[BOUQUINS] Stephen King – Mr Mercedes

S. King - Mr MercedesJe n’ai pas vraiment de planning établi pour extraire le prochain élu qui sortira de mon Stock à Lire Numérique, de vagues idées tout au plus… Par contre j’ai une certitude absolue, certains auteurs sont prioritaires dès qu’ils débarquent. C’est bien entendu le cas de Stephen King, pas moyen de décaler la lecture de Mr Mercedes, son dernier opus.
Avril 2009. Une Mercedes SL500 fonce dans une foule de demandeurs d’emplois, faisant un véritable carnage. Le chauffeur ne sera jamais identifié. Un an plus tard, Bill Hodges, l’inspecteur en charge de l’affaire, désormais retraité, reçoit une lettre du tueur. L’occasion pour l’ex-flic de reprendre la traque… Mais qui est le chat, et qui est la souris ?
Stephen King délaisse le fantastique pour nous plonger, une fois n’est pas coutume, dans un thriller pur et dur. Inutile de préciser que le King réussit à ferrer ses lecteurs dès les premières pages et les entraîne dans une course poursuite sous haute tension ; ça commence en douceur (exception faite de la scène d’ouverture qui saura vous glacer le sang) mais ça va crescendo. Petite mise en garde à l’attention des futurs lecteurs : vous avez intérêt à avoir le coeur bien accroché et les nerfs solides !
Dire que l’intrigue est totalement maîtrisée serait un doux euphémisme (on est avec le King, non mais allô quoi !) donc je ne m’étalerai pas d’avantage… A force de chroniquer des romans de Stephen King ça devient difficile d’innover dans les éloges !
Comme souvent (pour ne pas dire toujours) l’auteur porte une attention toute particulière à ses personnages. Dans le coin droit nous avons Bill Hodges, flic à la retraite qui s’emmerde en broyant du noir devant la TV ; pour lui la traque va être comme un second souffle, et de fait il va s’y impliquer à fond. Dans le coin gauche se trouve Barry Hartsfield, un psychotique psychopathe qui va se retrouver pris à son propre jeu. Tour à tour ils seront soit le prédateur, soit la proie. Bien que le récit soit entièrement rédigé à la troisième personne, l’auteur nous fait vivre l’intrigue par le biais de ses deux acteurs principaux.
Les autres personnages ne sont pas pour autant laissés pour compte, tous bénéficient des mêmes attention. Je pense notamment à Jerome, Janey et Holly (par ordre d’apparition).
Peut être pas le meilleur Stephen King mais ça reste du très haut de gamme ! Bonne nouvelle pour les fans, c’est le premier opus d’une trilogie… Et, cerise sur le gâteau, Mr Mercedes va bientôt être décliné en mini-série TV.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Que Ta Volonté Soit Faite

M. Chattam - Que ta volonté soit faiteLentement mais sûrement je vais tenter de retrouver mon rythme de lecture après une longue pause due d’abord aux fêtes de fin d’année, puis à l’actualité. Le fait de ne pas lire ne m’a nullement empêché de suivre les sorties littéraires et de gonfler mon Stock à Lire Numérique, il m’a semblé évident de retrouver mon rythme de croisière avec Que Ta Volonté Soit Faite de Maxime Chattam.
Depuis qu’il est enfant Jon Petersen doit vivre avec des pulsions malsaines, quand il va laisser libre cours à son instinct bestial pour la première fois ça va être pour lui le début d’une plongée dans le vice et la violence. Une plongée qui ne laissera personne indemne dans son entourage…
J’ai lu suffisamment de romans de Maxime Chattam pour savoir qu’une escapade littéraire en sa compagnie ne serait pas un voyage au pays des Bisounours. Pour son nouveau roman l’auteur délaisse le thriller pur et dur pour s’essayer au roman noir. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’essai est transformé !
Déjà le style narratif choisi est plutôt original, pas tout à fait un récit à la troisième personne puisque l’auteur se place dans la peau du narrateur qui nous raconterait l’histoire de sa ville et plus particulièrement des événements qui gravitent autour de Jon Petersen ; avec parfois des interventions directes du narrateur en question. Un récit qui s’étend des années 60 aux années 80 sans qu’il ne soit jamais fait état d’une date précise. Un récit qui prend racine dans un patelin du Midwest américain.
L’auteur a coutume de décortiquer le Mal sous toutes ses formes, dans ce roman il ne déroge pas à son habitude, seule l’approche change et c’est toujours aussi foutrement efficace. Moins trash que certains autres titres de l’auteur (et moins épais) ce récit baigne du début à la fin dans une ambiance glauque à souhait avec un personnage central détestable à tout point de vue, aucune empathie possible envers un tel fumier.
Si Jon Petersen reste le centre de gravité du récit, les autres intervenants ne sont pas pour autant laissés pour compte, ils bénéficient d’une réelle profondeur. Je pense notamment à Riley, le fils de Jon et au sherif Jarvis Jefferson qui jouent un rôle essentiel dans l’intrigue. Et bien entendu il y a le narrateur, dont vous devriez deviner l’identité à la toute fin du roman.
La transition est idéale pour aborder la fin, ou plutôt devrai-je dire les fins (vous comprendrez pourquoi après avoir lu le bouquin), Maxime Chattam réussit une fois de plus à nous surprendre avec un final éblouissant… A tel point que c’en devient presque frustrant de ne pouvoir s’épancher sur la question. C’est avec l’ultime révélation de l’intrigue que le titre du roman prend toute sa signification…
Pour sa première incursion dans le roman noir l’auteur rend hommage, en les citant à plusieurs reprises, à quelques grands noms du genre. Au vu de l’excellence du résultat j’espère sincèrement que Maxime Chattam ne se contentera pas de cet essai superbement transformé.

