[BOUQUINS] Christophe Royer – NĂ©rĂ©ides

AU MENU DU JOUR


Titre : Néréides
SĂ©rie : Nathalie Lesage – livre 3
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2023
Origine : France
278 pages

De quoi ça cause ?

Quand Samir, un ami (et accessoirement ex-amant), appelle Nathalie Lesage Ă  la rescousse, elle n’hĂ©site pas Ă  poser quelques jours de congĂ©s afin de le rejoindre Ă  Albi.

Samir apprend Ă  Nathalie que sa jeune sĹ“ur, Ă©tudiante Ă  Albi, a disparu depuis quelques jours. Devant le manque de rĂ©activitĂ© de la police locale, Nathalie dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte en sous-marin…

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et Christophe Royer. L’occasion de suivre la troisième enquĂŞte de Nathalie Lesage dans un nouveau dĂ©cor et autour d’une nouvelle thĂ©matique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Après Paris et Lyon, c’est Ă  Albi que Nathalie Lesage va poser ses bagages le temps d’une nouvelle enquĂŞte… mais cette fois ladite enquĂŞte n’a aucun caractère officiel, Nathalie rĂ©pond Ă  l’appel Ă  l’aide d’un ami.

Ledit ami n’est pas un total inconnu pour ceux et celles qui suivent Nathalie Lesage depuis ses dĂ©buts. On le croise en effet dans LĂ©sions Intimes, le premier roman de la sĂ©rie. Nathalie et lui seront amants avant qu’elle ne plaque tout pour se ressourcer en Irlande.

Il est vrai qu’en arrivant Ă  Albi Nathalie Lesage comptait s’en remettre Ă  ses collègues locaux… mais devant leur immobilisme et une mauvaise volontĂ© Ă©vidente, elle va prendre les choses en main avec Samir.

Une fois de plus Christophe Royer confronte ses personnages aux perversions les plus sombres de l’âme humaine. J’avoue sans la moindre gĂŞne que toute la thĂ©matique autour de la Magia Sexualis m’est complètement passĂ© au-dessus de la tĂŞte (je pense pourtant ĂŞtre un esprit plutĂ´t ouvert, mais il y a tout de mĂŞme des limites Ă  ne pas franchir). Heureusement cela ne m’a nullement empĂŞchĂ© de profiter pleinement de l’intrigue.

Au chapitre des retrouvailles j’ai aussi apprĂ©ciĂ© de voir que Cyrille, le jeune collègue de Nathalie Ă  Lyon allait lui aussi ĂŞtre de la partie. Une enquĂŞte au cours de laquelle il paiera de sa personne entre les griffes du sadique Monsieur Etienne.

Autre belle rencontre avec Lucie Dubrac, une sympathique grand-mère qui n’a jamais vraiment perdu espoir de retrouver sa petite-fille disparue après avoir Ă©tĂ© contactĂ©e par cette mystĂ©rieuse Ă©cole de magie albigeoise.

L’intrigue est bien menĂ©e et bien documentĂ©e, mĂŞme si elle ne nous rĂ©serve pas vraiment de grosses surprises (hormis la motivation de ceux qui se cachent derrière les enlèvements). On prend plaisir Ă  suivre Nathalie et Samir, leurs rĂ©actions parfois impulsives et irraisonnĂ©es peuvent se justifier par l’absence de cadre lĂ©gal Ă  leur action et leur implication personnelle.

Les chapitres sont courts, le style ne s’embarrasse de fioritures, tout est fait – et bien fait – pour que le lecteur soit en totale immersion au cĹ“ur de l’action.

Un roman dĂ©vorĂ© d’une traite (comme souvent quand j’ai un titre des Ă©ditions Taurnada entre les mains). Sans surprise je serai au rendez-vous pour la prochaine enquĂŞte (annoncĂ©e dans les remerciements) de Nathalie Lesage.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mo Malo – Bienvenue Chez Les Corrigan !

AU MENU DU JOUR


Titre : Bienvenue Chez Les Corrigan !
SĂ©rie : La Breizh Brigade – Livre 1
Auteur : Mo Malo
Éditeur : Les Escales
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Le Manoir des Corrigan est une maison d’hĂ´tes de Saint Malo tenue par trois gĂ©nĂ©rations de femmes au caractère bien trempĂ©e. Sur le papier c’est Maggie, la pĂ©tillante doyenne, qui gère le domaine, mais elle peut heureusement compter sur l’aide de sa fille et de sa petite-fille, Louise et Enora.

