[BOUQUINS] Bram Stoker / Georges Bess – Dracula

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G. Bess - Dracula

Titre : Dracula
Auteur : Bram Stoker
Dessin : Georges Bess
Éditeur : Glénat
Parution : 2019
Origine : France
208 pages

De quoi ça cause ?

Jonathan Harker, jeune notaire anglais, est envoyé en Transylvanie afin d’y rencontrer le Comte Dracula pour affaire. Il est loin de se douter de la véritable nature de son hôte et de ses sombres desseins…

Ma Chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à préciser que j’ai lu (et même relu) le roman de Bram Stoker. Dracula est en effet l’un des piliers de la littérature – et même, n’ayons pas peur des mots, du mythe et de la culture – vampirique, avant qu’elle ne soit pervertie par la sauce guimauve de la bit-lit.

Si dans la culture populaire l’image de Dracula est souvent associée à l’acteur Christopher Lee qui a incarné à de nombreuses reprises le plus célèbre des vampires, j’estime pour ma part que c’est (contre toute attente) Francis Ford Coppola qui a réalisé la version cinématographique la plus fidèle au roman, avec une interprétation magistrale de Gary Oldman dans le rôle-titre.

C’est curieux et un tantinet inquiet que je me suis lancé dans la redécouverte de l’histoire de Dracula sous forme de roman graphique. Force est de constater que mes doutes ont été balayés dès les premières planches, les dessins de Georges Bess sont tout bonnement somptueux (certaines planches sont de véritables chefs d’œuvres graphiques) et restituent parfaitement l’ambiance gothique du roman de Bram Stoker.

Au niveau de l’intrigue, Georges Bess suit fidèlement la trame de Bram Stoker en prenant soin d’aller à l’essentiel. La transposition d’un roman se présentant sous forme épistolaire en version graphique a dû donner bien du fil à retordre à l’auteur, mais le challenge est remporté haut la main. C’est une totale réussite.

Si vous souhaitez vous procurer ce roman graphique en version papier (ce que je ferai incessamment sous peu dans pas longtemps), il faut savoir qu’il existe deux éditions, une « classique » au format 21,5 x 29,3 (au prix de 25,5 €) et une « prestige » au format 27,5 x 36,8 (au prix de 39 €). Le format de l’édition prestige permet de profiter au mieux de la qualité exceptionnelle du dessin.

J’ai un peu plus de mal à comprendre l’intérêt de proposer deux éditions en version numérique (17,99 € pour la version « classique », 27,99 € pour la version « prestige »), pour une lecture à l’écran c’est bonnet blanc et blanc bonnet… Assertion que j’ai pu vérifier en téléchargeant via le site Chapitre.com un extrait de chacune de ces éditions, il n’y aucune différence à l’affichage (plein écran). De là à penser que c’est un choix purement marketing il n’y a qu’un pas… que je franchis sans vergogne !

MON VERDICT

Et la couv’ de l’édition prestige… que je trouve moins aboutie que celle de l’édition classique.

G. Bess - Dracula

[BOUQUINS] Laurent Loison – Coupables ?

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L. Loison - Coupable ?
Titre : Coupable ?
Auteur : Laurent Loison
Éditeur : Slatkine & Cie
Parution : 2020
Origine : France
349 pages

De quoi ça cause ?

Garges-lès-Gonesse, France. Il ne reste qu’une étape au jeune Ivan pour intégrer le gang des Frères de sang, s’introduire chez un inconnu et rapporter un précieux butin au gang. Ça aurait pu (et ça aurait dû) n’être qu’une formalité, mais la situation va rapidement échapper à tout contrôle…

Scottsdale, USA. Patrick commet un énième cambriolage, mais cette fois la mécanique pourtant bien huilée va s’enrayer jusqu’à provoquer l’irréparable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ma précédente (et première) lecture de Laurent Loison fut plutôt mitigée. Chimères était certes un bon roman mais le fichier numérique proposé était, n’ayons pas peur des mots, complétement pourri.

Ce nouveau roman sera pour moi l’occasion de voir si l’auteur confirme au niveau de la qualité de son intrigue, et si l’éditeur propose une version numérique correcte.

Ma Chronique

À moins de jouer à fond sur le cynisme du personnage me faire éprouver une quelconque empathie pour un criminel était loin d’être un pari gagné d’avance… plus encore quand ledit criminel n’a aucune circonstance atténuante à son actif (d’un autre côté si l’auteur avait trop insisté sur le côté pleurnichard du passé de son personnage ça m’aurait fait chier plus qu’autre chose). Contre toute attente Laurent Loison relève haut la main le défi, simplement en jouant la carte de l’humain.

L’auteur nous invite à suivre une intrigue qui va se jouer sur deux arcs narratifs, une séparation qui va se jouer aussi bien dans l’espace que dans le temps. Pas besoin de sortir de Normale Sup pour deviner le lien qui existe entre Ivan et Patrick, il s’impose comme une évidence quasiment d’entrée de jeu.

Si le lien entre les personnages ne devrait surprendre personne, Laurent Loison nous réserve toutefois quelques surprises dans le déroulé de son intrigue, notamment avec une ultime révélation qui vous laissera sur le cul (perso je n’ai rien vu venir).

