[BOUQUINS] Roy Braverman – Manhattan Sunset

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Manhattan sunset
Titre : Manhattan Sunset
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
322 pages

De quoi ça cause ?

Donnelli, inspecteur du NYPD, est appelé sur une scène de crime particulièrement sordide. La victime est une adolescente, ses assassins se sont acharnés sur le corps afin qu’il ne soit pas identifiable.

Outre sa partenaire, Mankato, Donnelli doit faire équipe, à l’insu de son plein gré, avec Pfiffelmann… ou plus exactement le « fantôme » de Pfiffelmann, son précédent partenaire, abattu à l’issue d’une perquisition. Un « fantôme » parfois encombrant qui voudrait comprendre le pourquoi du comment de sa mort.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman / Ian Manook / Patrick Manoukian qui poursuit son aventure Made in USA avec un roman n’ayant aucun lien avec sa précédente trilogie (Hunter, Crow et Freeman). Une raison qui se suffit à elle seule.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Quand Ian Manook devient Roy Braverman c’est pour sillonner incognito les Etats-Unis. Pour son nouveau périple on change radicalement de décor (et de personnages), exit les grands espaces, welcome to Manhattan !

Dans l’imaginaire collectif (et sans aucun doute dans les faits aussi), Manhattan est l’archétype de LA mégapole.  Vu du ciel (ou sur une carte) c’est le découpage quasi géométrique de la ville qui saute aux yeux, les axes horizontaux sont les avenues (identifiées par leur numéro et le suffixe Nord ou Sud), et les verticales sont les rues (idem, un numéro et le suffixe Est ou Ouest).

La 42e coupe Manhattan en deux. Midtown. Au-delà c’est le Nord, en deçà le Sud. Sa perpendiculaire, la Cinquième Avenue, tranche entre l’Est et l’Ouest. 42e Ouest d’un côté, 42e Est de l’autre.

Un découpage qui permet d’assister, deux fois par an (half sun en mai et full sun en juillet), à un phénomène naturel assez exceptionnel et dont je n’avais pour ma part jamais entendu parler, le Manhattanhenge.  Un coucher de soleil pile-poil dans l’axe de la 42e rue (voir la couv du bouquin pour se faire une idée du truc).

Que l’axe de l’île sauvage de Manhattan soit décalé de vingt-neuf degrés par rapport au nord. Que le plan de la ville, imaginé sans architecte par de simples fonctionnaires, repose sur un quadrillage perpendiculaire des rues et des avenues. Le grid, la grille arbitraire et cadastrale d’un commissaire au plan pour rendre plus rentable le négoce de chaque parcelle. Donnelli n’ose imaginer que ces coïncidences aient pu être calculées. Le phénomène est bien plus grisant encore s’il n’est que le fruit du hasard.

Fin de la visite touristique, il est temps de passer aux choses sérieuses. Roy Braverman n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle et ce n’est Manhattan Sunset qui viendra déroger à la règle… heureusement ! Ça défouraille sévère et la viande froide ne manque pas (comme vous vous en doutez, on ne meurt pas paisiblement dans son sommeil dans cette histoire).

L’intrigue se déroule sur deux axes, le premier va suivre l’enquête de Donnelli sur le meurtre de la gamine retrouvée dans une casse, le second va amener ce même Donnelli à se poser des questions sur les circonstances de la mort de son partenaire, Pfiffelmann.

Ce brave Donnelli aura du pain sur la planche puisque son enquête le mènera à se frotter à la mafia lituanienne sur fond de trafic humain, quitte à piétiner sans retenue les plates-bandes du FBI qui s’intéresse de près à ces mêmes Lituaniens.

Dans le même temps il devra composer avec un tueur qui semble déterminer à éliminer toutes les personnes dont il est proche. Je serai tenté de dire que c’est la partie la moins intéressante du bouquin car très (trop) prévisible (l’identité du mystérieux tueur s’impose rapidement comme une évidence).

Une autre caractéristique de la « griffe Braverman » est l’omniprésence de l’humour (souvent teinté de noir et d’une bonne dose de cynisme), une agréable façon de contrebalancer la violence assumée et décomplexée de l’intrigue.

Sur ce point la présence d’un Pfiffelmann spectral ouvre de nombreuses perspectives à l’auteur qui ne manque pas d’en jouer afin de détendre l’atmosphère. Me concernant le pari n’était pas gagné d’avance, la présence de ce fantôme me laissait plus que perplexe, mais finalement il est parfaitement intégré à l’intrigue et parvient même à s’imposer comme u élément clé du récit.

Fidèle à son habitude, Roy Braverman nous offre une galerie de portraits mitonnée aux petits oignons. À commencer par Donnelli, flic bourru et cynique à souhait, un brin macho (voire misogyne) ; l’archétype du dur à cuire qui a tout vu, tout vécu et qui est revenu de tout… mais pas forcément sans séquelles ! En creusant au-delà des apparences on découvre un personnage plus complexe que ne le laisse paraître son éternelle désinvolture (voire m’enfoutisme).

Effacée dans un premier temps, la partenaire de Donnelli, Mankato, va peu à peu s’imposer, d’abord par sa force de caractère, puis par son engagement dans le déroulé de l’intrigue. Elle donnera même de sa personne pour arrondir les angles avec le FBI (disons plutôt que c’est le côté bonus de sa relation).

Une fois de plus, nos amis les chats vont surement boycotter ce roman suite aux tortures infligées à l’un des leurs… même si le coupable et ses complices paieront le prix fort de leur connerie (bien fait pour leur gueule à ces fucking bastards). Petite question bonus qui me turlupine à la fermeture du bouquin : que devient Darwin ? Je ne parle pas de Richard l’évolutionniste, je sais que ça bien longtemps qu’il suce les pissenlits par la racine.

