Encore une sortie que je guettais avec avidité, non seulement parce que je suis un inconditionnel de la saga Jack Ryan mais aussi du fait du décès récent de son auteur, Tom Clancy. Retour au Campus et à la Maison Blanche avec Cybermenace.
Réélu à la Maison Blanche, Jack Ryan va devoir faire face aux ambitions territoriales de la Chine. L’ennemi mise non seulement sur une intervention militaire sur le terrain mais aussi et surtout sur des attaques informatiques visant à paralyser les USA. Rien ne semble pouvoir échapper à la vigilance des hackers chinois mobilisés pour « défendre » leur pays, même le Campus, organisation ultra secrète, est pris dans leur ligne de mire…
Tom Clancy nous avait habitué à des pavés mais cette fois il s’est montré plus raisonnable en proposant un titre un peu moins épais que ses prédécesseurs (720 pages tout de même) et décliné en un seul volume (contre 2 volumes pour Ligne De Mire qui comptait à peine 70 pages de plus). Mais gageons que ce n’est pas la taille quantité qui compte mais bel et bien la qualité… Je vous rassure tout de suite la qualité est bel et bien au rendez-vous avec une intrigue toujours aussi efficacement menée et richement documentée. Croyez moi Tom Clancy réussira, une fois de plus, à vous surprendre mais aussi à mettre votre palpitant à rude épreuve.
Je ne sais pas si tout ce qui concerne les capacités de cyberguerre de la Chine est véridique mais si tel est le cas ça fait vraiment froid dans le dos, une organisation comme le Vaisseau Fantôme devrait être la cible prioritaire de tous les services secrets du monde si elle existait véritablement. Le pire c’est que, connaissant le degré de précision de Tom Clancy, si ce n’est pas tout à fait exact ça doit quand même vachement se rapprocher de la réalité… C’est d’autant plus inquiétant que les autres nations semblent avoir plusieurs trains de retard en matière de sécurité informatique et de hacking offensif.
Avant-dernier périple de la saga, le dernier, Command Authority sort aux States début décembre, avec un peu de chance on devrait l’avoir en français courant d’année prochaine. La véritable question qui me turlupine est de savoir comment cela va se terminer ; généralement les titres de la saga clôturent l’intrigue en cours, de quoi se montrer plutôt confiant…
Et puisque j’ai abordé la question de la traduction (notez l’effet de transition, du grand art), sur les trois derniers opus de la saga j’ai relevé quelques bourdes du traducteur qui ne sont pas vraiment anodines (en plus de coquilles diverses et variées) :
– Mort Ou Vif : Jack Jr appelle son cousin, Dominic Caruso, Brian qui est le prénom de son jumeau, cela survient à un moment de l’intrigue ou la confusion est totalement impossible.
– Ligne De Mire : l’hélicoptère russe Kamov-50 surnommé Black Shark devient un Black Hawk, surnom du Sikorsky UH-60 qui est un hélicoptère de combat américain.
– Cybermenace : encore quelques cafouillages dans les noms (Jack Jr devient John, Wei devient Wu) et les marques (la Sienna de chez Toyota devient une Ford).
Du coup quand je repère une bourde je me fie à une VO récupérée sur le Net pour vérifier, sans surprise ce n’est pas au niveau de Tom Clancy que ça coince…
Étiquette : Albin Michel
[BOUQUINS] Maxime Chattam – Autre-Monde : Neverland
Ah que voilà un titre que j’attendais avec impatience, d’autant que le tome précédent laissait nos héros dans une situation plus que critique, retour à la saga de Maxime Chattam, Autre-Monde avec son sixième opus, Neverland.