Au vu de la couv’ je craignais que le bouquin ne dérive vers un énième plaidoyer contre la peine de mort, mais l’auteur contourne adroitement cet écueil. Si la question de la peine capitale va bel et bien se retrouver au cœur de l’intrigue, ce ne sera pas dans le cadre d’un débat pour ou contre, mais comme l’un des enjeux majeurs de l’intrigue.

Coupable ? Patrick Jones l’est sans le moindre doute et il est d’ailleurs le premier à le reconnaître. Mais entre un cambriolage qui tourne mal et un meurtre au premier degré, il y a un gouffre… et une sentence qui peut tout changer. Pas de bol pour Patrick les dés sont pipés, face à lui la veuve agit dans l’ombre (et tant pis si elle doit le payer de sa personne) pour que l’assassin de son mari écope de la peine maximale (la mort par injection létale).

Il serait facile de blâmer Julia Marks, la veuve en question, mais il suffit de s’imaginer à sa place pour remettre les choses en perspective. Un inconnu a foutu sa vie en l’air en la privant de son mari et en privant ses filles de leur père. Que ce soit par accident ou intentionnellement le résultat est le même, il apparaît donc légitime dans de pareilles circonstances de vouloir que ce salopard soit à son tour éliminé. Mais entre désirer la mort d’un homme et tout mettre en œuvre pour que son souhait se réalise, il y a un pas énorme, un pas que Julia Marks n’hésitera pas à franchir, tout comme elle n’hésitera pas à franchir la ligne rouge pour arriver à ses fins. Alors, coupable ?

Vous l’aurez deviné, Laurent Loison apporte beaucoup de soin à ses personnages, évitant ainsi de sombrer dans les affres d’un manichéisme facile. Il n’en reste pas moins que l’auteur peut aussi nous brosser le portrait de sombres connards que l’on aura plaisir à mépriser, je pense notamment au Dr Correy et au procureur Kingall.

C’est volontairement que je passe sous silence le rôle des autres personnages du roman, notamment celui de Kenza Longford, avocate commis d’office pour assurer la défense de Patrick Jones.

Au niveau de la qualité de son intrigue, Laurent Loison confirme le ressenti positif que j’avais déjà éprouvé à la lecture de Chimères. Soyons fou, je dirai même qu’il le sublime avec ce roman qui flirte avec l’excellence.

Sur la forme, la numérisation, bien que réalisée par un professionnel, pêche encore par de nombreuses lacunes même si beaucoup passeront inaperçues pour la plupart des lecteurs. Par contre les erreurs de mise en page (plusieurs sauts de ligne oublié dans les dialogues par exemple) et les coquilles résiduelles (debout dernière le siège au lieu de debout derrière le siège) sont un peu plus agaçantes. Ceci dit on est loin du brouillon (pour rester poli) qu’était la version numérique de Chimères.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Vincent Hauuy – Survivre

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V. Hauuy - Survivre

Titre : Survivre
Auteur : Vincent Hauuy
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
424 pages

De quoi ça cause ?

2035, la Terre et l’humanité sont au plus mal, les dérèglements climatiques et les épidémies se multiplient.

Florian Starck, ex-légionnaire et ex-journaliste, vit reclus dans un coin perdu des Alpes françaises depuis la mort de sa femme et de sa fille.

La disparition de son frère Pierrick, alors qu’il enquêtait sur le projet Survivre, un programme de télé-réalité orchestrée par Alejandro Perez, un milliardaire expert dans le domaine de l’intelligence artificielle, va pousser Florian à sortir de son exil. Il va en effet participer à l’émission Survivre en tant que coach pour l’un(e) des candidat(e)s…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Il faut croire qu’en ce moment j’ai le vent en poupe pour découvrir les univers littéraires d’auteurs qui me font du pied depuis déjà quelque temps. Après Christian Blanchard et Michel Bussi, c’est au tour de Vincent Hauuy de passer sur le grill.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À l’heure où le réchauffement climatique est plus que jamais une réalité (n’en déplaise aux éternels climato-sceptiques), à l’heure où l’épidémie liée au Covid19 vient d’être reconnue comme une pandémie par l’OMS (plus de 156 000 cas confirmés, dont pas loin de 6 000 morts à ce jour) et alors que la France entre en stade 3 de la contamination (grosso modo 4 500 cas confirmés, dont 79 décès), le roman de Vincent Hauuy s’inscrit malheureusement dans l’air du temps.

Bien que n’ayant encore jamais lu de roman de Vincent Hauuy, j’ai ses trois précédents titres dans mon Stock à Lire Numérique ; il semblerait que jusqu’à maintenant il se consacrait à des thrillers plus « classiques » (n’y voyez rien de péjoratif, j’aurai tout aussi bien pu dire « purs et durs »), avec ce nouveau roman l’auteur s’aventure sur le terrain du thriller d’anticipation (même si en l’occurrence ladite anticipation est tristement crédible).

Vous l’aurez compris le futur envisagé par Vincent Hauuy n’est pas franchement une vision optimiste de ce qui nous attend (d’un autre côté, peut-on vraiment être optimiste au vu de la situation actuelle ?). Dans ce contexte plutôt que d’opter pour une approche 100% survivaliste, l’auteur nous plonge au cœur d’un programme de télé-réalité combinant survie et hautes technologies.

Si la simple idée de télé-réalité vous donne des nausées, je vous rassure de suite, Vincent Hauuy n’est pas le clone féminin de Nabilla. Son intrigue et ses personnages ont une réelle profondeur et vous réserveront quelques belles surprises (contrairement à l’encéphalogramme plat de la bimbo au QI d’huître).

