bas, et beaucoup de questions sans réponse pour Noah.

Mais rassurez-vous ami(e)s lecteurs et lectrices, les réponses viendront en temps et en heure, et certaines ne manqueront pas de vous surprendre.

Quasiment de la première à la dernière page, le roman est nimbé de cette aura particulière qui fait son originalité et sa force. Mais pour l’amateur de littérature horrifique que je suis, j’ai trouvé que parfois l’intrigue, bien que très bien construite et aisée à suivre, manquait de piquant.

En refermant ce bouquin j’ai envie de redécouvrir les univers de Lovecraft et notamment tout ce qui tourne autour du mythe de Cthulhu. J’ai bien lu, il y a quelques années de cela, deux ou trois nouvelles mais je n’avais pas du tout été emballé par le style. On va lui donner une seconde chance en espérant que c’était un problème de traduction. Ça tombe bien j’ai justement les trois tomes de Cthulhu : Le Mythe, édités par Bragelonne dans une nouvelle traduction, qui hantent mon Stock à Lire Numérique.

À ma décharge, quant Margaret lis pour la première fois un texte de Lovecraft on ne peut pas vraiment dire qu’elle ait frôlé l’orgasme littéraire :

En revanche, il [Harry] avait visiblement un penchant pour le macabre et, au vu de cette prose aride et tarabiscotée, une endurance extraordinaire. Lovecraft lui parut presque illisible. Ses « personnages » n’avaient d’existence que sur la page et dans la mesure où l’auteur leur avait attribué un nom : jamais ils n’évoluaient ni n’entraient en interaction, comme des humains l’auraient fait. Dès qu’ils prenaient la parole, ils s’exprimaient à la manière de manuels scolaires anthropomorphisés venus de dimensions parallèles. La plupart des histoires semblaient tourner autour du thème de l’exploration d’une ruine ancienne, racontée par le seul survivant, devenu fou après avoir compris que les vestiges en question continuaient peut-être d’abriter une abomination primordiale quelconque. La langue, très chargée et truffée d’adjectifs, ne parvenait pas à approcher l’horreur terrifiante et l’effroi qui suintaient des illustrations de Visions de Cthulhu.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Fabrice Rose – Tel Père, Telle Fille

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F. Rose - Tel père, telle fille
Titre : Tel Père, Telle Fille
Auteur : Fabrice Rose
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Alex mène une vie de bohème sans histoires. Son plus grand regret, son père, Marc, qui a toujours privilégié sa vie de braqueur plutôt que sa famille. Un père qui alterne entre les peines de prison et les périodes de cavales. Un père qui vient justement, une fois de plus, de fausser compagnie à ses geôliers.

Quand Marc apprend que sa fille est menacée par des racketteurs islamistes, il décide tout mettre en œuvre pour la protéger. Et tant qu’à faire – autant joindre l’utile à l’agréable – pourquoi ne pas en profiter pour organiser un nouveau braquage ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont riche qui recèle de quelques pépites du genre.

Le bandeau, signé Olivier Marchal, nous promet une « plongée dans les ténèbres » ; ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connais et apprécie tout particulièrement les polars et thrillers écrits par des auteurs qui appartiennent ou ont appartenu au monde de la justice (qu’il s’agisse de la police ou de l’administration pénitentiaire), tout simplement parce qu’il se dégage de ces romans un parfum d’authenticité inimitable. Avec Fabrice Rose, je découvre un auteur qui a longtemps fricoté avec l’autre côté de la barrière, un braqueur qui a connu la prison, reconverti pour voir sa fille grandir.

J’avoue que je ne sais pas vraiment comment aborder cette chronique, si j’ai indéniablement pris mon pied avec ce bouquin, je n’ai à aucun moment réussi à prendre son intrigue au sérieux. De nombreux éléments m’ont paru tellement caricatural que j’avais parfois l’impression de lire un thriller parodique… mais, et je le répète, je me suis éclaté avec ce roman.

D’un côté on a les voyous sympas (dans le sens où ils n’ont jamais recours à la violence gratuite, ni contre la police, ni contre leurs victimes), et force est de reconnaître que la fine équipe ne peut qu’attirer la sympathie du lecteur.