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Voix De La Terre

B. Werber - La Voix De La TerreAh que voilà un titre que je ne comptais pas laisser prendre la poussière (virtuelle) dans mon Stock à Lire Numérique, il faut dire que La Voix De La Terre de Bernard Werber vient clore sa trilogie, Troisième Humanité.
Dix ans ont passé depuis que les Emachs (MH pour Micro-Humains) ont été reconnus par les Grands et qu’ils vivent dans une nation souveraine, Microland. Quand un astéroïde géocroiseur géant menace d’entrer en collision avec la Terre, tous les espoirs de l’humanité reposent sur un équipage Emach chargé de le détruire. Mais la mission ne se passera pas comme prévu. Les conséquences seront désastreuses, d’un côté comme de l’autre…
Le moins que l’on puisse dire c’est que Bernard Werber clôt sa trilogie en une apothéose explosive. Cet ultime opus est plus sombre et plus violent que les précédents mais la situation le justifie, rien n’est gratuit.
Comme dans les précédents nous vivons l’intrigue du point de vue des personnages et de la Terre, soit dit en passant dans ce troisième volet elle tient un rôle de premier plan nettement plus actif que dans les deux autres. Les chapitres sont entrecoupés par des articles de l’incontournable ESRA. Les thématiques abordées sont en rapport plus ou moins direct avec l’intrigue. Parfois sérieux, parfois drôles, mais toujours instructifs. L’auteur pourrait faire sien l’adage : apprendre en s’amusant. On retrouve aussi les flash infos réguliers.
Naturellement je ne porte pas le genre humain en très haute estime, ce n’est pas ce bouquin qui me fera changer d’idée sur le sujet. L’humain grand format se montre souvent très très con. On pourrait résumer la chose par une phrase prononcée par Emma 666 dans le livre : « là où il y a des humains, il y a de la violence« . Si je devais choisir mon camps je me rangerai sans hésitation du côté des Emachs.
Au niveau des personnages on retrouve les récurrents des précédents opus, la situation de certaines évolué (au début du roman David et Aurore se séparent). L’auteur nous propose aussi d’en découvrir de nouveaux. Pour être tout à fait franc j’ai été déçu par la nouvelle personnalité d’Aurore, une vraie tête à claques totalement antipathique, même si son combat est juste.
La palme du ridicule est remportée haut la main par les enfants de David et Aurore qui sont prénommés Quetzalcoalt, Osiris et Ishtar… Certes des prénoms hautement symboliques mais franchement lourds à porter !
Bref une lecture fort sympathique rendue fluide par le style de son auteur. Une intrigue bien ficelée et hautement addictive. Peut être le plus abouti de la trilogie.