N’espérez donc pas suivre un programme télé qui se déroule sans la moindre anicroche, les choses vont rapidement prendre un tournant pour le moins inattendu… pour notre plus grand plaisir (sadique).

L’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages. À commencer bien entendu par Florian Starck, expert du survivalisme qui a perdu foi en l’espèce humaine sans pour autant se couper totalement des autres. La candidate qu’il devra coacher dans le cadre du programme Survivre, Zoé,  lui donnera bien du fil à retordre, mais les deux asociaux vont peu à peu apprendre à se faire confiance.

Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, à commencer par Sofia Lee, psychiatre consultante de l’émission, dont les premiers contacts avec Florian seront plutôt houleux. Sans oublier le lieutenant Phillip Newton, un policier chargé d’enquêter sur la mort d’un scientifique travaillant pour Alejandro Perez et ayant été en contact avec Pierrick, le frère de Florian.

Enfin le personnage le plus ambigu reste celui d’Alejandro Perez, milliardaire spécialisé dans l’Intelligence Artificielle. Il faudra vous contenter de ça, je ne dirai rien de plus sur le bonhomme et vous laisse vous faire votre propre opinion quant à sa vision de l’avenir. De la même façon, je passe volontairement sous silence le rôle d’autres personnages.

Un récit à la première personne qui nous place dans la peau de Florian Starck histoire de nous faire vivre l’intrigue aux premières loges.

Petit bémol de pure forme, je ne suis pas franchement des accroches de fin de chapitre du genre « Je ne pouvais pas savoir que les choses allaient empirer » ou encore « Dans deux jours la situation échapperait à tout contrôle » (ces exemples ne sont pas extraits du présent roman). Un détail insignifiant qui ne m’a nullement empêché de passer un très bon moment avec ce roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Michel Bussi – Au Soleil Redouté

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M. Bussi - Au Soleil Redouté
Titre : Au Soleil Redouté
Auteur : Michel Bussi
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Cinq lectrices qui se voient déjà romancières ont gagné un séjour à Hiva Oa, un archipel des Marquises. Un séjour qui sera aussi l’occasion d’ateliers d’écriture animés par Pierre-Yves François (PYF), un auteur à succès.

Quand PYF disparaît, les lectrices pensent à une mise en scène dans le cadre de leur atelier d’écriture du jour. Le jeu vire au cauchemar quand l’une des lectrices est retrouvée morte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà quelques années que chaque fois que je vois un roman de Michel Bussi paraître je me dis qu’il faudrait que je le lise… avant de renoncer. Peut-être que le cadre tropical de celui-ci a joué en sa faveur ; cette fois c’est la bonne !

Ma Chronique

Michel Bussi faisait de ces auteurs que j’avais envie de découvrir, mais pour étrange raison que je ne saurai expliquer à chaque fois que j’ai eu envie de lire un de ses romans, quelques jours plus tard, une petite voix me soufflait de laisser tomber et de passer à autre chose… J’aggraverai sûrement mon cas en vous disant que ça me fait ça depuis la sortie des Nymphéas Noirs en 2011 ; le gars entend des voix depuis bientôt dix ans et il ne consulte pas… y’en a qui ont fini serial killer pour moins que ça ! Qui vous dit que je ne consulte pas ? Je me consulte, je m’ausculte, je me diagnostique et je me soigne (ou pas)…

Je ne sais pas si le fait que le présent roman se déroule aux Marquises a contribué à faire taire cette petite voix. Si je pense marquise (sans la majuscule et au singulier), je vois un savoureux entremet au chocolat servi avec une crème anglaise. Si je pense aux Iles Marquises, c’est la voix de Jacques Brel qui me vient à l’esprit, Brel et ses magnifiques chansons définitivement inscrites au patrimoine de la chanson française (oui, je sais, il était belge ! Quand ça nous arrange, on annexe la Belgique).

Retour en Polynésie (après les Disparus De Pukatapu) pour une murder party tropicale orchestrée de main de maître par Michel Bussi. Comme Patrice Guirao, l’auteur nous propose un huis-clos à ciel ouvert. Une murder party fortement inspirée des romans d’Agatha Christie (il est d’ailleurs souvent fait référence aux Dix Petits Nègres).

Si l’intrigue ne brille pas forcément par son originalité, elle n’en reste pas moins rondement menée. Tant et si bien qu’à la fin du bouquin vous aurez envie de vous frapper le front en lâchant « Bon sang mais c’est bien sûr ! » sur un ton dépité. Nous avions en effet quasiment toutes les cartes en main dès les premiers chapitres ; par la suite l’auteur prendra un malin plaisir à les mélanger encore et encore. Pas la peine de revenir en arrière pour vérifier (je l’ai fait), aucun détail n’est laissé au hasard.

Une intrigue rythmée par les refrains de Jacques Brel, pas toujours tirés de ses chansons les plus connues soit dit en passant.

Au niveau des personnages, j’ai trouvé les cinq lectrices un peu trop clichés, tous les traits de leurs personnalités semblent surjoués, à en devenir presque caricaturaux. C’est encore plus flagrant quand il s’agit du personnage de PYF (pas le chien communiste, l’auteur du roman… non pas Michel Bussi, son personnage, écrivain de renom. Faut suivre !).

