Marc Levy – Les Évadées

Jusqu’où est-on prêt à aller pour défendre notre liberté ?

Lyon, Boston, Paris, Singapour. Les Évadées nous transporte autour du monde en nous liant aux destins de deux jeunes femmes , deux sœurs jumelles au caractère trempé, que la vie a tôt séparées mais que le destin va finalement réunir.

Cécile est enquêtrice au sein d’Interpol. Un appel au secours, lancé depuis un village perdu aux confins de l’Asie du Sud-Est, la met sur la piste d’une entreprise criminelle dont elle ne soupçonne pas l’ampleur.

À des milliers de kilomètres de là, Olivia, scientifique rattachée à l’Institut Pasteur, poursuit ses travaux dans un centre de recherches de la côte Est américaine. Alors que le pouvoir politique du pays se radicalise et décide de museler la science, Molly, sa patronne, lui propose de rejoindre un réseau de résistance.

A priori, les existences de ces deux sœurs n’ont plus grand chose en commun, si ce n’est que chacune, à sa manière, recherche la vérité. Mais dans une époque livrée à l’avidité et aux mensonges, ces deux femmes obstinées vont braver les périls pour défendre ce en quoi elles croient… et ainsi redécouvrir qu’il existe entre elles des liens que ni la peur ni le temps ne peuvent rompre.

Marc Levy, what else ?

Cerise sur le gâteau, l’auteur revient avec un diptyque qui semble être dans la même veine que la trilogie 9 et La Symphonie Des Monstres. S’il prend goût au thriller politique, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre…

Une fois n’est pas coutume, je vous propose une chronique unique pour deux livres. Et honnêtement, on peut se demander pourquoi, si ce n’est pour des raisons bassement marketing, Marc Levy et les éditions Robert Laffont ont décidé de publier Les Évadées en deux tomes distincts, sortis à trois semaines d’intervalle.

D’accord, un volume unique de près de 800 pages, ça pèse lourd, mais rien d’insurmontable. En optant pour une mise en page un peu moins aérée, l’éditeur aurait d’ailleurs pu gagner des dizaines de pages. Cette multiplication de lignes vides entre des paragraphes qui n’en sont pas vraiment finit par nuire au plaisir de lecture. Je persiste et signe : ça sent la stratégie commerciale à plein nez. Il est tellement facile de prendre les lecteurs pour des vaches à lait ! D’autant que quiconque aura achevé la première partie crèvera d’envie de connaître la suite…

Voilà, c’est dit. Entrons maintenant dans le vif du sujet.

Avec ce diptyque, Marc Levy s’essaie au thriller dystopique, au cœur d’une Amérique qui dérive sévèrement vers un régime totalitaire. L’auteur ne donne aucun repère temporel précis, mais il glisse un indice : ces dérives sont l’œuvre du quarante-neuvième président des États-Unis (le POTUS, pour reprendre l’acronyme anglo-saxon). Or Donald Trump est actuellement le quarante-septième, et son mandat doit s’achever en 2029. Son successeur, le quarante-huitième, irait donc jusqu’en 2033, ce qui place l’intrigue du roman entre 2033 et 2037.

Et c’est là que ça devient vraiment glaçant : on peut se demander combien de temps ce roman restera encore dystopique. Certains éléments sont déjà bien réels. L’ICE, la police de l’immigration chère à Donald Trump, et ses dérives sont une triste réalité, tout comme les budgets de la recherche scientifique, perpétuellement revus à la baisse. Plus inquiétant encore, l’affaire des enlèvements, très présente dans le premier tome, s’appuie, elle aussi, sur des faits bien réels. La fiction rattrape la réalité, voire la devance à peine.

Pour construire son intrigue, Marc Levy croise les destins de deux sœurs jumelles, plus ou moins perdues de vue depuis le divorce de leurs parents. L’une est chercheuse à Boston et subit donc de plein fouet les dérives autoritaires du pouvoir ; l’autre est enquêtrice de terrain au siège d’Interpol, à Lyon. Chacune mène d’abord sa vie de son côté, et il faudra attendre le second tome pour que le destin les réunisse… dans des conditions loin d’être idéales.

Ces deux fortes personnalités n’ont, au-delà de leur physique, pas grand-chose en commun. Ce sont justement ces différences de caractère qui contribuent largement à la solidité du récit, car elles nourrissent la tension comme la complémentarité. Les personnages secondaires ne sont pas non plus de simples faire-valoir : ils jouent un rôle déterminant dans le déroulé et le dénouement de l’intrigue, ce qui donne de l’épaisseur à l’ensemble.

Ne nous mentons pas : si l’intrigue est bien construite et captivante de bout en bout, on est loin de l’hyperréalisme d’un Tom Clancy. Il y a bien quelques poussées d’adrénaline, mais on ne peut s’empêcher de trouver que les événements s’enchaînent parfois, voire souvent, un peu trop facilement. Les obstacles se lèvent avec une aisance qui frôle la commodité, et ceux qui aiment les thrillers à la crédibilité sans faille pourront tiquer.

Même au cœur de l’action, Marc Levy ne manque pas une occasion de glisser quelques touches d’humour bienvenues, dans les situations comme dans les dialogues. On apprécie cette légèreté autour de thématiques qui ne prêtent pas vraiment à sourire, et elle permet de respirer entre deux moments de tension.

Bref, hormis un bémol de pure forme (celui de l’édition) et quelques facilités narratives, Les Évadées est un diptyque de grande qualité dans la bibliographie de Marc Levy.


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