Quand le corps sans vie d’un joueur de cornemuse est retrouvĂ© dans la maison d’hĂ´te voisine (et concurrente), les Corrigan vont reformer la Breizh Brigade afin de mener leur propre enquĂŞte sur ce meurtre.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est Mo Malo qui prend les rĂŞnes de cette nouvelle invitation au voyage. Bye bye le Groenland et bienvenue en Bretagne, Ă  Saint Malo plus prĂ©cisĂ©ment.

C’est aussi pour moi une façon comme une autre de faire honneur mes lointaines origines bretonnes.

Ma Chronique

J’avoue avoir Ă©tĂ© quelque peu surpris que ce soit sous le pseudo de Mo Malo que l’auteur se lançai dans l’aventure bretonne avec sa Breizh Brigade. D’un autre cĂ´tĂ©, le choix du pseudo Ă©tant un hommage Ă  ses origines bretonnes, ceci explique sans doute cela.

Une aventure qui l’entraĂ®ne bien loin du Groenland oĂą il nous avait habituĂ© Ă  suivre les tumultueuses enquĂŞtes de Qaanaaq Adriensen et son Ă©quipe.

Les cĂ´tes bretonnes offrent un paysage plus apaisĂ©, de fait l’auteur abandonne les cĂ´tes escarpĂ©es du thriller pur et dur pour les chemins champĂŞtres du cosy crime (ou cosy mystery). Des enquĂŞtes plus lĂ©gères qui laissent une belle place Ă  l’humour et gĂ©nĂ©ralement portĂ©es par des personnages haut en couleurs.

Nul doute que le trio fĂ©minin intergĂ©nĂ©rationnel constituĂ© par les Corrigan entre parfaitement dans le cadre. La doyenne, Maggie, Ă  l’aube de ses 70 ans, n’est pas du genre Ă  se laisser marcher sur les pieds. Son âge ne l’empĂŞche nullement de consommer sans modĂ©ration les amants et les verres de whiskey irlandais. Louise, la fille, institutrice de profession, est certes plus effacĂ©e mais rien n’Ă©chappe Ă  son Ĺ“il de lynx. Enora, la petite fille, suit des Ă©tudes vĂ©tĂ©rinaires, la rousse flamboyante dĂ©borde d’Ă©nergie et vit dans l’ombre sa propre histoire secrète.

Quand un macchabĂ©e est retrouvĂ© dans une position pour le moins inattendue dans une chambre de la maison d’hĂ´tes voisines, les Corrigan dĂ©cident de reformer la Breizh Brigade pour mener leur propre enquĂŞte. N’allez surtout pas croire que les Corrigan veulent protĂ©ger la rĂ©putation de leur voisin et nĂ©anmoins rival… une vieille et tenace animositĂ© sĂ©pare les deux familles. En fait les Corrigan espèrent surtout protĂ©ger leurs arrières en s’octroyant un droit de regard sur l’enquĂŞte officielle.

Pour cette première immersion dans le cosy crime, Mo Malo tire parfaitement son Ă©pingle du jeu, grandement aidĂ© par son trio d’enquĂŞtrices qui ne devrait laisser personne indiffĂ©rent, mais aussi Ă  grand renforts de personnages secondaires mitonnĂ©s aux petits oignons.

Si l’intrigue Ă  proprement parler ne devrait pas provoquer de brusques poussĂ©es d’adrĂ©naline, elle n’en reste pas moins bien menĂ©e. Pas de grosse surprise, ni de brusque revirement de situation au menu des festivitĂ©s, mais cela ne devrait pas empĂŞcher le lecteur de suivre l’affaire avec un intĂ©rĂŞt amusĂ©.

Comme beaucoup si on me demandait de citer une auteure d’outre-Manche considĂ©rĂ©e comme une « Reine du Crime », c’est le nom d’Agatha Christie qui me viendrait Ă  l’esprit. Chez les Corrigan toutefois on ne jure que par L.T. Meade, une prolifique auteure irlandaise qui put prĂ©tendre Ă  la couronne bien avant sa cadette britannique.

Un second opus devrait ĂŞtre publiĂ© dans les prochaines semaines, je serai bien entendu fidèle au poste pour dĂ©couvrir la suite des aventures de la Breizh Brigade. Et après ? Seul Mo Malo est en mesure de rĂ©pondre Ă  cette question. Pour ma part je ne dĂ©sespère pas de le voir chausser Ă  nouveau les raquettes pour un retour au Groenland, en attendant laissons Qaanaaq profiter d’un repos bien mĂ©ritĂ©.