Les personnages qui sonnent le plus « vrai » sont Yann, le mari d’une des lectrices, capitaine de gendarmerie un peu effacé par l’aura et l’autorité de son épouse, et Maïma, la fille adolescente, marquisienne d’origine, d’une autre. Et c’est justement à cet improbable duo qu’incombera la lourde tâche de démasquer le Colonel Moutarde (à moins qu’il ne s’agisse de Mademoiselle Rose). Il serait injuste de ne pas citer Tanéa, l’hôtesse, qui reçoit tout ce beau monde dans son gîte et leur concocte de délicieux petits plats.

La palme revient toutefois à l’éditrice, Servane Astine, un monument d’arrogance dont les quelques apparitions seront l’occasion d’échanges qui font du bien aux zygomatiques.

Vous l’aurez compris j’ai passé un très agréable moment en compagnie de ce roman. Avant de clore le sujet je vais devoir m’entretenir avec ma petite voix, il est temps de remettre les pendules à l’heure ! Après quoi je me laisserai volontiers bercer par les chansons de l’album Quand on n’a que l’amour, un best-of (37 titres) du Grand Jacques.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christian Blanchard – Angkar

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Titre : Angkar
Auteur : Christian Blanchard
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Champey élève seule sa fille de six ans, Mau. Elle a préféré faire croire à son enfant que son père était mort plutôt que de lui révéler quelle ignoble pourriture est son géniteur.

Face à des cauchemars récurrents, Champey décide de se rendre au Cambodge afin de remonter les traces de ses origines et de ses parents. Un pays qu’elle a quitté alors qu’elle était encore bébé, à une époque où les cambodgiens subissaient le joug de la folie destructrice des Khmers rouges de Pol Pot.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Christian Blanchard, ses trois précédents romans figurent d’ailleurs dans mon Stock à Lire Numérique mais jusqu’à aujourd’hui j’avais toujours raté le coche. Avec son dernier titre en date, je vais enfin pouvoir assouvir ma curiosité…

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Peut-être vous demandez-vous, comme c’était mon cas avant de lire ce roman, ce qui peut se cacher derrière ce titre « Angkar ». La lecture du bouquin, agrémentée de quelques recherches, m’ont permis de découvrir que c’était un véritable fourre-tout (benne à ordures serait plus adapté au vu du contenu de la chose). Il désigne en effet aussi bien le parti révolutionnaire Khmer que la doctrine du parti en question, et accessoirement peut même englober ses « cadres ».

Vous l’aurez compris, pour construire (partiellement) son intrigue Christian Blanchard va puiser son inspiration dans les heures sombres de l’Histoire contemporaine en plongeant le lecteur dans le Cambodge des Khmers rouges et tout particulièrement dans les rouages destructeurs d’un camp de rééducation.

Autant vous le dire d’entrée de jeu les origines de Champey et la paternité de Mau sautent aux yeux du lecteur comme une évidence avant même que l’auteur ne lève le voile sur la question. Toutefois cela n’empêche nullement le lecteur d’apprécier pleinement le déroulé de l’intrigue.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Champey, notamment dans sa dualité. D’un côté elle cherche à découvrir le secret de ses origines pour se protéger (se débarrasser de cauchemars récurrents qui l’épuisent inexorablement), de l’autre elle persiste à cacher à sa fille l’identité de son père, préférant lui inventer de toutes pièces un père idéal, un choix qu’elle justifie par le besoin de protéger son enfant.

Cette quête identitaire va être brutalement interrompue dans la seconde partie du roman pour faire place à une trame plus classique (ce qui ne l’empêche nullement d’être monstrueusement perverse) sur fond de vengeance. La tension monte de plusieurs crans en l’espace de quelques pages, pour ne plus retomber jusqu’au dénouement de cette partie de l’intrigue.

Si Christian Blanchard sait y faire pour rentre certains de ses personnages sympathiques, il est tout aussi habile quand il s’agit de nous en faire mépriser d’autres, la palme en la matière revenant incontestablement à Gilles Kerlat.

L’intrigue s’articule autour d’un juste équilibre entre les aspects psychologiques et l’action pure et dure. Selon les besoins de son récit, l’auteur jonglera avec ces deux leviers, privilégiant parfois la psychologie et les émotions, d’autres fois c’est l’action et l’adrénaline qui primeront.

C’est le premier roman de Christian Blanchard que je lis, je n’ai donc aucun élément de comparaison par rapport à ses titres précédents, le fait est qu’il m’a convaincu avec ce bouquin, et donné encore plus envie de prolonger l’exploration de ses univers littéraires.

Le problème n’est pas l’idéologie en elle-même mais les hommes qui la portent. Quel que soit le mode d’organisation de la société, le pouvoir pervertit méthodiquement l’âme humaine. Le communisme n’échappe pas à cette règle. L’anarchisme non plus.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Les Disparus De Pukatapu

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P. Guirao - Les disparus de Pukatapu

Titre : Les Disparus De Pukatapu
Série : Lilith Tereia – Tome 2
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Pukatapu est un atoll isolé des Tuamotu, l’endroit parfait pour Lilith et Maema qui ont décidé de faire un reportage sur les conséquences du réchauffement climatique. Et surtout pour Lilith de prendre ses distances avec sa mère récemment revenue s’installer à Tahiti.

