[BOUQUINS] Edmonde Permingeat – Sans Mon Ombre

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E. Permingeat - Sans Mon Ombre
Titre : Sans Mon Ombre
Auteur : Edmonde Permingeat
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2019
Origine : France
440 pages

De quoi ça cause ?

Lors d’une dispute Alice, tue accidentellement sa sœur jumelle, Célia. Alice, qui a toujours pris ombrage de sa sœur, fait disparaître le corps et décide de prendre sa place.

Elle ne tarde pas à découvrir que, au-delà des apparences, la vie de Célia était loin d’être idyllique. Mais Alice est déterminée à tout mettre en oeuvre afin que son rêve ne se transforme pas en cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions de L’Archipel sont désormais partenaires de Net Galley.

Leur premier titre proposé étant un thriller psychologique, j’ai sauté sur l’occasion pour leur souhaiter la bienvenue.

Ma demande ayant été acceptée, il ne me restait plus qu’à me lancer à la découverte de ce roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation pour ce titre.

Le roman s’ouvre un meurtre, ou plus exactement violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner pour reprendre le terme juridique approprié. Un début plutôt classique pour un thriller, même si on connaît l’assassin (Alice), son mode opératoire (une rafale de claques dans la tronche) et son mobile (une jalousie maladive à l’encontre de sa sœur).

La suite logique des choses serait qu’il y ait enquête, et ben non. Pas vu, pas pris pour ainsi dire, et les amateurs du genre le savent mieux que personne : pas de bras, pas de chocolat… ah non, c’est pas ça ; voilà qui devrait être plus approprié : pas de corps, pas d’homicide ! Soit dit en passant cette dernière affirmation n’a strictement aucune valeur légale, c’est juste plus compliqué de prouver le crime en l’absence de cadavre.

Edmonde Permingeat nous offre donc un thriller qui n’a rien de policier, son credo avec ce roman c’est de tout miser sur l’aspect psychologique de l’intrigue. La force d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, aucun droit à l’erreur sinon la sauce risque de ne pas prendre. Et l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu dans ce domaine, la mayonnaise prend et s’avérera même succulente (n’allez pas vous imaginez que je bouffe de la mayo à la louche… rien que d’y penser ça me flanque la nausée).

Bien qu’écrit à la troisième personne, le roman vous invite à vivre l’intrigue à travers le personnage d’Alice. Une femme dotée d’une forte personnalité et d’un tempérament plutôt fougueux, elle s’efforce de mener une vie sans contraintes ni attaches et surtout sans jamais se soucier des autres. Une vie à l’opposée de celle que mène sa sœur, Célia, femme au foyer effacée qui s’occupe de ses deux filles. Et pourtant Alice ne peut s’empêcher de jalouser cette sœur qu’elle surnomme avec mépris l’autre ; l’accusant même de l’empêcher de s’épanouir pleinement tant elle lui fait de l’ombre.

Comme vous pouvez le constater, Alice n’est pas franchement une blanche colombe et l’auteure ne fait rien pour nous la rendre plus sympathique. Le fait qu’elle bute sa frangine dès les premières lignes du roman ne jouera pas franchement en sa faveur.

Donc notre chère Alice décide, une fois son sinistre forfait accompli, d’endosser la vie de Célia sans toutefois renoncer complètement à être elle-même. L’occasion pour elle de découvrir que, au-delà des apparences, sa sœur ne vivait pas une vie idyllique. Son quotidien était meublé de faux-semblants, non-dits, mensonges, tromperies, trahisons… une vérité insoupçonnable vue de l’extérieur !

Mais il en faut plus que ça pour que Alice renonce à son plan. Là où Célia courbait l’échine, elle va montrer les crocs… mais point trop n’en faut si elle ne veut pas prendre le risque de se trahir.

Il faut dire qu’elle est tombée au milieu d’un sacré panier de crabes vérolés ! Un mari qui la cocufie sans vergogne et prend un malin plaisir à la rabaisser et l’humilier. Une belle-mère et une belle-sœur qui sont de véritables langues de putes. On est loin de la famille formidable ! Et ce n’est guère plus reluisant du côté des amis…

Edmonde Permingeat nous livre une chronique familiale glauque à souhait, mais parfaitement maîtrisée. Le bouquin devient rapidement addictif, difficile en effet de lâcher prise avant de savoir comment tout ça va se terminer.