[BOUQUINS] Joseph Boyden – Dans Le Grand Cercle Du Monde

J. Boyden - Dans Le Grand Cercle Du MondeBien que le Challenge Coupe du Monde des livres se soit éteint avec la finale du 13 juillet (et une quatrième étoile amplement méritée pour l’Allemagne), je tenais à terminer ce bouquin. D’une part parce que ça fait un moment qu’il traîne dans mon Stock à Lire Numérique, et d’autre part parce que le roman historique n’est pas vraiment un genre que j’aborde souvent. En route pour le Canada du XVIIème siècle avec Joseph Boyden et Dans Le Grand Cercle Du Monde.
Quatrième de couv’ parce que je ne vois pas comment faire mieux sans en dire trop. Trois voix tissent l’écheveau d’une fresque où se confrontent les traditions et les cultures : celle d’un jeune jésuite français, d’un chef de guerre huron, et d’une captive iroquoise. Trois personnages réunis par les circonstances, divisés par leur appartenance. Car chacun mène sa propre guerre : l’un pour convertir les Indiens au christianisme, les autres, bien qu’ennemis, pour s’allier ou chasser ces « Corbeaux » venus prêcher sur leur terre. Trois destins scellés à jamais dans un monde sur le point de basculer.
La première surprise vient de ce titre complètement abscons ; où est-ce qu’ils ont été cherché un truc aussi naze ? Si je n’avais pas lu de nombreuses critiques élogieuses (et certaines plus réservées) je serai passé à côté de ce bouquin, d’autant que je ne connaissais pas l’auteur et que la couv’ n’attire pas vraiment l’oeil hagard en errance dans sa librairie préférée. Bref il eut été plus judicieux de conserver le titre original The Orenda, le mot huron qui désigne leur magie (à défaut de casser trois pattes à un canard ça titille notre curiosité).
Toute la question est maintenant de savoir si j’aurai raté quelque chose en ne lisant pas ce bouquin. Sans la moindre hésitation la réponse est OUI. A défaut d’être indispensable (mais quel bouquin peut se prétendre indispensable ?) c’est une lecture des plus agréables, aussi bien de par le style de l’auteur que de par son intrigue.
Une intrigue en triplex en quelque sorte. Les chapitres alternent en effet entre les points de vue de Oiseau, le chef de guerre Huron, de Christophe, jésuite français qui rêve d’évangéliser les Hurons et de Chutes-de-Neige, la jeune captive iroquoise ; tous retranscrits à la première personne. Qui plus est chaque personnage adresse ses réflexions à un autre, Oiseau se confesse à son épouse décédée (tuée avec leurs deux filles par les Iroquois), Chutes-de-Neige s’adresse à ses parents (tués par Oiseau en même temps que son frère et sa soeur, sous les yeux de la jeune indienne) et Christophe consigne ses pensées dans un journal destiné à son supérieur quand il ne s’adresse pas directement à Dieu. Trois personnages venant d’horizons et de cultures radicalement différents, trois personnalités parfaitement restituées par l’auteur ; un sacré défi d’écriture qu’il relève haut la main, et au passage je tire aussi mon chapeau à Michel Lederer, le traducteur, pour son travail admirable.
Une intrigue richement documentée sur les us et coutumes des indiens canadiens et notamment des deux tribus ennemies que sont les Hurons (soutenus par les Français) et les Iroquois (alliés aux Anglais), à une époque où leur rivalité culmine. On partage avec un incroyable réalisme leur façon de vivre, leur culture et leur philosophie ; mais aussi leur esprit guerrier et leur zèle dans l’art de la caresse. Du jour au lendemain le paisible agriculteur peut se transformer en un impitoyable guerrier.
Une intrigue où s’entremêlent différents genres, l’auteur étaye et dilue la partie historique de son roman dans un grand récit d’aventure et de guerre aux rebondissements multiples avec çà et là une pointe de magie. Le mot fresque employé en quatrième de couv’ n’est pas usurpé, ce bouquin est d’une richesse et d’une intensité incroyables.
Une intrigue passionnée et passionnante. Le contraste entre le quotidien dans le camps et les scènes de guerre est saisissant (même si le quotidien des Hurons est loin d’être un long fleuve tranquille). Un tourbillon d’émotions garanti avec quelques touches d’humour. Un vrai régal à lire, c’est tout simplement captivant du début à la fin ! Le genre de bouquin dont on pourrait parler pendant des plombes tant il y aurait à dire.
L’intrigue débute à priori en 1634 pour se terminer en 1640, deux dates importantes pour les personnages du récit. En effet 1634 nous ramène environ un an avant la mort de Samuel de Champlain, fondateur et administrateur de la ville de Québec mais aussi gouverneur de la Nouvelle France. Quant à 1640 c’est une date marquante, voire décisive, dans le conflit opposant les Hurons aux Iroquois mais je n’en dirai pas plus afin de ne pas laisser d’indices quant au devenir de certains personnages.
Je ne connaissais pas Joseph Boyden mais il ne fait désormais aucun doute que je vais me pencher sur ses deux précédents romans, d’autant plus qu’ils semblent générer le même engouement que celui-ci (voire plus encore).