En face d’eux une bande d’islamistes tellement décérébrés qu’ils en deviennent risibles (ce qui n’exclut pas la violence gratuite et les actes de barbarie). Dans le coin droit un émir autoproclamé qui ne pense qu’avec sa bite et son bide, radicalisé de façade mais dans la pratique, pas plus musulman que moi. Dans le coin gauche, ses sbires, et tout particulièrement Tariq, radicalisés à l’extrême, encéphalogramme plat, les plombs ont sautés et fondus depuis bien longtemps.

Manichéen ? Vous avez dit manichéen ? Juste un tout petit peu… beaucoup !

Prise entre deux feu, Alex, jeune fille un tantinet bohème qui a eu la malchance de s’enticher d’un type qui a le QI d’une huître confite… mais bon elle l’aiiiimeuh, elle l’aimait et elle l’aimera (merci Francis… enfin presque). Il est coutume de dire jusqu’à ce que la mort vous sépare, mais avec Alex l’amour (qui frôle parfois l’idolâtrie niaise) se poursuit post-mortem.

Puis il y a la police (voire les polices), qu’il s’agisse de la brigade criminelle ou de l’antiterrorisme tous ont pour point commun d’être complètement dépassé par les événements.

Le déroulé de l’intrigue est à l’image de ses acteurs, ça dépote bien mais c’est tellement poussé à l’extrême que ça sent à plein nez la grosse farce potiche (même dans les moments les plus dramatiques).

Je suppose que tout cet aspect second degré n’est pas vraiment volontaire, mais pour ma part c’est ce qui sauve le bouquin d’une critique assassine. Peut-être me suis-je régalé à l’insu de son plein gré, mais l’essentiel reste que je me sois régalé.

Bon point pour le ton général de Fabrice Rose, j’ai bien aimé son style proche du langage parlé qui lui (ou à ses personnages en tout cas) autorise des prises de position tranchées et sans emphase.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tito Desforges – La Machine À Brouillard

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T. Desforges - La machine à brouillard

Titre : La Machine À Brouillard
Auteur : Tito Desforges
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
217 pages

De quoi ça cause ?

Alors que Mac Murphy et fille, Louise, s’offrent une virée dans le bush australien, ils font un stop à Grosvernor-Mine, un patelin paumé au milieu de nulle part.

Le père et la fille s’installent à u ne table de l’unique restaurant du bled. Mac Murphy passe la commande avant de s’éclipser le temps d’un rapide brin de toilette. À son retour, Louise a disparu. Persuadé qu’elle a été kidnappée, Mac Murphy va tout mettre en œuvre pour la retrouver, quitte à se battre seul contre tous…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que Joël m’a aimablement proposé de découvrir ce titre.

Le fait que l’histoire se déroule en Australie est pour moi un plus indéniable.

Ma Chronique

Merci aux éditions Taurnada et tout particulièrement à Joël pour l’envoi de ce roman.

Malgré une quatrième de couv’ alléchante et une intrigue qui se déroule en Australie, mon premier réflexe a été plus que mitigé, genre : « Oh putain non, pas ça ! Pas encore un barjot vétéran du Vietnam… j’ai eu ma dose. ». Ceux qui me suivent auront compris que je fais allusion au roman Je Suis Le Fleuve de T.E. Grau.

Ici la narration est beaucoup plus brute de décoffrage puisque c’est Mac Murphy (et son esprit un tantinet instable) nous livre sa version des faits. Un témoignage parfois décousu, pour ne pas dire embrouillé.

Tito Desforges adapte son écriture à son héros, peu (voire pas) d’effets de style. Au fur et à mesure que l’esprit de Mac Murphy pédale dans la semoule, les mots s’emmêlent, les répétitions s’enchaînent, la ponctuation disparaît. On est en totale immersion dans la peau du personnage, on s’enlise avec lui avant de refaire surface.

Ce n’est pas la narration débridée de Mac Murphy qui a fait que je n’ai pas réussi à adhérer au personnage, cela tient davantage aux incohérences qui m’ont sauté aux yeux dès les premiers chapitres. Le gars s’est engagé pour le Vietnam en 1974, il avait alors 16 ans ; un rapide calcul mental permet donc d’en déduire qu’il est né en 1958. L’action contemporaine se déroule en 2019, il a donc 61 ans. Sa fille, Louise, a 13 ans ce qui voudrait dire qu’il a été père a 48 ans… pas impossible en soi, sauf que ça ne colle pas avec d’autres éléments du récit.

