Syrie or not Syrie ?

SyrieA l’heure où Barack Obama attend le feu vert du Congrès américain pour lancer une action militaire contre le régime de Bachar Al Assad et où notre Flamby national attend la décision de Barack pour se joindre à la coalition (« dualition » ça existe ? Parce qu’à part Obama et Flamby personne ne semble presser de se mouiller, même ceux qui approuvent « par principe » le font du bout des lèvres), je reste pour ma part plus que perplexe sur la question.
Entendons nous bien je ne cautionne aucunement les agissements de Bachar Al Assad, ce type est un fumier de première, une ordure de la pire espèce mais… (sans le mais ça serait pas marrant) je serai tenté de dire on sait ce qu’on perd mais pas ce que l’on gagne. Le reportage sur les Tribunaux Islamistes, diffusé dans le dernier numéro de Sept à Huit (sur TF1) n’aura fait que confirmer mes craintes.
Ca se passe à Alep, ville contrôlée aux deux tiers par la rébellion syrienne et notamment par le groupe Jabhat Al-Nosra, mouvement inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’ONU et qui revendique clairement son attachement à Al Qaïda. Ces « gentils rebelles » promettent d’instaurer la paix en Syrie dans le cadre d’une république islamiste (deux mots antonymes) régie par les lois de la charia… Tout un programme ! Il suffit de voir ce qui se passe dans ces prétendus tribunaux islamistes (sans parler de ce qu’on n’a pas vu, les journalistes n’ayant pas le droit de pénétrer dans le tribunal central qui juge les cas les plus « lourds »… genre de truc où tu rentres pour ne jamais en ressortir) pour se faire une idée de l’avenir de la Syrie.
On a vu comment avec la Tunisie et l’Egypte, comment un printemps arabe peut devenir un long hiver pour la démocratie (pour nos « gentils rebelles » de Jabhat Al-Nosra, la démocratie est « la religion des impies« ) ; du coup perso avant de renverser Al Assad j’y réfléchirai à deux fois. Virer une ordure pour mettre une pourriture à la tête du pays, c’est tendre le bâton pour mieux se faire battre ! Wait and see, mais faudra pas venir pleurer si ça leur pète à la gueule.
Vous me direz « c’est ton point de vue ça n’engage que toi… », oui et comme d’hab j’assume parfaitement ma prise de position sur cette question. C’est aussi le point de vue de Domenico Quirico, journaliste italien détenu pendant cinq mois par l’opposition : « J’ai cherché à raconter la révolution syrienne, mais il est possible que cette révolution m’ait trahi, parce que ce n’est plus la révolution que j’ai connue il y a deux ans à Alep, laïque et tolérante » (à lire dans Le Monde). CQFD !

[BOUQUINS] Ron Carlson – Le Signal

R. Carlson - Le SignalChangement de registre pour cette nouvelle chronique littéraire, l’heureux élu est en effet Le Signal de Ron Carlson ; choisi par curiosité afin découvrir un autre éditeur publié par Gallmeister (éditeur de David Vann).
Bien que séparés Mack et Vonnie décident de partager leur ultime randonnée dans les montagnes du Wyoming, ce rituel qui a ponctué leur dix années de vie commune est pour eux une façon comme une autre de se quitter en bons termes. Mais pour Mack cette balade est aussi l’occasion de remonter la pente et de sauver le ranch où il a grandi et rencontré Vonnie, pour se faire il doit récupérer une balise GPS égarée lors d’un survol de la région…
Pour la petite histoire l’éditeur souhaite faire connaître le nature writing en France, un genre très populaire aux USA qui met l’accent sur les relations, pas toujours idéales, entre l’homme et la nature. Si vous avez lu Sukkwan Island ou Désolations vous aurez deviné que, chez David Vann, la nature est avant tout hostile pour quiconque s’y aventurerait sans préparation. Dans Le Signal Ron Carlson mais plutôt l’accent sur la beauté de la nature « sauvage ».
SI vous vous attendez à un thriller palpitant vous allez tomber de haut, il ne se passe pas grand chose, même le fameux signal n’est exploité que dans la dernière partie du bouquin. On suit simplement la randonnée de six jours de Mack et Vonnie avec quelques retours en arrière sur leur rencontre, leur vie commune et les raisons de leur séparation. Sur ce dernier point Mack a 100% des torts mais son errance est somme toute assez classique, les emmerdes s’accumulent jusqu’au moment où on pète une durite et où l’on fait la (ou les) connerie(s) de trop. Le truc qui peut arriver à tout le monde.
Pour être tout à fait clair les trois premiers jours et le début du quatrième sont une balade bucolique au coeur de paysages magnifiques. Au cours du quatrième jour les promeneurs font une mauvaise rencontre, le cinquième jour le signal apparait enfin, et le sixième jour est nettement plus mouvementé. Le bouquin est court (200 et quelques pages), bien écrit, il se lit d’une traite en quelques heures. Dommage que la fin, et l’intervention de Kent, soit un peu brouillonne (on ne pige pas vraiment le pourquoi du comment de sa réaction).
Sur le bandeau une critique du NY Times annonce « Un roman au suspense à couper le souffle » c’est à se demander si celui (ou celle) qui a écrit ce truc a lu le bouquin, ou alors il (ou elle) s’est gouré d’article. La critique du Washington Post (qui figure aussi sur le bandeau), « Le Signal vous emportera comme une avalanche« , est nettement plus appropriée, même si le rythme imposé par l’auteur est lent on se laisse toutefois entraîner par le récit.
Paru en 2009 Le Signal est le premier roman de Ron Carlson a être publié en français (en 2011), depuis Gallmeister à assuré la diffusion de son roman précédent Cinq Ciels (paru en 2007).

