[BOUQUINS] David Morrell – Premier Sang

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Titre : Premier Sang
Auteur : David Morrell
Editeur : Gallmeister
Parution : 2013
Origine : USA (1972)
308 pages

De quoi ça cause ?

Rambo est un jeune vĂ©tĂ©ran de la guerre du Vietnam, un hĂ©ros de guerre. Et pourtant quand il s’arrĂŞte dans la ville de Madison (Kentucky), le chef de la police, Wilfred Teasle, ne voit que son allure de vagabond et le conduit manu militari Ă  la sortie de la ville. Mais Rambo revient sur ses pas, marre qu’on le traite comme un moins que rien ; si les flics veulent l’emmerder, alors ils devront se prĂ©parer Ă  l’affronter…

Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?

Parce que c’est Rambo ! Le seul, l’unique…
Le film de Ted Kotcheff (sorti 1982) m’avait donnĂ© envie de dĂ©couvrir le roman, il m’aura fallu patienter pas loin de 35 ans avant que l’occasion se prĂ©sente enfin ; je n’allais certainement pas laisser passer le coche !

Ma chronique

C’est Belfond qui publiera la première traduction française du roman de David Morrell en 1983, trente ans plus tard Gallmeister prend le relais en proposant une traduction totalement rĂ©visĂ©e et actualisĂ©e.

Qui aujourd’hui ne connaĂ®t pas John Rambo ? Le cinĂ©ma en a fait une icĂ´ne sous les traits de Sylvester Stallone (entre 1982 et 2008, quatre films mettront en scène les aventures de Rambo). Mais qui connaĂ®t vĂ©ritablement Rambo (le prĂ©nom n’est jamais mentionnĂ© dans le roman), le personnage imaginĂ© par David Morrell ?

DĂ©jĂ  en voyant le film (et d’autres films sur la guerre du Vietnam) j’avais Ă©tĂ© choquĂ© par l’accueil rĂ©servĂ© aux vĂ©tĂ©rans. Je ne me prononcerai pas sur la justification ou non du conflit Ă  proprement parler, mais ces gars se sont battus au nom de leur pays, ils ont vĂ©cu un vĂ©ritable enfer et bon nombre sont morts lĂ -bas. La moindre des choses serait d’avoir un minimum de respect et de reconnaissance pour ce qu’ils sont : des soldats certes, mais aussi des hommes dont la plupart n’avaient pas idĂ©e du merdier dans lequel ils foutaient les pieds.

Dès les premières pages, j’ai Ă©tĂ© pris du mĂŞme sentiment d’injustice, du coup mon empathie est allĂ©e directement vers le personnage de Rambo. S’il se montre plus vindicatif et impitoyable que dans le film (conformĂ©ment Ă  son entraĂ®nement, il frappe pour tuer), il est aussi (mĂŞme si cela peut paraĂ®tre paradoxal) plus humain, se livrant Ă  de longues introspections, parfois sĂ»r d’ĂŞtre dans son bon droit, mais pas forcĂ©ment d’avoir fait le bon choix et loin d’ĂŞtre indestructible.

Si dans le film Teasle apparaĂ®t comme un plouc relativement basique, le roman lui rend davantage justice. En lui donnant voie au chapitre, en alternance avec Rambo, l’auteur permet au lecteur de mieux apprĂ©hender le personnage et ses motivations (pendant toute la première partie de la traque, qui verra de nombreux policiers mourir, il ignore Ă  qu’il a Ă  faire Ă  un hĂ©ros de guerre que l’armĂ©e a formĂ© pour survivre et tuer). Non seulement cela pousse le lecteur Ă  comprendre Teasle, mais ça fait surtout barrage Ă  tout manichĂ©isme (ni lui ni Rambo ne sont exempts de torts).

Rapidement la confrontation entre Rambo et le chef Teasle (lui-mĂŞme vĂ©tĂ©ran de la guerre de CorĂ©e) va prendre une tournure personnelle, un duel Ă  mort va s’engager entre les deux hommes. Deux hommes qui vont finir par se haĂŻr sans toutefois pouvoir s’empĂŞcher d’Ă©prouver un rĂ©el respect l’un pour l’autre.

Je craignais que l’Ă©criture ait pris un coup de vieux, mais, et je suppose que la nouvelle traduction y est pour beaucoup, il n’en est rien. Le rĂ©cit vibre d’une rare intensitĂ© de la première Ă  la dernière page. Pour un premier roman, on peut dire que l’auteur a placĂ© la barre haut, très haut… du coup ça me donne envie de me pencher sur son travail.

Vous l’aurez compris, je vous encourage vivement Ă  dĂ©couvrir ce Premier Sang, surtout si vous avez vu le film. N’allez surtout pas croire que c’est juste un rĂ©cit bourrin oĂą on se flingue Ă  tout va ; c’est violent, c’est noir, mais il y a aussi une rĂ©elle dimension humaine tout au long du roman.

Le roman est complété par un article écrit par David Morrell en 2000, Rambo et moi, un court essai dans lequel il nous explique comment est né le projet et quelles furent ses répercussions, non seulement pour lui-même, mais aussi pour tout un pan de la société américaine. Bien entendu il évoque aussi les adaptations cinématographiques autour de son personnage.

Pour ma part j’estime que le film de Ted Kotcheff est une rĂ©ussite, certes moins sombre et plus optimiste que le roman (le but avouĂ© Ă©tant bien entendu de cartonner au box-office) mais qui toutefois a prĂ©servĂ© une rĂ©elle intensitĂ© dramatique.

Les suites, de par leur contexte, prennent une dimension plus politique et misent Ă  fond sur l’action. A prendre pour ce qu’elles sont… Pour l’anecdote, David Morrell, a participĂ© Ă  la novĂ©lisation des films Rambo 2 et Rambo 3, de son propre aveu afin d’en enrichir le scĂ©nario.

MON VERDICT
Coup de poing