Les couleurs de la discorde… Encore et encore…

NONA l’occasion du neuvième comitĂ© des signataires de l’Accord de NoumĂ©a, le premier ministre, François Fillon, est brièvement revenu sur l’initiative de Pierre Frogier de faire hisser le drapeau du FLNKS (ou drapeau indĂ©pendantiste mais en aucun cas drapeau kanak, n’en dĂ©plaise Ă  certains) aux cĂ´tĂ©s du drapeau tricolore. Quelques mots qui ont suffit a raviver le dĂ©bat sur le plan local…
Mais avant tout revenons rapidement sur les propos de Fillon. En gros et pour faire simple il a reconnu que c’Ă©tait lĂ  un geste fort (ça n’engage que lui) issu d’un voeu (et non d’un vote) du Congrès et soutenu par l’ElysĂ©e et Matignon (avaient-ils vraiment le choix ?) mais que ce n’Ă©tait qu’une solution « transitoire » en attendant qu’un drapeau commun tel que dĂ©fini par l’Accord de NoumĂ©a ne soit trouvĂ© comme emblème du pays.
Pour paraphraser un film rĂ©cent je vais maintenant vous proposer ma vision des choses, « sans arme, sans haine, ni violence ».


Le drapeau du FLNKS n’a pas vocation Ă  devenir le drapeau calĂ©donien.

François Fillon lui mĂŞme reconnaĂ®t Ă  demi-mots que le drapeau du FLNKS ne peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un signe identitaire du pays car non conforme Ă  l’esprit des Accords de NoumĂ©a.
En effet pour rappel (vu que certains ont les neurones un tantinet enfumés) les signes identitaires doivent obéir à trois impératifs :
– Etre le fruit d’une recherche commune
– Exprimer l’identitĂ© kanake
– ReprĂ©senter un futur partagĂ© par tous
Force est de constater que le drapeau du FLNKS ne répond à aucune de ces exigences.
– Le Petelo n’a consultĂ© personne (pas mĂŞme sa base) avant de lancer le pavĂ© dans la mare, dans le genre « recherche commune » on peut faire mieux. Et le voeu du Congrès me direz-vous ? Rien Ă  foutre vous rĂ©pondrai-je ! Un voeu de remplacera jamais un vote, le fait est et restera que les Ă©lus ont Ă©tĂ© quasiment mis devant le fait accompli.
– Le drapeau du FLNKS n’est en aucun cas l’expression de l’identitĂ© kanake. C’est un drapeau purement politique et non un quelconque signe ethnique, le considĂ©rer comme un drapeau kanak c’est insulter les kanaks non indĂ©pendantistes qui ont bien souvent payĂ© le prix fort de leurs convictions au moment des Ă©vĂ©nements.
– ConsĂ©quence directe du point prĂ©cĂ©dent le drapeau du FLNKS ne pourra jamais ĂŞtre un signe fĂ©dĂ©rateur, l’initiative foireuse de Frogier prouve qu’il ne peut que diviser les calĂ©doniens. Ce n’est pas parce que le dĂ©bat n’occupe plus les devants de la scène que nous acceptons ce drapeau comme emblème local. Ce n’Ă©tait pas le cas hier, ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui et ce ne sera jamais le cas !

Une solution transitoire ? J’ai des doutes…
En admettant qu’un jour (c’est pas demain la veille vu comme la question a l’air de laisser nos politiques indiffĂ©rents) qu’un drapeau commun conforme Ă  l’Accord de NoumĂ©a soit trouvĂ© qui prendra l’initiative de descendre les couleurs indĂ©pendantistes ? Dans son incommensurable naĂŻvetĂ© (le terme exact serait « connerie » mais j’ai dit « sans haine » dans mon intro) le Petelo a donnĂ© au drapeau FLNKS une « illĂ©gitime lĂ©gitimitĂ© » en le faisant hisser aux cĂ´tĂ©s du drapeau national. Les baisser aujourd’hui (ou demain) sera ressenti par le camps indĂ©pendantiste comme une provocation et très franchement (mĂŞme si cela ne m’enchante guère) je vois mal qui se risquera Ă  mettre le feu aux poudres…
Le Petelo ? Mouarf, mouarf, mouarf !!! Le gars ne rĂŞve que d’un siège de sĂ©nateur pour pouvoir continuer Ă  se gratter les couilles (ce qu’il fait le mieux) en regardant de loin (Ă  moins qu’il n’ait la dĂ©cence de tourner la tĂŞte ou qu’il ne soit endormi comme bon nombre de sĂ©nateurs) les consĂ©quences de son incompĂ©tence notoire ! Faut pas rĂŞver le mieux que l’on puisse faire c’est un pas de plus vers le statut de rĂ©publique bananière en se dotant de trois drapeaux (le BBR national, le drapeau indĂ©pendantiste et un drapeau « commun »)…

Pour conclure…
Mon point de vue peut paraĂ®tre pessimiste ou dĂ©faitiste mais sur ce coup j’ai la prĂ©tention de simplement me vouloir rĂ©aliste. J’espère me tromper mais franchement j’en doute, jamais je n’accorderai au drapeau indĂ©pendantiste une quelconque reconnaissance mais je sais que je vais m’habituer Ă  le voir flotter dans le ciel calĂ©donien longtemps, très longtemps… Ca ne m’enchante pas, au contraire ça me rĂ©volte, mais l’heure n’est plus Ă  la colère mais au dialogue, quitte Ă  ce que la CalĂ©donie soit condamnĂ©e Ă  voir flotter dans son ciel un drapeau illĂ©gitime, comme une cicatrice pour nous rappeler que les politiques font trop souvent passer leur Ă©go avant l’intĂ©rĂŞt du pays qu’ils sont sensĂ©s dĂ©fendre.
Je ne peux m’empĂŞcher de penser que, dans de telles circonstances, le drapeau commun perd toute raison d’ĂŞtre, Ă  quoi bon un signe fĂ©dĂ©rateur qui flotte aux cĂ´tĂ©s des couleurs de la discorde et de la division ? MalgrĂ© tout je reste convaincu que la recherche d’un drapeau commun devrait rester une prioritĂ© pour nos politiques (dans l’optique des signes identitaires cela s’entend, je suis parfaitement conscient qu’ils ont d’autres prioritĂ©s Ă  gĂ©rer au quotidien) ; ne serait-ce que pour redonner Ă  la CalĂ©donie un semblant de lĂ©gitimitĂ©…
Quand je lis les raisonnements alambiquĂ©s de certains qui stigmatisent Ă  l’extrĂŞme genre : « le pays c’est la Kanaky, le peuple c’est le peuple kanak donc le drapeau c’est le drapeau Kanaky » j’ai envie de leur foutre un magistral coup de pied au cul pour les renvoyer dans leurs 22000 ! Et encore ça c’est la version « sans arme, sans haine, ni violence »…