[BOUQUINS] Maud Mayeras – Reflex

M. Mayeras - ReflexEncore un bouquin qui doit son arrivée dans ma bibliothèque à la blogosphère, je ne connaissais pas l’auteure (dont c’est le second roman) et la couv’ ne m’attirait pas plus que ça ; je serai certainement passé à côté de Reflex de Maud Mayeras sans lui accorder un regard… C’était sans compter sur la multitude des tentateurs qui sévissent sur le Net, ils savent se montrer très persuasifs face à l’innocent et fragile lecteur que je suis !
Iris Baudry est photographe à l’identité judiciaire, elle se plonge corps et âme dans son boulot pour essayer de vivre avec la mort de son fils, assassiné onze ans plus tôt. Appelée sur une scène de crime, il lui semble reconnaître le mode opératoire de l’assassin de son fils…
Avertissement : lire ce bouquin demande une bonne dose de masochisme ! Il faut en effet aimer en prendre plein la gueule, Maud Mayeras n’économise pas les coups et sait taper là où ça fait mal. Vous sortirez de Reflex comme un pantin désarticulé, KO technique assuré !
D’un autre côté je ne peux pas dire que je n’avais pas été prévenu, le mot qui revient le plus souvent sur la blogosphère autour de ce bouquin est uppercut. Sauf que l’uppercut en question vous est prodigué par Mjöllnir¹, et qu’il reviendra souvent vous fracasser la pointe du menton.
Le bouquin nous propose de suivre deux intrigues qui, de prime abord, ne semblent pas avoir grand chose en commun (même si on se doute bien qu’il y a anguille sous roche). D’un côté on suit le parcours (et les souvenirs) d’Iris de nos jours (écrit à la première personne). De l’autre on fait la connaissance de Julie, une gamine de douze ans qui se fait violer en septembre 1919 et les conséquences que cela aura (vu de l’extérieur). Si vous découvrez le fil rouge alors là je vous tire mon chapeau !
Le rapport de la mère à l’enfant est omniprésent dans le bouquin. Qu’il s’agisse d’Iris, qui tente, tant bien que mal, de combler la mort de son fils par une totale immersion dans un boulot plutôt glauque (« Pour oublier son rire, j’ai tenté de comprendre ceux qui avaient cherché à l’effacer. Pour oublier son visage, j’en ai cherché d’autres plus abîmés. Pour oublier la douceur de sa peau, je me suis entourée de corps froids. Et pour oublier son odeur, j’ai choisi la puanteur de la mort.« ). Ou encore de la haine (et il y a de quoi la haïr cette vielle garce aigrie) qu’éprouve Iris pour sa mère (« Je n’ai jamais aimé ma mère. Cette façon qu’elle avait de vous humilier, de vous faire mal sans que jamais personne d’autre que vous ne le remarque. (…) Je l’ai détestée si fort, j’ai entretenu ma haine, je l’ai toujours bien nourrie pour qu’elle ne faiblisse pas, qu’elle ne s’éteigne pas.« ). Même dans la partie du récit qui se déroule dans le passé ce thème revient à plusieurs reprises et sous divers aspects que je vous laisse découvrir (et oui je n’envisage pas que vous puissiez avoir envie de passer votre chemin).
N’espérez pas un thriller qui dézingue du méchant (et un ou deux gentils çà et là) à tout va, on flirte d’avantage avec les normes du roman noir. C’est le style de l’auteure qui auréole ce bouquin d’une véritable aura de puissance, il vous bouffe de l’intérieur et vous en redemandez, encore et encore. Maud Mayereas aurait-elle inventé le roman succube (ou incube pour la gente féminine) ?
Si l’aspect investigation de l’intrigue n’est pas omniprésent je peux toutefois vous assurer que l’on ne s’ennuie pas une minute au fil des pages et qu’il n’y a ni longueurs, ni bla-bla inutile. Maud Mayeras va capter votre attention dès les premières pages, vous serez alors sous le charme de son écriture, entre hypnose et transe au fur et à mesure que la tension monte, jusqu’au coup de grâce final qui s’étire, faisant table rase de vos certitudes et hypothèses pour vous laisser sur le cul, la gueule figée dans un sourire béat.
Le personnage d’Iris ne fait pas vraiment penser à l’inspecteur Harry, non seulement elle n’est pas flic, mais en plus elle ne porte pas d’arme. Ajoutez à cela un léger complexe à s’exprimer lié à son bégaiement. Mais n’imaginez pas pour autant une frêle et fragile nana, elle puise sa force dans sa détermination à découvrir la vérité au sujet de la mort de son fils (ce qui l’aménera à déterrer bien d’autres secrets). Iris ne manque pas de caractère et n’aime pas grand chose (de nombreux chapitres commencent par Je n’aime pas…) mais cela ne l’empêche de dégager une incroyable humanité, du coup on s’y attache et on partage encore plus intensément ses émotions…
Un petit bémol ? Bon allez puisque vous insister. Rien à redire au niveau du bouquin à proprement parler, mille merci à Maud Mayeras pour cette lecture d’une rare intensité. En fait le bémol s’adresse plutôt aux éditions Anne Carrière qui semblent bouder le numérique, j’aurai bien vu Reflex bien au chaud dans ma liseuse.
En fin de bouquin l’auteure nous propose une bande originale, sans doute pour accompagner la lecture, même si en général je préfère lire dans ma bulle, entouré par le silence, je suis convaincu que s’il y avait eu de la musique autour de moi pendant que je lisais Reflex, je ne l’aurai pas entendue. J’ai été totalement absorbé par ce bouquin, la bulle est devenue le plus imperméable des bunkers.