Le roman alterne entre les entretiens de Mac Murphy avec le Dr Zimmers, le médecin en charge du bonhomme au Centre de [Confidentiel Défense], et le témoignage que le patient met (tant bien que mal) par écrit. On sent bien que le toubib essaye, avec beaucoup de précaution et de doigté, de mettre Mac Murphy face à ses contradictions et incohérences.

Le bouquin est court et se lit quasiment d’une traite, parce que même sans adhérer complètement on a envie de connaître le fin de l’histoire.

J’étais en effet curieux de savoir jusqu’où pouvait aller la confusion et les amalgames entre le témoignage de Mac Murphy et sa situation réelle. À ce titre je tire mon chapeau à Tito Desforges pour son explication finale, non seulement je l’ai trouvée plus que convaincante, mais en plus j’ai été complètement bluffé.

Malgré tout, une fois n’est pas coutume (c’est même une première venant d’un titre des éditions Taurnada), la sauce n’a jamais réellement pris. Malgré d’indéniables qualités, il m’a manqué, du début à la fin, un petit quelque chose qui aurait servi de liant à l’ensemble de l’intrigue.

Petite précision de la part d’un amateur de bourbon et occasionnellement d’un buveur de whisky. En aucun cas un bourbon ne peut être qualifié de « pur malt », pour la simple et bonne raison qu’un bourbon, pour mériter cette appellation, doit être à base de céréales composées d’au moins 51% de maïs.
L’appellation « pur malt » (single malt en anglais) est réservée aux whiskies dont la base est uniquement de l’orge maltée. Les whiskies à base d’orge maltée mélangée à d’autres céréales sont quant à eux des blended whiskies (blend pour les amateurs). Et ceux à base de céréales non maltées (maïs, seigle ou blé) sont des grain whiskies.
Tout ça pour dire que le Four Roses et bel et bien un bourbon, donc quand Mac Murphy en prend une lampée, il ne peut en aucun cas s’envoyer un pur malt. CQFD.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Girardeau – Persona

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M. Girardeau - Persona

Titre : Persona
Auteur : Maxime Girardeau
Éditeur : Fayard (Mazarine)
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Franck Somerset, commissaire à la Crim’ du 36, est appelé sur une scène crime peu ordinaire. En effet, la victime est vivante mais elle a été torturée et mutilée avec un acharnement aussi sadique qu’expert.

En plus de son équipe habituelle, Franck va pouvoir compter sur le renfort d’Elga Salustri, cadre supérieure chez Google et particulièrement au fait de tout ce qui tourne autour du milieu d’où vient la victime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait des plus prometteurs. Une impression renforcée par la campagne de promotion organisée par Fayard qui nous promettait un « Seven à Paris »… c’est pas rien comme référence.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À mon sens le film Seven, réalisé par David Fincher en 1995 est l’un des thrillers les plus couillus de ces dernières années, à ce titre il reste (et restera) dans les annales du genre. Alors forcément quand l’éditeur fait la promotion de Persona en le qualifiant de « Seven à Paris », ça ne peut que titiller ma curiosité… mais attention à ne pas se planter, on s’attend à ce que l’élève (Maxime Girardeau) soit à la hauteur du maître !

L’intrigue du roman est tellement ancrée autour des GAFAM (Google – Amazon – Facebook – Apple – Microsoft) – ces cinq géants de l’informatique qui collent des ulcères à notre Manu élyséen et brouille ses relations avec son homologue yankee, Donald – que la promo aurait presque pu se permettre d’écrire Seven 2.0.

Il n’y a pas que la brutalité du mode opératoire et les mises en scène orchestrées par leurs auteurs qui permettent de rapprocher le roman de Maxime Girardeau du film de David Fincher (en ce sens Maxime Girardeau monte d’un cran dans la perversité puisque son John Doe laisse ses victimes en vie… dans un corps hors d’usage). En effet Franck Somerset porte le même nom que l’inspecteur incarné par Morgan Freeman dans le film, et plus avant dans l’intrigue nous croiserons un certain Tom Mills, agent de la DEA, Mills étant aussi le patronyme du personnage incarné par Brad Pitt dans Seven.