[BOUQUINS] Maxime Chattam – La Patience Du Diable

M. Chattam - La Patience Du DiableIl est des auteurs pour lesquels je n’hésite pas à bousculer les priorités de mon Stock à Lire Numérique, Maxime Chattam fait partie de ces privilégiés. C’est donc tout naturellement que son dernier opus, La Patience Du Diable, s’est retrouvé en tête de peloton, le temps de boucler la lecture en cours et hop.
Un go-fast intercepté dans lequel la drogue a été remplacée par des fragments de chair humaine soigneusement découpés. Deux ados sans histoire qui font un carnage dans un TGV avant de se donner la mort. Et si un fil reliait ces deux affaires ; et si ce n’était que le début d’une nouvelle déferlante criminelle. Ludivine Vancker, lieutenant à la SR de Paris, et son équipe vont de nouveau se retrouver en première ligne face au Mal…
On retrouve donc le personnage de Ludivine Vancker et quelques autres croisés dans La Conjuration Primitive, sans être à proprement parler une suite, la présente intrigue se déroule 18 mois après l’affaire *e. Si vous n’accrochez pas au personnage il faudra bien vous faire une raison, Maxime Chattam a d’ores et déjà fait savoir que Ludivine serait au centre de plusieurs romans, il n’exclut d’ailleurs pas que sa route puisse de nouveau croiser celle de Joshua Brolin (ça s’est déjà fait à la fin du précédent opus). Pour ma part, ça me fait d’avantage baver d’impatience que fuir la queue entre les pattes…
Une fois de plus l’auteur nous invite à visiter les ténèbres de l’âme humaine, et qui de mieux pour nous guider dans ce dédale obscur que le maître des lieux, Satan ? Mais non rassurez vous Maxime Chattam ne nous offre pas un délire mystico-religieux mettant en scène le Diable (si Dieu a le droit à une majuscule il me semble légitime que son alter ego malfaisant bénéficie du même privilège). Il nous plonge dans le satanisme avec son lot d’illuminés persuadés de servir leur Maître ; sauf que dans le cas présent les illuminés en question sont de dangereux psychopathes. Et si le fameux Maître existait vraiment (je parle là d’une existence physique comme vous et moi, et non d’un concept spirituel) ? Au fil des pages on en vient à se poser la question.
Le fait que Maxime Chattam maîtrise les ficelles du genre n’est pas un scoop. Il le prouve encore une fois avec une intrigue parfaitement maitrisée, rythmée, glauque, macabre (très fort le coup du boucher) et pleine de rebondissements. Une intrigue parsemée de nombreuses morts brutales. Je suis sidéré par l’imagination de l’auteur quand il s’agit d’exécuter ses personnages, simple quidam ou élément clé, nul n’est à l’abri de la plume faucheuse du maître du jeu, pervers à souhait. Bref on est ferré dès les premières pages, tendu comme un string jusqu’au dénouement.
Depuis La Conjuration Primitive le personnage de Ludivine s’est endurci mais aussi renfermé, désormais profileuse (formée par Mikelis), elle est littéralement obsédée par son travail. Malgré tout elle reste un personnage plutôt attachant, sans doute parce que sa cuirasse cache une grande sensibilité et une âme tourmentée. Quoi qu’il en soit j’aurai plaisir à la retrouver aussi longtemps que l’auteur nous le proposera.
Comme souvent dans les séries ayant un même personnage central les romans peuvent se lire indépendamment mais je conseille toutefois de respecter l’ordre de parution afin de conserver intact le plaisir de la découverte (certains épisodes de La Conjuration Primitive sont remis sur le tapis). Pas vraiment une suite mais ce roman s’inscrit bel et bien dans la continuité du précédent, Maxime Chattam poursuit son décryptage du Mal, un Mal amplifié par l’effet de masse et plus accessible dans le monde d’aujourd’hui.