¹ Mais qui est donc ce Mjöllnir ? Ou plutôt qu’est-ce donc ? Si vous avez répondu sans hésitation à cette question et sans passer par la case Google, alors vous êtes soit un passioné de mythologie nordique, soit un expert dans les super-héros de Marvel. Le rapport entre ces deux univers ? Thor et son fameux marteau à manche court, ustensile qui répond au doux nom de Mjöllnir. Comment ça je m’égare ? Et alors c’est bien un parking ici, non ?

[BOUQUINS] Peter Stenson – Déchirés

P. Stenson - DéchirésC’est en parcourant le catalogue des éditions Super 8 que j’ai découvert ce roman et presque instantanément craqué pour ce titre. Qui plus est il fait un parfait invité surprise pour mon challenge zombies. Plein de bonnes raisons qui font que Déchirés de Peter Stenson s’est retrouvé propulsé au sommet de mon Stock à Lire Numérique.
Chase et son pote, Sténo, sont tous les deux des junkies accros à la méth. Après une semaine à planer dans les brumes de cristal, ils réalisent que quelque chose ne tourne pas rond… Et pour cause, ils se retrouvent au coeur d’un chaos apocalyptique où les zombies jouent les invités surprises. Des invités affamés de chair fraîche…
La quatrième de couv’ présente le bouquin comme un mix entre les séries Breaking Bad (entendu parler mais jamais vu) et Walking Dead (complètement fan). Une chose est certaine ce roman propose une approche totalement originale (et délirante) de l’Apocalypse Z.
L’auteur nous plonge dans le grand bassin dès les premières page avec une gosse zombifiée qui attaque et bouffe un rottweiler (à ne pas confondre avec le Trierweiler). Amis des bêtes rassurez vous, quelques pages plus tard ce sont des chats qui bectent joyeusement leur maîtresse morte. Un partout, balle au centre.
N’allez pas pour autant vous imaginer que ce bouquin est une grossière parodie de la littérature zombie (un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années). Certes l’humour (souvent noir) est bel et bien présent (voire omniprésent) mais les fondamentaux du genre sont respectés. Un mix osé entre humour et horreur sans jamais virer à la farce, le rire et le gore font bon ménage au fil des pages. Un choix original parfaitement maîtrisé par l’auteur, pour notre plus grand plaisir.
La première originalité du bouquin tient de ses deux héros, une paire de bras cassés camés jusqu’aux yeux. Qui plus est les survivants qu’ils croisent ont eux aussi un gros faible pour la méth : la conclusion s’impose d’elle même pour Chase : « Tous ceux qui sont encore en vie sont accros à la méthamphétamine« . Rassurés par cette conclusion (à moins que ce ne soit l’essence même de la pensée junkie), en plus de leur survie nos deux comparses vont devoir assurer leur ravitaillement en méth.
Les zombies version Peter Stenson ne sont guère différents de ceux que l’on peut croiser ailleurs (ciné, tv ou bouquins), si ce n’est qu’au lieu des grognements habituels ils ont opté pour le ricannement. Leur petit nom ? Les Morbacs, pour Morts-back.
Ecrit à la première personne l’auteur nous fait partager les événements vus par Chase, un style très imagé (par exemple « Des morceaux de chair se détachent de son visage comme de fines tranches de kebab« , ou encore « Ça sent comme un cunni pendant les règles« …) et des pensées pas toujours des plus lucides.
Toujours au niveau du style et de l’écriture les dialogues ne sont pas marqués par des guillemets ou des tirets ; ça surprend un peu au début mais finalement ça contribue à rendre le récit plus vivant, comme si Chase te le racontais de vive voix.
L’auteur nous offre une véritable cocotte-minute, ça commence doucement puis la pression monte progressivement jusqu’à un final qui nous explose littéralement à la gueule (oui je sais que ce n’est pas censé être le cas des cocottes-minute, on va dire qu’elle avait un défaut de fabrication).
Un bouquin qui se hisse tout de suite sur les plus hautes marches de la littérature zombie, non seulement il devrait séduire les adeptes du genre mais aussi attirer un public plus large (et pourquoi pas convertir de nouveaux adeptes). Un genre encore réservé à un public limité, méconnu et souvent méprisé (surtout par ceux qui ne le connaissent pas) ; je suis loin de prétendre être un expert en la matière mais depuis le début de mon challenge zombies j’ai découvert des bouquins bien plus profonds qu’il n’y paraissent et offrant tous une approche différente.
Deuxième titre que je lis des éditions Super 8 et deuxième coup de coeur, il m’en reste deux en stock (sur cinq sortis à ce jour, c’est un score honorable). Sans parler des prochains titres annoncés qui promettent d’être tout aussi savoureux… Bon, sur ce, j’y retourne !