Ce n’est sans doute pas totalement un hasard si le nom de famille Corrigan est proche des Korrigan, terme qui, dans la culture traditionnelle bretonne (et celte), dĂ©signe des lutins capables du meilleur comme du pire.

MON VERDICT

[BRD] Bullet Train

Ă€ L’AFFICHE DU JOUR


Titre : Bullet Train
Réalisation : David Leitch
Production : Columbia Pictures
Distribution : Sony Pictures
Origine : Etats-Unis / Japon
Durée : 2h07

Casting

Brad Pitt : Coccinelle
Aaron-Taylor-Johnson : Mandarine
Brian Tyree Henry : Citron
Joey King : Le Prince
Andrew Koji : Le Père
Hiroyuki Sanada : L’Ancien
Michael Shannon : La Mort Blanche

Le pitch

Coccinelle est un assassin malchanceux mais particulièrement dĂ©terminĂ© Ă  accomplir sa nouvelle mission paisiblement. Une mission en apparence on ne peut plus simple puisqu’il s’agit de dĂ©rober une valise dans le Shinkansen qui assure la liaison entre Tokyo et Kyoto.

Mais le destin en a dĂ©cidĂ© autrement et l’embarque dans le train le plus rapide au monde aux cĂ´tĂ©s d’adversaires redoutables qui ont tous un point commun, mais dont les intĂ©rĂŞts divergent radicalement…

Ma chronique

Le film est l’adaptation d’un roman japonais Ă©crit par Kotaro Isaka, c’est d’ailleurs le roman que j’ai dĂ©couvert en premier (sans avoir encore pris le temps de le lire). C’est la sortie du film qui permettra au public français de dĂ©couvrir le roman jusqu’alors inĂ©dit dans la langue de Molière.

D’entrĂ©e de jeu le personnage de Coccinelle, interprĂ©tĂ© par Brad Pitt, a de quoi surprendre. Voleur professionnel (et plus si affinitĂ©s) un tantinet poissard, le gars est en plein questionnement sur sa vie et son avenir, il essaye dĂ©sormais de suivre les conseils prodiguĂ©s par son coach en dĂ©veloppement personnel. On est bien loin du hĂ©ros viril qui joue des poings et des flingues pour s’imposer.

C’est presque Ă  contrecĹ“ur qu’il accepte la mission qui lui confie sa boss. Une mission on ne peut plus simple en apparence : embarquer dans le Shinkansen Tokyo-Kyoto, repĂ©rer et voler une valise puis quitter le train au prochain arrĂŞt. Mais la mallette en question contient l’argent d’un redoutable chef criminel et elle est actuellement sous la responsabilitĂ© d’un duo de tueurs (Citron et Mandarine) qui doivent aussi assurer la protection du fils de ce mĂŞme criminel. Ajoutez Ă  cela que dans ce mĂŞme train un père en quĂŞte de vengeance embarque. Et quelques autres passagers tout aussi dangereux et imprĂ©visibles… Ah oui j’oubliais, il y a aussi un serpent venimeux – dont le venin cause une mort aussi douloureuse que sanglante – qui se balade dans les travĂ©es.

Le contexte aurait parfaitement pu se prĂŞter Ă  un huis clos meurtrier et oppressant, mais l’intrigue va plutĂ´t jouer la carte de l’action survoltĂ©e (quitte Ă  flirter parfois avec les limites de la crĂ©dibilitĂ©) et de l’humour (souvent noir). Ça cogne, ça saigne, ça meurt mais l’ensemble est orchestrĂ© avec beaucoup de lĂ©gèretĂ©, Ă  la limite du dĂ©tachement mĂŞme. Du coup on suit tout ça d’un Ĺ“il amusĂ© sans vraiment se poser de question sur la moralitĂ© de tout ce joyeux bordel.

Au fil du trajet entre Tokyo et Kyoto, les imprĂ©vus s’enchaĂ®nent. Les plans et les alliances se font et se dĂ©font. On se doute bien que la confrontation finale sera haute en couleurs… et elle tient toutes ses promesses !

Les acteurs sont juste parfaits dans cette chorĂ©graphie dĂ©jantĂ©e, mĂŞme si certains n’ont le droit qu’Ă  un rĂ´le Ă©phĂ©mère, tous apportent leur pierre Ă  l’Ă©difice et Ă  la comprĂ©hension de ce qui se trame dans ce train.