Après le naufrage du Vaisseau-Vie, la situation des Pans venus d’Eden est plus que compromise, d’autant que l’Alliance des Trois n’est plus. Tobias est porté disparu, nul ne sait s’il a survécu à l’incendie. Ambre est prisonnière du Maester Morkovin qui compte l’utiliser pour servir ses propres ambitions. Matt, escorté par les Pans rebelles, est en route pour Neverland. Et pendant ce temps là la menace d’Entropia se renforce de jour en jour…
L’auteur nous plonge directement dans le coeur de l’action, reprenant son récit exactement là où se terminait Oz. Pendant une partie du roman nous suivrons l’action selon deux points de vue : celui de Matt et celui d’Ambre, le jeune couple ayant été séparé. Alors quid de l’Alliance des Trois ? Si vous voulez le savoir il va falloir lire le bouquin.
Comme toujours depuis le début de la saga Autre-Monde l’auteur réussit encore à nous surprendre, l’univers qu’il a créé s’enrichit au fil des tomes, l’intrigue est dense, pleine de surprises et de rebondissements mais jamais inutilement complexe. Et bien entendu l’auteur introduit de nouveaux lieux (les plus marquants de ce sixième opus étant Neverland et la cité de Mangroz) et de nouveaux personnages (mention spéciale à Gaspar, le leader charismatique de Neverland et à coup de coeur à Lili).
Vous l’aurez compris ce volume ne dépareille pas dans la saga, on est tenu en haleine du début à la fin (une fin nerveusement très éprouvante). Au cours de la lecture on passe pour toutes les gammes de l’émotion, du rire aux larmes. Petit plus de ce roman, on découvre les similitudes et les différences qu’il existe entre les conséquences de la Tempête sur les USA et l’Europe ; notamment au travers des personnages de Matt et Gaspar.
Même si le suspense final est moins stressant que dans le précédent opus, j’ai vraiment hâte de lire le septième tome, avec toutefois un petit pincement au coeur en sachant que ce sera aussi le chapitre final de la saga. Nul doute que Maxime Chattam nous offrira un bouquet final digne de ce nom. Une lueur d’espoir dans les remerciements, l’auteur n’exclut pas la possibilité d’un spin-off consacré à Gaspar…
Nouveau clin d’oeil à Peter Pan avec Neverland, si ici c’est le fief des Pans européens, dans Peter Pan c’est le nom original du Pays Imaginaire. je doute fort qu’il s’agisse d’une coïncidence…
[BOUQUINS] Bernard Werber – Les Micro-Humains
La lutte pour le sommet de mon Stock à Lire Numérique fut rude entre Bernard Werber et Franck Thilliez ; deux titres que j’attendais de pieds fermes et finalement j’ai décidé de privilégier mon challenge SF en optant pour Les Micro-Humains, la suite (ce qui a aussi beaucoup pesé dans mon choix) de Troisième Humanité, de Bernard Werber donc.
Un an après le succès de l’opération de sauvetage à Fukushima la société Pygmée Prod et ses Emachs ont le vont en poupe, les micro-humains sont loués pour des interventions diverses et variées là où l’homme ne peut intervenir. Une vidéo diffusée sur Youtube, montrant un adolescent torturant et tuant des micro-humaines va complétement changer la donne, les Emachs n’étant pas considérés comme des créatures humaines vont remettre en question leur soumission aux Grands…
On retrouve tous les personnages déjà rencontrés dans le premier opus, dont Emma 109, l’Emach « affranchie » et bien entendu la Terre qui continue à nous raconter son histoire et celle de l’humanité. Les chapitres sont entrecoupés par des articles de l’ESRA, tantôt drôles, tantôt sérieux mais toujours instructifs.
Le décor étant planté on plonge directement au coeur de l’action dans un récit plus mouvementé et plus rythmé que le précédent, les rebondissements ne manquent pas. Les chapitres courts, associés au style de l’auteur, assurent une lecture fluide, c’est d’autant plus agréable que le bouquin devient très vite addictif.
J’aime beaucoup le jugement de l’auteur (ou du moins de ses personnages) sur la religion des hommes qu’il qualifie de « truc artificiel pour soumettre les hommes faibles et leur faire renoncer à leurs responsabilités et leur libre arbitre« . C’est d’ailleurs ainsi que l’auteur imagine la naissance des grandes religions, des dogmes imposés aux petits humains (nous) par leurs créateurs, des géants atlantes, afin de les soumettre. Même le nom du Pape est un pied de nez à la religion : Pie 3.14.