L’endroit pourrait passer pour idyllique jusqu’à ce que Lilith ne tombe sur une main coupée difforme, portée par le courant. Mais quand elle alerte le chef du village, ladite main est introuvable et le chef se donne beaucoup de mal pour tenter de la convaincre qu’elle a dû se tromper en prenant un quelconque débris marin pour une main humaine.

Quels sombres secrets se cachent sous les charmes de l’atoll de Pukatapu ? Lilith est bien déterminée à le découvrir, tant pis si elle doit pour cela se mettre les villageois à dos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la seconde enquête de Lilith Tereia et que le précédent roman, Le Bûcher De Moorea, m’avait emballé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si le présent roman peut parfaitement se lire indépendamment du Bûcher De Moorea, je vous recommande toutefois de les lire dans l’ordre afin d’apprécier pleinement les personnages.

Escapade aux Tuamotu oblige, dans ce nouvel opus nous ne retrouvons que Lilith et Maema, mais rassurez-vous les deux amies auront fort à faire pour mettre à jour les plus sombres secrets de l’atoll. À condition toutefois de parvenir à faire se délier les langues des quelques villageois et du prêtre, tous préférant se murer dans le silence, voire les mensonges, plutôt que de se confier à deux « étrangères ».

Lilith et Maema sont loin de se douter des implications de leur quête vers la vérité. Les sombres secrets cachés de Pukatapu pourraient bien en effet n’être que la partie visible de l’iceberg. Un iceberg en lien direct avec les essais nucléaires français dans le Pacifique (46 essais aériens entre 1966 et 1974 et 147 tirs souterrains entre 1975 et 1996).

Heureusement nos deux enquêtrices ne seront pas complètement seules pour mener à bien leur mission. Tous les villageois ne se laisseront pas docilement museler, et elles pourront aussi compter sur un renfort (tardif) de l’extérieur, en la personne de Pascual Parua, un chercheur de l’IFREMER venu initialement pour être la caution scientifique des journalistes.

L’isolement de l’atoll de Pukatapu (tout droit sorti de l’imagination de Patrice Guirao) transforme l’intrigue principale en un huis clos en plein air (paradoxe ? vous avez dit paradoxe ?) mené de main de maître par l’auteur. La tension va crescendo tandis que les soupçons pèsent sur les uns ou les autres, plus encore quand un premier villageois est retrouvé mort.

Fidèle à l’esprit du « noir azur », la culture polynésienne est mise en avant tout au long du récit. Il faut dire que le cadre se prête particulièrement bien à la survivance des traditions et savoirs ancestraux… même si une certaine forme d’obscurantisme moderne voudrait bien étouffer ces traditions afin d’imposer sa vision du monde et de la foi (et paf, dans ta gueule le curé !).

En parallèle à l’enquête de Lilith et Maema le lecteur sera amené à suivre un second arc narratif au sujet duquel je préfère ne rien dire afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Comme dans Le Bûcher De Moorea, Patrice Guirao intègre un glossaire permettant de traduire les termes tahitiens employés au fil du récit. Même si on saisit sans mal le sens global (peut être que le fait de vivre sous les tropiques est un atout en ce sens), l’initiative est bienvenue.

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, non seulement l’auteur annonce qu’un troisième opus, Le Tiaré Noir, sera publié en 2021, mais en plus il nous permet d’en découvrir le début. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça commence très fort ! L’attente va être longue !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Fabrice Rose – Tel Père, Telle Fille

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F. Rose - Tel père, telle fille
Titre : Tel Père, Telle Fille
Auteur : Fabrice Rose
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Alex mène une vie de bohème sans histoires. Son plus grand regret, son père, Marc, qui a toujours privilégié sa vie de braqueur plutôt que sa famille. Un père qui alterne entre les peines de prison et les périodes de cavales. Un père qui vient justement, une fois de plus, de fausser compagnie à ses geôliers.

Quand Marc apprend que sa fille est menacée par des racketteurs islamistes, il décide tout mettre en œuvre pour la protéger. Et tant qu’à faire – autant joindre l’utile à l’agréable – pourquoi ne pas en profiter pour organiser un nouveau braquage ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont riche qui recèle de quelques pépites du genre.

Le bandeau, signé Olivier Marchal, nous promet une « plongée dans les ténèbres » ; ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connais et apprécie tout particulièrement les polars et thrillers écrits par des auteurs qui appartiennent ou ont appartenu au monde de la justice (qu’il s’agisse de la police ou de l’administration pénitentiaire), tout simplement parce qu’il se dégage de ces romans un parfum d’authenticité inimitable. Avec Fabrice Rose, je découvre un auteur qui a longtemps fricoté avec l’autre côté de la barrière, un braqueur qui a connu la prison, reconverti pour voir sa fille grandir.

J’avoue que je ne sais pas vraiment comment aborder cette chronique, si j’ai indéniablement pris mon pied avec ce bouquin, je n’ai à aucun moment réussi à prendre son intrigue au sérieux. De nombreux éléments m’ont paru tellement caricatural que j’avais parfois l’impression de lire un thriller parodique… mais, et je le répète, je me suis éclaté avec ce roman.

D’un côté on a les voyous sympas (dans le sens où ils n’ont jamais recours à la violence gratuite, ni contre la police, ni contre leurs victimes), et force est de reconnaître que la fine équipe ne peut qu’attirer la sympathie du lecteur.