Ah oui, j’oubliais un détail, et non des moindres, Persona est le premier roman de Maxime Girardeau. D’une part il prouve avec un évident brio qu’il est encore possible de surprendre (à défaut d’innover) dans un genre où l’on pourrait être tenté de penser (à tort, fort heureusement pour nous) que tout a déjà été dit. D’autre part il confirme que le thriller français a encore de beaux jours devant lui, et n’a pas à rougir de la concurrence anglophone. Pour un coup d’essai, on peut faire pire…

Si l’auteur ne fait rien pour rendre ses personnages attachants, j’ai tout de même eu un faible pour Franck Somerset, un flic à l’ancienne, un tantinet désabusé par le monde 2.0 qui l’entoure. Elga Salustri quant à elle n’est pas particulièrement antipathique mais elle est tellement imprégnée de cet univers propre aux GAFAM, qu’elle semble parfois vivre dans un autre monde, un monde qui tend parfois à privilégier le virtuel à l’humain.

Par contre Maxime Girardeau sait y faire pour que le personnage de Kahl Doe (faut-il y voir un clin d’œil au John Doe de Seven ?) soit en tout point méprisable. Un suspect idéal ? J’ai immédiatement pensé que la ficelle était trop flagrante (oui je sais, je pléonasme). Mais je peux me planter… j’dis ça, j’dis rien.

Non seulement l’auteur garde un contrôle absolu sur ses personnages et son intrigue, mais il se distingue aussi par sa plume qui ne manque ni de piquant ni de cynisme ; il porte un regard sans concession sur le monde d’aujourd’hui et sur ses dérives (avérées ou potentielles).

Le fait que l’auteur soit particulièrement bien informé quant au fonctionnement de ces GAFAM ne doit rien au hasard, il a en effet une longue expérience professionnelle marketing en leur sein.

Je vous laisse découvrir l’origine du titre en lisant le bouquin, à moins que vous ne connaissiez déjà ce terme qui fait à la fois référence à la psychologie (Jung) et aux stratégies marketing. Un indice : l’accroche « Je sais qui tu es » qui figure sur la couv’ du bouquin vous tend une sacrée perche. Mais non, pas la poiscaille ! Vous ne pensez décidément qu’à bouffer et à bai… (Saint Valentin oblige, j’ai pas pu m’en empêcher… oui je sais, je suis un indécrottable romantique).

Vous l’aurez compris, j’ai été totalement emballé par ce bouquin (même s’il n’est pas exempt de défauts mineurs), la référence à Seven était audacieuse, mais force est de reconnaître que l’élève fait honneur à son maître. Du coup je n’hésiterai pas, et ce sera mon dernier mot (Jean-Pierre, Camille… et les autres), à dire que ce roman est foutrement couillu !

Un premier roman prometteur (bin oui j’ai menti, ce n’était pas mon dernier mot) qui place la barre haute pour les suivants. Cerise sur le gâteau, Maxime Girardeau n’exclut pas de possibles retrouvailles dans un prochain roman…

MON VERDICT
Coup de poing

En aparté

J’espère que la version numérique mise à disposition sur Net Galley n’est pas la version finalisée du roman. Outre certains problèmes mineurs de codage (insécables notamment), il y a quelques coquilles résiduelles dont beaucoup de mots coupés qui figurent en l’état dans le texte (be-soin au lieu de besoin par exemple).

Et deux exemples plus dérangeants, ci-dessous :

« Une odeur de moisissure le submergea. Elle lui piquait les narines. Elle se répandait partout. Elle grignotait les plaintes, boulottait les plafonds, s’infiltrait sous les papiers peints jaunis. »
M’est d’avis que la moisissure est bien plus attirée par les plinthes que par les plaintes.

« Sa tête commença par cartographier les dimensions de la pièce rectangulaire : une trentaine de mètres carrés, avec 5 mètres de large et 46 de profondeur environ. »
Commençons par un petit rappel mathématique (géométrie plus exactement) concernant le calcul de la surface d’un rectangle : S(urface) = L(ongueur) x l(argeur).
Donc une pièce de 46 mètres sur 5 correspond à une surface de 230 (46 x 5) m²… Ce qui me semble foutrement grand pour un espace censé être confiné.
Du coup on va considérer que ladite pièce mesure 30 m² et que sa largeur est bien de 5 mètres ; on arrive donc à une profondeur (longueur) de 6 mètres (30 = L x 5 d’où L = 30 / 5 = 6).