Une comĂ©die d’action totalement assumĂ©e qui remplit son rĂ´le Ă  la perfection, on s’Ă©clate sans prise de tĂŞte. Que demander de plus ?

♥♥♥♥

[BOUQUINS] MichaĂ«l Mention – Les Gentils

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Gentils
Auteur : Michaël Mention
Éditeur : Belfond
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Franck Lombard avait tout pour ĂŞtre heureux, un mĂ©tier qui est aussi une passion, une femme qu’il adore et une petite fille dont il est raide dingue.

Tout bascule un jour de juin 1977. Un braquage minable qui tourne mal, la gamine est mortellement blessée alors que le braqueur prend la fuite. Face au drame, le couple se délite.

Un an plus tard, l’enquĂŞte de police est au point mort. Les policiers ont une description sommaire du braqueur, seul rĂ©el signe distinctif : le A d’anarchie tatouĂ© sur une Ă©paule.

Franck dĂ©cide alors de mener sa propre enquĂŞte pour trouver et Ă©liminer l’assassin de sa fille…

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est MichaĂ«l Mention. Je reconnais volontiers ne pas avoir tout lu de l’auteur (loin de lĂ ), parfois par choix, parfois – souvent – par manque de temps, mais les titres que j’ai lus ne m’ont jamais laissĂ© indiffĂ©rent, certains m’ont mĂŞme fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Perdre son enfant est sans aucun doute l’Ă©preuve la plus terrible qui puisse arriver Ă  un couple, plus encore quand la mort de l’enfant est provoquĂ©e par un tiers. Et encore plus encore (pas très français tout ça), quand le tiers en question n’est pas identifiĂ© par la police.

Deuil impossible, soif de vengeance, jusqu’Ă  l’obsession… jusqu’Ă  la folie. Ainsi pourrait se rĂ©sumer la quĂŞte de Franck, mais ce serait trop rĂ©ducteur pour le roman de MichaĂ«l Mention.

L’auteur situe son intrigue en 1978, un choix qui ne doit rien au hasard pour que la fiction rejoigne l’Histoire dans les derniers chapitres du bouquin. C’est aussi l’occasion pour MichaĂ«l Mention de crier haut et fort son amour de la musique, et plus particulièrement du rock, tout comme son hĂ©ros tourmentĂ©. Au fil des chapitres, Franck se laissera porter par le son de The Doors, Lynyrd Skynyrd, The Who ou encore AC/DC (pĂ©riode Bon Scott), mais aussi par les mĂ©lodies de Serge Gainsbourg, Barbara ou Brassens.

La traque obsessionnelle de Franck le mènera de Paris Ă  Marseille, avant de dĂ©coller pour la Guyane et enfin rejoindre le Guyana. L’association Guyana et 1978 a immĂ©diatement fait passer tous mes signaux au rouge et m’a orientĂ© vers un final quasi inĂ©vitable (la suite me donnera raison).

Si au cours de son pĂ©riple Franck fera quelques belles rencontres, force est de constater qu’il est un vĂ©ritable aimant Ă  emmerdes et attire Ă  lui bien des individus peu recommandables. Plus d’une fois il risquera sa vie, mais jamais il ne renoncera. Pour se motiver, il s’accroche Ă  des Ă©changes imaginaires avec sa fille.

Sans forcĂ©ment adhĂ©rer Ă  la traque de Franck (d’autant que l’on a aucune certitude qu’il en a après la bonne personne), son parcours nous vrille les tripes. Et mĂŞme quand l’intrigue flirte avec l’improbable, on a envie d’y croire. Ă€ croire que l’obsession de Franck est contagieuse…

Pour construire son roman, MichaĂ«l Mention opte pour des chapitres courts, taillĂ©s Ă  la machette, tout comme le phrasĂ© qu’il emploie. On prend les mots comme autant de baffes dans la tronche. Le talent narratif de l’auteur nous fait rapidement oublier d’Ă©ventuels bĂ©mols.

Avec ce roman, le quatorzième depuis 2008, MichaĂ«l Mention confirme qu’il a une plume unique en son genre, capable de transformer en or tout ce qu’il touche (avec Jeudi Noir il a mĂŞme rĂ©ussi Ă  me faire lire un bouquin dont l’intrigue tourne autour du foot).

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Jean-Laurent Del Socorro – Je Suis Fille De Rage

AU MENU DU JOUR


Titre : Je Suis Fille De Rage
Auteur : Jean-Laurent Del Socorro
Éditeur : ActuSF
Parution : 2019
Origine : France
350 pages

De quoi ça cause ?