[BOUQUINS] Stephen King – Joyland

S. King - JoylandPour l’inconditionnel que je suis la parution d’un nouveau roman de Stephen King est toujours un moment très attendu, malgré une mise en bouche un peu terne à l’occasion de la sortie de Sale Gosse, je me suis rué sur Joyland, et c’est plutôt confiant que je m’y suis plongé.
Pour Devin Jones, étudiant (et accessoirement puceau) de 21 ans, l’été 73 aurait pu être l’été de toutes les déprimes puisqu’il venait de se faire plaquer par celle qu’il considérait naïvement comme la femme de sa vie. Mais son emploi à Joyland, un parc d’attractions sur Heaven’s Bay, pourrait bien changer le cours des choses…
D’entrée de jeu l’épaisseur du bouquin peut surprendre les adeptes du King, avec un peu plus de 300 pages on est bien loin des pavés habituels ; court roman ou longue nouvelle ? Je miserai d’avantage sur la première option, l’auteur prend le temps de poser ses personnages, son décor et son intrigue.
Durant toute la première partie (difficile à délimiter vu que le bouquin n’est pas chapitré, mais on peut dire jusqu’à la journée du 4 juillet) on découvre le quotidien de Devin Jones à Joyland, ponctué par quelques phases d’auto-apitoiement sur sa condition de puceau, puis sur celle de puceau plaqué (on lui pardonne, un type qui écoute The Doors et les Pink Floyd ne qu’être un mec bien)… Déconcertant venant du King mais c’est tellement bien écrit (et, pour une fois, bien traduit) que l’on ne s’ennuie pas une minute tout en se demandant où l’auteur compte nous emmener. Rassurez vous les choses se précisent par la suite, l’intrigue se teinte d’un soupçon de fantastique sans toutefois sombrer dans l’horrifique.
Ecrit à la première personne, on vit les souvenirs de Devin, les rencontres et les événements via l’adulte qu’il est devenu (il raconte son séjour à Joyland une quarantaine d’années plus tard, de nos jours). Contrairement à 22/11/63 le contexte temporel ne joue pas un rôle primordial dans ce bouquin, que l’intrigue se déroule dans les années 70 ou de nos jours ne change pas vraiment la donne.
Pour tout vous dire ce roman est plutôt inclassable, tant dans l’oeuvre de Stephen King (il ne ressemble à rien de ce qu’il a déjà fait) que dans un genre en particulier (une pointe romanesque, un soupçon de fantastique et quelques pincées de policier… secouez le tout et vous obtiendrez Joyland). Mais il n’en reste pas moins que le King reste un conteur hors pair qui excelle faire vibrer les bonnes émotions au bon moment chez le lecteur et à surprendre encore et encore.
Peut être pas le meilleur cru de Stephen King mais un bouquin diablement efficace, même s’il faut peut être prendre un peu de recul pour l’apprécier pleinement. Déconcertant pour en revenir à mon premier qualificatif, et c’est sans doute ce qui le rend si intéressant.
Petit bémol à adresser à l’éditeur (Albin Michel), qu’est-ce que c’est que cette quatrième de couv’ odieusement racoleuse et limite mensongère ? « Les clowns vous ont toujours fait peur ? L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ? Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage… » A se demander si on a bien lu le même bouquin.

[BOUQUINS] Un DSK (Doublé Stephen King) au programme

Comme vous le savez sans doute le chroniquage de nouvelles ce n’est pas ma tasse de thé, mais quand la chose est signée Stephen King ça change la donne. Si en plus je tombe sur deux titres disponibles exclusivement en numérique, c’est l’occasion rêvée de vous offrir un tir groupé.

Double SKSale Gosse

Albin Michel (Mars 2014) – 3.99 €
Une nouvelle livrée en primeur aux fans français et allemands en remerciement de leur fidélité.
Qu’est-ce qui a bien pu pousser George Hallas, comptable jusqu’alors sans histoires, à flinguer devant témoins un gamin ? Condamné à mort, il ne s’est jamais expliqué sur les raisons de son acte. A quelques jours de son exécution il fait appel à son avocat, Leonard Bradley, afin de lui confier sa confession. Une confession qui va au-delà de tout ce que pouvait imaginer l’avocat…
Avec cette courte nouvelle (112 pages) Stephen King confirme qu’il est un exceptionnel conteur. Le sort de George Hallas est prévisible (ce qui ne l’empêche pas d’être l’une des scènes les plus intenses du roman), la « surprise » finale aussi, mais cela ne nuit en rien à notre envie d’en savoir plus sur le cheminement de George Hallas. Un récit relativement classique mais rondement mené.
Si l’univers carcéral n’est pas totalement étranger à Stephen King, je pense notamment à la nouvelle Rita Hayworth Et La Rédemption De Shawshank (extraite du recueil Différentes Saisons) ou encore au roman-feuilleton La Ligne Verte, dans cette nouvelle il ne sert que de toile de fond au récit, l’essentiel se déroule à l’extérieur. Qu’importe, l’auteur décrit ce milieu avec une précision glaciale.
Alors folie ou possession (ou un truc du genre) ? A la lecture de cette nouvelle on est bien entendu tenté de croire en la version de George Hallas, mais mettez-vous à la place de Leonard Bradley, si un tueur d’enfant vous livrait une telle confession, le croiriez-vous sur parole ?
En bonus on le droit à un extrait du prochain roman de Stephen King, Joyland (sortie en mai 2014), un roman publié directement au format poche aux Etats-Unis, mais comme d’hab, les éditeurs français ne ratent pas une occasion de traire les vaches à lait que nous sommes… En attendant l’extrait lu me laisse perplexe, pas assez long pour se faire une idée de la chose, en encore moins pour me faire bavé d’impatience ; mais c’est Stephen King, donc je craquerai. C’est gravé dans le marbre !