[BOUQUINS] Joe Hill – Cornes

J. Hill - CornesDans la famille King, je voudrai le fils, Joe. Je m’étais promis de me pencher de plus près sur l’univers littéraire de Joe Hill (fils de Stephen King donc), place donc à ma chronique de Cornes, son second roman.
Un lendemain de cuite, Ignatius Perrish (Ig ou Iggy pour les intimes) se réveille avec une paire de cornes sur le crâne. Bizarrement ces excroissances ne semblent choquer personne. Ig ne tarde pas à découvrir que d’un simple toucher il apprend les secrets les plus inavouables de son interlocuteur qui lui confie alors ses pensées les plus sombres. C’est pour lui une occasion unique de chercher à découvrir l’identité de celui qui a violé et sauvagement assassiné sa petite amie, un an plus tôt…
Au fil de son périple Ig ne tardera pas à découvrir que toute vérité n’est pas frocément bonne à entendre, il subira quelques cruelles désillusions de la part de gens sur qui il pensait pouvoir compter. Il faut dire que Ig a été soupçonné pendant un temps d’être l’assassin de Merrin, sa petite amie, bien que blanchi, faute de preuves, sans jamais avoir été totalement innocenté.
Une fois le décor posé, l’auteur alterne entre flash-back (où l’on découvre comment Ig a rencontré Lee, qui deviendra son meilleur ami, et Merrin ; et comment leur trio a évolué jusqu’au meurtre de Merrin) et l’intrigue présente (où Ig met son nouveau pouvoir à profit pour découvrir la vérité sur ledit meurtre). Un choix narratif plutôt bien assumé, les alternances font en sorte de ne pas trop casser le rythme de l’intrigue.
Au niveau des personnages, outre le trio constitué par Ig, Merrin et Lee, il faudra aussi compter sur Terry, le frère ainé de Ig. Des personnages bien construits mais l’auteur parvient aussi à donner une véritable profondeur aux personnages plus secondaires. Pas de superflu, chacun a un rôle bien précis à tenir.
Quid de l’intrigue ? L’identité de l’assassin de Merrin est dévoilée rapidement (vers la moitié du bouquin) mais on a de sérieux soupçons bien avant que Ig ne comprenne (il faut bien reconnaître que Ig n’est pas franchement une lumière). Malgré tout l’auteur maintient notre attention en constant éveil, connaître le meurtrier est une chose, l’éliminer ou le pousser à se dévoiler en est une autre.
Une intrigue originale qui joue aussi avec les genres, on début Joe Hill semble privilégier la carte de l’humour (avec les premières confidences que reçoit Ig), puis au fil des souvenirs, la nostalgie prend possession des lieux avant que la noirceur ne vienne s’imposer en maître des lieux. On pourra peut être regretter quelques digressions et longueurs qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue mais globalement ça passe plutôt bien.
Joe Hill a décidé d’écrire sous un pseudo afin que ses romans ne soient pas comparés à ceux de son illustre paternel ; c’est vrai que l’on imagine bien cette histoire écrite par Stephen King. Mais laissons à Joe Hill ce qui est à Joe Hill, d’autant qu’il s’en sort plutôt bien, sans être parfait le résultat est plus qu’honorable.
Pour l’anecdote l’adaptation cinéma du roman devrait sortir dans les prochaines semaines, sous le titre Horns, avec Alexandre Aja (le plus américains des réalisateurs français) aux manettes et Daniel Radcliffe (si, si, celui de Harry Potter) dans le rôle d’Ig Perrish.

