AU MENU DU JOUR
Titre : Les Promises
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
656 pages
De quoi ça cause ?
Berlin 1939. L’Allemagne nazie est aux portes de la guerre, c’est dans ce contexte qu’un mystĂ©rieux tueur en sĂ©rie choisit ses victimes parmi les Ă©pouses de dignitaires du rĂ©gime.
Avant que l’affaire ne s’Ă©bruite, la Gestapo charge l’officier SS Franz Beewen de rĂ©soudre cette affaire aussi discrètement que rapidement. L’enquĂŞte piĂ©tinant Beewen va solliciter – Ă contrecĹ“ur – l’aide de Simon Kraus, un psychiatre qui suivait les victimes et de Minna von Hassel, directrice de l’asile d’aliĂ©nĂ©s dans lequel son père est suivi.
Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?
Parce que c’est Jean-Christophe GrangĂ©, un auteur (peut-ĂŞtre mĂŞme le seul) que je suis depuis ses dĂ©buts et dont je n’ai ratĂ© aucun titre. Non seulement il s’Ă©carte de la sĂ©rie TV Les Rivières Pourpres (les deux prĂ©cĂ©dents romans Ă©tant l’adaptation littĂ©raire des deux premières saisons de la sĂ©rie), mais en plus il s’aventure, pour la première fois, dans le thriller sur fond historique.
Ma Chronique
En dĂ©couvrant le pitch de son dernier roman, Les Promises, j’ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris de constater que Jean-Christophe GrangĂ© s’Ă©cartait de la sĂ©rie TV Les Rivières Pourpres (sĂ©rie dont il est le scĂ©nariste). MĂŞme si j’ai bien aimĂ© ses deux prĂ©cĂ©dents romans, inspirĂ©s respectivement de la première et de la seconde saison de la sĂ©rie TV, je n’ai pu m’empĂŞcher de penser qu’il jouait la carte de la facilitĂ© en dĂ©veloppant de façon plus littĂ©raire un scĂ©nario dĂ©jĂ Ă©crit.
La seconde surprise vient du fait que malgrĂ© une carrière littĂ©raire bien garnie (15 romans publiĂ©s entre 1994 et 2020), l’auteur est encore capable de surprendre ses lecteurs en s’aventurant sur des sentiers qu’il n’avait jamais explorĂ©s par le passĂ©. En effet ce seizième roman s’inscrit clairement comme un thriller historique en se plaçant dans l’Allemagne nazie aux portes de la Seconde Guerre mondiale.
Certains de ses romans antĂ©rieurs Ă©taient fortement empreints d’Ă©vĂ©nements historiques survenus antĂ©rieurement Ă l’intrigue, mais ladite intrigue restait contemporaine. Dans Les Promises l’auteur place ses personnages au cĹ“ur d’un passĂ© aussi trouble qu’obscur.
Le choix peut surprendre, mais Jean-Christophe GrangĂ© l’explique en l’inscrivant comme une Ă©vidence dans son parcours littĂ©raire. En effet l’auteur explique avoir explorĂ© les diffĂ©rentes facettes du mal tout au long de son Ĺ“uvre, il lui semblait donc impossible de faire l’impasse sur le nazisme qui est quand mĂŞme le pire du pire dans le genre.
Jusqu’au-boutiste et perfectionniste, on devine que l’auteur a dĂ» se livrer Ă un Ă©norme travail de documentation afin de restituer le Berlin de 1939 et la vie des berlinois(es) totalement rĂ©aliste. Sans ĂŞtre un spĂ©cialiste (loin s’en faut) j’ai Ă©tĂ© en totale immersion dans ce contexte très particulier oĂą le contraste entre les petits protĂ©gĂ©s du Reich et ses ennemis (avĂ©rĂ©s ou supposĂ©s) est aussi saisissant que glaçant.
Rien de nouveau sous le soleil noir du Reich me direz-vous, en effet l’auteur n’invente rien en prenant la Seconde Guerre mondiale comme cadre de son intrigue, mĂŞme le point de vue allemand a Ă©tĂ© lu et relu, mais Jean-Christophe GrangĂ© nous propose de suivre l’affaire d’un point de vue militaire, mais aussi civil.
Le point de vue militaire est assuré par Franz Beewen, un officier SS travaillant à la Gestapo qui attend la guerre avec impatience afin de pouvoir monter au front et se frotter aux Français. Pas franchement le profil type du gendre idéal !
DĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements il va devoir, Ă contrecĹ“ur, s’associer avec deux psychiatres (une profession qui n’est pas vraiment en odeur de saintetĂ© sous la bannière du Reich).
Simon Kraus connaissait les victimes qu’il suivait en thĂ©rapie ; un type Ă©gocentrique et opportuniste, complexĂ© par sa petite taille qui couche avec ses patientes et accessoirement les fait chanter.
La moins pire du trio est Minna von Hassel, elle dirige un asile d’aliĂ©nĂ©s dans lequel le père de Franz est internĂ© ; son pĂŞchĂ© mignon est un net penchant pour les substances illicites. Issue d’une famille de la haute sociĂ©tĂ©, elle vomit le rĂ©gime nazi sans toutefois chercher Ă le combattre.
Un trio qui n’est pas vraiment Ă mĂŞme d’attirer l’empathie du lecteur, l’auteur saura malgrĂ© tout y faire pour nous les rendre attachants (Ă dĂ©faut d’ĂŞtre sympathiques). Trois enquĂŞteurs qui n’en sont pas vraiment et qui vont devoir faire abstraction de leurs antagonismes et apprendre Ă travailler ensemble.
Niveau intrigue, Jean-Christophe Grangé nous livre un sans-faute maîtrisé de la première à la dernière page. Comme dans tout thriller réussi on a le droit aux fausses pistes et à des rebondissements plus ou moins imprévisibles.
Comme Ă son habitude l’auteur ne mĂ©nage pas ses efforts quand il s’agit de faire mourir ses personnages, et vous vous doutez bien qu’ils ne meurent pas paisiblement pendant leur sommeil. Toutefois il n’y a aucune surenchère gore ou trash, les victimes et les sĂ©vices qu’elles ont subis sont lĂ pour servir l’intrigue.
Pour une première incursion dans le thriller historique, Grangé nous offre un grand cru et ajoute une corde à son arc (déjà bien – voire très bien – chargé).
Une petite prĂ©cision pour clore cette chronique. S’il m’a fallu pas loin de trois semaines pour boucler la lecture du bouquin ce n’est pas sa qualitĂ© qui est Ă remettre en cause mais bel et bien mes disponibilitĂ©s. Entre un emploi du temps professionnel particulièrement chargĂ© et une pĂ©riode de confinement, les facteurs extĂ©rieurs se sont accumulĂ©s contre mon temps de lecture.
MON VERDICT