Un Visage Dans La Foule (co-écrit avec Stewart O’Nan)

Bragelonne (Mars 2014) – 2.99€
Au tour d’une nouvelle écrite à quatre mains, en collaboration avec Stewart O’Nan, de passer au grill.
Depuis la mort de son épouse Dean Evers n’a plus que la TV et ses matchs de baseball pour compagnie nocturne. Rien à redire jusqu’à ce qu’il se mette à apercevoir, chaque soir, un visage connu dans la foule des spectateurs. Jamais le même, mais tous ont deux points communs : ils sont morts et surtout ils lui renvoient son passé en pleine gueule…
Une histoire courte (44 pages) sur fond de baseball (un peu indigeste pour le profane que je suis) qui gagne en profondeur au fil des pages. A travers un récit plein d’humanité (bien que fortement teinté de fantastique) les auteurs mettent leur personnage face à ses responsabilités et surtout face à ses erreurs passées. Facile de lui jeter la pierre mais qui peut prétendre être blanc comme neige ?
Petit bémol au niveau de la mise en page plutôt minimaliste (quelques sauts de ligne histoire d’aérer le texte auraient été un plus appréciable), dommage, d’autant plus que Bragelonne n’est pas novice en matière de numérique.
Quelques mots purement anecdotiques pour conclure. Stewart O’Nan est un inconditionnel de Stephen King, c’est lui qui lui aurai envie de se lancer dans l’écriture. Non seulement il lui a dédié son roman The Speed Queen (1997) mais en plus le King est un des personnages principaux du récit. En 2004, tous deux fans de baseball, ils co-écrivent un essai (Faithfull) consacré aux Red Sox de Boston. Cette nouvelle est leur première collaboration sur une oeuvre de fiction.

A la base j’avais prévu un triplé du King mais malheureusement la nouvelle inédite A La Dure (incluse dans la version poche du recueil Nuit Noire, Etoiles Mortes), pourtant annoncée en numérique à la même date que le bouquin (le 12 mars) a été repoussée à une date ultérieure. A défaut d’info plus précise quant à l’ultérioté de la chose je me suis contenté d’un duo royal.

[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Dossier 64

J. Adler-Olsen - Dossier 64Il est des titres comme ça qui, du moment qu’ils débarquent dans mon Stock à Lire Numérique, se trouvent propulsés en tête des priorités de lectures futures. Ce fut le cas de ce fameux Dossier 64 signé Jussi Adler-Olsen, l’auteur danois nous livre là la quatrième enquête de son désormais fameux Département V.
Sous l’impulsion de Rose, la secrétaire du Département V, Carl Morck et son « équipe » se penchent sur la disparition mystérieuse, en 1987, de Rita Nielsen, tenancière d’un bordel supposée suicidée. Rapidement ils vont découvrir que trois autres disparitions non élucidées sont survenues à quelques jours d’intervalles. Carl, Assad et Rose vont devoir trouver le lien entre ces quatre dossiers s’ils veulent espérer résoudre l’affaire…
Comme dans les précédentes enquêtes du Département V on navigue entre le passé (les déboires de Nete Hermasen, le fameux dossier 64, et sa vengeance contre ceux qu’elle juge responsable) et le présent (non seulement l’enquête du département mais aussi de nouvelles révélations concernant l’affaire qui a coûté la vie à Anker et cloué au lit Hardy). L’auteur nous propose une intrigue dense et pleine de surprises (jusqu’au final en apothéose), une enquête qui mènera le Département V dans des milieux particulièrement nauséabonds.
Cette nouvelle affaire est aussi l’occasion pour l’auteur d’étoffer les personnalités de ses personnages, pour Carl l’évolution se fait essentiellement dans son quotidien tandis que sa relation avec Mona se fait plus « officielle », par contre concernant Assad et Rose on en apprend d’avantage sur eux au cours de cette enquête dans laquelle ils sont particulièrement impliqués.
Au niveau des seconds couteaux, on peut difficilement reprocher à Nete Hermasen son désir de vengeance, ce petit bout de femme est des plus attachantes du coup on aurait tendance à fermer les yeux sur ses actes. Il en va tout autrement de Curt Wad, personnage puant que l’on se plaira à détester tout au long du roman, on en viendrait même à lui souhaiter le pire, mais surtout que ça dure longtemps.
Ce quatrième opus ne dépare pas dans la série, outre son intrigue en béton il est parsemé de touches d’humour, souvent lors des échanges (parfois houleux) entre Carl et ses deux assistants pour le moins atypiques. Résultat des courses, on est, une fois de plus, conquis par Jussi Adler-Olsen, qui confirme, si des doutes persistaient, qu’il compte désormais parmi les grands noms du polar nordique.
Que les inconditionnels du Département V se rassurent l’auteur n’en a pas encore fini avec nos trois lascars, un cinquième roman est déjà paru au Danemark, on peut légitimement espérer voir une traduction française en courant d’année prochaine… Et c’est tant mieux parce qu’il reste encore bien des questions en suspens.