1861. La guerre civile déchire les Etats-Unis à la suite de la Sécession de certains états du sud. Les deux camps se préparent à ce conflit inédit, chacun étant persuadé de sortir en grand vainqueur de cette guerre.

Tout au long du conflit, Lincoln s’entretiendra en tĂŞte Ă  tĂŞte avec La Mort dans le bureau prĂ©sidentiel de la Maison Blanche.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que ce bouquin me fait de l’Ĺ“il depuis les trĂ©fonds de mon Stock Ă  Lire NumĂ©rique. Un Book Club sur le thème de la fantasy dĂ©signera ce roman comme heureux Ă©lu, c’est l’occasion rĂŞvĂ©e pour succomber Ă  la tentation.

Ma Chronique

D’entrĂ©e je tiens Ă  prĂ©ciser que le cĂ´tĂ© fantasy est quasiment inexistant, un prĂ©sident qui cause avec La mort lorgne plus vers le registre fantastique si vous voulez mon avis. Mais ce bouquin est avant tout un roman choral historique pour lequel Jean-Laurent Del Socorro a produit un Ă©norme travail de documentation (comme l’atteste la bibliographie sĂ©lective en fin d’ouvrage) afin de rester aussi fidèle que possible Ă  l’Histoire de la Guerre de SĂ©cession.

J’avoue très humblement que ma connaissance de la guerre civile amĂ©ricaine se limite Ă  ce que j’ai pu voir au cinĂ©ma et Ă  la tĂ©lĂ©vision… et la lecture de la sĂ©rie BD Les Tuniques Bleues. Autant dire que je suis franchement profane sur le sujet.

Dans le roman de Jean-Laurent Del Socorro les personnages historiques (Lincoln en tĂŞte, mais aussi les gĂ©nĂ©raux Grant – Nord – et Lee – Sud – et d’autres encore plus ou moins connus) cĂ´toient les personnages inventĂ©s par l’auteur qui prendront une part plus ou moins active au conflit.

Dans le mĂŞme ordre d’idĂ©e, le lecteur va alterner entre les documents historiques (extrait de presse, Ă©changes officiels ou personnels des acteurs du conflit) et le rĂ©cit Ă  proprement parler.

L’auteur aide le lecteur profane Ă  y voir plus clair grâce Ă  un guide de lecture et une carte qui s’avĂ©reront de prĂ©cieux alliĂ©s.

Le roman est divisĂ© en cinq parties (une par annĂ©e de guerre, de 1861 Ă  1865), elles-mĂŞmes dĂ©coupĂ©es en chapitre donnant voix Ă  un point de vue (c’est le principe du roman choral, que les anglo-saxons appellent tout simplement point of view – PoV pour les intimes). On passe ainsi du point de vue Nordiste Ă  celui Sudiste sans que l’auteur ne cherche Ă  faire pencher la balance dans un sens ou un autre.

La construction s’avère d’une redoutable efficacitĂ©, l’immersion est totale, en quelques heures vous vivez les cinq annĂ©es de guerre civile qui ont dĂ©chirĂ© les Etats-Unis. On dĂ©couvre ainsi que l’esclavage n’a pas immĂ©diatement une motivation pour Lincoln qui visait avant tout Ă  rĂ©unifier le pays, ce n’est qu’en 1863 qu’il fera de l’esclavage un de ses chevaux de bataille (par conviction ou par stratĂ©gie ? Ă  chacun de se faire sa propre opinion sur le sujet).

L’image que l’on peut se faire de certain hĂ©ros de la guerre de SĂ©cession tels que Grant ou Sherman prend du plomb dans l’aile quand on songe au nombre de vies qu’ils ont sacrifiĂ©… Ă©tait-ce vraiment le prix Ă  payer pour remporter la victoire ?

Dans le camps Sudiste le gĂ©nĂ©ral Lee apparaĂ®t comme un fin stratège qui doit gĂ©rer des ressources moindres que ses adversaires du Nord mais donnera bien du fil Ă  retordre Ă  ses ennemis avant de se rendre… bien conscient que prolonger le combat reviendrait Ă  sacrifier inutilement des soldats dĂ©jĂ  lourdement Ă©prouvĂ©s.