J’aurai aimé un final encore plus sombre, je trouve en effet que certains personnages s’en sortent bien mieux qu’ils ne le méritent. Un choix de l’auteure histoire de confirmer l’adage : bien mal acquis ne profite jamais. Une morale amorale en quelque sorte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Brian Panowich – Comme Les Lions

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B. Panowich - Comme Les Lions
Titre : Comme Les Lions
Auteur : Brian Panowich
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la 4ème de couv’ :

Clayton Burroughs est le shérif d’une petite ville de Géorgie, un jeune papa et, contre toute attente, l’héritier présomptif du clan criminel le plus célèbre de Bull Mountain. Entre la paternité, son boulot et les séquelles d’un long conflit qui a coûté la vie à ses deux frères hors-la-loi, il fait ce qu’il peut pour survivre. Mais après avoir marché droit pendant des années, sur le fil ténu qui sépare le maintien de l’ordre et les agissements de sa famille, il doit finalement choisir.

Lorsqu’un clan rival fait une première incursion dans le territoire Burroughs, laissant dans son sillage une série de cadavres et un parfum de peur, Clayton est de nouveau entraîné dans la vie qu’il voulait à tout prix quitter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’avec Bull Mountain, l’auteur nous proposait un premier roman d’une rare intensité. Impossible de résister à l’appel d’un nouveau séjour sur la montagne la plus mal famée de Géorgie !

Ma Chronique

Dans ses remerciements Brian Panowich nous explique que la rédaction d’un second roman est un exercice particulièrement difficile ; je suppose que c’est d’autant plus vrai quand le roman précédent a bénéficié d’un accueil critique et public des plus enthousiastes. Non seulement l’auteur est passé de l’ombre à la lumière, mais il est surtout attendu au tournant, et il le sait ; du coup ça lui fout une pression supplémentaire.

Avec Bull Mountain la barre était haute, très haute ! Mais pas totalement infranchissable du fait de quelques erreurs de jeunesse. Comme Les Lions parvient-il à égaler, voire à dépasser son aîné ?

Difficile de répondre de façon catégorique tant les deux romans sont différents dans le traitement de l’intrigue. S’il est encore question d’héritage familial (et de famille au sens étendu du terme), la famille n’est plus au cœur de l’intrigue, en tout cas pas avec la même intensité dramatique que ce fut le cas à la lecture de Bull Mountain (il faut dire que la confrontation entre Clayton et son frère prenait une dimension quasiment biblique).

Même si l’intrigue de ce second roman peut sembler plus classique, la plume de l’auteur n’a pas perdu en efficacité quand il s’agit d’exposer la noirceur de l’âme humaine. En la matière le clan Viner n’a pas grand-chose à envier aux Burroughs…

Le roman s’ouvre et se ferme sur un flashback, un final brillant qui permet de voir toute l’intrigue sous un jour nouveau (et totalement inattendu pour ma part). Dès les premières pages l’auteur annonce la couleur, noir c’est noir. Au fil des chapitres il n’apportera que de rares touches de clarté au milieu des ténèbres ambiantes ; et encore, faut-il vraiment se fier aux apparences ?

Un second opus donne la part belle (le terme n’est pas forcément très judicieux au vu de ce qu’elles subissent) aux personnages féminins. Après tout, c’est bien connu que chez les lions ce sont les femelles qui se tapent tout le sale boulot !

Une fois de plus le roman est porté par ses personnages, qu’il s’agisse de ceux que l’on connaît déjà et que l’on redécouvre sous un autre jour, ou des nouveaux venus qui veulent imposer leur griffe au récit. Un poker menteur où le moindre faux pas se paye au prix fort !

Brian Panowich ne vous laissera pas le temps de profiter des paysages, le rythme imposé est soutenu, sans le moindre temps mort ; il se passe toujours quelque chose sur cette maudite colline. Pour cette seconde excursion, vous avez intérêt à avoir le cœur bien accroché, la balade ne sera pas un long fleuve tranquille.

Voilà pourquoi je vous disais plus haut que j’étais incapable de trancher par une réponse catégorique ; si Comme Les Lions n’a sans doute pas la même intensité dramatique que son aîné, il vous propose toutefois une intrigue parfaitement maîtrisée, réglée comme du papier à musique. Une mélodie noire sans la moindre fausse note qui a tout pour séduire, même les plus exigeants.

MON VERDICT
Coup de poing