En face d’eux une bande d’islamistes tellement décérébrés qu’ils en deviennent risibles (ce qui n’exclut pas la violence gratuite et les actes de barbarie). Dans le coin droit un émir autoproclamé qui ne pense qu’avec sa bite et son bide, radicalisé de façade mais dans la pratique, pas plus musulman que moi. Dans le coin gauche, ses sbires, et tout particulièrement Tariq, radicalisés à l’extrême, encéphalogramme plat, les plombs ont sautés et fondus depuis bien longtemps.

Manichéen ? Vous avez dit manichéen ? Juste un tout petit peu… beaucoup !

Prise entre deux feu, Alex, jeune fille un tantinet bohème qui a eu la malchance de s’enticher d’un type qui a le QI d’une huître confite… mais bon elle l’aiiiimeuh, elle l’aimait et elle l’aimera (merci Francis… enfin presque). Il est coutume de dire jusqu’à ce que la mort vous sépare, mais avec Alex l’amour (qui frôle parfois l’idolâtrie niaise) se poursuit post-mortem.

Puis il y a la police (voire les polices), qu’il s’agisse de la brigade criminelle ou de l’antiterrorisme tous ont pour point commun d’être complètement dépassé par les événements.

Le déroulé de l’intrigue est à l’image de ses acteurs, ça dépote bien mais c’est tellement poussé à l’extrême que ça sent à plein nez la grosse farce potiche (même dans les moments les plus dramatiques).

Je suppose que tout cet aspect second degré n’est pas vraiment volontaire, mais pour ma part c’est ce qui sauve le bouquin d’une critique assassine. Peut-être me suis-je régalé à l’insu de son plein gré, mais l’essentiel reste que je me sois régalé.

Bon point pour le ton général de Fabrice Rose, j’ai bien aimé son style proche du langage parlé qui lui (ou à ses personnages en tout cas) autorise des prises de position tranchées et sans emphase.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tito Desforges – La Machine À Brouillard

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T. Desforges - La machine à brouillard

Titre : La Machine À Brouillard
Auteur : Tito Desforges
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
217 pages

De quoi ça cause ?

Alors que Mac Murphy et fille, Louise, s’offrent une virée dans le bush australien, ils font un stop à Grosvernor-Mine, un patelin paumé au milieu de nulle part.

Le père et la fille s’installent à u ne table de l’unique restaurant du bled. Mac Murphy passe la commande avant de s’éclipser le temps d’un rapide brin de toilette. À son retour, Louise a disparu. Persuadé qu’elle a été kidnappée, Mac Murphy va tout mettre en œuvre pour la retrouver, quitte à se battre seul contre tous…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que Joël m’a aimablement proposé de découvrir ce titre.

Le fait que l’histoire se déroule en Australie est pour moi un plus indéniable.

Ma Chronique

Merci aux éditions Taurnada et tout particulièrement à Joël pour l’envoi de ce roman.

Malgré une quatrième de couv’ alléchante et une intrigue qui se déroule en Australie, mon premier réflexe a été plus que mitigé, genre : « Oh putain non, pas ça ! Pas encore un barjot vétéran du Vietnam… j’ai eu ma dose. ». Ceux qui me suivent auront compris que je fais allusion au roman Je Suis Le Fleuve de T.E. Grau.

Ici la narration est beaucoup plus brute de décoffrage puisque c’est Mac Murphy (et son esprit un tantinet instable) nous livre sa version des faits. Un témoignage parfois décousu, pour ne pas dire embrouillé.

Tito Desforges adapte son écriture à son héros, peu (voire pas) d’effets de style. Au fur et à mesure que l’esprit de Mac Murphy pédale dans la semoule, les mots s’emmêlent, les répétitions s’enchaînent, la ponctuation disparaît. On est en totale immersion dans la peau du personnage, on s’enlise avec lui avant de refaire surface.

Ce n’est pas la narration débridée de Mac Murphy qui a fait que je n’ai pas réussi à adhérer au personnage, cela tient davantage aux incohérences qui m’ont sauté aux yeux dès les premiers chapitres. Le gars s’est engagé pour le Vietnam en 1974, il avait alors 16 ans ; un rapide calcul mental permet donc d’en déduire qu’il est né en 1958. L’action contemporaine se déroule en 2019, il a donc 61 ans. Sa fille, Louise, a 13 ans ce qui voudrait dire qu’il a été père a 48 ans… pas impossible en soi, sauf que ça ne colle pas avec d’autres éléments du récit.

Le roman alterne entre les entretiens de Mac Murphy avec le Dr Zimmers, le médecin en charge du bonhomme au Centre de [Confidentiel Défense], et le témoignage que le patient met (tant bien que mal) par écrit. On sent bien que le toubib essaye, avec beaucoup de précaution et de doigté, de mettre Mac Murphy face à ses contradictions et incohérences.

Le bouquin est court et se lit quasiment d’une traite, parce que même sans adhérer complètement on a envie de connaître le fin de l’histoire.

J’étais en effet curieux de savoir jusqu’où pouvait aller la confusion et les amalgames entre le témoignage de Mac Murphy et sa situation réelle. À ce titre je tire mon chapeau à Tito Desforges pour son explication finale, non seulement je l’ai trouvée plus que convaincante, mais en plus j’ai été complètement bluffé.