Ă€ l’opposĂ© Nathan Forrest est un illuminĂ© mystique qui trouve dans la Bible la justification de sa haine contre le Nord et de son racisme. J’avoue que je connaissais pas du tout ce personnage, mais, comme vous pourrez le constater, chez certains la haine fait partie intĂ©grante de leur personne. Ce n’est pas une fin de conflit ou une dĂ©faite qui les changera.

Certains personnages apportent heureusement un peu de légèreté au milieu de la boue, des larmes et du sang. Je pense notamment à ces amoureux qui ridiculisent gentiment le couple mythique d’Autant En Emporte Le Vent.

J’ai particulièrement aimĂ© suivre les parcours de Caroline (la Fille qui n’a plus de père), Kate (l’Affranchie qui n’est pas libĂ©rĂ©e), Jenny (la Capitaine qui force le destin) ou encore Minuit et son Bleu. D’autres ne feront que des passages Ă©clairs dans le conflit (tels que Sue, Soldate confĂ©dĂ©rĂ©e et Nolan, Soldat de l’Union).

Ce roman fut une belle surprise et une belle découverte, captivant de bout en bout.

MON VERDICT

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Une Saison Pour Les Ombres

AU MENU DU JOUR


Titre : Une Saison pour Les Ombres
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2023
Origine : Angleterre (2022)
408 pages

De quoi ça cause ?

Jack Devereaux, installé à Montréal depuis des années, espérait avoir définitivement tiré un trait sur son passé et Jasperville, la ville où il a grandi. Un trou paumé au fin fond du grand nord québécois qui ne lui rappelle pas que des bons souvenirs.

Son frère cadet, qu’il n’a pas revu depuis vingt-six ans, est emprisonnĂ© une violente agression. Sa victime est entre la vie et la mort. L’officier en poste Ă  Jasperville aimerait que Jack l’aide Ă  comprendre ce qui a pu se passer. Impossible de refuser, Jack va devoir retourner Ă  Jasperville… et affronter son passĂ©.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que le duo Sonatine et R.J. Ellory est l’assurance de passer un bon – voire un très bon – moment de lecture.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est pour relever un challenge lancĂ© par ses Ă©diteurs anglais (Orion Books) et français (Sonatine) que R.J. Ellory situe l’intrigue de son nouveau roman au Canada, et plus exactement dans la belle province de QuĂ©bec.

Oubliez les dĂ©cors de cartes postales, Jasperville est une ville minière situĂ©e dans le Grand Nord quĂ©bĂ©cois. Accessible uniquement en train (quand les rails ne sont pas gelĂ©s), l’hiver dure huit mois, huit mois de tempĂ©ratures glaciales que les rares et timides rayons de soleil ne parviennent Ă  rĂ©chauffer. Oubliez aussi vos smartphones et l’idĂ©e de vous connecter Ă  Internet, seul le tĂ©lĂ©phone filaire fonctionne… parfois. Le genre de bled oĂą Ă  peine arrivĂ© tu as dĂ©jĂ  envie de prendre les jambes Ă  ton cou et de filer… en revanche Ă©vitez la forĂŞt, vous pourriez y croiser une meute de loups ou un ours.

Outre le cadre particulièrement inhospitalier, voire franchement hostile, l’auteur va aussi devoir se confronter Ă  la spĂ©cificitĂ© biculturelle (francophone et anglophone) du QuĂ©bec.

En 1969, Jacques Devereaux va y suivre ses parents alors qu’il Ă©tait âgĂ© de 3 ans, il y restera jusqu’Ă  ses 19 ans. Il quittera la ville, laissant derrière lui la fille qu’il aime et son frère cadet et des promesses qu’il ne tiendra pas.

C’est Ă  MontrĂ©al qu’il posera ses valises, deviendra Jack Devereaux et se construira une vie sans attaches ni engagements. Bien dĂ©cidĂ© Ă  oublier dĂ©finitivement Jasperville, et tant pis pour la culpabilitĂ© qui vient parfois – souvent – se rappeler Ă  son bon souvenir.

Et pourtant quand le Sergent Nadeaux, en poste Ă  Jasperville, le contacte pour l’informer que son frère est en prison pour avoir violemment agressĂ© un homme, le laissant quasiment pour mort, Jack ne va pas hĂ©siter une seconde et retourner dans la ville qui l’a vu grandir.

Au fil des chapitres – et du voyage de Jack – on va dĂ©couvrir le parcours de la famille Devereaux, et tout particulièrement les jeunes annĂ©es de Jacques, l’aĂ®nĂ© des trois enfants. Une jeunesse pas franchement Ă©panouie mais pas non plus des plus malheureuses, exception faite des nombreux drames qui jalonneront ces annĂ©es. Notamment le dĂ©cès de trois adolescentes dans des circonstances particulièrement brutales mais jamais clairement dĂ©finies (comme le dit fort justement le proverbe : « Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. »).