[BOUQUINS] Ian Manook – Yeruldelgger

I. Manook - YeruldelggerA la base ce roman de la rentrée littéraire n’était pas prévu dans mon Stock à Lire Numérique, mais à force de lire, çà et là, des critiques élogieuses,  dont celle de Gruz, et sachant que nous avons des goûts littéraires plus que proches, j’ai fini par craquer pour ce Yeruldelgger de Ian Manook. C’est l’occasion de poursuivre le voyage, sauf que cette fois la destination est beaucoup plus exotique puisque l’on file direct vers la Mongolie et ses steppes…
Yeruldelgger, commissaire à la crim’ d’Oulan Bator, est appelé dans les steppes alors qu’il enquêtait sur le meurtre sauvage de trois chinois. Là-bas il découvre le corps d’une fillette, un crime qui le ramenè directement vers son propre drame personnel, l’assassinat de sa fille cadette quelques années plus tôt. Au fil de son enquête Yeruldelgger et son équipe vont découvrir que les deux affaires pourraient être liées…
Vous trouvez sans doute que notre héros porte un prénom à coucher dehors, pour votre peine je vous condamne à psalmodier cent fois son nom complet : Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Au moindre raté on remet le compteur à zéro. Ah oui avec l’accent mongol svp ! Z’êtes pas prêt d’aller vous coucher bande d’ingrats.
Bon autant vous le dire tout de suite ce polar/thriller sera certainement l’un de mes coups de coeur de l’année (faut dire qu’il y en a eu pas mal cette année). Pour une première incursion dans le genre l’auteur réussit un coup de maître. Bon voilà ça c’est fait, étoffons un peu maintenant.
La première bonne surprise vient de l’incroyable profondeur des personnages. Yeruldelgger d’abord, flic brisé de l’intérieur, aussi têtu que bourru mais enquêteur hors pair (il me fait un peu penser au Harry Hole de Jo Nesbo). Ses alliées de charme et de choc, Oyun, sa collègue, et Solongo, légiste et compagne de Yeruldelgger (leur relation est assez bizarre). Mon coup de coeur va sans hésitation à Gantulga, gamin des égouts d’Oulan-Bator, un allié aussi précieux que débrouillard pour Oyun et Yeruldelgger.
La seconde bonne surprise, je devrai plutôt dire claque vient de l’intrigue elle même. Une intrigue incroyablement complexe maîtrisée du début à la fin, juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous tenir en haleine. Vraiment un polar haut de gamme, peut être pas aussi cash que du Chattam mais vous aurez tout de même le droit à quelques scènes pas piquées des hannetons.
Avec Yeruldelgger Ian Manook nous invite à découvrir une Mongolie aux multiples facettes. Oulan-Bator, la capitale, où les buildings modernes poussent aux côtés des vestiges rustiques et sans âme de l’occupation communiste. Un peuple moderne mais aussi ancré dans ses traditions nomades et chamanes. On aurait presque envie de prendre un billet d’avion pour un petit détour touristique.
L’auteur soulève aussi une question pour le moins intéressante, selon notre lieu de vie et notre culture nous n’avons pas la même vision de l’Histoire. Pour l’Occident le pire « boucher » de tous les temps est certainement Hitler alors que la seconde guerre mondiale est un épisode ignoré par la plupart des Mongols. En Mongolie les « bouchers » s’appellent plutôt Staline et Mao.
Extrait pour illustrer mon propos :
– Comment pouvons-nous ignorer l’holocauste de six millions de Juifs ? s’était-il indigné à l’époque.
– Parce que ce n’est pas notre histoire, avait répondu tristement Solongo.
– Six millions de morts, comme cela peut-il ne pas être notre histoire à nous aussi ?
– Notre histoire à nous, elle est plus proche des quatre-vingts millions de morts de Staline, et des centaines de millions de morts de Mao et des autres. L’histoire des Juifs n’est pas la nôtre. Toute leur guerre n’était pas la nôtre non plus !
Je suis convaincu que le bouquin vaudra beaucoup de son succès (plus que mérité) au Net, un auteur inconnu, un titre à coucher dehors, une couv’ pas vraiment percutante : tout était fait pour qu’il passe inaperçu (ou presque). Et bien je suis heureux de faire partie de ceux qui vont propager la bonne parole.
Pour l’anecdote j’ai découvert que la boisson traditionnelle mongole est le suutei tsaï, un thé noir au lait, salé, dans lequel ils ajoutent du beurre ou de la farine. Ca vous dit de goûter ? Moi, je passe mon tour. D’une façon générale la gastronomie mongole est très exotique, certains plats ont l’air plutôt appétissants mais pas évident de trouver les ingrédients (le boodog est à base de marmotte).
Albin Michel a réussi à convaincre l’auteur de faire de Yeruldelgger un personnage récurrent, j’ai vraiment hâte de découvrir la suite. Après tout le bouquin s’achève en laissant un gros point d’interrogation dans l’esprit des lecteurs.