Roy Braverman nous offre un divertissement boosté à l’adrénaline et à la testostérone, un thriller fortement teinté de noir maîtrisé de bout en bout. Il me tarde de découvrir la prochaine étape de son périple US.… ou ailleurs, où qu’il aille je le suivrai les yeux fermés.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Petit – La Traque

AU MENU DU JOUR

B. Petit - La traque

Titre : La Traque
Auteur : Bernard Petit
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Toutes les forces de police de Belgique sont mobilisées et en alerte maximale.

Un ancien ministre, devenu un homme d’affaires de premier plan, a été enlevé. Les ravisseurs n’ont laissé aucun indice derrière eux, sinon un courrier laissant supposer une future demande de rançon.

Peu de temps après, un dangereux gang de fourgonniers (braqueurs de fourgons blindés) que la police traque sans succès depuis des années, frappe de nouveau. Un convoyeur a été tué, un flic blessé par balles est dans un état critique… l’argent a disparu avec les braqueurs.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’un roman policier écrit par un ancien flic est bien souvent un gage de qualité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Impossible de vous parler de ce roman sans vous dire quelques mots sur son auteur.

Bernard Petit intègre les forces de police en 1983 en tant qu’inspecteur, il connaître une ascension fulgurante et une carrière sans fausse note qui lui vaudront d’être nommé à la tête de 36 Quai des Orfèvres en 2013. En 2015, après 38 années passées de service, il est limogé et mis en examen pour avoir violé le secret professionnel.

Il ne m’appartient pas de juger du bien-fondé ou non de de l’accusation et de la sanction (Bernard Petit a toujours nié les faits qui lui sont reprochés) ; force est toutefois de reconnaître que, quand on creuse un peu autour de cette affaire, il subsiste pas mal de zones d’ombres et d’incertitudes.

Fin de la parenthèse. Venons-en à l’objet du délit, à savoir le premier roman de Bernard Petit… roman policier, cela va sans dire !

L’auteur nous invite à une longue et sanglante traque qui va s’étaler dans le temps (sur plusieurs années) et dans l’espace (essentiellement entre la France et la Belgique… mais pas que). Une traque qui obligera les différentes forces de police à passer outre les différents / désaccords / tensions afin d’œuvrer ensemble au démantèlement du gang des fourgonniers.

Il m’a fallu un peu de temps pour réussir à me poser mes marques parmi les nombreux intervenants policiers (quelle brigade ? quel pays ? avec qui ?), mais finalement chacun a rapidement trouvé sa place dans mon esprit.

Une galerie de flics aux profils divers et variés, il y a ceux qui filent droit dans leurs bottes et dans le respect des règles, ceux qui contournent plus ou moins fortement lesdites règles afin de faire avancer leur enquête et ceux qui franchissent allègrement la ligne blanche avec pour unique mot d’ordre leur profit personnel.

Dépeindre le quotidien de ces flics au cœur de l’action permet aussi à l’auteur de pointer bon nombre de disfonctionnements du système. Les chefs de groupe doivent composer avec un effectif insuffisant, les coupes budgétaires, les tracasseries administratives ou procédurières. Sans parler d’une mission souvent parasitée par les consignes visant à gonfler artificiellement les stats d’efficience afin de faire plaisir aux ronds-de-cuir (procureurs, préfets, ministres).

Bernard Petit aurait pu faire dans la facilité en opposant à « ses » flics, des braqueurs bourrins et sanguinaires. Certes ils n’hésitent pas à faire usage de leurs armes pour arriver à leurs fins ou neutraliser une menace, mais j’ai bien aimé l’esprit de groupe qui soudait le gang.

Le roman va au-delà d’un simple jeu du chat et de la souris entre gentils flics et méchants braqueurs. Il donne aussi de la voix à ceux et celles qui sont entraînés dans la spirale. Du côté des flics la difficulté de concilier une vie de couple normale et les impératifs de leur métier. Du côté des braqueurs c’est l’incertitude des compagnes au départ de chaque nouvelle opération.

Comme chez Olivier Norek, Didier Fossey ou Christophe Guillaumot, la plume de Bernard Petit est d’un réalisme époustouflant. Il reconnaît volontiers s’être inspiré de plusieurs véritables affaires criminelles pour construire son intrigue, on l’aurait deviné tant le roman dégage une impression de « vécu ». Au-delà du jargon et des procédures, il n’y a que ceux qui ont connu cette réalité qui peuvent la retranscrire aussi bien au travers l’humanité des personnages que via la violence des faits.

J’ai littéralement dévoré les 400 pages du bouquin, impossible de le lâcher tellement je voulais en connaître l’issue. Pour un premier roman l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu. Aucun bémol majeur à signaler, j’ai été conquis de bout en bout. J’espère vraiment que Bernard Petit ne compte pas s’arrêter à ce coup d’essai. Je suis fier de crier haut et fort que La Traque m’a fichu une sacrée claque !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Laurent Malot – Que Dieu Lui Pardonne

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L. Malot - Que Dieu lui pardonne

Titre : Que Dieu Lui Pardonne
Auteur : Laurent Malot
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Maya, 17 ans, s’est installée à Fécamp, loin de ses parents, pour prendre un nouveau départ et se reconstruire.

Dans l’appartement voisin du sien, quatre enfants, de six à douze ans, vivent sous la coupe d’un beau-père violent. Une situation qui renvoie Maya à son propre vécu et ne peut la laisser indifférente…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’étais curieux de voir comment Laurent Malot allait s’en sortir avec un sujet aussi fort que sensible.