[BOUQUINS] JC Hutchins & Jordan Weisman – Chambre 507

Hutchins & Weisman - Chambre 507Il aura suffi de quelques critiques plutôt enthousiastes pour que je chamboule mon programme de lecture (OK j’avoue que ledit programme repose sur des bases mouvantes, pour ne pas dire franchement instables), poussant ainsi en avant un petit nouveau de mon Stock à Lire Numérique : Chambre 507, un thriller écrit à quatre mains par JC Hutchins et Jordan Weisman.
Zach Taylor est art-thérapeute à Brinkvale, un sinistre institut psychiatrique qui héberge les pires psychopathes. Il se voit confier l’expertise psychiatrique de Martin Grace, accusé de douze meurtres et aveugle depuis deux ans (ce qui coïncide avec la fin des crimes). L’accusation repose exclusivement sur le fait qu’il avait prévenu les victimes avant leur mort sans lésiner sur les détails. Alors, innocent clairvoyant ou coupable machiavélique ?
Brinkvale, Long Island (NY) ? Un petit coin de paradis : « L’ins­ti­tut psy­chia­trique Brinkvale n’avait pas été bâti au-des­sus de la car­rière, mais de­dans. Neuf étages de folie furieuse, à hur­ler, à s’en faire bouillir la cer­velle, em­pi­lés dans la roche sur soixante mètres de hauteur. »
Ses résidents ? Que du beau monde : « Mais en 1875, le trou en ques­tion re­tint l’in­té­rêt d’alié­nistes dé­bor­dés qui cher­chaient un lieu tran­quille, caché aux re­gards du pu­blic, où abriter la po­pu­la­tion crois­sante des fous cri­mi­nels qui sé­vis­saient en ville. Des pa­tients soit trop at­teints pour la pri­son, soit trop dan­ge­reux pour les mo­destes asiles mu­ni­ci­paux. Car en fin de compte, même les can­ni­bales, les vio­leurs en série, les né­cro­philes, les bu­veurs de sang, les schi­zoïdes ul­tra­vio­lents et les gou­rous cha­ris­ma­tiques doivent bien dor­mir quelque part. »
Bon maintenant que le décor est posé on va pouvoir entrer dans le vif du sujet. Attachez vos ceintures, le voyage ne sera pas de tout repos !
Au chapitre des personnages je commencerai par Martin Grace, de loin le plus énigmatique et le plus complexe. Un bloc de marbre. Un iceberg. Avant de le rencontrer on découvre son parcours, et déjà les premières questions affluent. Le premier contact entre Zach et Martin nous plonge tout de suite dans le grand bain. Un bain glacé. Dans des eaux noires. Entouré d’un air vicié. Ce fut bref mais intense ; comme Zach on en ressort « sonné, désarçonné« . Et ça ne fait que commencer…
Passons à Zach Taylor maintenant. Après une jeunesse tumultueuse et rebelle (les relations avec son paternel sont toujours tendues), il semble enfin avoir trouvé sa place. Inutile de vous préciser que pour lui sa rencontre avec Martin Grace va marquer le début d’une descente en enfer, une plongée en apnée dans l’antre de la folie et de la phobie. Une plongée dans les sombres secrets de Martin Grace mais aussi dans ceux de sa propre famille. Heureusement pour éviter de sombrer il pourra compter sur le soutien de son frère, Lucas (un extravagant, adepte du parkour, qui a plus d’un tour dans son sac) et sa nana, Rachael (une geek pour qui l’informatique n’a bien entendu aucun secret). Un trio auquel on ne peut qu’accrocher, ils sont autant complices que complémentaires ; mais surtout ils apportent un peu de lumière dans les ténèbres et un peu de légéreté (avec quelques touches d’humour qui font mouche) dans ce magma oppressant.
Ecrit à la première personne, les auteurs nous proposent de vivre leur intrigue par le biais de Zach ; le résultat est pour le moins percutant. On partage ses questionnements, ses remises en question et ses peurs tandis qu’il creuse le passé de Grace et celui de sa famille. Les auteurs prennent un malin plaisir à brouiller les pistes et à jouer crescendo avec nos nerfs (âmes sensibles s’abstenir).
Il faut dire que l’intrigue est franchement tarabiscotée et menée de main de maître, une fois accroché (et ça va très vite), on ne lâche le bouquin qu’à regrets, espérant pouvoir le reprendre au plus vite. Un thriller foutrement efficace qui vous poussera souvent à vous demander si on est encore dans le rationnel ou si on a basculé dans la quatrième dimension (afin de laisser intact le suspense je ne répondrai pas à cette question).
Certes la fin ne répond sans doute pas à toutes les questions, je soupçonne qu’il s’agisse là d’un geste délibéré des auteurs (plutôt qu’un manque d’inspiration) afin de laisser une porte ouverte à une interprétation personnelle ; c’est une option qui ne m’a pas frustré outre mesure.
A noter que les droits d’adaptation au cinéma ont été achetés par Gore Verbinski (en tant que producteur), espérons qu’il saura s’entourer d’une équipe qui restituera toute la noirceur et la rudesse du roman ; pour rappel Verbinski est surtout connu pour être à l’origine de la saga Pirates des Caraïbes et de Lone Ranger pour Disney, inutile de préciser qu’on ne joue pas vraiment dans la même catégorie avec Chambre 507.
M’est d’avis que cette toute jeune maison d’édition (née en avril 2014 avec Fabrice Colin comme directeur éditorial), Super 8, n’a pas fini de nous surprendre. En tout cas perso je zieute déjà avidement vers plusieurs autres titres de son catalogue. Il y a fort à parier que le petit nouveau ne tardera pas à jouer dans la cour des grands grâce à une ligne éditoriale des plus prometteuses : « inoculer à la littérature mainstream la dose de surnaturel (fantastique, horreur, anticipation, galère post-apocalyptique, etc.) que cette dernière réclame sans le savoir.« 