[BOUQUINS] Fromental & Berthet – De L’Autre Côté De La Frontière

AU MENU DU JOUR

Fromental/Berthet - De L'autre côté de la frontière
Titre : De L’Autre Côté De La Frontière
Scénario : Jean-Luc Fromental
Dessin : Philippe Berthet
Éditeur : Dargaud
Parution : 2020
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

François Combes, un auteur français de romans policiers, va se retrouver bien malgré impliqué dans une affaire de meurtre d’une prostituée de Nogales, ville frontière entre les USA et le Mexique. Son ami, Jed Peterson, fait en effet figure de principal suspect pour la police.

Quand un second corps est découvert, l’étau se resserre encore davantage autour de Peterson. Combes va se faire aider par Estrellita, une jeune domestique qui travaille pour lui, afin d’avoir des infos sur ce qui se trame de l’autre côté de la frontière.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et Net Galley pour leur confiance, l’occasion pour moi de découvrir cette bande dessinée en avant-première (parution le 6 mars).

J’avoue humblement que je ne connaissais aucun des auteurs, c’est la curiosité qui ‘a poussé à solliciter ce titre proposé parmi quelques autres BD. Simplement parce qu’il m’a paru être le plus « adulte » du lot. Une façon aussi de souhaiter la bienvenue aux éditions Dargaud sur la plateforme Net Galley.

Si en matière de romans je fais une allergie chronique au format PDF, je reconnais que pour les BD et romans graphiques ça passe plutôt bien même si le format n’est pas optimum (si j’avais le choix, je privilégierais un format CBR ou CBZ). Il n’en reste pas moins que PDF lu avec STDU Viewer constitue une bonne alternative.

Je reconnais volontiers que développer une intrigue policière qui tienne la route sur une soixantaine de planches peut être un exercice délicat. Contrairement au roman qui permet de prendre son temps pour tisser un écheveau plus ou moins complexe autour du cadre et des personnages, dans la BD il faut condenser les infos afin d’aller à l’essentiel.

En cela le duo Fromental / Berthet tire plutôt bien son épingle du jeu. Le déroulé de l’intrigue est plutôt bien pensé et le dénouement devrait surprendre plus d’un apprenti Sherlock (en grande partie pour la raison évoquée précédemment, les indices sont quasiment inexistants). J’avoue que pour ma part j’étais partie vers une autre hypothèse, beaucoup plus (trop ?) classique.

La narration est assurée par Estrellita, une jeune domestique mexicaine qui travaille pour François Combes et que ce dernier mettra à contribution afin de faire progresser ses recherches en vue de prouver l’innocence de son ami.

Le trait est fin et précis même si parfois les personnages m’ont semblé un tantinet inexpressifs par manque de détails dans les visages. Ce petit bémol ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement cette BD.

Après la BD Jean-Luc Fromental nous offre une brève présentation de la ville de Nogales et de son histoire, il y fait notamment état d’un certain Georges Simenon qui s’installera non loin de là entre mai 1948 et juin 1949. Et profitera alors sans modération de tous les plaisirs qu’offre Nogales.

MON VERDICT

Fromental/Berthet

[BOUQUINS] Stephen King – L’Institut

AU MENU DU JOUR

S. King - L'Institut
Titre : L’Institut
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : USA (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Luke Ellis, un adolescent sans histoires, doté d’une très grande intelligence est kidnappé en pleine nuit par des inconnus, ses parents sont assassinés.

Il se réveille dans une chambre qui ressemble à la sienne mais n’est pas la sienne. Enfermé avec d’autres enfants au sein d’un mystérieux Institut.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Are you kidding me ? Stephen King ! What else ?

Ma Chronique

Sans me tromper je pense pouvoir affirmer que Stephen King est sans doute l’auteur que je suis le plus assidûment et depuis le plus longtemps ; ça fait en effet plus de 35 ans que je lui suis d’une fidélité presque sans faille (j’avais commencé la saga La Tour Sombre avant d’y renoncer après le troisième tome, il faudrait que je trouve le temps de la reprendre depuis le début et d’aller jusqu’au bout cette fois).

Après un dérapage mal contrôlé avec Sleeping Beauties, le King a su redresser la barre et revenir au top du top avec L’Outsider ; du haut de ses 72 printemps et après plus de 50 romans à son actif (sans compter les recueils de nouvelles, les nouvelles isolées et autres romans courts), saura-t-il maintenir le cap, voire même nous surprendre en nous invitant à découvrir son Institut ?