Pour essayer de comprendre pourquoi son frère a manquĂ© de tuer un homme, Jack va devoir essayer de penser comme lui et dĂ©mĂŞler un faisceau d’indices et de soupçons autour de ces trois victimes et d’autres morts violentes d’adolescentes survenues Ă  Jasperville ou dans ses environs.

Avec ce roman R.J. Ellory confirme – si quelqu’un en doutait encore – qu’il est une grande plume du roman noir. Un talent qu’il met au service d’une intrigue qui s’articule autour de l’histoire de la famille Devereaux. Une intrigue qui va confronter Jack Ă  une double quĂŞte, d’abord celle de la vĂ©ritĂ© autour de cette sĂ©rie de meurtres, mais aussi et surtout celle de la rĂ©demption personnelle et du pardon pour ceux qu’il a fait souffrir en fuyant Jasperville.

Une intrigue dans laquelle l’obsession de Calvis, le frère de Jack, pour cette sĂ©rie de crimes jamais Ă©lucidĂ©s et l’amalgame autour d’une vieille lĂ©gende indienne va inexorablement faire dĂ©river son esprit vers la folie… jusqu’Ă  commettre l’irrĂ©parable.

Comme souvent avec l’auteur, le capital humain tient une place de premier choix dans ce roman. Ă€ commencer bien sĂ»r par le personnage de Jack / Jacques, archĂ©type de l’anti-hĂ©ros qui cache, tant bien que mal, ses faiblesses derrière une façade d’indiffĂ©rence. Un solitaire qui fuit les sentiments parce que c’est plus facile que de courir le risque de souffrir.

Les personnages secondaires ne sont pas uniquement des faire-valoir, chacun apporte sa pierre Ă  l’Ă©difice. Mention spĂ©ciale bien entendu Ă  Carine, le premier – et sans doute le seul – vĂ©ritable amour de Jacques.

Petit clin d’Ĺ“il Ă  un enquĂŞteur de Labrador City nommĂ© Yvan Fauth, un nom qui n’est pas inconnu Ă  la blogosphère bouquinesque puisqu’il s’agit de l’ami Gruz du blog EmOtionS.

Le cĂ´tĂ© strictement policier de l’intrigue (l’enquĂŞte de Jack) passerait presque au second plan mais R.J. Ellory accorde aussi un traitement en profondeur de cet aspect du roman. Je reconnais humblement que je ne m’attendais pas du tout Ă  cet ultime revirement.

Incontestablement cette annĂ©e 2023 a tout d’un grand cru pour R.J. Ellory, pour notre plus grand plaisir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif – 22 V’lĂ  Les Flics !

AU MENU DU JOUR


Titre :  22 V’lĂ  Les Flics !
Auteur : Collectif
Éditeur : Lajouanie
Parution : 2022
Origine : France
444 pages

De quoi ça cause ?

21 auteurs qui ont Ă©tĂ© ou sont encore flics se livrent Ă  l’exercice de la nouvelle pour mettre en avant leur mĂ©tier. Mais pas que… le fil rouge de ces nouvelles est l’enfance.

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Comment résister à un recueil de nouvelles policières écrites par ceux qui peuvent en parler le mieux ?

Pour la beauté du geste : pour chaque exemplaire acheté, 1.50 € seront reversés aux orphelins de la police.

Ma Chronique

Ils sont venus ils sont tous lĂ … Non Charles, ils ne sont pas tous lĂ  mais ils sont quand mĂŞme 21. Si l’on ajoute la brillante et touchante prĂ©face signĂ©e Oliver Marchal, ce sont 22 auteurs, flics ou ex-flics, qui ont rĂ©pondu Ă  l’invitation des Ă©ditions Lajouanie.

En faisant cohabiter enfance et police deux schĂ©mas se dessinent, soit l’enfant est victime, soit notre chère petite tĂŞte blonde n’est pas si innocente que ça. Un raccourci un peu rapide je le reconnais volontiers, ce serait sans compter sur le talent et l’imagination des auteurs pour nous surprendre. Après tout la collection polar des Ă©ditions Lajouanie s’appelle bien Romans policiers mais pas que

Parmi les auteurs qui ont participĂ© Ă  ce recueil il y en a que je connais pour avoir lu un ou plusieurs de leurs romans (Sacha Erbel, Didier Fossey et Christophe Guillaumot), d’autres que je connais uniquement de nom (Christophe Gavat, Jean-François Pasque, Pierre Pouchairet, Jean-Marc Souvira, Danielle ThiĂ©ry et Ivan Zinberg), et les derniers que j’aurai le plaisir de dĂ©couvrir.