Parce que toutes les occasions de pointer du doigt les ordures qui se défoulent sur leurs compagnes et/ou leurs gosses sont bonnes à saisir.

Ma Chronique

Je remercie les XO éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connaissais Laurent Malot en tant qu’auteur de romans policiers (même si je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire), j’étais curieux de découvrir par quel type d’approche l’auteur allait aborder une intrigue ayant pour thème central la maltraitance des enfants.

Si je partais légèrement sceptique, force est de reconnaître que l’auteur a réussi à balayer mes doutes dès les premières pages. Il faut dire qu’en optant pour un récit à la première personne qui nous place dans la peau de Maya, Laurent Malot fait un pari audacieux qu’il remporte haut la main.

Impossible pour le lecteur de rester insensible face à cette « gamine » contrainte de grandir trop vite du fait d’un père abusif. Une réalité qui va s’imposer à elle comme une obligation par la suite ; une réalité qu’elle ne cherchera jamais à fuir mais affrontera plutôt toujours avec un courage à toute épreuve.

Une adolescente qui va se battre contre les préjugés et l’indifférence pour offrir à ses jeunes voisins un semblant d’avenir et d’espoir fait de jours sans cris, sans coups et sans peur. Des jours meilleurs qui souderont le petit groupe malgré les aléas de la vie. Certains choix faits par Maya et les enfants peuvent paraître hautement improbable mais on a envie d’y croire.

Avec ce roman Laurent Malot ne dénonce pas les seules raclures qui cognent leurs gosses pour tout un tas de mauvaises raisons (même si ces pourritures arrivent à se persuader du contraire) ; il pointe aussi du doigt les témoins silencieux de ses drames du quotidien (voisins, amis et parfois même les autres membres de la famille), ceux et celles qui savent pertinemment ce qui se passe derrière la porte mais qui se taisent et se persuadent qu’ils se font peut être des idées et que de toutes façons ce ne sont pas leurs oignons.

Le(s) thème(s) abordé(s) sont graves mais l’auteur les attaque de front avec énormément de justesse, sans pathos ni sensiblerie sauce guimauve, ça donne au roman une réalité sans fard qui nous percute comme une claque dans la gueule. Pas de sentimentalisme excessif et pas de surenchère non plus, les faits parlent d’eux-mêmes, inutile d’en rajouter.

Un roman court mais d’une incroyable intensité et d’une redoutable efficacité. Le message passe haut et clair, en refermant le bouquin on a juste envie de remercier Laurent Malot… on aurait presque envie de croire que les choses peuvent changer (malgré les infos qui, trop souvent, viennent nous prouver le contraire). Un roman dévoré d’une traite même si, plus d’une fois, il m’a collé une putain de boule au ventre.

Si un quelconque Dieu (auquel je ne crois toujours pas) doit pardonner à quelqu’un, que ce soit à toutes les Maya du monde, celles qui trouvent le courage et la force de réagir face à leur bourreau. Les bourreaux en questions, ces lamentables crevures, ne méritent ni pitié, ni pardon, juste une punition à la hauteur de leurs crimes (et plus si affinités… et sur le coup j’ai vachement d’affinités)… une punition que la justice refuse encore trop souvent d’appliquer.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Ludovic Lancien – Les Oubliés De Dieu

AU MENU DU JOUR

L. Lancien - Les oubliés de Dieu

Titre : Les Oubliés De Dieu
Auteur : Ludovic Lancien
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
494 pages

De quoi ça cause ?

Un médecin généraliste est retrouvé mort à son cabinet ; le(s) meurtrier(s) se sont acharnés sur leur victime pour le massacrer et le mutiler.

Rapidement les policiers chargés de l’enquête découvrent que sous une respectabilité de façade, la victime cachait de sombres secrets. Des secrets qui pourraient bien les mener sur la piste du (ou des) coupable(s)… une piste jalonnée de cadavres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le pitch me semblait prometteur. Et ça faisait déjà un moment que l’envie de découvrir cet auteur me titillait.

J’ai laissé passer le coche avec son premier roman, Le Singe D’Harlow, qui a rapidement rejoint mon Stock à Lire Numérique… avant de s’y perdre, noyé dans la masse. Après m’être assuré auprès de Ludovic Lancien que ce roman pouvait être lu indépendamment du précédent, je me suis lancé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À l’origine c’est Ludovic Lancien qui m’a contacté via Facebook afin de me proposer de découvrir son roman. Offre que j’ai accepté, après m’être assuré qu’il pouvait être lu indépendamment de son précédent (et premier) roman. La maison d’édition devait me faire parvenir le fichier epub mais ça a cafouillé quelque part… C’est pourquoi j’ai proposé à l’auteur de faire une demande en bonne et due forme via Net Galley.

Comme souvent dans un thriller, le roman s’ouvre sur une scène de crime (passé un prologue pour le moins énigmatique… qui prendra tout son sens bien plus tard), une scène crime qui plonge directement le lecteur dans le grand bain ! La victime, un médecin généraliste sans histoire, a été littéralement déchiquetée par son ou ses assassins. Qu’est-ce qui bien justifier un tel acharnement ? Une telle haine ?

C’est une des nombreuses questions qui se poseront à l’équipe chargée de l’enquête, et tout particulièrement au capitaine Gabriel Darui. Et si je vous disais qu’une partie de la réponse réside dans la tératologie. Ça vous fait de belles jambes ? J’avoue que moi aussi j’ai découvert ce terme à la lecture du roman.

