AU MENU DU JOUR
Titre : Le Crépuscule De La Veuve Blanche
Série : Cellule Sakura, livre 2
Auteur : Cyril Carrère
Éditeur : Denoël
Parution : 2025
Origine : France
400 pages
De quoi ça cause ?
Un youtubeur suscite l’engouement en remettant en lumière l’histoire de la Veuve Blanche, une tueuse en série aujourd’hui disparue qui a terrorisé Tokyo au début des années 2000.
Lorsque Junichi Kudo, détective privé dont le destin a été broyé par cette femme apprend que d’autres crimes ont été commis selon le même modus operandi, il décide d’enquêter. Il s’engouffre seul dans le monde des « évaporés », où la Veuve Blanche pourrait avoir trouvé refuge. Bientôt, il disparaît à son tour.
Hayato Ishida et Noémie Legrand, de la cellule Sakura, partent sur ses traces. Ils plongent dans les méandres d’un Japon fracturé et mettent au jour un puzzle funeste, où les fantômes d’hier continuent de hanter le présent.
Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?
J’ai découvert Cyril Carrère avec Avant De Sombrer, j’ai tout de suite compris que l’on avait là une plume majeure du thriller francophone. La lecture de La Colère D’Izanagi n’a fait que confirmer cette première impression.
Ce nouvel opus nous offrant l’occasion de retrouver le duo de choc formant la Cellule Sakura, il m’était impossible de faire l’impasse.
Ma Chronique
Cette seconde enquête de la Cellule Sakura est l’occasion pour Cyril Carrère de nous plonger au cœur de la culture japonaise, quitte à balayer au passage la vision parfois idéalisée qu’en ont les Occidentaux.
Nous retrouvons donc le duo formé par Hayato et Noémie. Cette fois, ils doivent enquêter sur la disparition d’un détective privé, Junichi Kudo, qui semble s’être lancé sur les traces d’une ancienne tueuse en série : la Veuve Blanche, supposément morte depuis plusieurs années. Au cours de leurs investigations, ils pourront compter sur le soutien des associés du disparu, Gaku et Akane, dont les compétences viendront enrichir cette affaire déjà particulièrement complexe.
Pour construire son intrigue, Cyril Carrère alterne habilement entre présent et passé. Le passé nous permet de suivre le parcours chaotique d’Alice – la fameuse Veuve Blanche – et de sa fille Sora. Durant une bonne partie du roman, cette longue fuite semble presque éclipser l’enquête menée par la Cellule Sakura. Pourtant, ce choix narratif s’avère rapidement extrêmement judicieux, tant les différentes temporalités et intrigues finissent par s’imbriquer avec une remarquable fluidité.
Le cœur de l’enquête d’Hayato et Noémie les amène à se pencher sur un phénomène méconnu mais bien réel au Japon : les johatsu, littéralement les « évaporés ». Ces personnes choisissent volontairement de disparaître du jour au lendemain pour refaire leur vie ailleurs. Si le phénomène n’est pas exclusif au Japon, il y prend une ampleur particulièrement inquiétante : on évoque près de 100 000 disparitions volontaires chaque année, contre environ 11 000 cas en France. Une différence qui peut notamment s’expliquer par la pression sociale omniprésente dans la société japonaise, où l’échec professionnel ou personnel est souvent vécu comme une honte difficile à assumer.
L’un des aspects les plus troublants de ce phénomène réside d’ailleurs dans le traitement légal de ces disparitions. Au nom du respect de la vie privée, la police japonaise ne peut enquêter que si un accident ou un crime est suspecté. Les familles doivent alors se contenter d’un simple avis de recherche affiché dans les commissariats… ou faire appel à des agences de détectives privés.
Au fil des chapitres, le lecteur découvre également de nombreux aspects de la culture japonaise, notamment à travers la gastronomie. Hayato, perpétuellement en train de manger ou de grignoter.
Cyril Carrère accorde un soin particulier au traitement de ses personnages. Hayato et Noémie continuent d’évoluer au fil de cette seconde enquête, leur relation restant professionnelle tout en gagnant progressivement en profondeur et en complicité. Du côté de l’agence de détectives, Gaku et Akane forment un tandem aussi atypique qu’efficace, chacun apportant sa propre personnalité à l’ensemble.
Mais les personnages les plus marquants restent sans aucun doute Alice et Sora. Leur relation, d’abord froide et compliquée, évolue peu à peu sous la pression des dangers qui les traquent. Le récit devient beaucoup plus humain, centré sur la survie, la culpabilité et les liens familiaux.
L’intrigue, elle aussi, se révèle parfaitement maîtrisée. Cyril Carrère parvient à faire converger progressivement tous les arcs narratifs jusqu’à un final particulièrement intense. Son écriture, très visuelle – presque cinématographique –, contribue énormément à l’immersion. Chaque scène semble pensée pour maintenir une tension constante, et le lecteur voit peu à peu les pièces du puzzle s’assembler jusqu’au bouquet final. Un dénouement explosif, marqué au passage par une révélation inattendue concernant l’un des membres du clan Aragaki.
Avec Le Crépuscule De La Veuve Blanche, Cyril Carrère signe un thriller aussi dépaysant qu’addictif. Une lecture immersive, riche en découvertes culturelles, portée par des personnages attachants et une intrigue redoutablement efficace. Une fois ferré, difficile de lâcher le roman avant la dernière page.
Inutile de préciser que je suis désormais impatient de retrouver la Cellule Sakura… peut-être même dans une formation encore plus élargie.
MON VERDICT

Morceau choisi
Tout, dans l’univers des évaporés, lui semblait disproportionné. Ces départs provoqués par des broutilles (un échec scolaire, une rupture sentimentale, vraiment ?). Les yonigeya, ces agences spécialisées prêtes à tout effacer contre un joli pactole. Les détectives privés qui remuaient ciel et terre pour ramener ces ombres à la lumière. Et au milieu de tout ça, la police, figée, immobile, comme si ces disparitions étaient trop complexes, ou pire, sans importance.
Bonus en forme de private joke
Première partie – Chapitre 6
Commentaires sur la vidéo de Genji_off
@Bernard_Servaz
Je le connais pas, mais je trouve intéressant le point de vue d’Hayato Ishida sur les émotions et le crime. En fin de compte, tout tourne tjs autour des liens humains.
> @Martin_Minier
Oui, les émotions ne sont pas juste des variables d’une enquête, elles sont souvent le moteur même du crime. Et je sais de quoi je parle !
> @Genji_off
Oui, ça a l’air d’un sacré flic ce Ishida ! En faisant 2, 3 recherches sur lui, j’ai vu que certains le comparaient à L, un personnage du manga Death Note. Mais il est bien réel !
Un auteur que j’aimerais découvrir et tu ne fais qu’enfoncer le clou 😉
Alors là tu peux y aller les yeux fermés (pas très pratique pour lire j’avoue). Par contre je te conseille de commencer par La Colère d’Izanagi avant d’attaquer celui-ci.