Des nouvelles qui flirtent allĂ©grement avec le noir, survolant les multiples abjections dont l’ĂŞtre (in)humain peut ĂŞtre capable. Selon les auteurs l’aspect strictement policier sera plus ou moins (voire pas du tout) prĂ©sent, mais le thème de l’enfance demeurera le fil rouge. De nombreuses thĂ©matiques d’actualitĂ© seront abordĂ©es de façon plus ou moins approfondies mais toujours parfaitement intĂ©grĂ©es au rĂ©cit.

Des nouvelles qui sont aussi l’occasion d’aborder les nombreuses problĂ©matiques avec lesquelles les policiers doivent composer tant bien que mal : lourdeurs des procĂ©dures administratives, budgets toujours revus Ă  la baisse qui engendrent Ă  la fois sous-effectif et surcharge de travail… avec les consĂ©quences, parfois dramatiques, qui peuvent en dĂ©couler.

Je ne m’Ă©tendrai pas sur chacune des nouvelles composant le prĂ©sent recueil, en lieu et place je vais les lister en leur attribuant une note (basĂ©e sur un ressenti purement personnel) sur 5.

  • Jean-Marc Bloch – La Mouette : 3
  • Olivier Damien – Ruben : 5
  • Eric Dupuis – Une Si Belle JournĂ©e : 3.5
  • Sacha Erbel – La Petite : 4
  • Didier Fossey – Zippo : 5
  • Christophe Gavat – Entre Deux Tours : 5
  • Christophe Guillaumot – En Lettres DorĂ©es : 3.5
  • Frank Klarczyk – V.I.F. : 5
  • François Lange – Sur Un Air De Guitare : 3
  • RĂ©my Lasource – L’ObscuritĂ© Dans Nos CĹ“urs : 3
  • Paul Merault – Nous Pensons, Donc Nous Sommes : 5
  • Patrick Nieto – Si J’Avais Su : 5
  • Eric Oliva – Briser Les Verrous De Ma MĂ©moire : 5
  • Lionel Olivier – La Nuit Porte Conseil : 5
  • Jean-François Pasques – Qu’Est-Ce Que Je Vais Bien Pouvoir Dire Aux Enfants ? : 4
  • Pierre Pouchairet – Devenir Une Tueuse : 3
  • Jean-Marc Souvira – Men-Tensel : 2.5
  • Danielle ThiĂ©ry – Le Poids Des Mots : 3.5
  • Emmanuel Varle – Engrenage : 3
  • Luc Watteau – Cosette Au Coin Du Feu : 4
  • Ivan Zinberg – Quand Je Serai Grand : 5

Comme vous pouvez le constater les nouvelles sont classĂ©es par tri alphabĂ©tique sur le nom de leur auteur. Un ressenti inĂ©gal – comme souvent dans ce genre de recueil – qui, je le rĂ©pète, n’engage que moi. Il n’en reste pas moins que le recueil s’en tire avec la très honorable moyenne de 4. Que j’augmente avec plaisir d’un demi-point pour saluer l’initiative de ce recueil et le reversement de 1,5 € aux orphelins de la police.

Je terminerai cette chronique avec un extrait de la prĂ©face d’Olivier Marchal, tout simplement parce que j’aurai Ă©tĂ© bien incapable de trouver des mots plus justes pour dire merci Ă  ces flics… ceux qui ont contribuĂ© Ă  ce recueil bien sĂ»r, mais aussi Ă  tous les autres, qui ont servi ou servent encore au sein des forces de police :

« Pour rendre hommage à tous ces flics tombés dans la rue pour « servir et protéger ». Tous ces flics oubliés, morts dans l’indifférence générale.
Un discours vite envoyé.
Une cérémonie bidon.
Les larmes sincères des collègues.
Et des enfants qui restent sans papa ou maman.
Les héros ne meurent que sur les champs de bataille. Les héros, ce sont eux. Des flics anonymes morts en faisant leur devoir.
Avec des enfants qui restent en retenant leur colère et leurs larmes…
Merci à tous ces flics qui font ce métier difficile et incompris. »

MON VERDICT