Est-il besoin de rappeler que Stephen King est particulièrement inspiré quand il s’agit de mettre en scène des enfants / adolescents, confrontés à une situation qui les dépasse ? Carrie, Shining, Charlie, Christine, Ça et j’en oublie sûrement (et encore, je fais abstraction des nouvelles) sont là pour illustrer, si besoin, mon propos. Le dénominateur commun de toutes ces histoires est la grande capacité d’adaptation, d’action et de réaction de ses jeunes héros une fois passé l’effet de surprise et un temps pour analyser et comprendre la situation. Si le schéma directeur est identique, il n’y a toutefois aucune impression de déjà-vu tant l’auteur varie les angles d’approches et les conséquences de chaque action (en bien ou en mal).

Toujours est-il que dans la première partie du roman nous ne croisons aucun enfant appelé à jouer un rôle majeur dans le déroulé de l’intrigue. Tim Jamieson, un ex-flic de Sarasota (Floride) embarque dans un avion à destination de New York. Un concours de circonstances pour le moins inopiné le conduira à quitter l’avion et à entamer un road-trip en auto-stop sans but précis, sinon celui de rejoindre New York. Se laissant guider par les hasards de la vie et de la route, il débarque à DuPray (Caroline du Sud).

La seconde partie du roman nous embarque pour Minneapolis (Minnesota) où l’on fait la connaissance de Luke Ellis, un adolescent surdoué qui poursuit un quotidien pas tout à fait ordinaire mais sans histoires. Jusqu’à ce qu’il soit enlevé et reprenne connaissance à l’Institut, une structure isolée au fin fond des forêts du Maine… Les choses sérieuses peuvent alors commencer.

Stephen King prend le temps de poser son cadre et ses personnages pour bien nous faire comprendre (et haïr) le fonctionnement de l’Institut. Les méthodes des soignants et des gardiens ne sont pas sans rappeler celles des camps de concentration nazis ; tout comme la raison d’être de l’institut selon ses responsables. Sans aller jusqu’à parler de manichéisme (souvent reproché à l’auteur), on ne peut que prendre fait et cause pour les enfants et détester la plupart des adultes présents dans cette structure qui échappe à tout contrôle officiel.

Si l’intrigue se dessine en mode diesel (sans toutefois jamais susciter le moindre ennui chez le lecteur), une fois que les choses se mettent en branle le rythme du récit change radicalement, l’auteur enclenche le mode supraluminique. Et le lecteur se retrouve dans l’incapacité de quitter le navire avant de connaître le fin mot de l’histoire.

Pour répondre à la question que je posais au début de cette chronique, OUI, Stephen King confirme qu’il a encore plus d’un atout dans sa manche. OUI, il nous propose un récit qui flirte avec le sans-faute. OUI, il réussit encore à convaincre et à surprendre le lecteur.

J’ai lu çà et là quelques reproches concernant le côté engagé de l’auteur (il n’a jamais caché mépriser au plus haut point Donald Trump), sur le coup ça ne m’a pas dérangé outre mesure. Il est libre, comme tout un chacun, de ses opinions et les exprimer ; L’Institut est loin d’être un roman militant, le côté engagé du récit est plus anecdotique qu’autre chose (c’est en tout cas comme ça que je l’ai perçu en tant que lecteur français lambda).

Et Tim Jamieson alors ? Soyez assuré qu’il n’était pas là par hasard…

Incontestablement cette cuvée 2020 du King est un grand cru AOC ! À Consommer sans modération et de toute urgence !

MON VERDICT

7000 !

7000

« Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. »
Jules Renard

7000 (pas un de moins, pas un de plus), c’est le nombre de titres que contient désormais ma bibliothèque numérique, dont plus de 6000 composent mon fameux Stock à Lire Numérique (ma PàL numérique donc).
Si Jules Renard a raison, et je n’en doute pas, j’ai la certitude d’avoir encore de longues années de bonheur devant moi. Même en excluant les bouquins que je suis sûr de ne jamais avoir le temps (et sans doute aussi l’envie) de lire.
Ma bibliothèque numérique continue donc de grossir au rythme approximatif de 1000 titres tous les huit mois, soit 125 titres par mois.
Dans le même temps je lis, en étant très optimiste, 10 livres par mois.
Je me retrouve donc mensuellement avec un crédit de 115 bouquins ! CQFD.

Dommage, niveau compte en banque la tendance serait plutôt inverse.