[BOUQUINS] Danilo Beyruth – Corso

Corso est un pilote talentueux mais indiscipliné de la République des chiens. Après un combat spatial contre les forces de la Monarchie des Chats, il fait naufrage sur une planète inconnue. Pour tenter de survivre et de reprendre sa mission, le pilote solitaire est amené à rencontrer les habitants de ce monde dangereux, à lutter pour sa survie et à faire une découverte qui le stupéfiera !

Je remercie les éditions Soleil (groupe Delcourt) ainsi que la plateforme NetGalley pour leur confiance.

En l’occurrence, ce n’est pas la version envoyée par NetGalley que j’ai lue. En cause : un système de protection LCP imposant l’utilisation du lecteur Thorium. Or, je n’apprécie guère qu’on m’impose des contraintes techniques à l’insu de mon plein gré. C’est donc la version papier, reçue à Noël, qui a finalement atterri entre mes mains — et franchement, je ne regrette pas d’avoir attendu pour découvrir ce roman graphique dans ce format.

La première chose qui m’a attiré dans Corso est sans conteste sa couverture. Un visuel impeccable, immédiatement accrocheur, qui m’a presque fait regretter le choix du noir et blanc pour les planches intérieures. J’insiste sur le presque, car très rapidement, la maîtrise graphique de Danilo Beyruth force le respect. L’artiste parvient à donner vie à ses décors et à ses personnages en jouant exclusivement sur les contrastes, les ombres et les lumières. Le noir et blanc devient ici un véritable langage narratif, jamais un simple artifice esthétique.

Corso nous plonge dans un univers où s’affrontent la République des Chiens et la Monarchie des Chats. Le héros éponyme est un pilote de chasse au service de la République, souvent raillé par ses pairs pour son absence de pédigrée. Cette marginalité a forgé chez lui un caractère de fonceur, presque de frondeur : Corso campe sur ses positions, refuse les compromis et avance coûte que coûte, quitte à se brûler les ailes.

Lors d’une patrouille, il tombe nez à nez avec un croiseur ennemi. Touché, son appareil s’écrase sur une planète inconnue et explose peu après qu’il a réussi à s’extraire de la carlingue. Commence alors une première partie du récit clairement orientée sur la survie. Jour après jour, Corso apprend à décrypter son nouvel environnement : la faune, la flore, les ressources exploitables, mais aussi les menaces à éviter. Cette section, quasi contemplative par moments, fonctionne très bien et installe une tension constante, soutenue par une mise en scène sobre et efficace.

Ce n’est que plus tard que Corso fait une découverte pour le moins inattendue… et un peu plus tard encore qu’il devra accepter de remettre en question certaines certitudes qu’il considérait jusque-là comme acquises. Cette seconde partie du récit, plus politique et relationnelle, aurait toutefois gagné à être davantage développée. Notamment à partir du moment où Corso accepte de considérer ses hôtes comme des alliés — et plus si affinités. De la même manière, la conclusion apparaît quelque peu abrupte, surgissant presque sans transition, comme un cheveu sur la soupe.

Sur le fond, la trame narrative reste relativement classique. Néanmoins, le choix de mettre en scène des animaux anthropomorphisés constitue un défi audacieux que Danilo Beyruth relève haut la main. Cette originalité, couplée à la grande qualité du dessin et à une atmosphère visuelle très maîtrisée, fait de Corso un roman graphique qui mérite clairement qu’on s’y attarde.

Au-delà de son récit d’aventure et de survie, Corso propose également une réflexion — jamais pesante — sur les différences entre les communautés, la peur de l’autre et l’importance de l’acceptation mutuelle. Une intrigue qui pousse autant son héros que ses lecteurs à interroger leurs certitudes et à envisager le dialogue plutôt que l’affrontement.

Un album imparfait mais sincère, porté par une identité graphique forte et un propos qui résonne bien au-delà de son univers de science-fiction animalière.