[NO COMMENT] La lettre D

Quatrième lettre de l’alphabet latin et troisième consonne.
Puise son origine dans l’alphabet proto-sinaïtique d’un symbole représentant soit un poisson, soit une porte.
L’ancêtre Grec de la lettre D est la lettre Delta ; signe mathématique utilisé pour indiquer un changement.
La lettre D vaut 2 points et est présente trois fois dans le jeu de Scrabble (version française).

Quelques mots d’actualité commençant par la lettre D :
Démission – Dissolution – Destitution

Aucun doute, son graphème d’origine symbolise bien une porte !
OUT !Une porte ouverte vers le changement ?

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Au revoir les petits et les grands.
Rendez-vous au prochain épisode.
Avec la lettre I, comme Incompétence !

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Toute ressemblance avec des faits réels ne pourrait qu’être fortuite.
Vous me connaissez, je n’oserai pas… Meuh non !

[BOUQUINS] Sarah Lotz – Trois

S. Lotz - TroisA la sortie de ce bouquin j’ai été tout de suite enthousiasmé par son pitch et sa couv’, puis au fil des critiques diffusées çà et là des avis mitigés, voire franchement négatifs, ont semblé prendre le dessus sur les réactions enthousiastes. Cela aurait pu me pousser à renoncer mais je ne suis pas facilement influençable (et surtout terriblement curieux), voilà comment Trois de Sarah Lotz s’est tout de même retrouvé dans mon Stock à Lire Numérique. Ai-je eu tort ou raison ? Vous le saurez bientôt…
Le 12 janvier 2012 restera dans les esprits comme le Jeudi Noir. Ce jour-là quatre avions de lignes s’écrasent à quelques heures d’intervalles aux quatre coins du monde. Sur trois des sites de crash on retrouve un seul et unique survivant, un enfant. Rapidement les spéculations les plus folles circulent sur les Trois. Comment expliquer leur survie miraculeuse ? Et s’ils n’étaient pas vraiment ce qu’ils ont l’air d’être…
Le bouquin se présente comme un livre dans le livre, à la façon de World War Z de Max Brooks. En l’occurrence il s’agit d’un essai signé Elsphet Martin sur ce fameux Jeudi Noir et le phénomène des Trois. On y trouve des extraits de livres, des interviews et autres comptes-rendus ; bref tout ce que l’on est susceptible de trouver dans un ouvrage de ce genre. Lire un prétendu essai sur un événement fictif peut sembler déconcertant, je comprends même que cela puisse rebuter les moins téméraires, mais personnellement ce choix narratif ne m’a pas choqué outre mesure, d’autant que c’est globalement bien ficelé.
Mine de rien ce choix narratif demande un gros travail d’écriture afin de se mettre à la place de chacun des intervenants. Non seulement ils auront leur propre perception des choses mais aussi une façon personnelle de s’exprimer. Un défi relevé haut la main par l’auteure.
Tout le bouquin se découpe par succession de deux phases appelées respectivement Les Survivants (où l’on découvre le quotidien des familles ayant recueilli un des enfants miraculés) et Le Complot (où s’affrontent les théories conspirationnistes les plus délirantes et les affabulations apocalyptiques de certains groupes religieux sur le pourquoi du comment des crash et les enjeux autour des Trois). Franchement là encore les choses se goupillent bien, on se prend rapidement au jeu.
A partir d’une successions de petits riens, des faits presque anodins pris un à un mais nettement plus significatifs quand on a une vue d’ensemble (privilège des lecteurs que nous sommes), l’auteure nous amène à nous poser des questions, à douter, voire même à installer une véritable tension nerveuse (le cas le plus flippant est celui de Jess, recueillie par son oncle Paul après la mort de ses parents). On frétille d’avance à l’idée de découvrir le fin mot de l’histoire.
Et c’est là que le bât blesse… Imaginez que vous cuisiez un soufflé au fromage, vous le voyez à travers la vitre du four qui gonfle et dore au fur et à mesure de la cuisson, quand vous éteignez le four et ouvrez la porte le truc s’effondre en une masse informe. Et quand vous décidez malgré tout de le goûter vous tombez sur un truc insipide. La comparaison peut paraître cruelle mais c’est bel et bien le ressenti premier en refermant le bouquin. Tout ça pour ça !
Ce n’est pas pour autant que je dirai que ce bouquin est un ratage total, l’auteure réussit à nous tenir en haleine avant une fin un peu trop abrupte qui ne répond à aucune des questions que l’on pouvait se poser. Les (longues) annexes finiront d’enfoncer le clou en brouillant encore un peu plus les pistes sans trancher dans le vif. Avec un final digne du reste il aurait pu prétendre à l’excellence, au lieu de ça il devra se contenter de flotter dans la zone moyenne ; à chacun de se forger sa propre opinion sur les Trois…
Encore un mot pour finir cette chronique. Si vous espérez un thriller pur jus passez votre chemin, il y a une forte part de fantastique dans le développement de l’intrigue ; pour ma part cela ne m’a pas dérangé, la lecture de la quatrième de couv’ ne m’ayant laissé aucun doute sur la question.