Je terminerai cette chronique par une énigme récurrente (apparue dans Les Fourmis et reprise ici) extraite de l’ESRA : comment faire un carré avec seulement trois allumettes ? Sans les casser cela va de soi… Pour information il y a deux solutions. Vous trouverez facilement la réponse sur le Net mais triturez vous un peu les méninges avant.
Et bin voilà, il n’y a plus qu’à attendre la suite… La fin est moins abrupte que dans le premier tome, l’attente devrait être plus supportable.
[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Au Revoir Là-Haut
Les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Jusqu’ici Pierre Lemaitre s’est surtout imposé dans le thriller, notamment avec la trilogie (plus un demi) consacrée au Commandant Verhoeven, mais v’là-t’y pas que pour cette rentrée littéraire 2013 le gars change son fusil stylo d’épaule en nous proposant Au Revoir Là-Haut. Du coup la chose a rejoint les sommets de mon Stock à Lire Numérique, la curiosité est trop forte pour passer à côté de ce bouquin.
Novembre 1918. A quelques jours de l’armistice, parce qu’il a vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir, Albert Maillard a bien failli mourir, enterré vivant ; il devra son salut à l’intervention d’Edouard Péricourt qui le tirera in extremis de ce sale pas. Un geste courageux qui vaudra à Edouard un éclat d’obus dans la gueule, qui lui arrachera une partie du visage. Nos deux compagnons d’infortune ne le savent pas encore mais c’est le début d’une grande histoire d’amitié et d’entraide, empruntant parfois des chemins bien tortueux…
Autant vous le dire de suite, si vous attendez un roman historique passez votre chemin, l’auteur reconnait volontiers avoir pris quelques libertés avec l’Histoire (« L’exactitude, je m’en fous, ce que je veux c’est la vérité« ). En matière de vérité l’auteur sait y faire, on se croirait vraiment au début de la période d’après-guerre (ou plutôt d’entre deux guerres, mais ça les protagonistes ne le savent pas encore). Le regard de Pierre Lemaitre (et de ses deux héros) est désabusé, qu’il s’agisse des soldats qui se sont battus pour la France mais dont la France, une fois la guerre finie, se fout éperdument (aujourd’hui encore, deux fois par an, pour se donner bonne conscience, on dépose une gerbe au pied du monument aux morts). Les héros se doivent d’être jeunes et fringants, pas de place pour les gueules cassées ; c’est pas bon pour l’image !
Difficile de classer ce roman dans un genre particulier, comme je l’ai dit plus haut c’est avant tout une histoire d’amitié qui sort de l’ordinaire. Quant au style, la plume de Pierre Lemaitre se fait tour à tour, drôle, acerbe ou cynique ; parfois il se permet même des apartés pour s’adresser directement au lecteur. Que la situation soit tragique ou amorale, l’auteur parvient toujours à nous tirer un sourire, il affirme « s’être beaucoup amusé » en écrivant ce livre et ça se sent, pari réussi puisque pour nous, lecteurs, sa lecture est purement et simplement jouissive.
Si le duo constitué par Albert et Edouard est plutôt atypique il fonctionne plutôt bien, à tel point que même si leur escroquerie est totalement amorale (surtout dans un contexte pareil), on ne peut s’empêcher d’espérer que la chance leur sourit enfin… tant pis si c’est au prix d’une monumentale arnaque ! A contrario on brûle d’impatience de voir Pradelle, responsable de tous leurs maux et pourri jusqu’à la moelle à tous les niveaux, se brûler les ailes et s’écraser comme une merde. L’auteur exaucera-t-il nos voeux ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.¨
Pierre Lemaitre combine habilement la fiction (l’arnaque montée par Albert et Edouard) et l’Histoire (les magouilles de Pradelle s’inspirent de faits réels) pour lier son intrigue. La morale, ou plutôt l’amorale, de son histoire : « La guerre c’est bon pour le commerce, surtout après !« . Il y aura toujours des profiteurs qui trouveront le moyen de se faire du fric sur le malheur des autres.