[BOUQUINS] J. Heska – On Ne Peut Pas Lutter Contre Le Système

J. Heska - On Ne Peut Pas Lutter Contre Le SystèmeTout d’abord je voudrai remercier Isabelle, chargée de communication des Editions Seconde Chance, d’avoir pensé au modeste blogueur que je suis pour chroniquer les trois romans (pour être plus juste, deux romans et un recueil de nouvelles) de J. Heska, transmis au format epub. Gratuité ou non je m’engage à livrer une chronique 100% personnelle et objective (de mon point de vue en tout cas). J’ai commencé par le titre qui correspondait le plus à mon paysage littéraire, On Ne Peut Pas Lutter Contre Le Système est en effet un thriller économico-écolo-futuriste.
Alors que le système monétaire international s’effondre, Lawrence Newton, un des cadres dirigeants du consortium Honola, groupe en partie responsable du chaos actuel, est abattu au moment de son arrestation. Qui a tiré et pourquoi ? Comment en est-on arrivé à ce point de non retour ? Il a suffit de quelques jours pour que l’économie mondiale soit en péril…
L’essentiel du bouquin se déroule pendant la semaine qui a précédé le chaos. L’intrigue se développe suivant plusieurs axes. Bien entendu on sera propulsé au coeur du groupe Honola qui est sur le point d’asseoir encore plus sur emprise sur le monde économique et politique, quitte à multiplier les coups bas pour parvenir à ses fins. On vivra aussi l’intrigue du point de vue de trois militants écolos qui ont mis la main sur un dossier susceptible de mettre Honola à genoux, une victoire incontestable s’ils arrivent à leur fin mais une victoire qui se paiera cher, trés cher. Enfin on ira faire un tour en Ouganda, où la population tend à se rebiffer contre une filiale du groupe Honola.
Une intrigue bien ficelée qui devient rapidement addictive du fait de nombreux rebondissements. Ajoutez à cela des personnages bien travaillés. Quelques flashbacks permettent de suivre l’évolution du couple formé par Lawrence (haut responsable chez Honola) et Clara (militante de GreenForce). Un couple qui représente les deux extrêmes, lui n’a aucun idéal sinon son ambition personnelle, elle a une laitue bio à la place du cerveau, les neurones ravagés par le discours altermondialiste. Difficile de se prononcer pour l’un ou pour l’autre, les deux extrêmes me rebutent. Mais le personnage le plus énigmatique reste Marty, envoyer pour « protéger » les trois écolos mais dont les véritables intentions resteront longtemps inconnues.
L’histoire n’est pas située précisément dans le temps, mais au vu des événements décrits, la quasi-totalité s’étant déjà déroulés, on peut supposer que l’auteur nous offre une sombre version d’un avenir relativement proche ; d’ailleurs à ce titre le bouquin ne dépareillerait pas dans le cadre de mon challenge 100% SF. L’auteur aborde divers sujet (écologie, OGM, finance internationale…) dans un mélange de thriller et d’espionnage plus que convaincant. Je ne suis pas un spécialiste des thèmes abordés mais l’ensemble semble suffisamment documenté pour être crédible.
Une petite touche négative afin de tempérer mon enthousiasme. Tel que présentée en quatrième de couverture on pouvait supposer que l’intrigue se concentrerait sur les conséquences de l’effondrement du système monétaire international alors que tout se joue avant le jour J ; il vous faudra attendre l’épilogue (peut être un peu trop happy end) et son ultime révélation pour avoir toutes les clés en main. Quant à l’avenir, laissez oeuvrer votre imagination…
Pour faire court mais efficace : une très bonne surprise riche en suspense et en action. Nul doute que vous retrouverez prochainement mes autres chroniques des titres de J. Heska. Si vous souhaitez en apprendre plus sur l’auteur je vous invite à visiter son site (vous découvrirez plein de choses intéressantes, sauf ce qui ce cache derrière le J.).
Comme je l’ai signalé en introduction J’ai lu ce bouquin en version numérique, le fichier du présent titre était quasiment irréprochable (il aurait juste fallu désolidariser la table des matières du prologue pour être parfait).