Malgré tout, une fois n’est pas coutume (c’est même une première venant d’un titre des éditions Taurnada), la sauce n’a jamais réellement pris. Malgré d’indéniables qualités, il m’a manqué, du début à la fin, un petit quelque chose qui aurait servi de liant à l’ensemble de l’intrigue.

Petite précision de la part d’un amateur de bourbon et occasionnellement d’un buveur de whisky. En aucun cas un bourbon ne peut être qualifié de « pur malt », pour la simple et bonne raison qu’un bourbon, pour mériter cette appellation, doit être à base de céréales composées d’au moins 51% de maïs.
L’appellation « pur malt » (single malt en anglais) est réservée aux whiskies dont la base est uniquement de l’orge maltée. Les whiskies à base d’orge maltée mélangée à d’autres céréales sont quant à eux des blended whiskies (blend pour les amateurs). Et ceux à base de céréales non maltées (maïs, seigle ou blé) sont des grain whiskies.
Tout ça pour dire que le Four Roses et bel et bien un bourbon, donc quand Mac Murphy en prend une lampée, il ne peut en aucun cas s’envoyer un pur malt. CQFD.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Girardeau – Persona

AU MENU DU JOUR

M. Girardeau - Persona

Titre : Persona
Auteur : Maxime Girardeau
Éditeur : Fayard (Mazarine)
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Franck Somerset, commissaire à la Crim’ du 36, est appelé sur une scène crime peu ordinaire. En effet, la victime est vivante mais elle a été torturée et mutilée avec un acharnement aussi sadique qu’expert.

En plus de son équipe habituelle, Franck va pouvoir compter sur le renfort d’Elga Salustri, cadre supérieure chez Google et particulièrement au fait de tout ce qui tourne autour du milieu d’où vient la victime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait des plus prometteurs. Une impression renforcée par la campagne de promotion organisée par Fayard qui nous promettait un « Seven à Paris »… c’est pas rien comme référence.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À mon sens le film Seven, réalisé par David Fincher en 1995 est l’un des thrillers les plus couillus de ces dernières années, à ce titre il reste (et restera) dans les annales du genre. Alors forcément quand l’éditeur fait la promotion de Persona en le qualifiant de « Seven à Paris », ça ne peut que titiller ma curiosité… mais attention à ne pas se planter, on s’attend à ce que l’élève (Maxime Girardeau) soit à la hauteur du maître !

L’intrigue du roman est tellement ancrée autour des GAFAM (Google – Amazon – Facebook – Apple – Microsoft) – ces cinq géants de l’informatique qui collent des ulcères à notre Manu élyséen et brouille ses relations avec son homologue yankee, Donald – que la promo aurait presque pu se permettre d’écrire Seven 2.0.

Il n’y a pas que la brutalité du mode opératoire et les mises en scène orchestrées par leurs auteurs qui permettent de rapprocher le roman de Maxime Girardeau du film de David Fincher (en ce sens Maxime Girardeau monte d’un cran dans la perversité puisque son John Doe laisse ses victimes en vie… dans un corps hors d’usage). En effet Franck Somerset porte le même nom que l’inspecteur incarné par Morgan Freeman dans le film, et plus avant dans l’intrigue nous croiserons un certain Tom Mills, agent de la DEA, Mills étant aussi le patronyme du personnage incarné par Brad Pitt dans Seven.

Ah oui, j’oubliais un détail, et non des moindres, Persona est le premier roman de Maxime Girardeau. D’une part il prouve avec un évident brio qu’il est encore possible de surprendre (à défaut d’innover) dans un genre où l’on pourrait être tenté de penser (à tort, fort heureusement pour nous) que tout a déjà été dit. D’autre part il confirme que le thriller français a encore de beaux jours devant lui, et n’a pas à rougir de la concurrence anglophone. Pour un coup d’essai, on peut faire pire…

Si l’auteur ne fait rien pour rendre ses personnages attachants, j’ai tout de même eu un faible pour Franck Somerset, un flic à l’ancienne, un tantinet désabusé par le monde 2.0 qui l’entoure. Elga Salustri quant à elle n’est pas particulièrement antipathique mais elle est tellement imprégnée de cet univers propre aux GAFAM, qu’elle semble parfois vivre dans un autre monde, un monde qui tend parfois à privilégier le virtuel à l’humain.

Par contre Maxime Girardeau sait y faire pour que le personnage de Kahl Doe (faut-il y voir un clin d’œil au John Doe de Seven ?) soit en tout point méprisable. Un suspect idéal ? J’ai immédiatement pensé que la ficelle était trop flagrante (oui je sais, je pléonasme). Mais je peux me planter… j’dis ça, j’dis rien.

Non seulement l’auteur garde un contrôle absolu sur ses personnages et son intrigue, mais il se distingue aussi par sa plume qui ne manque ni de piquant ni de cynisme ; il porte un regard sans concession sur le monde d’aujourd’hui et sur ses dérives (avérées ou potentielles).

Le fait que l’auteur soit particulièrement bien informé quant au fonctionnement de ces GAFAM ne doit rien au hasard, il a en effet une longue expérience professionnelle marketing en leur sein.

Je vous laisse découvrir l’origine du titre en lisant le bouquin, à moins que vous ne connaissiez déjà ce terme qui fait à la fois référence à la psychologie (Jung) et aux stratégies marketing. Un indice : l’accroche « Je sais qui tu es » qui figure sur la couv’ du bouquin vous tend une sacrée perche. Mais non, pas la poiscaille ! Vous ne pensez décidément qu’à bouffer et à bai… (Saint Valentin oblige, j’ai pas pu m’en empêcher… oui je sais, je suis un indécrottable romantique).