Je ne sais pas si Pierre Lemaitre compte se remettre au polar un jour (je l’espère sincèrement) mais il semblerait qu’il ait dans l’idée de produire une sorte de fresque « historique » qui couvriront la période 1920-2020 ; d’ores et déjà l’auteur envisage une dizaine de titres. reste à savoir s’ils seront entrecoupés de thrillers ou s’il se consacrera pleinement à son projet. En tout cas le roman inaugural risque fort bien de marquer cette rentrée littéraire 2013 et peut être même de récolter un prix littéraire. Quoi qu’il en soit j’ai hâte de découvrir les prochains opus de sa fresque…
[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Délivrance
Dans la famille « je termine les séries en cours mais y’a du boulot », je demande le Département V. Présent mon général ! Vous l’aurez peut être compris (même si c’est loin d’être limpide) j’ai donc inscrit au programme de mes lectures la troisième enquête du fameux Département V, Délivrance de Jussi Adler Olsen, allez zou c’est parti pour une petite escale danoise…
Quand une bouteille à la mer récupérée en Ecosse arrive au Département V, l’inspecteur Carl Morck reste sceptique devant ce message devenu illisible ; mais devant l’insistance d’Assad et de Rose il accepte de se pencher, à temps perdu sur la question, tout en enquêtant sur un incendie de 1995 qui pourrait être lié à d’autres incendies survenus ces dernières semaines. Lentement mais surement le message de détresse prend forme et devient de plus en plus inquiétant. Mais Morck et son équipe ignorent que le prédateur rôde toujours et qu’il déjà repéré ses futures victimes…
Cette troisième enquête du Département V est l’occasion de faire connaissance avec Yrsa, la soeur jumelle (mais de caractère diamétralement opposée à sa frangine) de Rose, celle-ci ayant décidé de se barrer pour une durée indéterminée après une remarque de Carl Morck. Soit dit en passant on devine bien avant Carl le secret de Yrsa. On en apprend aussi un peu plus sur Assad, dont le rôle et la personnalité s’étoffent au fil des romans. Au niveau de l’intrigue c’est la première fois que le Département V se trouve impliqué à la fois dans une affaire en cours (les incendies) et à la poursuite d’un tueur qui sévit encore (même s’ils ne le découvriront que plus tard).
A part ça on retrouve les mêmes ingrédients que dans les deux précédents bouquins, l’intrigue n’est pas forcément menée tambour battant mais le rythme monte crescendo, l’enquête est bien ficelée, les échanges au sein du Département V apportent une touche d’humour et de légèreté, et on a toujours en toile de fond les soupçons de Carl Morck concernant l’affaire qui a coûté la vie à un de ses partenaires et cloué l’autre dans un lit sans espoir de remarcher un jour. Au final l’ensemble tient parfaitement la route, on ne s’ennuie pas une minute tout au long de ce polar nordique, les deux premiers opus m’avaient fait forte impression, celui-ci ne fait que confirmer la tendance.
Le kidnappeur/tueur choisit ses victimes au sein d’un milieu que j’exècre au plus haut point : les sectes qui prônent un intégrisme religieux ; sans approuver ses méthodes (loin s’en faut) je partage son ressenti vis-à-vis de ce type de communauté : « Le fanatisme religieux faisait toujours autant d’adeptes qui, à l’instar de ses parents, se montraient incapables de comprendre ce qu’aimer son prochain signifie vraiment. (…) Qu’ils aillent pourrir en enfer, tous ceux qui se croyaient meilleurs que les autres parce qu’ils étaient portés par leur foi. »
Reste plus qu’à espérer que le quatrième opus, Journal 64, soit prochainement traduit en français (il date quand même de 2010 et a été cette même année le livre le plus vendu au Danemark), vu le succès critique et commercial des trois premières affaires du Département V je ne serai pas surpris qu’il apparaisse dans les rayons de nos librairies préférées dans les prochains mois. Ca prendra le temps que ça prendra mais je compte bien l’attendre de pieds fermes !