AU MENU DU JOUR
Titre : La Vie Est Un Roman
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2020
Origine : France
304 pages
De quoi ça cause ?
La vie de Flora Conway, une auteure aussi brillante que discrète bascule le jour oĂą sa fille disparaĂ®t alors qu’elles jouaient Ă cache-cache dans l’appartement fermĂ© de l’intĂ©rieur de Flora.
Tandis que l’enquĂŞte de police piĂ©tine, Flora Conway commence Ă envisager une approche qui pourrait paraĂ®tre insensĂ©e, tout en Ă©tant fidèle Ă la cĂ©lèbre règle de Sherlock Holmes : « quand on a Ă©liminĂ© l’impossible, la rĂ©ponse, aussi improbable qu’elle soit, est ce qui reste. » (Arthur Conan Doyle)
Pourquoi lui plutĂ´t qu’un autre ?
Parce que c’est Guillaume Musso, un auteur que j’ai dĂ©couvert sur le tard mais qui a su me plonger en totale immersion dans son univers littĂ©raire et rĂ©ussi encore Ă me surprendre.
Parce que lire le dernier Musso devient presque devenu un acte militant, un doigt d’honneur brandi haut et fort Ă l’intention de ces intĂ©gristes culturels ras-du-bulbe qui dĂ©nigrent cette littĂ©rature de seconde zone et ne jurent que par la grande littĂ©rature. Le simple fait d’oser cette distinction est une parfaite illustration de leur obscurantisme culturel et du vide abyssal qui habite leur neurone en Ă©tat vĂ©gĂ©tatif depuis bien longtemps.
Ma Chronique
Alors que je me faisais une joie de dĂ©vorer, dans les plus brefs dĂ©lais, le dernier roman de Guillaume Musso, il a fallu que je compose avec les alĂ©as et les obligations du quotidien, aussi bien sur le plan professionnel que sur celui personnel. Cinq longues journĂ©es (oui, je sais, c’est Ă©nooorme) Ă regarder avec envie ma liseuse sans jamais trouver un crĂ©neau me permettant une rĂ©elle pause lecture. Autant vous dire que quand j’ai enfin pu me plonger dans le bouquin, je ne l’ai quasiment plus lâchĂ© avant de connaĂ®tre le fin mot de l’histoire.
Ah que voilĂ un bouquin qui devrait rabattre le clapet de ceux et celles qui affirment (Ă mon avis sans jamais avoir ouvert un roman de l’auteur) que Guillaume Musso ne s’Ă©carte jamais de sa zone de confort en proposant plus ou moins toujours la mĂŞme chose Ă ses lecteurs.
Alors que ces derniers temps l’auteur affĂ»tait sa plume dans le registre policier, osant mĂŞme (enfin) jouer avec les règles du genre, ce nouvel opus sera bien difficile Ă classer dans un genre spĂ©cifique. Ça commence en effet comme un polar avec une enquĂŞte autour d’une disparition en « chambre close », mais Guillaume Musso entraĂ®nera peu Ă peu le lecteur aux frontières de la quatrième dimension. Et ce ne sont lĂ que les prĂ©mices d’une intrigue qui vous rĂ©servera bien des surprises, une intrigue ou fictions et rĂ©alitĂ©s (le choix des pluriels est volontaire) se mĂŞlent…
Je ne vous cacherai pas qu’au dĂ©but c’est plutĂ´t dĂ©concertant, on se demande si l’ami Guillaume n’aurait pas abusĂ© de substances illicites avant de prendre la plume, mais d’un autre cĂ´tĂ© force est de reconnaĂ®tre que c’est aussi un traquenard d’une redoutable efficacitĂ© ; il fois qu’il vous aura pris dans ses filets (Ă moins que vous ne passiez entre les mailles, ce que je peux parfaitement concevoir) vous aurez bien du mal Ă dĂ©crocher !
Comme ce fut le cas dans son prĂ©cĂ©dent opus, La Vie Secrète Des Écrivains, Guillaume Musso s’interroge (et nous interroge par la mĂŞme occasion) sur le rapport entre l’Ă©crivain et son Ĺ“uvre mais aussi entre l’Ă©crivain et son public. Sans vouloir entrer dans les dĂ©tails (je resterai volontairement dans le flou artistique durant la rĂ©daction de cette chronique), il est plus que tentant de faire le rapprochement entre le personnage de Romain Ozorski (Ă©crivain « grand public » Ă succès) et l’auteur lui-mĂŞme. Analogie avec laquelle il ne se prive pas de jouer (d’autant plus aisĂ©ment que le personnage de Flora Conway serait plutĂ´t la reprĂ©sentante idĂ©ale de la « grande littĂ©rature ») pour tacler ses propres dĂ©tracteurs (mes copains les intĂ©gristes culturels).
Pour appuyer son propos Guillaume Musso parsème son rĂ©cit de rĂ©fĂ©rences Ă d’autres auteurs, qu’ils soient classiques ou contemporains, français ou internationaux, et quels que soit leur genre de prĂ©dilection. Un Ă©clectisme qui fait un nouveau pied de nez Ă un certain public qui s’autoproclame « Ă©litiste » dans ses choix littĂ©raires.
Chapeau bas Ă Guillaume Musso pour cette intrigue construite avec beaucoup d’audace mais toujours gardĂ©e sous contrĂ´le (malgrĂ© les apparences parfois trompeuses) ; que les plus cartĂ©siens se rassurent : « tout s’explique Ă la fin ! ».
Un pari osé qui ne plaira sans doute pas à tout le monde – même parmi les inconditionnels de Guillaume Musso – mais pour lequel j’ai été bon public. Je me suis en effet rapidement pris au jeu et du coup la curiosité a très vite pris le pas sur le léger doute qui pouvait subsister.
Certes pas le meilleur des Musso pour moi, mais sans aucun doute l’un des plus audacieux. Juste pour ça, je dis respect.