Étymologiquement parlant la tératologie est l’étude des monstres (du grec ancien tératos, signifiant monstres). La définition du Larousse apporte un éclairage plus scientifique au terme : « Science qui traite des anomalies et des malformations liées à une perturbation du développement embryonnaire ou fœtal. »

Entre de mauvaises mains, ce genre de centre d’intérêt peut aboutir aux pires dérives (je pense notamment aux idées nauséabondes du régime nazi). Notre brave Docteur Mievel, la victime, n’est certes pas un adepte du Dr Mengele, mais ses intentions ne sont pas pour autant louables. L’apparente respectabilité du toubib commence à se fissurer… et ce n’est que le début !

Le titre du roman est une référence directe à la tératologie, les « oubliés » en question désignant ces fameux « monstres ». Comme vous pourrez le constater à la lecture du bouquin, la tératologie n’est pas que prétexte aux plus sombres dérives de l’âme humaine ; elle peut aussi donner lieu à des initiatives pleines d’humanité et d’empathie.

Ludovic Lancien nous offre une intrigue aussi intelligente que captivante, le lecteur est tenu en haleine quasiment non-stop au vu des nombreux rebondissements et retournements de situation.

L’autre force du roman réside dans ses personnages. À commencer par Gabriel, en plus d’être confronté à une enquête particulièrement éprouvante, il doit faire face à une situation personnelle douloureuse. Pauline, son épouse, est en phase terminale d’un cancer qu’elle affronte la tête haute, malgré la douleur qui l’accable, Gabriel n’a pas le droit de flancher.

Le reste de l’équipe est composé d’Éric ‘Le Bélier’ Blasco, chef de groupe bourru, mais au grand cœur, Noémie Egawa, lieutenant au tempérament sanguin et Jérémy Perrin, jeune lieutenant qui vient d’intégrer le Bastion.

Les autres personnages du roman ne sont pas pour autant laissés pour compte, c’est volontairement que je fais l’impasse sur eux afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Avec ce thriller fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale) et de rouge (pour l’hémoglobine), Ludovic Lancien signe quasiment un sans-faute. J’ai été bluffé de bout en bout.

Si le roman peut effectivement être lu et apprécié indépendamment du Singe D’Harlow, il m’a en tout cas donné envie de découvrir ce premier roman. Ne serait-ce que pour en apprendre plus sur ce mystérieux Lucas, le prédécesseur du Bélier.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Karine Giebel – Chambres Noires

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K. Giebel - Chambres noires
Titre : Chambres Noires
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Quatre nouvelles inédites dont les héros, ou anti-héros, incarnent et dénoncent tour à tour les manquements de notre société. Quatre histoires pour lesquelles Karine Giebel emprunte les titres de grands films qui l’ont marquée.

Trois nouvelles déjà parues dans Treize à table ! (éditions 2017, 2018 et 2019) au profit des Restos du Cœur, plus une nouvelle écrite en plein confinement et publiée dans Des mots par la fenêtre au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel, même si je ne suis pas forcément un grand fan du format nouvelle, je sais que l’auteure excelle dans le genre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Visuellement la couv’ donne le ton en associant littérature et cinéma, un choix plus que judicieux compte tenu de la situation sanitaire et ses conséquences sur le monde de la culture (tout particulièrement le cinéma et les cinémas, lourdement impactés par les diverses mesures de distanciation sociale).

Les quatre premières nouvelles du présent recueil sont des inédits portant chacune le titre d’un film qui compte aux yeux de l’auteure ; soit dit en passant les titres choisis collent parfaitement au contenu de leur nouvelle.

C’est pour Karine Giebel l’occasion de confronter ses personnages aux dysfonctionnements de notre société, qu’il s’agisse du laxisme (avéré, présumé ou ressenti… telle est la question) de la justice,  des inégalités et injustices sociales qui frappent de plus en plus de monde ou encore la situation des personnes âgées en EHPAD avant et pendant la crise sanitaire liée au COVID-19.

Ces quatre nouvelles sont de loin les plus intéressantes et les plus intenses du présent recueil ; les plus longues aussi, à elles seules elles représentent pas loin de 75% du bouquin.

Voici mes notes (sur 5) pour ces quatre nouvelles :

Le Vieux Fusil (Robert Enrico – 1975) : 5
L’Armée Des Ombres (Jean-Pierre Melville – 1969) : 4
Un Monde Parfait (Clint Eastwood – 1993) : 4
Au Revoir Les Enfants (Louis Malle – 1987) : 5 (voire 6)

Les quatre nouvelles suivantes sont des rééditions parues précédemment dans des recueils caritatifs ; une dans le recueil Des Mots Par La Fenêtre au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, les trois autres dans les éditions 2017, 2018 et 2019 du recueil 13 À Table ! au profit des Restos du Cœur.

Des nouvelles que je découvre n’ayant pas eu l’occasion de lire les recueils en question. Des textes courts, mais percutants.

Des nouvelles qui collent parfaitement à l’actualité du moment, la crise sanitaire ayant eu de lourdes conséquences économiques, les Restos du Cœur sont plus que jamais sollicités. Le rêve de Coluche, que son initiative solidaire ne dure qu’un ou deux ans avant un retour à une situation plus acceptable, apparaît malheureusement plus que jamais comme une utopie.

Mon verdict pour ces quatre nouvelles :

Sentence (Des Mots Par La Fenêtre – 2020) : 5
Dans Les Bras Des Etoiles (13 À Table ! – 2018) : 4
Les Hommes Du Soir (13 À Table ! – 2019) : 4
L’Escalier (13 À Table ! – 2017) : 4

Un recueil qui regroupe des nouvelles très différentes les unes des autres, mais l’on reconnaît sans mal la griffe de Karine Giebel, que l’approche soit événementielle ou sociétale, elle reste fortement teintée de noir. Une approche qui n’empêche pas l’auteure d’accorder une grande place à la dimension humaine de ses récits en mettant en avant les sentiments (bons ou mauvais) des uns et des autres ; sur ce dernier point, mention spéciale à la nouvelle Au Revoir Les Enfants qui ne devrait laisser personne indifférent tant elle sonne juste et vrai.