Petite pause poétique…

Je ne suis pas particulièrement sensible à la poésie (et je ne parle pas de ces stupides récitations que l’on devait apprendre par coeur à l’école… mes poils se hérissent à ce souvenir) mais il est pourtant des poèmes qui font vibrer quelque chose en moi. Deux exemples parmi les plus connus (en VO et en VF).

If – Rudyard Kipling (1910)

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son !

 

Si – Traduction d’André Maurois (1918)

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.


Funeral Blues – WH Auden (1938)

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

 

Arrêter Les Pendules – Traduction Christian Bourgois (1995)

Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d’aboyer pour l’os que je lui donne.
Faire taire les pianos, et sans roulements de tambours,
Sortir le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors,
Dessinent dans le ciel ces trois mots, Il Est Mort.
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices,
Ganter de noir les mains des agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais que l’amour jamais ne finirait, j’avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu’on les balaye,
Démonter la lune et le soleil,
Vider l’océan, arracher la forêt,
Car rien de bon ne peut advenir désormais.


Et un petit bonus 100% cocorico…

Le Dormeur Du Val – Arthur Rimbaud (1870)

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Traduction libre de John Rambo : « I will kill you fucking bastard ! »

Tag spécial PàL !

Découvert chez Zina et proposé par les éditions PKJ, ce tag dédié à notre passion/supplice (la PàL) m’a bien plu du coup je le partage avec vous.

PàL

Avez-vous dans votre PàL ?

1) un livre dont vous ne savez pas de quoi il parle
Heu… non en général je choisis mes bouquins en fonction de leur histoire.

2) un livre depuis plus d’un an
Si le plus ancien n’avait qu’un an je serai aux anges…

3) un tome 2
2, 3, 4… jusqu’à 15 !

4) plusieurs livres d’une même série
Voir la réponse précédente… plein de séries, commencées ou non.

5) un classique
Plusieurs, en ce moment je lorgne sur deux intégrales : Lovecraft et Sherlock Holmes.
J’ai aussi Molière, Shakespeare, Dante, Vernes ou encore du Dickens…

6) un livre qui vous fait vraiment très très envie
Là encore s’il n’y en avait qu’un ! Le coup de coeur du moment : Reflex de Maud Mayeras

7)  un livre que vous garder pour le lire pendant une période précise (grandes vacances, période de Noël…)
Non, je fonctionne au feeling, selon mon humeur et mes envies du moment je pioche

8) un livre que vous avez prêté sans l’avoir lu
C’est assez fréquent vu que je consomme plus vite que je ne lis

9) un poche
Pas actuellement, d’un autre côté ma PàL est à 99% numérique

10) un livre dont vous aviez complètement oublié l’existence
Non, Alzheimer ne passera pas par moi !

11) votre prochaine lecture (promis, juré !)
Certainement, même si je saurai dire exactement de qui il s’agit. Ma prochaine lecture sortira forcément de ma PàL !