Vous l’aurez compris, j’ai été totalement emballé par ce bouquin (même s’il n’est pas exempt de défauts mineurs), la référence à Seven était audacieuse, mais force est de reconnaître que l’élève fait honneur à son maître. Du coup je n’hésiterai pas, et ce sera mon dernier mot (Jean-Pierre, Camille… et les autres), à dire que ce roman est foutrement couillu !

Un premier roman prometteur (bin oui j’ai menti, ce n’était pas mon dernier mot) qui place la barre haute pour les suivants. Cerise sur le gâteau, Maxime Girardeau n’exclut pas de possibles retrouvailles dans un prochain roman…

MON VERDICT
Coup de poing

En aparté

J’espère que la version numérique mise à disposition sur Net Galley n’est pas la version finalisée du roman. Outre certains problèmes mineurs de codage (insécables notamment), il y a quelques coquilles résiduelles dont beaucoup de mots coupés qui figurent en l’état dans le texte (be-soin au lieu de besoin par exemple).

Et deux exemples plus dérangeants, ci-dessous :

« Une odeur de moisissure le submergea. Elle lui piquait les narines. Elle se répandait partout. Elle grignotait les plaintes, boulottait les plafonds, s’infiltrait sous les papiers peints jaunis. »
M’est d’avis que la moisissure est bien plus attirée par les plinthes que par les plaintes.

« Sa tête commença par cartographier les dimensions de la pièce rectangulaire : une trentaine de mètres carrés, avec 5 mètres de large et 46 de profondeur environ. »
Commençons par un petit rappel mathématique (géométrie plus exactement) concernant le calcul de la surface d’un rectangle : S(urface) = L(ongueur) x l(argeur).
Donc une pièce de 46 mètres sur 5 correspond à une surface de 230 (46 x 5) m²… Ce qui me semble foutrement grand pour un espace censé être confiné.
Du coup on va considérer que ladite pièce mesure 30 m² et que sa largeur est bien de 5 mètres ; on arrive donc à une profondeur (longueur) de 6 mètres (30 = L x 5 d’où L = 30 / 5 = 6).

[BOUQUINS] Fromental & Berthet – De L’Autre Côté De La Frontière

AU MENU DU JOUR

Fromental/Berthet - De L'autre côté de la frontière
Titre : De L’Autre Côté De La Frontière
Scénario : Jean-Luc Fromental
Dessin : Philippe Berthet
Éditeur : Dargaud
Parution : 2020
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

François Combes, un auteur français de romans policiers, va se retrouver bien malgré impliqué dans une affaire de meurtre d’une prostituée de Nogales, ville frontière entre les USA et le Mexique. Son ami, Jed Peterson, fait en effet figure de principal suspect pour la police.

Quand un second corps est découvert, l’étau se resserre encore davantage autour de Peterson. Combes va se faire aider par Estrellita, une jeune domestique qui travaille pour lui, afin d’avoir des infos sur ce qui se trame de l’autre côté de la frontière.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et Net Galley pour leur confiance, l’occasion pour moi de découvrir cette bande dessinée en avant-première (parution le 6 mars).

J’avoue humblement que je ne connaissais aucun des auteurs, c’est la curiosité qui ‘a poussé à solliciter ce titre proposé parmi quelques autres BD. Simplement parce qu’il m’a paru être le plus « adulte » du lot. Une façon aussi de souhaiter la bienvenue aux éditions Dargaud sur la plateforme Net Galley.

Si en matière de romans je fais une allergie chronique au format PDF, je reconnais que pour les BD et romans graphiques ça passe plutôt bien même si le format n’est pas optimum (si j’avais le choix, je privilégierais un format CBR ou CBZ). Il n’en reste pas moins que PDF lu avec STDU Viewer constitue une bonne alternative.

Je reconnais volontiers que développer une intrigue policière qui tienne la route sur une soixantaine de planches peut être un exercice délicat. Contrairement au roman qui permet de prendre son temps pour tisser un écheveau plus ou moins complexe autour du cadre et des personnages, dans la BD il faut condenser les infos afin d’aller à l’essentiel.

En cela le duo Fromental / Berthet tire plutôt bien son épingle du jeu. Le déroulé de l’intrigue est plutôt bien pensé et le dénouement devrait surprendre plus d’un apprenti Sherlock (en grande partie pour la raison évoquée précédemment, les indices sont quasiment inexistants). J’avoue que pour ma part j’étais partie vers une autre hypothèse, beaucoup plus (trop ?) classique.

La narration est assurée par Estrellita, une jeune domestique mexicaine qui travaille pour François Combes et que ce dernier mettra à contribution afin de faire progresser ses recherches en vue de prouver l’innocence de son ami.

Le trait est fin et précis même si parfois les personnages m’ont semblé un tantinet inexpressifs par manque de détails dans les visages. Ce petit bémol ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement cette BD.

Après la BD Jean-Luc Fromental nous offre une brève présentation de la ville de Nogales et de son histoire, il y fait notamment état d’un certain Georges Simenon qui s’installera non loin de là entre mai 1948 et juin 1949. Et profitera alors sans modération de tous les plaisirs qu’offre Nogales.

MON VERDICT

Fromental/Berthet