[BOUQUINS] Stephen King – Docteur Sleep

S. King - Docteur SleepEst-il besoin de signaler que je trépignais d’impatience à l’idée de me plonger dans le dernier Stephen King, Docteur Sleep, depuis le temps qu’il me faisait de l’oeil du haut de mon Stock à Lire Numérique il fallait bien que je finisse par craquer ! Qui plus est, histoire d’attiser encore plus ma curiosité, le bouquin est présenté comme la suite de Shining.
Danny Torrance, devenu adulte, chasse ses vieux démons avec un autre démon qui a pourtant contribué au naufrage son père : l’alcool. De petits boulots en petits boulots, de cuites en cuites, il débarque un jour à Frazier, un trou perdu du New Hampshire, bien décidé à essayer de se poser. Une douzaine d’années plus tard, débarrassé de son vice et maître de son Don, Dan rencontre Abra, une fillette de 12 ans elle aussi dotée de pouvoirs mystérieux mais traquée par le Noeud Vrai, des immortels qui veulent absorber son énergie jusqu’à la tuer…
Ma première réaction, à l’annonce de la sortie du bouquin et avant même sa parution en VF, aura été un peu désabusée. J’me suis dis qui si même Stephen King tombait dans la « facilité » de la suite (même 36 ans après Shining) alors on est bien mal barré, mais d’un autre côté, le King étant le King, il saurait certainement nous surprendre. Et puis merde c’est le King, je ne peux décemment pas passer à côté d’un de ses bouquins !
Après de longs (10% du bouquin) mais utiles préliminaires (c’est le traducteur qui appelle ça comme ça, pas moi bande de pervers(es)) qui retracent le parcours chaotique de Danny depuis les événements de l’Overlook (lire Shining n’est pas impératif mais il serait dommage, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, de passer à côté d’un grand cru de Stephen King) on entre de plain pied dans une intrigue divisée en quatre parties (la chose fait quand même 600 pages).
Inutile de vous préciser que c’est superbement écrit et que les personnages sont travaillés en profondeur, merde on parle du King pas de BHL ! Bref ça se lit tout seul alors penchons nous plutôt sur l’intrigue à proprement parler.
Dans les premiers chapitres l’on suit donc l’évolution de Danny Torrance au fil des ans, avec ses hauts et ses bas. Ensuite en parallèle on assiste à celle de la naissance à ses douze ans, et quelques chapitres consacrés au Noeud Vrai (de vraies têtes de noeuds c’est indiscutable). Ce n’est que plus tard que ces trois destinées vont se croiser et s’affronter  : Dan et Abra d’un côté, le Noeud Vrai de l’autre. Je sais que (exceptionnellement) mon pitch avance loin dans l’histoire mais c’est aussi le cas de la quatrième de couv’ et honnêtement je ne vois pas comment faire autrement sans laisser de côté toute la partie concernant Abra. Le décor et les personnages sont ainsi plantés.
L’intrigue est d’une incroyable diversité, avant que Dan et Abra n’unissent leurs efforts contre les têtes de noeuds (des méchants que vous adorerez détester, Rose, leur chef, plus que tout autre), on assiste au combat de Dan contre l’alcoolisme (avec l’aide des AA), puis à ses efforts pour dompter le Don et le mettre au service des autres (d’où le titre du roman). Sans doute moins stressante que Shining je peux vous assurer que cette nouvelle histoire du King vous prendra rapidement aux tripes, une fois happé pour le bouquin vous ne pourrez plus le lâcher.
Comme souvent Stephen King réussit quelque chose qui ne ressemble à aucun autre de ses romans, pour un résultat qui frôle atteint l’excellence (c’est simple pour moi c’est un sans faute), une fois de plus il est au sommet de son art. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Dan Torrance (surtout sa version apaisée) et j’ai adoré le personnage d’Abra qui combine à merveille la fragilité de son âge et la force de son Don.
Deux versions, l’epub commercial d’origine et une version corrigée par un amateur passionné qui a annoté les principales modifs qu’il a effectué. Le résultat est assez impressionnant, il faut croire que Albin Michel (qui publie aussi les VF de Tom Clancy) paie ses traducteurs au lance-pierre ou les recrute en Ouzbékistan.