12) un Pocket Jeunesse
Oui, les 4 Theodore Boone de John Grisham

13) un livre que personne n’a aimé, du coup, vous avez un peu moins hâte de le lire
C’est écrit maso sur mon front ? Quelques titres avec des avis mitigés mais aucun qui ait fait l’unanimité contre lui

14) un livre que tout le monde a aimé, du coup, vous avez peur d’être déçu
En général je fais confiance aux avis auxquels je me fie donc non

15) un livre qui va être adapté au cinéma et que vous voulez absolument lire avant (si, si !)
Le cinquième opus de l’intégrale du Trône de Fer… Bon OK c’est à la télé mais c’est pareil.
En général j’essaye de lire le bouquin avant de voir l’adaptation ciné/TV.

16) un livre avec une tranche rouge
Le hasard veut que le dernier survivant de ma PàL papier soit W3 de Jérome Camut et Nathalie Hug, donc oui

17) un livre de votre auteur préféré
Difficile à dire vu que j’ai plusieurs auteurs préférés et aucun qui ne sorte vraiment du lot.
On va dire la saga de La Tour Sombre de Stephen King.

18) une suite de série mais avouez-le, vous ne vous souvenez plus de l’histoire des tomes précédents
Voir réponse 10, Alzheimer et moi ça fait deux… pour le moment !

19) un thriller
Un seul ? C’est une blague !
Au pif : N’Oublier Jamais de Michel Bussi

20) un roman fantastique
Idem.
Un exemple : la trilogie 1Q84 de Haruki Murakami

21) une dystopie
Idem dans une moindre mesure.
Le dernier en date : 2097 – Mémoires De Mon Père de Jérôme Bezançon

22) une romance
Sauvé ! J’en ai trouvé un. En cherchant bien il doit y en avoir quelques autres en stock…
La Délicatesse de David Foenkinos

23) un livre d’un auteur dont le nom de famille commence par C (oui c’est très précis)
J’ai toute l’alphabet en stock sauf Q et X… Si vous avez des suggestions pour combler cette lacune.
La série Jack Reacher de Lee Child par exemple

24) un livre qu’on vous a conseillé
Là encore il n’y en a pas qu’un.
Exemple : Les Quinze Premières Vie D’Harry August de Catherine Webb

25) plusieurs livres d’un même auteur
Tu aimes les questions redondantes toi… Avoue !
Hors saga, la réponse reste oui. 4 titres de Arnaud Delalande par exemple

26) un livre avec le mot « secret » dans le titre
Sérieux ? Et pourquoi secret en particulier ? As-tu déjà songé à voir un psy ?
Le Secret De Dieu de David Emton
Par contre je n’ai pas de livre avec une tranche rouge, contenant le mot secret et écrit par un auteur dont le nom commence par C… faut pas pousser !

27) le dernier livre que vous avez acheté
Serial Killers (édition 2014) de Stéphane Bourgoin

28) un autre livre Pocket Jeunesse
Contre toute attente, oui !
La trilogie Leviathan de Scott Westerfeld

29) un livre que vous avez acheté pour la couverture
La couv’ peut m’inciter à m’intéresser à un bouquin mais ne sera jamais l’élément décisif.
Ainsi la couv’ de L’Ange de Michel Rietsch m’a fait de l’oeil, le pitch semblait appétissant donc j’ai craqué

30) plus de livres que vous n’en lisez en un an (la question vaut 5 points)
En une vie même !

C’est l’heure des comptes…

Chaque réponse positive vaut un point, sauf la question 30 qui en vaut 5.
De 0 à 5 points : votre PAL est quasiment vide! Applaudissements, ola, standing ovation! Respect total.
De 5 à 15 : vous gardez le contrôle. Vous savez vous montrer raisonnable. Félicitations !
De 15 à 25 : vous accumulez les livres. Vous n’avez pas encore atteint une condition critique, mais vous avez de la lecture en prévision !
De 25 à 35 : avouez, vous avez arrêté de compter les livres de votre PAL. Vous en êtes à ce point !

Mon score : 27
Irrécupérable… mais bon je m’en doutais un peu.