Avec ces huit nouvelles Karine Giebel confirme qu’elle maîtrise à la perfection les règles de cet exercice délicat, en quelques pages elle vise juste et fait passer son message droit au cœur et aux tripes. Indéniablement elle compte parmi les grands noms du genre, et pas seulement parmi les auteurs francophones, je n’hésite pas à la mettre quasiment au même niveau que Stephen King, un autre cador (sinon LE cador) en matière de nouvelle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roz Nay – La Sentinelle

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R. Nay - La sentinelle
Titre : La Sentinelle
Auteur : Roz Nay
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Canada
313 pages

De quoi ça cause ?

Lorsque sa sœur Ruth s’invite chez elle, dans cette station du Colorado devenue son refuge et le point d’ancrage de sa nouvelle vie, Alex Van Ness comprend très vite que le monde qu’elle s’est construit à grand-peine est menacé.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch, bien que d’apparence classique, a su titiller ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il est des bouquins qui, malgré une quatrième de couv’ proposant un pitch plutôt classique, me font quand même envie. La Sentinelle fait partie de ceux-là.

La Sentinelle est le second roman de Roz Nay, mais pour moi ce sera une découverte (même si son premier roman, Notre Petit Secret, a rejoint mon Stock à Lire Numérique depuis un temps plus que certain).

De prime abord donc on serait tenté de croire que l’on a entre les mains un énième thriller psychologique, mais dans les faits le bouquin est bien plus complexe que cela. C’est avant tout l’histoire d’une famille – et tout particulièrement de deux sœurs – brisée par un dramatique accident qui sera le prélude à une inexorable érosion du tissu familial.

Les chapitres alternent donc entre les points de vue des deux sœurs, Ruth, l’aînée qui refait surface dans la vie de sa sœur après avoir disparu durant de longues années, et Alex, la cadette qui s’est construit une nouvelle vie en tirant définitivement un trait sur son passé.

Force est de reconnaître qu’au départ les apparences ne jouent pas franchement en faveur de Ruth ; on a clairement l’impression qu’elle est le mouton noir de la famille Van Ness et la cause de tous leurs déboires. Malgré tout, certains indices (notamment des remarques de Ruth) viennent planter les graines du doute dans l’esprit du lecteur.

Au fil des chapitres on est confronté à deux versions radicalement différentes de l’histoire de la famille Van Ness ; difficile de trancher en faveur de l’une ou de l’autre tant elles nous sont présentées avec la même conviction.

Si le passé de sœurs Van Ness est un élément essentiel du récit (surtout afin de cerner leur personnalité respective), le cœur même de l’intrigue se déroule bel et bien aujourd’hui. Alors que se démêle l’écheveau d’un passé lourd de non-dits et de mensonges, il se tisse conjointement, au présent, un piège implacable.

Roz Nay apporte beaucoup de soins à ses personnages, à l’image de l’intrigue ils nous démontreront que les apparences peuvent être trompeuses et dévoileront des facettes inattendues de leur personnalité.

L’auteure prouve avec brio qu’il est encore possible de surprendre avec une idée de base relativement classique ; c’est sa construction de l’intrigue et l’intensité de ses personnages qui donnent à ce roman une réelle touche d’originalité.

Je ne regrette pas d’avoir voulu aller au-delà des apparences, ce bouquin a été une belle découverte riche en surprises… même si j’avais quand même découvert (ou soupçonné) quelques ficelles de l’intrigue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Rydahl & Kazinski – La Mort D’Une Sirène

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Rydahl & Kazinski - La Mort d'une Sirène
Titre : La Mort D’Une Sirène
Auteur : Thomas Rydahl & A.J. Kazinski
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : Danemark (2019)
560 pages

De quoi ça cause ?

Septembre 1834. Copenhague.

Anna, une jeune prostituée, est retrouvée morte, atrocement mutilée. La sœur de la victime, Molly, accuse Hans Christian Andersen, un jeune auteur et client régulier de Anna. Ni une ni deux, la police arrête ce coupable tout désigné et l’emprisonne dans l’attente de son exécution.

Faisant jouer ses relations Hans Christian Andersen obtient un sursis de trois jours. Trois jours pendant lesquels il sera libre (avec interdiction de quitter la ville). Trois jours pour identifier le(s) vrai(s) coupable(s) et le(s) livrer à la police.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que le pitch avait tout pour titiller ma curiosité. Plutôt audacieux de faire de Hans Christian Andersen, essentiellement connu pour ses contes, le héros d’un thriller historique qui s’annonce glauque à souhait.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Un peu d’Histoire pour commencer. Avant d’écrire des contes pour enfants, H.C. Andersen s’est essayé à la dramaturgie, sans toutefois obtenir la reconnaissance du public et de ses pairs ; au mieux ses pièces étaient descendues en flèche, au pire elles étaient moquées. Ses autres écrits, notamment ses récits de voyage, connaissent un succès relatif. C’est à son retour d’Italie, en 1834, que Andersen va se résoudre (résigner ?) à écrire des contes pour enfants. Contes qui aujourd’hui encore sont racontés aux enfants d’ici et d’ailleurs, tout le monde connaît La Petite Sirène, La Petite Fille Aux Allumettes ou encore Le Vilain Petit Canard (il nous ferait pas une fixette sur tout ce qui est petit le gars ? On ne lui a jamais expliqué que la taille ne compte pas.).