[BOUQUINS] David Messager – Article 122.1

D. Messager - Article 122.1Une découverte estampillé avant-première France loisirs, lue le temps d’un week-end, Article 122.1 de David Messager au programme de cette chronique du lundi matin.
Quand un corps calciné est découvert dans les catacombes le commandant Estelle Lacroix, de la PJ de Paris, devine un mode opératoire similaire à celui de Mygale, un tueur en série qui la fascine et à ce jour jamais identifié. Cependant certains faits feraient plutôt pencher pour un imitateur. Mygale est-il de retour ? S’agit-il d’un imitateur ? Si oui, ce dernier ne risque-t-il pas de faire sortir Mygale de son silence ?
Premier point à éclaircir, le titre. L’article 122-1 du Code Pénal fait référence à la responsabilité pénale en cas de trouble psychique : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »
L’auteur nous livre là un premier roman particulièrement bluffant, un thriller psychologique et psychiatrique de très haut niveau. Il faut dire David Messager (pseudo de plume) est juge d’instruction, qui plus est il a été membre d’une commission départementale des hospitalisations psychiatriques. Autant dire qu’il s’aventure sur un terrain connu, et cela se ressent au niveau de son intrigue d’une vraisemblance à couper le souffle.
Si vous voulez une nuance entre réalisme et vraisemblance je vous renvoie à une phrase de l’auteur : « Je pense que le lecteur a davantage besoin de vraisemblance que de réalisme. (…) Mais au fond, la réalité dépasse souvent la fiction. » Dans la partie coupée (…) il indique qu’un récit 100% réaliste serait chiant à mourir (heu… pas vraiment en ces termes mais j’interprète librement le fond de sa pensée).
L’intrigue nous scotche dès les premières pages et jouera habilement avec nos nerfs et nos certitudes au fil des chapitres. Un scénario machiavélique à souhait servi par des personnages tout aussi criants de vérité et sujets au doute (difficile d’appréhender avec justesse le personnage d’Estelle Lacroix… parfois sympathique, parfois hystérique. Victime, coupable ou les deux à la fois ?).
Ajoutez à cela un style simple mais efficace qui nous plonge au coeur de l’intrigue et permet une lecture parfaitement fluide ; je puis vous assurer qu’une fois plongé dans le bouquin vous aurez du mal à le lâcher. L’auteur n’a sans doute pas encore la maîtrise d’un Chattam, Grangé ou Thilliez pour nous mettre les nerfs à vif mais pour un premier roman il m’a laissé sur le cul.
Un second roman est en préparation, je ne saurai vous dire s’il est toujours au stade embryonnaire ou, à contrario, quasiment bouclé ; une chose est sure j’ai vraiment hâte de le découvrir.

[BRD] La Belle Et La Bête

La Belle Et La BêteUne pause cinéma au royaume des contes de fées pour changer un peu. Place à La Belle Et La Bête, version 2014, avec Christophe Gans aux manettes.
Est-il encore besoin de présenter l’histoire ? Belle (Léa Seydoux) se rend auprès de la Bête (Vincent Cassel) à la place de son père (André Dussolier). Au lieu de la tuer la Bête lui offre l’hospitalité mais elle a interdiction de quitter le domaine. D’abord effrayée, elle va peu à peu découvrir la vérité à propos du « monstre »…
Comme tous les contes issus de la tradition orale il est difficile d’avoir une idée précise de l’origine de cette histoire ; toutefois la première version écrite est attribuée à Suzanne de Villeneuve et date de 1740. C’est cependant la version raccourcie de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, écrite en 1757, qui s’imposera comme la référence.
Le conte a fait l’objet de nombreuses adaptations (films, dessins animés, téléfilms, comédies musicales, théâtre…). Au niveau cinéma, puisque c’est quand même l’objet de ce post, je suis resté sur la version de Jean Cocteau (1946, avec Josette Day et Jean Marais) et la version animée de Disney (1991). Présentement, le réalisateur, Christophe Gans (Crying Freeman, Le Pacte Des Loups…), a pris le parti de renouer avec le conte original de Mme de Villeneuve.
Est-ce qu’une énième adaptation s’imposait ? Au vu du résultat je n’hésiterai pas à répondre OUI. Esthétiquement le film est un vrai régal pour les yeux, le jeu des acteurs est plus que convaincant et sert une intrigue enrichie par rapport au film de Cocteau. Je ne dis pas ça pour le plaisir de dézinguer un classique de plus ; j’apprécie le film de Cocteau dans son contexte mais il a quand même pris un sacré coup de vieux à plus d’un titre. Je faisais 100% confiance à Christophe Gans pour parvenir à faire du neuf avec du vieux, le pari est totalement réussi. Le réalisateur et son équipe nous offrent un film tout bonnement enchanteur, que demander de plus d’un conte de fées ?
J’ajouterai simplement que le film devrait séduire petits et grands. La dimension féerique est bien entendue respectée, si la romance entre Belle et la Bête passe au second plan c’est pour privilégier une intrigue plus dense. Une intrigue qui va se jouer sur deux plans temporels, d’une part avec une série de flash-backs qui nous expliqueront le pourquoi du comment de la malédiction de la Bête (même si on en devine la cause rapidement), d’autre part dans le présent avec les conséquences des magouilles foireuses du frère aîné de Belle. A noter que la bande son contribue aussi à créer cette ambiance enchanteresse. Peut être pas le film de l’année mais une belle réussite tout de même.