De 1825 à 1875 H.C. Andersen a tenu régulièrement un journal intime, hormis sur une période 18 mois qui démarre à son retour d’Italie. Et c’est précisément parce qu’on ne sait rien de la vie privée d’Andersen au cours de cette période que les auteurs Thomas Rydahl et A.J. Kazinski vont en faire le personnage central de leur roman et l’impliquer dans une affaire glauque à souhait qui démarre par le meurtre sauvage d’une prostituée.

Un roman écrit à quatre mains ? Contrairement aux apparences ce n’est pas le cas, il s’agirait plutôt d’un roman écrit à six mains, A.J. Kazinski étant déjà un nom de plume utilisé par les auteurs Anders R. Klarlund et Jacob Weinreich pour publier leurs romans (un diptyque autour des personnages de Niels Bentzon et Hannah Lund). Pour info, le duo publie aussi sous le nom de plume d’Anna Ekberg.

Bon bin après toutes ces digressions, il serait peut-être temps d’entrer dans le vif du sujet et vous parler de La Mort D’Une Sirène.

Comme le disait fort justement ce brave Willy : « Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark » (Hamlet – W. Shakespeare). C’est en tout une triste réalité en 1834, alors que la population doit se battre contre la misère, la faim et la maladie, la noblesse se vautre dans le luxe et multiplie les frasques en tout genre. La colère gronde, mais sous le manteau uniquement, critiquer la famille royale vous mènera tout droit en prison… ou à la mort.

La première chose qui frappe dans ce roman est la qualité des descriptions de la Copenhague du XIXe siècle, c’est vrai pour la ville elle-même mais aussi et surtout pour les conditions de vie. On est en totale immersion dans une ville où règne la crasse et la puanteur, non seulement on visualise parfaitement les scènes décrites mais on a aussi l’impression de les sentir. S’en est saisissant au point d’avoir envie de se laver à chaque fois que l’on referme le bouquin ; il faut dire aussi que les auteurs ne ménagent pas ce brave Andersen, question odeurs ils vont le plonger dans le grand bain !

Vous vous doutez bien que les auteurs n’ont pas transformé le célèbre conteur en un super-enquêteur sans peurs et sans reproches. Le gars serait plutôt du genre à douter de tout (à commencer de lui-même) et un tantinet maladroit (aussi bien en paroles qu’en actions).

Heureusement il pourra compter sur l’aide de Molly, la sœur de la victime, elle aussi prostituée. Du fait du milieu dans lequel elle évolue elle a appris à faire face à toutes les situations (ou presque), c’est pour elle une question de survie.

Les auteurs brossent des portraits réalistes et crédibles de leurs personnages, rien n’est laissé au hasard pour leur donner une réelle personnalité. Et ça fonctionne à la perfection.

L’intrigue est elle aussi totalement maîtrisée, les multiples rebondissements sauront tenir le lecteur en haleine. Rydahl et Kazinski savent incontestablement y faire quand il s’agit de jouer avec les nerfs et l’adrénaline du lecteur. Sa principale force réside toutefois dans son originalité et sa crédibilité.

Les auteurs vont même jusqu’à imaginer que c’est précisément de cet épisode de la vie d’Andersen qu’est né le conte La petite Sirène. Ça peut paraître un peu fou mais si vous le relisez (oubliez la version Disney qui, comme souvent, propose une relecture aseptisée et optimiste du conte original) vous constaterez que finalement ça se tient.

Un roman noir et glauque qui ne dépareille pas dans la collection La Bête Noire, une collection riche en pépites qui n’en finit pas de surprendre (et donc de combler) ses lecteurs.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – Prendre Un Enfant Par La Main

AU MENU DU JOUR

F.X. Dillard - Prendre un enfant par la main
Titre : Prendre Un Enfant Par La Main
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Quatre ans après la disparition de leur fille Clémentine dans le naufrage d’un voilier, Sarah et Marc sont rongés par la culpabilité et la tristesse.

Jusqu’à ce que de nouvelles voisines emménagent sur le même palier avec leur enfant, Gabrielle, dont la ressemblance avec Clémentine est troublante. Au contact de cette adolescente vive et enjouée, Sarah reprend peu à peu goût à la vie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai découvert l’univers littéraire de François-Xavier Dillard avec son précédent roman, Réveille-Toi ; sa plume et son intrigue avaient fait mouche. À défaut de trouver le temps de me plonger dans ses romans précédents, je ne laisse pas passer ses nouveaux titres.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je ne sais pas vous mais moi dès que j’ai vu le titre du bouquin j’ai immédiatement pensé à la chanson d’Yves Duteil… Et vu la thématique du roman je doute que ce soit un simple hasard.

Pour ceux et celles qui ne connaîtraient cette magnifique chanson, en voici les premières phrases :

Prendre un enfant par la main
Pour l’emmener vers demain,
Pour lui donner la confiance en son pas,
Prendre un enfant pour un roi.

Et la dernière qui s’applique plus encore au présent roman : Prendre un enfant pour le sien.

Si la chanson d’Yves Duteil parle de Prendre un enfant (après une courte hésitation, je ne ferai pas de jeux de mots foireux sur le sujet), le roman de François-Xavier Dillard aurait pu s’appeler Perdre un enfant. Car il est bien question de deuil (et sans doute le plus dur des deuils à affronter) et de culpabilité.

J’en vois déjà qui font une moue aussi sceptique que blasée, genre de dire : rien de neuf sous le soleil du noir. Si ces thèmes ont déjà été abordés à maintes reprises cela n’exclut pas pour autant une bonne surprise ; après tout comme le disaient fort justement nos vénérables grand-mères : « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures ».

Déjà parce que les thématiques du deuil et de la culpabilité ne sont pas les seules abordées ici, il sera aussi question de responsabilité parentale, des dérives de la jeunesse dorée, des addictions… et bien d’autres thèmes abordés plus ou moins en profondeur et parfaitement intégré à l’intrigue.

Ensuite, et c’est quand même essentiel pour qu’un thriller fasse son effet, il y a une intrigue qui commence par divers arcs narratifs qui vont progressivement (et naturellement) se regrouper pour ne faire qu’un. Une intrigue parfaitement construite et rythmée qui saura tenir en haleine même les lecteurs les plus exigeants et surprendre (parfois) même les plus blasés.

Enfin il y a les personnages, et c’est là la grande force de ce roman et de son auteur. François-Xavier Dillard nous brosse un profil psychologique particulièrement soigné et totalement crédible pour chacun de ses personnages.

Il y a bien sûr le couple Cygnac essaie de surmonter tant bien que mal (plutôt mal dans un premier temps) la perte de leur fille et de se reconstruire. Pour se faire Sarah, la mère, pourra compter sur l’écoute et la bienveillance de Marie, une voisine qui vit seule depuis le décès de son mari.

Une reconstruction qui sera facilité par l’installation des nouvelles voisines, Hélène et Leila, et surtout de Gabrielle, leur fille (génétiquement parlant celle d’Hélène), une ado de quinze ans qui ressemble beaucoup à celle qu’aurait pu devenir Clémentine.

Enfin on croisera le chemin de Jeanne Muller, une commissaire de police au caractère bien trempé qui enquête sur la disparition de Chloé Montaigu, la fille d’un riche et puissant homme d’affaire, connue pour ses frasques et son addiction au jeu.

« Michel Montaigu était le P-DG et fondateur de Joy, une holding de produits de luxe et d’entreprises de médias. Un tycoon à la française, multimilliardaire, qui tutoyait les présidents et embrassait les stars. Il a tout réussi, sauf sa fille cadette, Chloé. Après être entrée à HEC, la jeune femme avait décidé d’envoyer tout balader et de parcourir le monde. Enfin, entre deux séjours en institution psychiatrique. Des hôpitaux et cliniques privés qu’elle avait écumés entre ses vingt et un et ses vingt-neuf ans. Après on retrouvait sa trace dans les magazines people, souvent dans la rubrique « Fêtes décadentes et casino ». Elle était devenue une joueuse de poker redoutable et une hôte attendue et remarquée à la plupart des tables de jeu du monde entier. »

Les chapitres sont courts, sans fioriture, afin d’aller à l’essentiel et de maintenir à la fois le rythme et la pression. Généralement rédigés à la troisième personne sauf quand il s’agit de donner la parole à Gabrielle. Passant à la première personne François-Xavier Dillard se place dans la tête d’une ado plutôt douée et débrouillarde mais pas forcément prête à affronter les aléas de la vie. Et le résultat est bluffant en termes de crédibilité.

Ce roman est une totale réussite, une fois happé par son intrigue – et ça arrive très vite – vous ne pourrez plus le lâcher.

MON VERDICT

 

[BOUQUINS] Jax Miller – Les Lumières De L’Aube

AU MENU DU JOUR

J. Miller - Les lumières de l'aube

Titre : Les Lumières De L’Aube
Auteur : Jax Miller
Éditeur : Plon
Parution : 2020
Origine : États-Unis
384 pages

De quoi ça cause ?

29 décembre 1999. Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et Ashley Freeman passent la soirée dans le mobile home des Freeman avec les parents d’Ashley.

Au petit matin du 30 décembre, le mobile home est la proie des flammes. Dans les décombres encore fumants, les parents d’Ashley sont retrouvés morts, tués par balle. Aucune trace d’Ashley et Lauria…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de Jax Miller… Ce n’est qu’après coup que j’ai découvert que le présent roman n’était pas totalement une œuvre de fiction, mais une enquête d’un type assez peu courant chez les auteurs français : le true crime. Une enquête plus ou moins romancée construite autour d’un crime bien réel.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation pour ce titre.

En jetant mon dévolu sur le troisième titre de Jax Miller, j’ignorais que j’allais me frotter à un récit de type true crime concernant un fait divers passé totalement inaperçu en France. Un double meurtre très vaguement (et négligemment) dissimulé par l’incendie du mobile home du couple Freeman, mais aussi et surtout la disparition de deux adolescentes (Ashley Freeman, la fille de Kathy et Danny, les victimes retrouvées dans les décombres, et sa meilleure amie, Lauria Bible). Ainsi démarre ce qui deviendra l’affaire Freeman-Bible…

N’ayant jamais entendu parler de cette affaire, je me suis demandé si je parviendrai malgré tout à m’y intéresser. La réponse s’est imposée dès les premiers chapitres lus, c’est un oui franc et massif. Deux raisons à cela : la complexité de l’affaire et l’impressionnant travail fourni par Jax Miller pour nous livrer cette enquête.

C’est en 2015 que Jax Miller a commencé à s’intéresser à l’affaire Freeman-Bible, une affaire sur laquelle elle va travailler envers et contre tout (et parfois tous) pendant quatre ans. Quatre années à interroger les proches des victimes (elle travaillera beaucoup aux côtés de Lorene Bible, la mère de Lauria), les policiers chargés de l’enquête, les suspects et toute personne ayant pu être mêlée de près ou de loin à cette sombre affaire.

Le résultat est tout simplement bluffant, on est en totale immersion dans une enquête où la réalité dépasse parfois la fiction… rarement pour le meilleur, souvent pour le pire !

Le pire c’est une enquête de police plus que défaillante, avec des preuves égarées, des témoins ignorés, des pistes et indices jamais explorés. De là à penser que l’enquête a été volontairement salopée il n’y a qu’un pas.

Il faut dire qu’entre la famille Freeman et la police ce n’est pas franchement l’amour fou. Danny Freeman était déjà connu pour son tempérament sanguin (pour rester poli). Shane, le fils aîné, était un délinquant notoire… jusqu’à ce qu’il soit abattu par la police dans des circonstances pas clairement établies. Dès lors Danny et Kathy Freeman remuaient ciel et terre pour que l’erreur policière soit reconnue.

À l’occasion de son enquête Jax Miller pointera du doigt de nombreuses autres défaillances de la police (et par extension du système judiciaire) de l’Oklahoma. Certaines affaires de corruption conduiront même leurs auteurs devant la justice et se solderont par de lourdes condamnations.

Mais le pire c’est aussi un territoire où la meth fait des ravages. Les labos plus ou moins clandestins se multiplient, certains patelins sont même des zones de non droit où les trafiquants règnent en maîtres absolus. Un terrain de jeu propice à l’expansion de multiples activités criminelles, de la plus anodine, à la plus grave.

Si un auteur présentait un tel cocktail comme toile de fond de son intrigue, le lecteur refuserait d’y croire tant ça semblerait trop énorme pour être vrai. Et pourtant ici tout est vrai… et c’est sans doute ce qui contribue à rendre ce témoignage aussi glaçant. Pas besoin d’artifices ou de surenchère, la (dure) réalité des faits se suffit à elle-même.

Il y a peu (voire pas du tout) de ressources francophones relatives à l’affaire Freeman-Bible sur le net, vous apprendrez tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet en lisant le présent bouquin. Si toutefois vous voulez avoir un aperçu de la chose avant de vous lancer je vous invite à consulter la page Wikipedia (en anglais) sur le sujet. Vous pouvez aussi vous reporter à la page Facebook Find Laurie Bible-BBI ou au site internet Findlauriebible.com.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tom Chatfield – Bienvenue À Gomorrhe

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T. Chatfield - Bienvenue à Gomorrhe
Titre : Bienvenue À Gomorrhe
Auteur : Tom Chatfield
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Grande-Bretagne (2019)
473 pages

De quoi ça cause ?

AZ est un hacker qui jouit d’une bonne réputation dans le milieu. Alors qu’il peaufine une opération d’infiltration d’un groupe néonazi allemand, il reçoit un appel à l’aide d’une hacktiviste traquée par l’État Islamique.

À peine l’échange terminé, une inconnue frappe à la porte de son repaire. Anna est membre d’une organisation secrète pour qui l’activité d’AZ semble n’avoir aucun secret. Elle va lui faire une offre qu’il ne peut refuser et qui va radicalement changer sa vie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En parcourant le catalogue de Net Galley c’est d’abord la couv’ qui m’a attiré vers ce bouquin, le pitch n’a fait qu’attiser ma curiosité et mon envie de m’y plonger.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman, Tom Chatfield opte pour un technothriller qui vous plongera dans le monde des hackers et du Darknet (le côté obscur du Net). Il faut dire que les nouvelles technologies n’ont aucun secret pour l’auteur, tech philosopher (que l’on pourrait traduire par philosophe de la technologie),  qui a déjà signé plusieurs essais et les enseigne.

Si au fil du roman ses connaissances sur le sujet sautent aux yeux, nul besoin d’être un geek accompli pour apprécier pleinement son roman. Les nombreux termes techniques sont expliqués dans un langage et une formulation accessibles à tous.

Une intrigue qui vous fera voyager de Londres à la Californie, en passant par Berlin et Athènes. Mais pas vraiment le temps d’admirer les paysages ! Dès que AZ est « enrôlé » (à l’insu de son plein gré) par l’Organisation, sa vie va se dérouler en quatrième vitesse… et sous haute tension !

Tom Chatfield sait y faire pour rendre le personnage d’AZ (Azi pour l’état civil) particulièrement attachant. Le contraste entre sa personnalité virtuelle (et l’aisance avec laquelle il évolue dans ce milieu) et sa personnalité « réelle » (et la difficulté qu’il a à lier et développer des contacts avec ses pairs) y est pour beaucoup. Il est l’archétype de l’antihéros, donnant parfois d’être un ado perdu dans le corps d’un trentenaire.

À sa décharge depuis qu’il s’est retrouvé dans cette sombre affaire dont il ignore une bonne partie des tenants et des aboutissants, difficile de savoir à qui il peut faire confiance ou de qui il doit se méfier, qui veut l’aider ou qui veut le tuer… pas franchement le contexte idéal pour développer sa sociabilité.

C’est volontairement que je ne m’attarderai pas sur les autres personnages appelés à intervenir dans le déroulé de l’intrigue. Soyez toutefois assuré que celle-ci vous réservera un bon nombre de revirements de situation, faux-semblants et trahisons en tout genre.

Tom Chatfield nous invite à naviguer eu eaux troubles, entre le Darknet dans ce qu’il a de plus sombre, les milieux néonazis qui ont de plus en plus pignon sur rue et les coulisses de l’État Islamique. Difficile de lier tout ce « beau » monde, et pourtant l’auteur nous propose une intrigue à la fois crédible, cohérente et menée tambour battant.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en ouvrant ce bouquin (comme souvent quand on découvre le premier roman d’un auteur), mais la surprise fut des plus agréables ; c’est totalement conquis que je le referme. J’espère que Tom Chatfield ne s’arrêtera pas en si bon chemin…

MON VERDICT